Ven­te à emporter (AI)
  • La CNIL inf­li­ge une amen­de de 50 mil­li­ons d’eu­ros à Goog­le LLC pour man­quement à l’ob­li­ga­ti­on de trans­pa­rence, infor­ma­ti­on insuf­fi­san­te et absence de consentement.
  • Les infor­ma­ti­ons sur la pro­tec­tion des don­nées ne sont pas faci­le­ment acce­s­si­bles ; les infor­ma­ti­ons sur les fina­li­tés, la durée de con­ser­va­ti­on et les caté­go­ries de don­nées sont disper­sées dans plu­sieurs docu­ments liés.
  • Le con­sen­te­ment pour la per­son­na­li­sa­ti­on publi­ci­taire est inef­fi­cace : pas clair, pré­sélec­tion­né, visi­ble seu­le­ment après l’ac­tion de l’uti­li­sa­teur et seu­le­ment en bloc au lieu de par traitement.
  • La déter­mi­na­ti­on de la sanc­tion repo­se sur l’am­pleur du trai­te­ment des don­nées, le carac­tère con­tinu des infrac­tions et le nombre éle­vé d’uti­li­sa­teurs en rai­son de la posi­ti­on domi­nan­te d’An­droid sur le marché.

La CNIL a inf­li­gé une amen­de de 50 mil­li­ons d’eu­ros à Goog­le LLC pour man­quement à l’ob­li­ga­ti­on de trans­pa­rence, infor­ma­ti­on insuf­fi­san­te et absence de con­sen­te­ment à la per­son­na­li­sa­ti­on de la publi­ci­té. Cet­te amen­de fait suite à une enquête déclen­chée par des plain­tes dépo­sées fin mai 2018 par None Of Your Busi­ness (“NOYB” de Max Schrems) et l’as­so­cia­ti­on La Qua­dra­tu­re du Net (“LQDN”) a été déclen­chée. Il ne s’est donc écoulé que six mois envi­ron ent­re la récep­ti­on des plain­tes et la noti­fi­ca­ti­on de l’a­men­de, ce qui n’a sans dou­te été pos­si­ble que par­ce que le méca­nis­me du guichet uni­que ne s’ap­pli­que pas à Goog­le LLC, dont le siè­ge se trouve aux États-Unis, c’est-à-dire dans un pays tiers.

Docu­ments disponibles :

Lacu­nes con­sta­tées dans les infor­ma­ti­ons rela­ti­ves à la pro­tec­tion des données

Sur le fond, la CNIL cri­tique le fait que les infor­ma­ti­ons sur la pro­tec­tion des don­nées de Goog­le ne sont pas “faci­le­ment acce­s­si­bles” au sens de l’ar­tic­le 12, para­gra­phe 1, du RGPD. La struc­tu­re de l’a­vis de con­fi­den­tia­li­té ne per­met pas de four­nir des infor­ma­ti­ons con­for­mes à la loi, car les indi­ca­ti­ons sur les fina­li­tés du trai­te­ment, la durée de con­ser­va­ti­on ou les caté­go­ries de don­nées trai­tées sont disper­sées dans plu­sieurs docu­ments reliés ent­re eux. Il faut par­fois cinq à six clics pour con­sul­ter tou­tes les infor­ma­ti­ons, par exemp­le lorsque l’uti­li­sa­teur veut savoir com­ment Goog­le trai­te les don­nées de géolocalisation.

En out­re, les uti­li­sa­teurs ne serai­ent pas en mesu­re de com­prend­re l’am­pleur du trai­te­ment effec­tué par Goog­le. Ce trai­te­ment serait par­ti­cu­liè­re­ment mas­sif et les indi­ca­ti­ons sur les fina­li­tés du trai­te­ment et les don­nées trai­tées par fina­li­té serai­ent trop géné­ra­les et impré­cis­es. De même, la per­son­na­li­sa­ti­on de la publi­ci­té ne serait pas suf­fi­sam­ment clai­re quant au fait qu’el­le repo­se sur le con­sen­te­ment de l’uti­li­sa­teur et non sur un inté­rêt légiti­me. Enfin, la durée de con­ser­va­ti­on des don­nées n’est pas indiquée.

Con­sen­te­ment non valable

Goog­le s’ap­pu­ie sur un con­sen­te­ment pour la per­son­na­li­sa­ti­on de la publi­ci­té, mais ce con­sen­te­ment n’est pas vala­blem­ent don­né. Le con­sen­te­ment (c’est-à-dire l’uti­li­sa­teur) n’est pas suf­fi­sam­ment infor­mé, à nou­veau par­ce que la descrip­ti­on des trai­te­ments est disper­sée dans dif­fér­ents docu­ments, et le con­sen­te­ment n’est pas non plus suf­fi­sam­ment clair (“spé­ci­fi­que”) et sans équi­vo­que, notam­ment par­ce que les choix pos­si­bles lors de l’ou­ver­tu­re d’un comp­te d’uti­li­sa­teur ne sont affi­chés qu’a­près une action de l’uti­li­sa­teur et que les opti­ons sont pré-cochées, et par­ce que l’uti­li­sa­teur ne peut don­ner son con­sen­te­ment qu’en bloc au lieu de le don­ner sépa­ré­ment pour chaque traitement.

Cal­cul de la sanction

En ce qui con­cer­ne la déter­mi­na­ti­on de la sanc­tion, la CNIL men­ti­on­ne les cir­con­stances suivantes :

  • l’é­ten­due du trai­te­ment et des liens ent­re les don­nées et l’im­portance des ser­vices de Goog­le pour les utilisateurs ;
  • le carac­tère con­tinu des infractions ;
  • Nombre d’uti­li­sa­teurs du système Android con­cer­nés, “comp­te tenu de la place prépon­dé­ran­te qu’oc­cupe le système d’ex­plo­ita­ti­on Android sur le mar­ché fran­çais” – une posi­ti­on domi­nan­te sur le mar­ché réson­ne ici com­me un fac­teur aggravant.