Ven­te à emporter (AI)
  • Le Con­seil fédé­ral veut exami­ner le trai­te­ment des adres­ses blo­quées dans le cad­re de la révi­si­on de la LPD, notam­ment les méca­nis­mes de sup­pres­si­on rapi­des et simples.
  • La que­sti­on de savoir si la publi­ca­ti­on de don­nées erro­n­ées ou obsolè­tes est punis­sa­ble dépend du cas d’e­spè­ce ; des pré­ten­ti­ons de droit civil sont pos­si­bles en ver­tu de l’art. 28a CC.
  • En cas de dif­fu­si­on à par­tir de sources pri­vées, il est plus pro­ba­ble que des att­ein­tes à la per­son­na­li­té ou des infrac­tions péna­les soi­ent com­mi­ses que dans le cas des regi­stres publics.
  • Il n’e­xi­ste pas d’in­ter­dic­tion géné­ra­le de publier des don­nées rela­ti­ves à des mineurs ; la pro­tec­tion des mineurs sera exami­née de maniè­re appro­fon­die dans le cad­re de la révi­si­on de la LPD.

Que­sti­on Comte (12.1084) : Socié­tés pri­vées de rens­eig­ne­ments. Quels sont les moy­ens d’action ?

Tex­te soumis

Dans sa répon­se à la moti­on Sava­ry 12.3578, “Bases de don­nées sur la sol­va­bi­li­té. Un pro­blè­me à résoud­re”, le Con­seil fédé­ral ren­voie à la pro­chai­ne révi­si­on de la loi fédé­ra­le sur la pro­tec­tion des don­nées (LPD) et rap­pel­le que les socié­tés pri­vées d’éva­lua­ti­on du cré­dit sont tenues de respec­ter la LPD pour le trai­te­ment des données.

Après avoir inter­dit à Money­hou­se de con­tin­uer à offrir son ser­vice de “recher­che de per­son­nes” dans le cad­re d’u­ne mesu­re super­pro­vi­so­i­re, le Tri­bu­nal admi­ni­stra­tif fédé­ral a auto­ri­sé l’entre­pri­se à coll­ec­ter à nou­veau des infor­ma­ti­ons, à con­di­ti­on que les deman­des de sup­pres­si­on de pro­fil des per­son­nes con­cer­nées soi­ent satis­fai­tes dans les 24 heu­res – et non dans les quel­ques jours ou semain­es. Il sem­ble tou­te­fois que la réa­li­té soit dif­fé­ren­te et que les per­son­nes qui sou­hai­tent sup­p­ri­mer des infor­ma­ti­ons les con­cer­nant ne pui­s­sent pas le fai­re sans pro­blè­me, cer­tai­nes de ces ent­re­pri­ses faisant preuve de mau­vai­se foi dans le trai­te­ment des deman­des, voi­re refusant de les sup­p­ri­mer au motif qu’il s’a­git de don­nées publiques.

Je pose donc les que­sti­ons sui­van­tes au Con­seil fédéral :

1. le Con­seil fédé­ral envi­sa­ge-t-il des mesu­res con­crè­tes pour que les per­son­nes con­cer­nées pui­s­sent réel­le­ment effacer leurs don­nées per­son­nel­les – de maniè­re simp­le et sans que cela leur soit inju­stem­ent refusé ?

2. le Con­seil fédé­ral esti­me-t-il pos­si­ble que la publi­ca­ti­on de don­nées erro­n­ées ou obsolè­tes pui­s­se con­sti­tuer un délit (att­ein­te à l’hon­neur) ou don­ner lieu à une deman­de de dom­mages et inté­rêts (vio­la­ti­on des droits de la personnalité) ?

3. des don­nées rela­ti­ves à des mineurs sont par­fois publiées sur ces sites. Le Con­seil fédé­ral n’est-il pas d’a­vis que cet­te pra­tique dev­rait être immé­dia­te­ment interdite ?

Répon­se du Con­seil fédé­ral du 14.11.2012

Le Pré­po­sé fédé­ral à la pro­tec­tion des don­nées et à la trans­pa­rence (Edöb) avait deman­dé le blo­ca­ge immé­di­at de la fonc­tion de recher­che de per­son­nes du ser­vice Inter­net Money­hou­se après avoir reçu de nombreu­ses plain­tes de per­son­nes qui avai­ent blo­qué leur adres­se et qui se voya­ient men­acées dans leur vie ou leur inté­gri­té cor­po­rel­le en rai­son de la publi­ca­ti­on dans ce ser­vice Inter­net, en rai­son de leur situa­ti­on con­crè­te, mais dont la deman­de d’effa­ce­ment n’a­vait pas été trai­tée par ce der­nier. Par décis­i­on inci­den­te du 6 août 2012, le Tri­bu­nal admi­ni­stra­tif fédé­ral a déci­dé que la publi­ca­ti­on de don­nées d’adres­ses blo­quées posait pro­blè­me du point de vue de la pro­tec­tion des don­nées. Pour évi­ter tout pré­ju­di­ce aux per­son­nes con­cer­nées, il suf­fi­rait que le ser­vice Inter­net don­ne suite le jour même à leurs deman­des de sup­pres­si­on. Pour Edöb, en revan­che, la publi­ca­ti­on d’adres­ses blo­quées sur Inter­net est inacceptable.

Le Con­seil fédé­ral répond com­me suit aux que­sti­ons posées :

1. le Con­seil fédé­ral exami­ne­ra le trai­te­ment des adres­ses blo­quées dans le cad­re de la révi­si­on de la loi fédé­ra­le sur la pro­tec­tion des don­nées, notam­ment en ce qui con­cer­ne la que­sti­on de savoir si des mesu­res con­crè­tes doi­vent être pri­ses pour qu’u­ne deman­de d’effa­ce­ment soit effec­ti­ve­ment satis­fai­te de maniè­re simp­le et rapi­de. Les travaux à ce sujet ne font que com­men­cer ; il ne peut donc pas enco­re se pro­non­cer sur cet­te question.

2. l’e­xi­stence d’u­ne infrac­tion péna­le, notam­ment d’un délit d’att­ein­te à l’hon­neur, dépend tou­jours du cas d’e­spè­ce. Il en va de même pour la que­sti­on de savoir si la publi­ca­ti­on de don­nées erro­n­ées ou obsolè­tes pour­rait don­ner lieu à une deman­de de dom­mages et inté­rêts pour att­ein­te aux droits de la per­son­na­li­té. L’ar­tic­le 28a, ali­néa 3, du code civil pré­voit la pos­si­bi­li­té d’u­ne action en dom­mages et inté­rêts et en répa­ra­ti­on du tort moral ain­si que la remi­se d’un gain en cas d’att­ein­te illi­ci­te à la per­son­na­li­té. L’e­xi­stence d’u­ne infrac­tion péna­le ou d’u­ne att­ein­te illi­ci­te à la per­son­na­li­té a ten­dance à être plus pro­ba­ble lors de la dif­fu­si­on d’in­for­ma­ti­ons pro­venant de sources tel­les que des sites web pri­vés ou des sites de pres­se que lors de la dif­fu­si­on de don­nées pro­venant de regi­stres publics (p. ex. regi­stres du com­mer­ce, annu­ai­res téléphoniques).

3. il n’e­xi­ste actu­el­le­ment aucu­ne base juri­di­que per­met­tant d’in­terd­ire de maniè­re géné­ra­le la publi­ca­ti­on de don­nées rela­ti­ves à des mineurs. Une inter­dic­tion immé­dia­te est par cont­re pos­si­ble dans des cas par­ti­cu­liers, par exemp­le lorsque cela s’a­vè­re néces­saire pour des rai­sons de pro­tec­tion de la per­son­na­li­té. La pro­tec­tion des mineurs sera une pré­oc­cu­pa­ti­on par­ti­cu­liè­re du Con­seil fédé­ral lors de la révi­si­on de la loi fédé­ra­le sur la pro­tec­tion des don­nées. Il exami­ne­ra cet aspect de maniè­re approfondie.