Ven­te à emporter (AI)
  • CJUE : les adres­ses IP dyna­mi­ques sont con­sidé­rées com­me des don­nées à carac­tère per­son­nel lorsque les four­nis­seurs peu­vent uti­li­ser des moy­ens légaux pour iden­ti­fier la per­son­ne concernée.
  • La Cour fédé­ra­le de justi­ce alle­man­de a con­fir­mé la juris­pru­dence de la CJCE et a qua­li­fié les adres­ses IP dyna­mi­ques de maniè­re géné­ra­le de don­nées per­son­nel­les pour les four­nis­seurs de médi­as en ligne.
  • La Cour fédé­ra­le de justi­ce souli­gne les pos­si­bi­li­tés d’ac­cès via les auto­ri­tés de pour­suite péna­le et de sécu­ri­té ain­si que les droits d’in­for­ma­ti­on vis-à-vis des four­nis­seurs d’ac­cès à Internet.
  • La juris­pru­dence sui­s­se Logi­step s’en tient à une éva­lua­ti­on au cas par cas ; les adres­ses IP dyna­mi­ques ne sont qu’ex­cep­ti­on­nel­le­ment liées à une personne.

La CJCE a déci­dé par Juge­ment dans l’af­fai­re Brey­er du 19 octobre 2016 sur les adres­ses IP dynamiques :

la lumiè­re de ce qui pré­cè­de, il y a lieu de répond­re à la pre­miè­re que­sti­on que l’ar­tic­le 2, sous a), de la direc­ti­ve 95/46 doit être inter­pré­té en ce sens qu’u­ne adres­se IP dyna­mi­que enre­gi­strée par un four­nis­seur de ser­vices de médi­as en ligne lors de l’ac­cès d’u­ne per­son­ne à un site Inter­net que ce four­nis­seur rend géné­ra­le­ment acce­s­si­ble con­sti­tue, pour ce four­nis­seur, une don­née à carac­tère per­son­nel au sens de ladi­te dis­po­si­ti­on, s’il dis­po­se de moy­ens juri­di­ques lui per­met­tant de fai­re déter­mi­ner la per­son­ne con­cer­née sur la base des infor­ma­ti­ons com­plé­men­tai­res dont dis­po­se le four­nis­seur d’ac­cès à Inter­net de cet­te personne.

Nous avons a rap­por­té à ce sujet. Cet arrêt avait été ren­du sur ren­voi de la Cour suprê­me alle­man­de (BGH). Par la suite, la BGH a pour­suivi la pro­cé­du­re et a sta­tué en tenant comp­te de la décis­i­on de la CJCE (Az. VI ZR 135/13 du 16 mai 2017). En ce qui con­cer­ne les adres­ses IP dyna­mi­ques, la Cour fédé­ra­le de justi­ce a ren­du la décis­i­on sui­van­te (la pro­cé­du­re con­cer­nait en out­re une que­sti­on rela­ti­ve à la loi alle­man­de sur les télé­mé­di­as (TMG)) :

a) L’adres­se IP dyna­mi­que enre­gi­strée par un four­nis­seur de ser­vices de médi­as en ligne lors de l’ac­cès d’u­ne per­son­ne à une page Inter­net que ce four­nis­seur rend acce­s­si­ble à tous, con­sti­tue pour le four­nis­seur une don­née à carac­tère per­son­nel au sens de l’ar­tic­le 12, para­gra­phes 1 et 2, de la TMG, en liai­son avec l’ar­tic­le 3, para­gra­phe 1, de la BDSG (con­ti­nua­tion de la CJUE NJW 2016, 3579).

Les con­sidé­ra­ti­ons y affé­ren­tes sont les suivantes :

23 La pos­si­bi­li­té d’as­so­cier une adres­se IP dyna­mi­que aux infor­ma­ti­ons sup­p­lé­men­tai­res dont dis­po­se le four­nis­seur d’ac­cès à Inter­net con­sti­tue un moy­en qui peut rai­sonnablem­ent être uti­li­sé pour iden­ti­fier la per­son­ne con­cer­née. Dans sa décis­i­on de ren­voi, la juri­dic­tion de ren­voi indi­que cer­tes que le droit alle­mand ne per­met pas au four­nis­seur d’ac­cès à Inter­net de trans­mett­re direc­te­ment au four­nis­seur de ser­vices de médi­as en ligne les infor­ma­ti­ons sup­p­lé­men­tai­res néces­saires pour iden­ti­fier la per­son­ne con­cer­née, mais il sem­ble que, sous réser­ve des véri­fi­ca­ti­ons que la juri­dic­tion de ren­voi dev­ra effec­tuer à cet égard, il exi­ste des pos­si­bi­li­tés juri­di­ques per­met­tant au four­nis­seur de ser­vices de médi­as en ligne de s’adress­er à l’au­to­ri­té com­pé­ten­te, notam­ment en cas de cyberat­ta­ques, afin que cel­le-ci pren­ne les mesu­res néces­saires pour obte­nir les infor­ma­ti­ons en que­sti­on du four­nis­seur d’ac­cès à Inter­net et enga­ger des pour­suites. Le four­nis­seur de ser­vices de médi­as en ligne sem­ble donc dis­po­ser de moy­ens qui pour­rai­ent rai­sonnablem­ent être mis en œuvre pour per­mett­re, avec l’ai­de de tiers, à savoir l’au­to­ri­té com­pé­ten­te et le four­nis­seur d’ac­cès à Inter­net, d’i­den­ti­fier la per­son­ne con­cer­née à par­tir des adres­ses IP stockées.

24 cc) Sur cet­te base, l’é­lé­ment con­sti­tu­tif “don­nées à carac­tère per­son­nel” de l’ar­tic­le 12, para­gra­phes 1 et 2, de la TMG, lu en com­bi­nai­son avec l’ar­tic­le 3, para­gra­phe 1, de la BDSG doit être inter­pré­tée con­for­mé­ment à la direc­ti­ve en ce sens qu’u­ne adres­se IP dyna­mi­queLe ter­me de “don­nées per­son­nel­les” dési­gne les don­nées enre­gi­strées par un four­nis­seur de ser­vices de médi­as en ligne lors de l’ac­cès d’u­ne per­son­ne à une page Inter­net que ce four­nis­seur rend acce­s­si­ble à tous, pour le four­nis­seur con­sti­tue une don­née à carac­tère per­son­nel au sens de ladi­te disposition.

25 En effet, la défen­der­es­se dis­po­se de moy­ens juri­di­ques qui peu­vent rai­sonnablem­ent être mis en œuvre pour fai­re déter­mi­ner, avec l’ai­de de tiers, à savoir l’au­to­ri­té com­pé­ten­te et le four­nis­seur d’ac­cès à Inter­net, la per­son­ne con­cer­née à par­tir des adres­ses IP stockées (voir Cour pré­ci­tée, point 47).

26 La défen­der­es­se peut – dans le cas d’un pré­ju­di­ce déjà sur­ve­nu por­ter plain­te auprès des auto­ri­tés de pour­suite péna­le ; en cas de men­ace de pré­ju­di­ce, elle peut fai­re appel aux auto­ri­tés com­pé­ten­tes en matiè­re de pré­ven­ti­on des ris­ques. Con­for­mé­ment à l’ar­tic­le 100j, para­gra­phes 2 et 1, du code de pro­cé­du­re péna­le, et à l’ar­tic­le 113 de la loi sur les télé­com­mu­ni­ca­ti­ons (voir BVerfGE 130, 151), les auto­ri­tés com­pé­ten­tes pour la pour­suite des infrac­tions péna­les ou admi­ni­stra­ti­ves peu­vent à cet­te fin deman­der des infor­ma­ti­ons aux four­nis­seurs d’ac­cès à Inter­net si cer­tai­nes con­di­ti­ons sont rem­pliesIl en va de même pour les auto­ri­tés char­gées de la pré­ven­ti­on des ris­ques pour la sécu­ri­té ou l’ord­re public, les auto­ri­tés de pro­tec­tion de la Con­sti­tu­ti­on de l’É­tat fédé­ral et des Län­der, le Ser­vice de cont­re-espion­na­ge mili­taire et le Ser­vice fédé­ral de rens­eig­ne­ment, afin de pré­ve­nir les ris­ques pour la sécu­ri­té ou l’ord­re public ou pour l’ac­com­plis­se­ment des tâches léga­les des ser­vices pré­ci­tés. Les don­nées à inclu­re dans un rens­eig­ne­ment peu­vent éga­le­ment être déter­mi­nées sur la base d’u­ne adres­se de pro­to­co­le Inter­net attri­buée à un moment don­né. Cela per­met de ras­sem­bler les infor­ma­ti­ons obte­nues et de déter­mi­ner l’uti­li­sa­teur (voir Cour de justi­ce, op. cit., point 49 in fine).

La BGH con­sidè­re donc les adres­ses IP dyna­mi­ques com­me des don­nées à carac­tère per­son­nel de maniè­re géné­ra­le, indé­pen­dam­ment de cir­con­stances par­ti­cu­liè­res. En par­ti­cu­lier, elle n’e­xi­ge pas qu’il exi­ste des indi­ces d’u­ne situa­ti­on dans laquel­le les pos­si­bi­li­tés pro­cé­du­ra­les men­ti­onnées devi­en­nent con­crè­te­ment per­ti­nen­tes. La que­sti­on de savoir si cela cor­re­spond aux pre­scrip­ti­ons de la CJCE est mise en dou­te (voir les Note de Me Tho­mas Stad­ler).

En Sui­s­se, c’est tou­jours la Juris­pru­dence Logi­step. Selon elle, les moy­ens d’i­den­ti­fi­ca­ti­on à la dis­po­si­ti­on du titu­lai­re et/ou du desti­na­tai­re sont éga­le­ment déter­mi­nants, mais elle met beau­coup plus l’ac­cent sur les cir­con­stances du cas d’espèce :

que la néces­si­té de l’in­ter­ven­ti­on d’un tiers n’est pas déter­mi­nan­te tant que, dans l’en­sem­ble, l’ef­fort du man­dant pour déter­mi­ner la per­son­ne con­cer­née n’est pas si important que l’on ne pour­rait plus s’at­tendre, selon l’expé­ri­ence géné­ra­le de la vie, à ce qu’il le pren­ne sur lui (cf. con­sid. 3.1 ci-des­sus). Une tel­le situa­ti­on doit être éva­luée en fonc­tion des cir­con­stances con­crè­tes du cas d’e­spè­ce. Il n’est donc pas pos­si­ble de déter­mi­ner de maniè­re abstrai­te s’il s’a­git ou non de don­nées per­son­nel­les (en par­ti­cu­lier pour les adres­ses IP dynamiques).

En Sui­s­se, les adres­ses IP dyna­mi­ques ne sont donc tou­jours pas, de maniè­re géné­ra­le, des don­nées per­son­nel­les pour le four­nis­seur d’ac­cès à Inter­net, mais seu­le­ment à tit­re excep­ti­on­nel (à moins que d’aut­res don­nées per­met­tant une iden­ti­fi­ca­ti­on ne soi­ent éga­le­ment coll­ec­tées, et sous réser­ve qu’u­ne adres­se IP iden­ti­fie le four­nis­seur d’ac­cès, qui est un sujet de don­nées selon le droit enco­re en vigueur). On peut dou­ter que la situa­ti­on juri­di­que soit dif­fé­ren­te en Euro­pe (même après le RGPD).