Ven­te à emporter (AI)
  • La FINMA gère depuis 2009 un recueil de don­nées per­met­tant d’éva­luer la garan­tie d’u­ne acti­vi­té irréprochable et l’e­xer­ci­ce de la profession.
  • Le Tri­bu­nal admi­ni­stra­tif fédé­ral con­fir­me la base léga­le (art. 17, al. 2, LPD ; art. 23 LFINMA) et le pou­voir de délégation.
  • L’art. 3 de l’or­don­nan­ce sur les don­nées de la FINMA énumè­re des exemp­les, mais n’est pas exhaus­tif ; d’aut­res don­nées per­ti­nen­tes peu­vent être incluses.
  • L’in­scrip­ti­on sur la liste de sur­veil­lan­ce inter­ne de soup­çons qui n’ont pas été cla­ri­fi­és de maniè­re défi­ni­ti­ve ne vio­le pas le prin­ci­pe d’e­xac­ti­tu­de, pour autant que l’ob­li­ga­ti­on de s’assurer soit respectée.

[décis­i­on annulée par le Tri­bu­nal fédé­ral ; voir le rap­port chez swiss­blawg]

La FINMA gère depuis 2009 le recueil de don­nées “Garan­tie d’u­ne acti­vi­té irréprochable et d’un exer­ci­ce pro­fes­si­on­nel irréprochable” dont le but est “d’é­ta­b­lir un recueil de don­nées auxi­li­ai­res per­met­tant d’éva­luer si cer­tai­nes per­son­nes phy­si­ques pré­sen­tent ou pré­s­en­ter­ai­ent pour cer­tai­nes fonc­tions auprès d’as­su­jet­tis la garan­tie d’u­ne acti­vi­té irréprochable exi­gée par les lois de surveillance”.

Un anci­en cad­re supé­ri­eur d’u­ne ban­que qui avait gra­ve­ment enfreint le droit sui­s­se des mar­chés finan­ciers a d’a­bord deman­dé l’ac­cès à ses don­nées dans le fichier sus­ment­i­onné, puis leur sup­pres­si­on et l’in­ter­dic­tion de tout aut­re trai­te­ment de ses don­nées. La FINMA a reje­té cet­te demande.

Le TAF con­fir­me cet­te décis­i­on:

Il exi­ste une base léga­le (LPD 17 II) pour la gesti­on du fichier :

L’e­xi­gence pré­vue à l’art. 17, al. 2, LPD, selon laquel­le le trai­te­ment de don­nées per­son­nel­les sen­si­bles et de pro­fils de la per­son­na­li­té doit être ancré dans une loi au sens for­mel, est donc rem­plie. La dis­po­si­ti­on con­ti­ent éga­le­ment une délé­ga­ti­on expres­se pour rég­ler d’aut­res détails. Le point de vue du recou­rant selon lequel, par­ce que le légis­la­teur a lui-même expres­sé­ment men­ti­onné divers aut­res fichiers dans la loi sur les mar­chés finan­ciers appli­ca­ble, cela serait néces­saire pour tous les fichiers de l’in­stance infé­ri­eu­re, est mani­fe­stem­ent dénué de fon­de­ment au vu du libel­lé clair de cet­te nor­me de délégation.

2.4.2 Se fond­ant sur l’art. 23 al. 1 LFINMA, l’in­stance infé­ri­eu­re a ren­du la Ordon­nan­ce sur les don­nées-FIN­MAL’art. 1 de cet­te con­ven­ti­on décrit son objet com­me suit :
“1 La FINMA intèg­re dans un fichier les don­nées de per­son­nes dont la garan­tie d’u­ne acti­vi­té irréprochable au sens des lois sur les mar­chés finan­ciers et de la LFINMA est dou­teu­se ou inexistante.
2 Elle gère le fichier afin de s’assurer que seu­les les per­son­nes pré­sen­tant la garan­tie d’u­ne acti­vi­té com­mer­cia­le irréprochable :
a. sont char­gés de l’ad­mi­ni­stra­ti­on ou de la gesti­on d’as­su­jet­tis, ou
b. déti­en­nent une par­ti­ci­pa­ti­on déter­mi­nan­te dans les assujettis”.

2.4.3 En ce qui con­cer­ne le but du trai­te­ment des don­nées, il res­sort de l’art. 23 al. 1 LFINMA que l’au­to­ri­té infé­ri­eu­re trai­te des don­nées per­son­nel­les, y com­pris des don­nées sen­si­bles et des pro­fils de la per­son­na­li­té, “dans le cad­re de la sur­veil­lan­ce pré­vue par la pré­sen­te loi et les lois sur les mar­chés financiers”.

La liste de l’art. 3 de l’or­don­nan­ce sur les don­nées de la FINMA n’est pas exhaustive :

3.1 L’art. 3 de l’or­don­nan­ce sur les don­nées de la FINMA con­ti­ent une énu­mé­ra­ti­on des don­nées qui doi­vent figu­rer dans le fichier. Selon cet­te dis­po­si­ti­on, le fichier con­ti­ent les don­nées suivantes : […].
3.1.1 Il ne res­sort pas du libel­lé de cet­te dis­po­si­ti­on si la liste doit être con­sidé­rée com­me exhaus­ti­ve ou non.

3.1.4 Il res­sort donc de l’in­ter­pré­ta­ti­on que l’o­pi­ni­on du recou­rant selon laquel­le seu­les les don­nées expres­sé­ment énu­mé­rées à l’art. 3 de l’or­don­nan­ce sur les don­nées de la FINMA peu­vent être inté­g­rées dans le fichier ne peut pas être sui­vie. Il faut au con­trai­re par­tir du prin­ci­pe que cet­te liste n’est pas exhaus­ti­ve et que l’in­stance infé­ri­eu­re est habi­li­tée à inté­grer dans le fichier tou­tes les don­nées qui pour­rai­ent, avec une cer­taine pro­ba­bi­li­té, être per­ti­nen­tes dans la per­spec­ti­ve d’u­ne future éva­lua­ti­on de la garan­tie d’u­ne acti­vi­té irréprochable.

L’en­re­gi­stre­ment de soup­çons qui n’ont pas fait l’ob­jet d’u­ne enquête défi­ni­ti­ve ne vio­le pas le prin­ci­pe d’exactitude :

Situa­ti­on de départ :

Selon l’ar­tic­le 5, ali­néa 1 de la LPD, celui qui trai­te des don­nées per­son­nel­les doit s’assurer de leur exac­ti­tu­de. Le trai­te­ment de don­nées per­son­nel­les inexac­tes n’est illi­ci­te que si leur inexac­ti­tu­de est due à un man­que de véri­fi­ca­ti­on de la part du responsable du trai­te­ment. L’ob­li­ga­ti­on de s’assurer de l’e­xac­ti­tu­de des don­nées per­son­nel­les qu’il trai­te, con­for­mé­ment à l’art. 5 al. 1 LPD, impli­que que l’or­ga­ne fédé­ral responsable doit véri­fier d’of­fice dès que des indi­ces con­crets d’in­exac­ti­tu­de lui sont sou­mis avec une deman­de de rec­ti­fi­ca­ti­on. S’il ne rem­plit pas cet­te obli­ga­ti­on ou s’il le fait de maniè­re insuf­fi­san­te, le trai­te­ment futur des don­nées con­cer­nées devi­ent illi­ci­te et justi­fie ain­si le droit à l’o­mis­si­on et à la rec­ti­fi­ca­ti­on selon l’art. 25 al. 1 let. a et al. 3 let. a LPD (cf. JAN BANGERT, in : Bas­ler Kom­men­tar DSG, op. cit. 46 f. p. 471 ; Yvonne JÖHRI, in : Hand­kom­men­tar zum Daten­schutz­ge­setz, 2008, art. 25 N. 12 ss. P. 588 ; TV 2013/30 E. 4.1 ; VPB 65.51). La loi sur la pro­tec­tion des don­nées ne con­naît pas d’ob­li­ga­ti­on pro­pre­ment dite de ne trai­ter que des don­nées exac­tes. Le responsable du trai­te­ment des don­nées est uni­quement tenu de s’assurer de l’e­xac­ti­tu­de des don­nées qu’il trai­te. Il con­vi­ent d’ex­ami­ner au cas par cas jus­qu’où il doit aller dans ses inve­sti­ga­ti­ons sur l’e­xac­ti­tu­de. Les élé­ments déter­mi­nants sont notam­ment la fina­li­té du fichier, la mesu­re dans laquel­le les don­nées sont com­mu­ni­quées et leur sen­si­bi­li­té. […].

La FINMA n’a pas vio­lé ces principes :

4.2 La liste de sur­veil­lan­ce de l’in­stance infé­ri­eu­re dont il est que­sti­on sert, com­me nous l’a­vons expli­qué, exclu­si­ve­ment à la gesti­on inter­ne des con­nais­sances de l’au­to­ri­té. Il s’a­git d’un recueil de don­nées pure­ment inter­ne, que seuls quel­ques col­la­bo­ra­teurs de l’in­stance infé­ri­eu­re ont le droit de con­sul­ter. L’in­stance infé­ri­eu­re y coll­ec­te des don­nées qui pour­rai­ent, avec une cer­taine pro­ba­bi­li­té, être per­ti­nen­tes en vue d’u­ne future éva­lua­ti­on de la garan­tie d’u­ne acti­vi­té irréprochable. La défi­ni­ti­on de l’art. 1 de l’or­don­nan­ce sur les don­nées de la FINMA, selon laquel­le les don­nées de “per­son­nes dont la garan­tie d’u­ne acti­vi­té irréprochable est dou­teu­se ou inexi­stan­te” sont coll­ec­tées, mont­re déjà clai­re­ment que des soup­çons qui n’ont pas enco­re été cla­ri­fi­és de maniè­re défi­ni­ti­ve peu­vent être docu­men­tés dans le fichier.

L’in­stance infé­ri­eu­re a reçu ce docu­ment de la ban­que X., respec­ti­ve­ment de ses avo­cats. Les enquêtes inter­nes de ban­ques acti­ves au niveau inter­na­tio­nal ne sont typi­quement pas menées par la ban­que elle-même, mais par un cabi­net d’a­vo­cats ou une socié­té d’au­dit, qui sont inter­na­tio­na­le­ment recon­nus pour la qua­li­té et l’in­dé­pen­dance de leurs enquêtes, notam­ment par les auto­ri­tés de sur­veil­lan­ce étran­gè­res con­cer­nées. Si l’in­stance infé­ri­eu­re a accep­té, pour sa coll­ec­te de don­nées, des piè­ces justi­fi­ca­ti­ves ou des procès-ver­baux issus d’u­ne tel­le enquête inter­ne, on ne peut pas lui repro­cher de ne pas avoir satis­fait à son obli­ga­ti­on de s’assurer, du moins tant qu’il n’e­xi­ste pas d’in­di­ces con­crets qui per­met­trai­ent de dou­ter de l’au­then­ti­ci­té ou de l’e­xac­ti­tu­de des docu­ments concernés.