Ven­te à emporter (AI)
  • Le Tri­bu­nal fédé­ral con­fir­me : La pré­ven­ti­on et la mini­mi­sa­ti­on des don­nées s’ap­pli­quent mal­gré un fort cryp­ta­ge ; les don­nées per­son­nel­les inu­tiles ne doi­vent même pas être collectées.
  • La sécu­ri­té des don­nées ne justi­fie pas à elle seu­le la trans­mis­si­on et le stocka­ge de don­nées de con­som­ma­ti­on super­flues ; “les don­nées inexi­stan­tes ne peu­vent pas être uti­li­sées à mau­vais escient”.

Même dans le cas d’un cryp­ta­ge dont le con­tour­ne­ment prend 640 tril­li­ons d’an­nées, les prin­cipes d’é­vi­te­ment et de mini­mi­sa­ti­on des don­nées doi­vent être respec­tés. Ain­si, le Tri­bu­nal fédé­ral, dans l’ar­rêt 1C_273/2020 (pré­vue pour publi­ca­ti­on offi­ci­el­le). Il y trai­te en détail de l’ad­mis­si­bi­li­té du trai­te­ment des don­nées par les comp­teurs d’eau élec­tro­ni­ques et for­mu­le la for­mu­le sui­van­te : “des don­nées inexi­stan­tes ne peu­vent pas être uti­li­sées de maniè­re abusive”.

Ce n’est pas sou­vent que le Tri­bu­nal fédé­ral par­le de mil­liers de mil­li­ards. Dans cet arrêt du 5 jan­vier 2021, il l’a fait en rap­port avec les comp­teurs d’eau à radio­fré­quence. Le coup d’en­voi a été don­né par la décis­i­on d’Au­en­stein (AG) de pas­ser de comp­teurs méca­ni­ques à des comp­teurs élec­tro­ni­ques. La com­mu­ne en atten­dait un gain d’ef­fi­ca­ci­té dans la fac­tu­ra­ti­on. En revan­che, le plaignant crai­gnait que des tiers non auto­ri­sés pui­s­sent s’in­tro­dui­re dans le système radio et éta­b­lir un pro­fil de con­som­ma­ti­on. Il esti­ma­it en out­re que la trans­mis­si­on per­ma­nen­te des don­nées por­tait att­ein­te à ses droits de la per­son­na­li­té et que le prin­ci­pe de pré­ven­ti­on des don­nées n’é­tait pas respec­té. En con­sé­quence, il a deman­dé que le fonc­tion­ne­ment du nou­vel appa­reil soit ramené à celui d’un comp­teur tra­di­ti­on­nel, d’autant plus que des vari­an­tes plus respec­tueu­ses des don­nées sont disponibles.

La com­mu­ne a fait valoir que les don­nées ne pré­sen­tai­ent aucun inté­rêt et que leur décryp­ta­ge néces­si­terait, selon les indi­ca­ti­ons du fab­ri­cant de l’ap­pa­reil, “une péri­ode de 6,4E+20 ou 640’000’000’000’000’000 ans” (arrêt WBE.2019.383 du tri­bu­nal admi­ni­stra­tif d’Ar­go­vie du 8 avril 2020, con­sid. 4.2).

Dans un pre­mier temps, le Tri­bu­nal fédé­ral a con­sidé­ré les don­nées rela­ti­ves à la con­som­ma­ti­on d’eau com­me des don­nées per­son­nel­les et leur enre­gi­stre­ment et leur trans­mis­si­on com­me un trai­te­ment de don­nées (con­sid. 5.3.2). Il a ensuite admis l’e­xi­stence d’u­ne att­ein­te à l’au­to­dé­ter­mi­na­ti­on en matiè­re d’in­for­ma­ti­on (art. 13, al. 2, Cst.) et a éva­lué sa licéi­té à l’au­ne de l’art. 36 Cst. Il a admis le prin­ci­pe de la base léga­le, de l’in­té­rêt public et de la pro­por­ti­on­na­li­té, mais uni­quement pour le cas de l’ar­tic­le 5. Date de fac­tu­ra­ti­on (E. 5.6). Il a jugé inad­mis­si­ble que le comp­teur d’eau enre­gist­re en out­re les valeurs horai­res pen­dant huit mois et les trans­met­te par radio tou­tes les 30 secon­des. Dans cet­te mesu­re, le Tri­bu­nal fédé­ral a nié la pro­por­ti­on­na­li­té, par­ce qu’il n’a pas Néces­si­té manque :

Le fait que ces don­nées soi­ent très bien pro­té­gées, selon les expli­ca­ti­ons pré­cis­es et con­vain­can­tes de l’in­stance pré­cé­den­te, et qu’u­ne uti­li­sa­ti­on abu­si­ve pui­s­se être qua­si­ment exclue ou sem­ble très impro­ba­ble, n’y chan­ge rien. […]. La sécu­ri­té des don­nées à elle seu­le ne peut pas com­pen­ser le fait que plus de don­nées per­son­nel­les que néces­saire sont trai­tées dans le cas pré­sent. Dans le cas con­trai­re, le prin­ci­pe de néces­si­té n’au­rait plus d’im­portance si l’in­stance trai­tant les don­nées peut prou­ver qu’el­le a pris des mesu­res de pro­tec­tion suf­fi­san­tes. Le prin­ci­pe de néces­si­té ou de pré­ven­ti­on et d’é­co­no­mie des don­nées a pour but d’é­vi­ter la coll­ec­te et le trai­te­ment de don­nées non néces­saires. Dans ce sens, leur pro­tec­tion est éga­le­ment mieux garan­tie : les don­nées inexi­stan­tes ne peu­vent pas être uti­li­sées à mau­vais esci­ent. (E. 5.5.3 in fine)

Dans ce con­tex­te, l’af­fir­ma­ti­on de la com­mu­ne selon laquel­le elle ne sou­hai­tait pas du tout uti­li­ser les don­nées excé­den­tai­res n’é­tait pas non plus uti­le (con­sid. 5.4.1 in fine). Le Tri­bu­nal fédé­ral a par­ti­el­le­ment admis le recours et a ren­voyé l’af­fai­re au con­seil com­mu­nal pour réexamen.