Ven­te à emporter (AI)
  • Le droit sui­s­se ne con­naît pas la pro­prié­té civi­le des don­nées, c’est pour­quoi il n’est pas pos­si­ble de sépa­rer des don­nées infor­ma­ti­ques en cas de fail­li­te selon l’art. 242 LP.
  • Le Con­seil fédé­ral con­sidè­re qu’u­ne pro­tec­tion effi­cace des don­nées est un avan­ta­ge con­cur­ren­tiel ; l’in­tro­duc­tion de la pro­prié­té des don­nées per­son­nel­les sera exami­née dans le cad­re de la révi­si­on de la LPD.

Que­sti­on Schwa­ab (14.1064) : Faut-il com­plé­ter la légis­la­ti­on sur les fail­li­tes en ce qui con­cer­ne les don­nées informatiques ?

Tex­te soumis

La pro­prié­té des don­nées infor­ma­ti­ques n’est pas régle­men­tée en droit sui­s­se. Lorsqu’un four­nis­seur d’hé­ber­ge­ment fait fail­li­te, les don­nées infor­ma­ti­ques qu’il gère tom­bent dans la mas­se de la fail­li­te. Leurs pro­prié­tai­res ne peu­vent pas les récup­é­rer, car selon la juris­pru­dence con­stan­te du Tri­bu­nal fédé­ral, cela n’est pos­si­ble que pour les biens maté­ri­els dans une pro­cé­du­re de fail­li­te. Comp­te tenu de la crois­sance que con­naît l’in­du­strie du cloud com­pu­ting dans not­re pays, un four­nis­seur d’hé­ber­ge­ment fera tôt ou tard fail­li­te. Il est cer­tai­ne­ment dans l’in­té­rêt de cet­te indu­strie que l’É­tat soit dans l’ob­li­ga­ti­on de sou­te­nir et de garan­tir la sécu­ri­té des don­nées, même si les four­nis­seurs d’hé­ber­ge­ment se trou­vent dans une situa­ti­on éco­no­mi­que difficile.

Je deman­de donc au Con­seil fédé­ral de répond­re aux que­sti­ons suivantes :

1. le Con­seil fédé­ral esti­me-t-il néces­saire de com­plé­ter l’ar­tic­le 242 de la loi fédé­ra­le sur la pour­suite pour det­tes et la fail­li­te (ou les aut­res dis­po­si­ti­ons per­ti­nen­tes) afin que, en cas de fail­li­te d’un four­nis­seur d’hé­ber­ge­ment, les don­nées infor­ma­ti­ques qui font par­tie de la mas­se en fail­li­te mais qui “appar­ti­en­nent” à des tiers pui­s­sent être reven­diquées par ces derniers ?

2. est-il éga­le­ment d’a­vis qu’u­ne pro­tec­tion effi­cace des don­nées con­sti­tue un avan­ta­ge con­cur­ren­tiel pour l’in­du­strie sui­s­se du cloud computing ?

3. esti­me-t-il de maniè­re géné­ra­le que le droit sui­s­se règ­le de maniè­re satis­fais­an­te la que­sti­on de la “pro­prié­té” des don­nées informatiques ?

4. si ce n’est pas le cas, envi­sa­ge-t-il de pour­suiv­re la réfle­xi­on sur une réfor­me con­cer­nant la “pro­prié­té” des données ?

Répon­se du Con­seil fédé­ral du 12.12.2014

1) Selon le droit en vigueur, il n’e­xi­ste pas de pro­prié­té civi­le des don­nées. C’est la rai­son pour laquel­le il n’est pas pos­si­ble d’ef­fec­tuer un tri dans la fail­li­te sur la base de l’ar­tic­le 242 de la loi fédé­ra­le sur la pour­suite pour det­tes et la fail­li­te (LP, RS 281.1). S’il s’a­git de don­nées per­son­nel­les, la per­son­ne con­cer­née est pro­té­gée par les dis­po­si­ti­ons de la loi fédé­ra­le sur la pro­tec­tion des don­nées (loi sur la pro­tec­tion des don­nées, LPD, RS 235.1). Cet­te loi pro­tège les per­son­nes con­cer­nées cont­re tout trai­te­ment illi­ci­te de leurs don­nées per­son­nel­les. Dans le cad­re des travaux en cours en vue d’u­ne éven­tu­el­le révi­si­on de la loi sur la pro­tec­tion des don­nées, le Dépar­te­ment fédé­ral de justi­ce et poli­ce (DFJP) exami­ne si le niveau de pro­tec­tion actuel de la loi est enco­re suffisant.

Par ail­leurs, l’in­tro­duc­tion d’u­ne règ­le spé­cia­le en cas de fail­li­te ne sem­ble pas appro­priée : L’ou­ver­tu­re d’u­ne fail­li­te à l’en­cont­re du maît­re initi­al d’un fichier ent­raî­ne la pos­si­bi­li­té que la pro­prié­té des don­nées soit trans­fé­rée à un tiers. Cela peut tou­te­fois se pro­dui­re en dehors d’u­ne pro­cé­du­re de fail­li­te, par exemp­le à l’oc­ca­si­on de la ven­te d’u­ne ent­re­pri­se ou du fichier, mais aus­si dans le cad­re d’u­ne succession.

2) Le Con­seil fédé­ral est d’a­vis qu’u­ne pro­tec­tion des don­nées effi­cace, asso­ciée à la répu­ta­ti­on de fia­bi­li­té et de sta­bi­li­té de la Sui­s­se, peut effec­ti­ve­ment pro­cu­rer un avan­ta­ge con­cur­ren­tiel aux ent­re­pri­ses sui­s­ses acti­ves dans le domaine de la socié­té de l’in­for­ma­ti­on. Cela est par­ti­cu­liè­re­ment vrai dans le domaine du stocka­ge des don­nées, où la con­fi­ance est d’u­ne importance capitale.

3/4 A l’oc­ca­si­on de la révi­si­on en cours de la LPD, on exami­ne éga­le­ment la que­sti­on de savoir s’il con­vi­ent d’in­tro­dui­re une véri­ta­ble “pro­prié­té des don­nées per­son­nel­les”, en déro­ga­ti­on à la situa­ti­on juri­di­que actu­el­le. Le DFJP sou­mettra pro­chai­ne­ment au Con­seil fédé­ral des pro­po­si­ti­ons sur la mar­che à sui­v­re. En revan­che, il n’est pas pré­vu de mener une lar­ge réfle­xi­on sur une pro­prié­té des don­nées en général.