Ven­te à emporter (AI)
  • Le 15 mars 2021, la BayL­DA a décla­ré que l’uti­li­sa­ti­on de Mailchimp dans le cas exami­né n’é­tait pas con­for­me à la légis­la­ti­on sur la pro­tec­tion des données.
  • La rai­son en était le ris­que d’ac­cès par les auto­ri­tés amé­ri­cai­nes en rai­son de la clas­si­fi­ca­ti­on de Mailchimp sous FISA §1881(b)(4), mal­gré les clau­ses con­trac­tu­el­les stan­dard de l’UE.
  • BayL­DA a sui­vi l’appro­che basée sur les droits de l’ED­SA et a exi­gé des mesu­res de pro­tec­tion sup­p­lé­men­tai­res plutôt qu’u­ne éva­lua­ti­on des risques.
  • Aucu­ne amen­de inf­li­gée ; seu­les les adres­ses élec­tro­ni­ques étai­ent con­cer­nées et les lignes direc­tri­ces de l’ED­SA étai­ent enco­re un pro­jet, l’in­frac­tion a donc été con­sidé­rée com­me mineure.

L’Of­fice bava­rois de pro­tec­tion des don­nées (BayL­DA) a décla­ré le 15 mars 2021 que l’uti­li­sa­ti­on de Mailchimp n’é­tait pas auto­ri­sée dans le cas jugé (LDA-1085.1 – 12159/20-IDV).

L’é­lé­ment déter­mi­nant était que Mailchimp, bien que con­clu­ant les clau­ses con­trac­tu­el­les stan­dard de l’UE, était con­sidé­ré com­me un “Elec­tro­nic Com­mu­ni­ca­ti­ons Ser­vice Pro­vi­der” au sens de l’ar­tic­le 1881 (b) (4) de la loi amé­ri­cai­ne sur les télé­com­mu­ni­ca­ti­ons. Loi sur la sur­veil­lan­ce du rens­eig­ne­ment exté­ri­eur du moins, le BayD­LA a vu des “indi­ces” en ce sens (et cela cor­re­spond éga­le­ment à la pro­pre con­cep­ti­on de Mailchimp). Par con­sé­quent, les don­nées sous le con­trô­le de Mailchimp serai­ent, le cas échéant, des “don­nées à carac­tère per­son­nel”. Accès des auto­ri­tés amé­ri­cai­nes sus­pen­dues con­for­mé­ment aux dis­po­si­ti­ons de l’ar­tic­le 1881a FISA, c’est-à-dire dans la mesu­re où elles sont pré­su­mées con­te­nir des “for­eign intel­li­gence infor­ma­ti­on”, con­for­mé­ment à l’ar­tic­le 1801 (e) FISA

(1) les infor­ma­ti­ons qui se rap­portent à, et si elles con­cer­nent une per­son­ne des États-Unis, sont néces­saires à, la capa­ci­té des États-Unis à se pro­té­ger contre-
(A) réel ou poten­tiel attaque ou aut­re acte hosti­le gra­ve com­mis par une puis­sance étran­gè­re ou un agent d’u­ne puis­sance étrangère ;
(B) le sabo­ta­ge, le ter­ro­ris­me inter­na­tio­nal ou la pro­li­fé­ra­ti­on inter­na­tio­na­le d’ar­mes de des­truc­tion mas­si­ve par une puis­sance étran­gè­re ou un agent d’u­ne puis­sance étran­gè­re ; ou
(C) clan­de­sti­ne intel­li­gence acti­vi­ties par un ser­vice ou réseau de rens­eig­ne­ment d’u­ne puis­sance étran­gè­re ou par un agent d’u­ne puis­sance étran­gè­re ; ou
(2) les infor­ma­ti­ons rela­ti­ves à une puis­sance étran­gè­re ou à un ter­ri­toire étran­ger qui se rap­portent à, et si elles con­cer­nent, une per­son­ne des États-Unis sont néces­saires pour
(A) le la défen­se natio­na­le ou la sécu­ri­té des États-Unis ; ou
(B) le con­duite des affai­res étran­gè­res des États-Unis.

Ce scé­na­rio est peu pro­ba­ble, car seu­les des adres­ses élec­tro­ni­ques ont appa­rem­ment été trans­mi­ses à Mailchimp. En out­re, Mailchimp avait, selon pro­pres indi­ca­ti­ons divul­gué des don­nées de con­te­nu dans deux cas en 2018 et dans aucun cas en 2019, et des méta­don­nées dans neuf cas seu­le­ment en 2019 (les chif­fres pour 2020 ne sont pas con­nus), et ce pour plus de 10 mil­li­ons de cli­ents dès 2019 :

La BayL­DA a néan­mo­ins esti­mé que le L’uti­li­sa­ti­on de Mailchimp n’est pas auto­ri­sée (cita­ti­ons de la décis­i­on selon GDPRhub):

Selon not­re éva­lua­ti­on, l’uti­li­sa­ti­on de Mailchimp par FOGS Maga­zin dans les deux cas sus­ment­i­onnés – et donc éga­le­ment la trans­mis­si­on de vot­re adres­se élec­tro­ni­que à Maichimp, qui fait l’ob­jet de vot­re plain­te – n’é­tait pas con­for­me à la légis­la­ti­on sur la pro­tec­tion des don­nées, car [le responsable] n’a­vait pas véri­fié si, pour la trans­mis­si­on à Mailchimp, en plus des clau­ses stan­dard de pro­tec­tion des don­nées de l’UE (uti­li­sées), des “mesu­res sup­p­lé­men­tai­res” au sens de l’ar­rêt de la CJUE “Schrems II” (CJUE, arr. du 16.7.2020, C‑311/18) sont néces­saires pour que la trans­mis­si­on soit con­for­me à la pro­tec­tion des données […].

Sur le fond, la BayL­DA suit ain­si les Recom­man­da­ti­ons de l’ED­SAqui, com­me on le sait, n’in­clu­ent ni ne per­met­tent – mal­heu­reu­se­ment – de véri­fier les ris­ques (“appro­che basée sur le ris­que”), mais de con­clu­re direc­te­ment à l’in­ad­mis­si­bi­li­té d’u­ne com­mu­ni­ca­ti­on de don­nées insuf­fi­sam­ment sécu­ri­sée à par­tir de la pro­tec­tion juri­di­que con­sidé­rée com­me défi­ci­en­te aux États-Unis, sans prend­re en con­sidé­ra­ti­on la pro­ba­bi­li­té d’oc­cur­rence et les con­sé­quen­ces d’un accès (“appro­che basée sur les droits„).

C’est cho­quant :

  • La com­pa­ti­bi­li­té de cet­te appro­che basée sur les droits avec le RGPD est très dis­cuta­ble et fera enco­re l’ob­jet de nombreu­ses dis­cus­sions. Dans la pra­tique, les ent­re­pri­ses procè­dent au con­trai­re sou­vent à des éva­lua­tions des ris­ques (appelées “Éva­lua­ti­on de l’im­pact du trans­fert“Les auto­ri­tés de pro­tec­tion des don­nées (APD) sont char­gées d’éva­luer les ris­ques (par exemp­le, les “éva­lua­tions Schrems II”) et d’ex­ami­ner en pre­mier lieu les ris­ques con­crets que le trans­fert pré­sen­te pour la per­son­ne concernée.
  • Non seu­le­ment les recom­man­da­ti­ons de l’ED­SA ne sont pas juri­di­quement con­traignan­tes, mais en plus seu­le­ment une ébau­che. Le responsable con­cer­né avait même invo­qué devant la BayL­DA le fait que ces recom­man­da­ti­ons n’e­xi­staient qu’à l’é­tat de pro­jet, mais mal­heu­reu­se­ment sans suc­cès ; cela lui a tout de même per­mis d’é­vi­ter une amende.

Au moins, la BayL­DA a renon­cé à inf­li­ger une amen­de. Tout d’a­bord, la per­son­ne con­cer­née pas de droit à une amen­de à la char­ge du responsable:

Nous esti­mons qu’il n’est pas néces­saire, dans le cas con­cret, d’al­ler au-delà de cet­te con­sta­ta­ti­on de l’il­li­céi­té des trans­mis­si­ons de don­nées sus­ment­i­onnées et de prend­re des mesu­res de sur­veil­lan­ce con­for­mé­ment à l’ar­tic­le 58, para­gra­phe 2, du RGPD par le biais d’u­ne décis­i­on pri­se selon une appré­cia­ti­on con­for­me aux obli­ga­ti­ons. Nous avons clai­re­ment fait savoir à l’entre­pri­se que la trans­mis­si­on sus­ment­i­onnée de vot­re adres­se e‑mail n’é­tait pas auto­ri­sée par la légis­la­ti­on sur la pro­tec­tion des don­nées. Nous ne pen­so­ns pas qu’il soit néces­saire d’in­f­li­ger une amen­de, com­me vous l’a­vez deman­dé. Sur ce point, nous vous infor­mons par la pré­sen­te que nous esti­mons qu’u­ne per­son­ne con­cer­née n’a pas le droit de se voir inf­li­ger une amen­de en cas de vio­la­ti­on de la pro­tec­tion des don­néesIl n’y a pas non plus de droit à une décis­i­on sans err­eur d’ap­pré­cia­ti­on sur la sanc­tion pécu­ni­ai­re. […]. Par con­sé­quent, une per­son­ne con­cer­née ne dis­po­se pas d’un droit sub­jec­tif à l’en­cont­re des auto­ri­tés de con­trô­le de la pro­tec­tion des don­nées de déci­der de l’im­po­si­ti­on d’u­ne amen­de con­for­mé­ment à l’ar­tic­le 58, para­gra­phe 2, point i), du RGPD.

En out­re, en l’e­spè­ce, seuls les Adres­ses e‑mail con­cer­nées et donc des don­nées “dont Une sen­si­bi­li­té enco­re rela­ti­ve­ment géra­ble et que, de plus, les métho­des – pour­tant appli­quées ! – Les lignes direc­tri­ces de l’ED­SA ne sont qu’un pro­jet:

Tou­te­fois, même si l’on recon­nais­sait un tel droit sub­jec­tif à une per­son­ne con­cer­née, il n’e­xi­sterait pas en l’e­spè­ce de droit de vot­re part à l’im­po­si­ti­on d’u­ne amen­de à FOGS Maga­zin. En effet, si l’on tient comp­te des fac­teurs déter­mi­nants énu­mé­rés à l’ar­tic­le 83 du RGPD, qui jouent un rôle dans cet­te décis­i­on, il est con­for­me au pou­voir d’ap­pré­cia­ti­on de ne pas inf­li­ger d’a­men­de dans le cas pré­sent. Ceci d’autant plus qu’en l’e­spè­ce, seu­les quel­ques don­nées ont été trans­mi­ses de maniè­re illi­ci­te et que, d’aut­re part, il s’a­gis­sait – sous la for­me d’adres­ses élec­tro­ni­ques – de don­nées dont le carac­tère sen­si­ble est enco­re rela­ti­ve­ment géra­ble.Ce der­nier point ne justi­fierait cer­tes pas à lui seul la non-impo­si­ti­on d’u­ne amen­de. En fin de comp­te, l’ab­sence d’a­men­de ne con­sti­tue pas une err­eur d’ap­pré­cia­ti­on, en par­ti­cu­lier si l’on tient comp­te du fait que les mesu­res sus­ment­i­onnées ne sont pas suffisantes.
les recom­man­da­ti­ons du Comi­té euro­pé­en de la pro­tec­tion des don­nées sont tou­jours en cours de con­sul­ta­ti­on publi­que et ne sont donc pas enco­re dis­po­ni­bles dans leur ver­si­on fina­leLa pré­sen­te infrac­tion doit donc être con­sidé­rée com­me mineu­re au regard de sa natu­re et de sa gra­vi­té (artic­le 83, para­gra­phe 2, point a), du RGPD) et, en par­ti­cu­lier, il con­vi­ent de n’ad­mett­re qu’un degré de nég­li­gence tout au plus léger (artic­le 83, para­gra­phe 2, point b), du RGPD).

datenrecht.ch uti­li­se con­tin­uer à uti­li­ser Mailchimp.