Ven­te à emporter (AI)
  • L’art. 56a LAMal per­met aux cais­ses-mala­die d’éva­luer sys­té­ma­ti­quement les assu­rés et de les infor­mer indi­vi­du­el­le­ment sur des pre­sta­ti­ons, des for­mes d’assu­rance et des mesu­res de pré­ven­ti­on moins coûteuses.
  • Les tâches des cais­ses d’assu­rance mala­die s’é­lar­gis­sent, pas­sant du simp­le rem­bour­se­ment des frais au con­seil actif, ce qui modi­fie la con­cep­ti­on tra­di­ti­on­nel­le du rôle des médecins.
  • Le trai­te­ment des don­nées repo­se sur une base léga­le avec opt-out ; le con­sen­te­ment pré­alable des assu­rés n’est pas nécessaire.
  • De nombreux ter­mes (par exemp­le “pre­sta­ti­ons moins coûteu­ses”, “mesu­res pré­ven­ti­ves”) restent flous et néces­si­tent une inter­pré­ta­ti­on par les auto­ri­tés de sur­veil­lan­ce et la jurisprudence.

Le 10 juil­let 2025, le délai réfé­rend­ai­re pour l’ad­op­ti­on de la loi sur l’é­ga­li­té des chan­ces a expi­ré. Révi­si­on de la LAMal “Mesu­res visa­nt à maîtri­ser les coûts – Paquet 2 à par­tir de main­tenant. La LAMal révi­sée per­mettra à l’a­ve­nir aux assur­eurs-mala­die d’in­for­mer leurs assu­rés de maniè­re acti­ve et ciblée – et ce, par le biais de “des pre­sta­ti­ons moins chè­res, le choix de for­mes d’assu­rance par­ti­cu­liè­res appro­priées et des mesu­res pré­ven­ti­ves”. Pour la pre­miè­re fois, les assur­eurs-mala­die peu­vent ain­si émett­re des recom­man­da­ti­ons spé­ci­fi­ques à leurs assu­rés en fonc­tion de leur maladie.

Pour le con­seil­ler aux Etats du cent­re Erich Ett­lin, l’art. 56 met en évi­dencea LAMal, un “chan­ge­ment de para­dig­me dans la LAMal”, pour le con­seil­ler natio­nal Andri Sil­ber­schmidt, la chan­ce d’a­voir un “un incroya­ble tré­sor de don­nées“Les cais­ses d’assu­rance-mala­die ont été obli­gées d’aug­men­ter leurs tarifs dans l’in­té­rêt des assu­rés. Dans le dis­cours public autour du paquet de mesu­res de maîtri­se des coûts 2, d’aut­res chan­tiers ont cepen­dant occu­pé le devant de la scè­ne, com­me notam­ment les Exten­si­on du cata­lo­gue de pre­sta­ti­ons des phar­maci­ens et les sages-femmes, le un accès accé­lé­ré au mar­ché pour les médi­ca­ments inno­vants ou le (pro­po­si­ti­on (qui a échoué) d’in­tro­dui­re des réseaux de soins coor­don­nés com­me nou­vel­le caté­go­rie de pre­sta­tai­res de soins. À juste titre ?

Quand la caisse mala­die con­seil­le sou­da­in ses assurés

Ima­gi­nez le scé­na­rio sui­vant : Vot­re télé­pho­ne sonne :

Bon­jour, c’est vot­re caisse mala­die. Nous avons ana­ly­sé vos don­nées de san­té chez nous et voyons un poten­tiel d’op­ti­mi­sa­ti­on – pou­vons-nous vous recom­man­der quel­que chose ?

Vous accep­tez et l’ai­ma­ble employé se met au travail :

Vous pre­nez actu­el­le­ment le médi­ca­ment ori­gi­nal XY pour trai­ter vot­re dia­bè­te, mais vous ne vou­lez pas pas­ser à un géné­ri­que moins cher ayant le même effet ?

De plus, vous venez d’a­voir 50 ans, tou­tes nos féli­ci­ta­ti­ons ! À par­tir de cet âge, il est recom­man­dé de se sou­mett­re à un dépis­ta­ge régu­lier du can­cer de l’in­testin, qui est même pris en char­ge par l’A­OS. Vous vou­lez que nous vous inscri­vi­ons tout de suite ?

Et d’ail­leurs, il y a un réseau de méde­cins dans vot­re vil­la­ge, peut-être qu’un modè­le d’assu­rance alter­na­tif vous conviendrait ?”

Ce scé­na­rio devi­en­dra réa­li­té après l’en­trée en vigueur du paquet de mesu­res de maîtri­se des coûts 2 : les assur­eurs mala­die seront désor­mais auto­ri­sés à éva­luer sys­té­ma­ti­quement les don­nées de leurs assu­rés et, sur la base des résul­tats, à leur four­nir des con­seils ciblés et per­son­na­li­sés. Le con­te­nu de ces con­seils est cer­tes limi­té. Seu­le l’in­for­ma­ti­on sur

  • des pre­sta­ti­ons plus rentables” ;
  • le choix de for­mes d’assu­rance par­ti­cu­liè­res appro­priées” ; et
  • mesu­res préventives”.

A pre­miè­re vue, la mar­ge de manœu­vre offer­te par le nou­vel art. 56a LAMal est ain­si étroi­te­ment limi­tée, mais dans son appro­che, elle repré­sen­te une rup­tu­re avec le pur prin­ci­pe de rem­bour­se­ment des assur­eurs – et ébran­le ain­si l’i­mage tra­di­ti­on­nel­le du rôle des médecins.

Com­pré­hen­si­on histo­ri­que du rôle des assureurs-maladie

Selon l’i­dée de base du légis­la­teur, la LAMal misait sur une stric­te répar­ti­ti­on des tâches :

  • La poli­tique déter­mi­ne quel­les pre­sta­ti­ons sont (co)financées par l’A­OS et à quel­les conditions ;
  • les pre­sta­tai­res de soins trai­tent les assurés
  • les cais­ses de mala­die con­trô­lent les fac­tures des pre­sta­tai­res de soins et rem­bour­sent les frais engagés.

La con­cep­ti­on léga­le du rôle des assur­eurs-mala­die est donc tra­di­ti­on­nel­le­ment étroi­te. Leurs tâches prin­ci­pa­les con­si­stent à encais­ser les pri­mes, à négo­cier les tarifs avec les four­nis­seurs de pre­sta­ti­ons, à véri­fier que les décomp­tes de pre­sta­ti­ons sont con­for­mes à la loi et aux con­ven­ti­ons tarifai­res et à rem­bour­ser les coûts. Ils agis­sent donc en pre­mier lieu com­me “Auto­ri­té de pai­ement”. La répar­ti­ti­on des com­pé­ten­ces de la LAMal ne per­met notam­ment pas aux cais­ses d’assu­rance mala­die de four­nir elles-mêmes des pre­sta­ti­ons rem­bours­ables ou de con­seil­ler con­crè­te­ment et indi­vi­du­el­le­ment leurs assu­rés dans le con­tex­te des trai­te­ments médi­caux. Une recom­man­da­ti­on spé­ci­fi­que à une mala­die à des assu­rés sélec­tion­nés est jus­qu’à pré­sent exclu­si­ve­ment réser­vée aux four­nis­seurs de prestations.

L’ad­mis­si­bi­li­té des trai­te­ments de don­nées par les cais­ses d’assu­rance mala­die s’o­ri­en­te éga­le­ment sur cet­te répar­ti­ti­on des com­pé­ten­ces. Les cais­ses mala­die sont des orga­nes d’exé­cu­ti­on de la Con­fé­dé­ra­ti­on. Elles sont sou­mi­ses au prin­ci­pe de léga­li­té. Elles ne peu­vent donc trai­ter les don­nées des assu­rés que dans le cad­re de leurs tâches léga­les prin­ci­pa­les, à savoir le cal­cul et la per­cep­ti­on des pri­mes, la négo­cia­ti­on et l’ap­pli­ca­ti­on des con­ven­ti­ons tarifai­res, le con­trô­le des fac­tures pré­sen­tées et le rem­bour­se­ment des frais correspondants.

Exten­si­on léga­le des tâches des assur­eurs-mala­die en répon­se aux asy­m­étries d’in­for­ma­ti­on dans le système de santé

Dans le but de sur­mon­ter les asy­m­étries d’in­for­ma­ti­on dans le système de san­té sui­s­se, le légis­la­teur s’at­taque main­tenant à cet anci­en prin­ci­pe fon­da­men­tal de la LAMal. La com­pré­hen­si­on léga­le des tâches des cais­ses-mala­die est con­sidé­ra­blem­ent élar­gie. Désor­mais, les cais­ses peu­vent elles-mêmes inter­ve­nir acti­ve­ment dans le par­cours de soins de leurs assu­rés et les con­seil­ler en matiè­re médicale.

Avec l’art. 56a LAMal, il devi­ent même une tâche léga­le des assur­eurs-mala­die d’in­for­mer leurs assu­rés AOS de maniè­re ciblée sur les mesu­res pré­ven­ti­ves, les modè­les d’assu­rance appro­priés et les pre­sta­ti­ons plus avan­ta­ge­u­ses. Il en résul­te que les cais­ses-mala­die “peu­vent” désor­mais exploi­ter les don­nées (de san­té) de leurs assu­rés non seu­le­ment pour les con­seil­ler (art. 84, al. 1, let. j LAMal). Les assur­eurs-mala­die doi­vent les exploi­ter. Dans le cas con­trai­re, ils ne rem­plis­sent pas leur obli­ga­ti­on léga­le de con­seil. Com­me le trai­te­ment des don­nées repo­se ain­si sur une base léga­le for­mel­le, le con­sen­te­ment pré­alable des assu­rés n’est pas néces­saire. L’art. 56a, al. 2 LAMal ne fait que sta­tuer sur un opt-out : les cais­ses-mala­die doi­vent donc sim­ple­ment infor­mer leurs assu­rés de leur droit d’op­po­si­ti­on lors du pre­mier cont­act. En out­re, les assu­rés peu­vent deman­der à tout moment que la caisse-mala­die ces­se de les conseiller.

Con­clu­si­on et perspectives

L’ex­ten­si­on des tâches léga­les des cais­ses-mala­die n’est pas le fruit d’u­ne pro­po­si­ti­on du Con­seil fédé­ral, mais a été intro­duite dans le pro­ce­s­sus légis­la­tif par la CSSS du Con­seil natio­nal. C’est pour­quoi on cher­che en vain des expli­ca­ti­ons dans les docu­ments. Seul le clas­se­ment sys­té­ma­tique de l’art. 56a dans la sec­tion 6 de la LAMal sur le con­trô­le de l’é­co­no­mic­i­té et de la qua­li­té des pre­sta­ti­ons ain­si que les débats au Parlement.

Il res­sort de ces der­niè­res que les cais­ses pour­ront à l’a­ve­nir infor­mer par exemp­le sur les médi­ca­ments géné­ri­ques moins chers, les réseaux de méde­cins dans la région de l’assu­ré ou les examens de con­trô­le à venir en cas de mala­die chro­ni­que. De nombreux points restent tou­te­fois flous et sujets à interprétation :

  • Qu’en­tend-on exac­te­ment par “des pre­sta­ti­ons moins coûteu­ses” à com­prend­re ? S’a­git-il en pre­mier lieu d’u­ne réfé­rence aux géné­ri­ques ou peut-on éga­le­ment uti­li­ser des “plus éco­no­mi­que” métho­des de trai­te­ment ou même “plus éco­no­mi­que“Quels sont les pre­sta­tai­res de soins recommandés ?
  • La noti­on de “mesu­res pré­ven­ti­ves” n’est pas non plus clai­re. Cet­te noti­on se rap­por­te-t-elle aux pre­sta­ti­ons de pré­ven­ti­on régies par l’art. 26 LAMal, dont les coûts sont pris en char­ge par l’A­OS ? Ou eng­lo­be-t-elle en out­re les mesu­res de pré­ven­ti­on ter­ti­ai­re en cas de mala­dies déjà dia­gno­sti­quées – par exemp­le pour évi­ter les com­pli­ca­ti­ons, les rechu­tes ou les séquel­les ain­si que pour opti­mi­ser les soins à long terme ?

Une cho­se est sûre : Avec l’art. 56a LAMal com­plè­te par­ti­el­le­ment la tâche de l’assur­eur-mala­die en tant que simp­le “payeur de coûts”. Reste à savoir ce que les assur­eurs-mala­die en feront et où les auto­ri­tés de sur­veil­lan­ce et la juris­pru­dence fixe­ront les limi­tes. Les pre­miers cas pra­ti­ques et les éven­tuels recours mon­tre­ront si l’art. 56a La LAMal mar­que effec­ti­ve­ment le début d’un chan­ge­ment de para­dig­me ou la répar­ti­ti­on tra­di­ti­on­nel­le des rôles reste en vigueur. Quoi qu’il en soit, le chan­ge­ment de para­dig­me a eu lieu dans le cad­re du paquet de mesu­res de maîtri­se des coûts 2. Les acti­vi­tés des assur­eurs-mala­die seront sans dou­te jugées à l’au­ne de la maîtri­se des coûts.