Ven­te à emporter (AI)
  • Le tri­bu­nal a con­sta­té une vio­la­ti­on de l’ar­tic­le 15 du RGPD en rai­son d’u­ne infor­ma­ti­on tar­di­ve et incom­plè­te et a accor­dé des dom­mages et inté­rêts de 5 000 euros.
  • Le responsable n’est pas tenu de pro­cé­der à des per­qui­si­ti­ons infor­ma­ti­ques d’u­ne ampleur dis­pro­por­ti­onnée en cas d’in­di­ca­ti­ons non étay­ées de l’employé.
  • Out­re le pré­ju­di­ce moral, la capa­ci­té finan­ciè­re du responsable et des con­sidé­ra­ti­ons de pro­por­ti­on­na­li­té ent­rent en ligne de comp­te pour déter­mi­ner le mon­tant des dom­mages et intérêts.

Le 5 mars 2019, le tri­bu­nal du tra­vail de Düs­sel­dorf a sta­tué sur une affai­re con­cer­nant les droits à l’in­for­ma­ti­on et à l’in­dem­ni­sa­ti­on dans le cad­re de la rela­ti­on de tra­vail (Juge­ment du 5 mars 2020, 9 Ca 6557/18). Le tri­bu­nal a con­sidé­ré qu’il était prou­vé que l’em­ployeur avait vio­lé l’ar­tic­le 15 du RGPD en four­nis­sant des infor­ma­ti­ons tar­di­ves et de sur­croît incomplètes.

Le tri­bu­nal a tout de même rete­nu que le responsable n’est pas tenu, en tout cas en cas d’in­di­ca­ti­ons non étay­ées de l’em­ployé, de fouil­ler tou­te l’in­fras­truc­tu­re infor­ma­tique à la recher­che d’é­ven­tu­el­les don­nées per­son­nel­les et d’en remett­re une copie, par­ce que le prin­ci­pe de la bon­ne foi s’ap­pli­que et qu’il n’est donc pas exi­gé du responsable un effort dis­pro­por­ti­onné en soi. De même, peu de temps aupa­ra­vant, le Décis­i­on du tri­bu­nal de Hei­del­berg.

Le tri­bu­nal a accor­dé au requé­rant des dom­mages-inté­rêts au tit­re de l’ar­tic­le 82 du RGPD pour un mon­tant total de 5 000 euros en rai­son des vio­la­ti­ons.. Le tra­vail­leur avait deman­dé 143.482,81 euros. Le tri­bu­nal a tenu comp­te du fait que

  • le droit d’ac­cès est important,
  • l’in­frac­tion a duré quel­ques mois (bien que le délai de répon­se pré­vu par l’ar­tic­le 12, para­gra­phe 3, du RGPD pui­s­se aller jus­qu’à trois mois),
  • le droit d’ac­cès a été vio­lé non seu­le­ment dans le temps, mais aus­si dans son contenu,
  • l’em­ployeur réa­li­se un “chif­fre d’af­fai­res considérable”,

    Com­me les dom­mages-inté­rêts doi­vent avoir un effet appro­prié, leur mon­tant dépend non seu­le­ment du pré­ju­di­ce moral subi, mais aus­si de la per­son­ne responsable selon l’art. 4 ch. 7 E. responsable et de sa capa­ci­té finan­ciè­re. En d’aut­res ter­mes : La vio­la­ti­on de l’ob­li­ga­ti­on d’in­for­ma­ti­on de l’art. 15 E. par un responsable finan­ciè­re­ment plus fai­ble ent­raî­nerait des dom­mages-inté­rêts moins éle­vés.

  • mais qu’il fallait par­tir du prin­ci­pe que les infrac­tions étai­ent com­mi­ses par négligence,
  • aucu­ne aut­re infrac­tion n’est con­nue de l’employeur,
  • le mon­tant de la rému­n­é­ra­ti­on du requé­rant n’é­tait pas pertinent,
  • des caté­go­ries par­ti­cu­liè­res de don­nées per­son­nel­les n’é­tai­ent pas “sub­stan­ti­el­le­ment concernées”,
  • la pro­por­ti­on­na­li­té doit être respectée,
  • et que le pré­ju­di­ce moral subi par le requé­rant n’est “pas important”.

En con­sé­quence, le tri­bu­nal a fixé l’in­dem­ni­sa­ti­on à 500 euros pour cha­cun des deux pre­miers mois de retard, à 1 000 euros pour cha­cun des trois mois sui­vants envi­ron et à 500 euros pour cha­cun des deux défauts de con­te­nu de l’information.

Légis­la­ti­on natio­na­le diver­gen­te n’e­xi­ste pas sur ce point et n’est pas non plus admis­si­ble, car la régle­men­ta­ti­on des droits des per­son­nes con­cer­nées du RGPD est exhaus­ti­ve à cet égard :

aa) D’u­ne part, le requé­rant fait valoir le droit à l’in­for­ma­ti­on en ver­tu de l’ar­tic­le 15, para­gra­phe 1, pre­miè­re phra­se, E., visa­nt à savoir si des don­nées à carac­tère per­son­nel du requé­rant sont trai­tées par la défen­der­es­se. Les droits pré­vus au cha­pit­re III de l’E., direc­te­ment appli­ca­ble en ver­tu de l’ar­tic­le 288, para­gra­phe 2, TFUE, exi­stent éga­le­ment dans la rela­ti­on de tra­vail. Ces dis­po­si­ti­ons géné­ra­les de l’E. con­ti­en­nent une régle­men­ta­ti­on com­plè­te, y com­pris sur la pro­tec­tion des don­nées des employés (voir LAG Baden-Würt­tem­berg 20 décembre 2018 – 17 Sa 11/18 – point 172). Une déro­ga­ti­on per­ti­nen­te à cet­te règ­le au sens de l’art. Aucu­ne déro­ga­ti­on à l’ar­tic­le 88 E. n’a été pré­sen­tée ou n’est apparue.

La deman­de d’in­for­ma­ti­on visa­nt à savoir si d’aut­res per­son­nes et ent­re­pri­ses trai­taient des don­nées per­son­nel­les du requé­rant a tout d’a­bord été rejetée :

Un tel droit à l’in­for­ma­ti­on n’e­xi­ste pas, notam­ment en ver­tu de l’ar­tic­le 15, para­gra­phe 1, pre­miè­re phra­se du pro­jet de loi. Le droit est diri­gé cont­re le responsable au sens de l’art. 4 E. Celui-ci doit four­nir des infor­ma­ti­ons sur le trai­te­ment des don­nées qu’il effec­tue. Cet­te dis­po­si­ti­on ne pré­voit pas d’ob­li­ga­ti­on de com­mu­ni­quer les trai­te­ments de don­nées effec­tués par des tiers sous leur pro­pre responsabilité.

Le critère déter­mi­nant est alors l’é­tat des don­nées au moment de la deman­de d’ac­cès:

(a) Le responsable du trai­te­ment n’est en prin­ci­pe pas tenu de four­nir des infor­ma­ti­ons sur des don­nées qu’il a trai­tées une fois dans le pas­sé et dont il ne dis­po­se éven­tu­el­le­ment plus. D’aut­re part, il ne doit pas pou­voir se sous­trai­re à l’ob­li­ga­ti­on d’in­for­ma­ti­on en effa­çant les don­nées. L’é­ten­due de la deman­de d’in­for­ma­ti­on est en prin­ci­pe déter­mi­née par l’é­tat des don­nées au moment de la deman­de d’in­for­ma­ti­on (Bäcker, in Kühling/Buchner, E./BDSG, 2e édi­ti­on, art. 15, point 8 avec références).

Déclen­cheur de délai pour l’in­for­ma­ti­on, au moment où la deman­de d’in­for­ma­ti­on est trans­mi­se au responsable – ou, dans ce cas, à un man­da­tai­re char­gé de la récep­ti­on, à savoir l’ex­plo­itant de la récep­ti­on – selon les prin­cipes du droit civil a été reçu. Ce délai n’a pas été respec­té dans le cas pré­sent.

L’em­ployeur avait four­ni des infor­ma­ti­ons, mais pas en con­for­mi­té avec les prin­cipes de l’ar­tic­le 15 du RGPD :

La défen­der­es­se décla­re […] que le trai­te­ment de don­nées aux fins de la rela­ti­on d’em­ploiLa par­tie requé­ran­te fait valoir que le trai­te­ment des don­nées à carac­tère per­son­nel a lieu dans le cad­re de l’exé­cu­ti­on et de la ces­sa­ti­on de la rela­ti­on con­trac­tu­el­le, pour rem­plir des obli­ga­ti­ons léga­les exi­stan­tes et pour défend­re des inté­rêts légiti­mes con­for­mé­ment à l’ar­tic­le 26 de la loi fédé­ra­le sur la pro­tec­tion des don­nées et à l’ar­tic­le 6, para­gra­phe 1, points (b,) c et f, du règle­ment. La défen­der­es­se don­ne ain­si indi­que de maniè­re glo­ba­le pres­que tou­te la gam­me des buts évi­dents dans les rela­ti­ons de droit pri­vé, sans com­mu­ni­quer con­crè­te­ment et en détail les objec­tifs pour­suivis.

La trans­pa­rence insuf­fi­san­te est ren­for­cée par le fait que la défen­der­es­se ren­voie en pre­mier lieu à une anne­xe “I. […] La La réfé­rence à une anne­xe, a for­tio­ri si elle com­por­te des cen­tai­nes de pages, ne rem­place pas une com­mu­ni­ca­ti­on en ter­mes de for­me et de lan­gue, con­for­mé­ment à l’ar­tic­le 12, para­gra­phe 1, pre­miè­re phra­se, du pro­jet de loi.

En revan­che, le tri­bu­nal con­sta­te que l’em­ployeur n’é­tait pas tenu d’en­quêter sur des affir­ma­ti­ons non fon­dées selon les­quel­les il y aurait d’aut­res don­nées per­son­nel­les, des ordi­na­teurs por­ta­bles, des télé­pho­nes, etc. Le responsable n’est pas tenu de four­nir un effort dis­pro­por­ti­onné pour la recher­che de don­nées per­son­nel­les.:

cc) Dans la mesu­re où, dans son mémoi­re du 21 jan­vier 2019, le requé­rant fait en out­re valoir de maniè­re non étay­ée que des supé­ri­eurs hié­rar­chi­ques et des col­lè­gues ont enre­gi­stré des don­nées le con­cer­nant sur des ordi­na­teurs por­ta­bles, des télé­pho­nes, etc., que les don­nées ont été dif­fusées plus loin, qu’el­les ont été lues dans les systè­mes infor­ma­ti­ques de la défen­der­es­se et nou­vel­le­ment enre­gi­strées de maniè­re cen­tra­li­sée et que de nombreux cour­ri­els le con­cer­nant se trou­vent sur les ser­ve­urs, il n’e­xi­ste pas non plus de droit à la remi­se des copies de ces don­nées. Les efforts déployés pour recher­cher les don­nées à carac­tère per­son­nel du requé­rant en recher­cher tous les ser­ve­urs, bases de don­nées, appli­ca­ti­ons web, boîtes aux lett­res élec­tro­ni­ques, struc­tures de réper­toire, sup­ports de stocka­ge, smart­phones, ordi­na­teurs por­ta­bles et divers aut­res ter­minaux de la défen­der­es­se, ain­si que tous les supé­ri­eurs hié­rar­chi­ques et col­lè­gues du deman­deurPour pou­voir en déli­v­rer une copie, il est écrit dis­pro­por­ti­onnée par rap­port à l’in­té­rêt de la pre­sta­ti­on du requé­rant. Étant don­né que le prin­ci­pe de bon­ne foi s’ap­pli­que à l’en­sem­ble du trai­te­ment des don­nées en ver­tu de l’ar­tic­le 8, para­gra­phe 2, phra­se 1 de la CCR et de l’ar­tic­le 5, para­gra­phe 1, lett­re a E, n’e­xi­ge pas en soi un effort dis­pro­por­ti­onné de la part du responsable du trai­te­ment (Franck, in Gola, E., 2e éd., art. 15, point 38).