Ven­te à emporter (AI)
  • La P‑LD régle­men­te de maniè­re extra­ter­ri­to­ria­le les don­nées maté­ri­el­les et pénèt­re ain­si éga­le­ment les pro­duits et ser­vices des four­nis­seurs sui­s­ses sur le mar­ché de l’EEE.
  • Les fab­ri­cants doi­vent garan­tir un “accès aux don­nées fac­tu­el­les dès la con­cep­ti­on” ; les uti­li­sa­teurs béné­fi­ci­ent de droits éten­dus en matiè­re de por­ta­bi­li­té des don­nées ; des excep­ti­ons sont pré­vues pour les PME.
  • Le nou­veau con­trô­le des clau­ses pro­tège les PME dans le domaine B2B ; inter­dic­tion glo­ba­le de cer­tai­nes clau­ses de con­di­ti­ons géné­ra­les et de cont­rats types prévue.
  • Accès des auto­ri­tés aux don­nées pri­vées pos­si­ble en cas d’ur­gence ; chan­ge­ment de cloud, interopé­ra­bi­li­té et pro­tec­tion cont­re les divul­ga­ti­ons trans­fron­ta­liè­res réglementés.

Avec son Pro­jet de décret pour une loi sur les don­nées (E‑DG), la Com­mis­si­on euro­pé­en­ne a pré­sen­té le der­nier élé­ment de sa stra­té­gie euro­pé­en­ne en matiè­re de don­nées. Le P‑DG doit rég­ler qui peut uti­li­ser les don­nées (y com­pris les don­nées maté­ri­el­les) pro­dui­tes dans l’EEE et y avoir accès. La Com­mis­si­on euro­pé­en­ne espè­re ain­si cré­er un mar­ché des don­nées plus com­pé­ti­tif, plus équi­ta­ble et plus innovant.

Champ d’ap­pli­ca­ti­on extra­ter­ri­to­ri­al de la LDE

Com­me le pré­voit le règle­ment géné­ral sur la pro­tec­tion des don­nées (RGPD), l’E-DG a un effet extra­ter­ri­to­ri­al. Tou­te­fois, con­trai­re­ment au RGPD, la P‑LD s’ap­pli­que éga­le­ment aux don­nées maté­ri­el­les. Les obli­ga­ti­ons qu’el­le con­ti­ent sont par­ti­cu­liè­re­ment per­ti­nen­tes pour les fab­ri­cants sui­s­ses qui pro­po­sent des pro­duits en réseau (“Inter­net of Things”) sur le mar­ché de l’EEE. L’E-DSG cite com­me exemp­les les véhi­cu­les, les biens de con­som­ma­ti­on ou les machi­nes indu­stri­el­les con­nec­tés. En revan­che, les pro­duits dont l’ob­jec­tif pre­mier est la pré­sen­ta­ti­on ou la trans­mis­si­on de con­te­nus (p. ex. tablet­tes ou camé­ras) ne sont pas cou­verts par le champ d’ap­pli­ca­ti­on. De même, la P‑LPD est per­ti­nen­te pour les four­nis­seurs sui­s­ses ayant des cli­ents dans l’EEE de (i) ser­vices en nuage ou (ii) ser­vices numé­ri­ques (y com­pris les logi­ciels) néces­saires à l’uti­li­sa­ti­on de pro­duits connectés.

La LDE régit le trai­te­ment des don­nées géné­rées lors de l’uti­li­sa­ti­on des pro­duits ou ser­vices sus­ment­i­onnés (p. ex. don­nées géné­rées par les actions de l’uti­li­sa­teur, don­nées de dia­gno­stic), indé­pen­dam­ment du fait que l’uti­li­sa­teur soit une per­son­ne phy­si­que ou mora­le. Sont tou­te­fois exclues du champ d’ap­pli­ca­ti­on les don­nées que le fab­ri­cant ou le four­nis­seur cal­cu­le ou crée lui-même ou qu’il déduit d’u­ne aut­re maniè­re des actions ou des évé­ne­ments de l’uti­li­sa­teur (con­sid. 14).

Droit d’ac­cès aux don­nées des appareils en réseau

L’E-DSG com­prend ent­re autres

  • le prin­ci­pe du “Accès aux don­nées fac­tu­el­les by design”. Les fab­ri­cants d’ap­pareils en réseau ou les four­nis­seurs de ser­vices inté­gra­le­ment con­nec­tés à ces appareils doi­vent les conce­voir de maniè­re à ce que les uti­li­sa­teurs aient accès aux don­nées d’uti­li­sa­ti­on géné­rées (art. 3, al. 1, P‑LPD). Pour att­eind­re cet objec­tif, la P‑LPD intro­duit obli­ga­ti­ons d’in­for­ma­ti­on pré­con­trac­tu­el­les (art. 3, al. 2, P‑LPD). L’in­for­ma­ti­on pré­alable doit por­ter, ent­re aut­res, sur le but et la trans­mis­si­on des don­nées géné­rées par l’uti­li­sa­ti­on de l’ap­pa­reil. Les peti­tes et moy­ennes ent­re­pri­ses (PME, art. 7 P‑LDI) ne sont tou­te­fois pas con­cer­nées par ces obli­ga­ti­ons ; et
  • le Droit de l’uti­li­sa­teur à la por­ta­bi­li­té des don­nées (art. 4 P‑LD) des don­nées géné­rées dans le cad­re de l’uti­li­sa­ti­on, dans cer­ta­ins cas même en con­tinu et en temps réel (“real-time”). Com­me sous le RGPD, l’uti­li­sa­teur peut éga­le­ment deman­der à ce que les don­nées soi­ent direc­te­ment mises à la dis­po­si­ti­on d’un tiers (art. 5, al. 1, P‑LD). Les “gate­kee­pers” au sens du Digi­tal Mar­kets Act n’ent­rent pas en ligne de comp­te en tant que tels tiers. Avec le droit à la por­ta­bi­li­té des don­nées, la Com­mis­si­on euro­pé­en­ne veut notam­ment que les uti­li­sa­teurs pui­s­sent fai­re répa­rer et entre­te­nir leurs appareils con­nec­tés par des tiers à moind­re coût (con­sidé­rant 19).

Les PME béné­fi­ci­ent ici aus­si d’u­ne excep­ti­on (art. 7 P‑LD). Les “gran­des” ent­re­pri­ses qui se voi­ent con­fron­tées à un droit à la por­ta­bi­li­té des don­nées peu­vent, le cas échéant, limi­ter ou refu­ser le por­ta­ge sur la base de secrets com­mer­ci­aux ou de droits de pro­prié­té intellec­tu­el­le (pro­pres ou tiers). Il con­vi­ent tou­te­fois de noter que le P‑LD révi­se la direc­ti­ve euro­pé­en­ne sur les bases de don­nées de maniè­re à ce que les bases de don­nées con­tenant des don­nées d’ap­pareils et d’ob­jets de l’In­ter­net des objets ne béné­fi­ci­ent pas (ou plus) d’u­ne pro­tec­tion simi­lai­re à cel­le du droit d’auteur.

Inter­dic­tion des clau­ses con­trac­tu­el­les abu­si­ves à l’é­gard des PME

De plus, la Com­mis­si­on euro­pé­en­ne s’est fixé pour objec­tif de cré­er un pou­voir de négo­cia­ti­on équi­li­bré pour les PME – ceci par l’in­tro­duc­tion d’u­ne “clau­se de sau­vegar­de”. Con­trô­le des clau­ses dans le domaine B2B en faveur des PME. Cela s’a­vè­re être une att­ein­te glo­ba­le à la liber­té de con­trac­ter – d’autant plus que les PME sont sou­vent, mais pas tou­jours, en posi­ti­on de fai­bles­se lors des négo­cia­ti­ons avec les grands acteurs.

La Com­mis­si­on euro­pé­en­ne con­sidè­re que les clau­ses qui exclu­ent ou limi­tent la responsa­bi­li­té de l’uti­li­sa­teur de con­di­ti­ons géné­ra­les en cas de fau­te inten­ti­on­nel­le ou de nég­li­gence gra­ve sont tout sim­ple­ment illi­ci­tes. Cela ne fera guè­re de bruit sur le mar­ché sui­s­se (cf. art. 100 al. 1 CO), ni dans d’aut­res ord­res juri­di­ques euro­pé­ens (cf. § 309 n° 7 BGB).

Tou­te­fois, le cata­lo­gue des clau­ses pré­su­mées illi­ci­tes est par­fois beau­coup trop géné­ri­que pour être géra­ble dans l’ap­pli­ca­ti­on du droit (“est signi­fi­ca­ti­ve­ment pré­ju­di­cia­ble aux inté­rêts légiti­mes de l’aut­re par­tie con­trac­tan­te”). Il faut espé­rer ici que les Con­di­ti­ons con­trac­tu­el­les types La Com­mis­si­on euro­pé­en­ne a l’in­ten­ti­on d’é­la­bo­rer un gui­de pour aider les PME à “rédi­ger et négo­cier des cont­rats équi­ta­bles pour le par­ta­ge des données”.

Droits d’ac­cès des auto­ri­tés aux don­nées déte­nues par des per­son­nes privées

En out­re, la LDE pré­voit des moy­ens pour les auto­ri­tés d’ac­cé­der et d’uti­li­ser les don­nées déte­nues par le sec­teur pri­vé qui sont néces­saires dans des cir­con­stances par­ti­cu­liè­res (p. ex. inon­da­ti­ons, incen­dies de forêt), à con­di­ti­on que les don­nées ne soi­ent pas dis­po­ni­bles par ail­leurs (artic­le 14 LDE).

Chan­ge­ment de four­nis­seur de cloud

Le P‑LD intro­duit éga­le­ment de nou­vel­les dis­po­si­ti­ons pour per­mett­re aux cli­ents de l’EEE de chan­ger effec­ti­ve­ment de four­nis­seur de ser­vices en nuage et intro­duit des “mesu­res de pro­tec­tion cont­re les trans­ferts illi­ci­tes de don­nées”. En par­ti­cu­lier, les four­nis­seurs de cloud devront à l’avenir

  • sup­p­ri­mer les obs­ta­cles éco­no­mi­ques, tech­ni­ques, con­trac­tuels et orga­ni­sa­ti­on­nelsqui ren­dent un chan­ge­ment plus dif­fi­ci­le. Par exemp­le, les cli­ents doi­vent avoir la pos­si­bi­li­té de rési­lier leur cont­rat après un délai de tren­te jours (art. 23, al. 1, let. a, P‑LDI) ;
  • un dis­po­si­ti­on con­trac­tu­el­le qui per­met­tent au cli­ent de Chan­ge­ment de four­nis­seur auto­ri­se expres­sé­ment et spé­ci­fie les obli­ga­ti­ons du four­nis­seur de cloud qui en décou­lent (par exemp­le, le trans­fert des don­nées, appli­ca­ti­ons et actifs numé­ri­ques existants) ;
  • dans cer­tai­nes cir­con­stances, des con­di­ti­ons fixées par la Com­mis­si­on euro­pé­en­ne les nor­mes tech­ni­ques d’in­teropé­ra­bi­li­té respec­ter ; et
  • mesu­res appro­priées se ren­cont­rent pour divul­ga­ti­on trans­fron­ta­liè­re de don­nées, notam­ment aux auto­ri­tés étran­gè­resLes États mem­bres sont tenus d’empêcher la divul­ga­ti­on de don­nées à carac­tère per­son­nel dans les cas où une tel­le divul­ga­ti­on serait con­trai­re au droit de l’U­ni­on ou au droit d’un État membre.

Con­clu­si­on

Dans l’en­sem­ble, les régle­men­ta­ti­ons con­te­nues dans l’E-DSG ne sont ni néces­saires ni per­ti­nen­tes. De nombreu­ses dis­po­si­ti­ons, tel­les que l’ ”accès aux don­nées fac­tu­el­les dès la con­cep­ti­on”, les obli­ga­ti­ons d’in­for­ma­ti­on, la por­ta­bi­li­té des don­nées ou les “deman­des d’ac­cès légal”, s’in­spi­rent for­te­ment du RGPD. Mais com­me, con­trai­re­ment aux don­nées à carac­tère per­son­nel, l’ob­jec­tif de pro­tec­tion (de tou­te façon peu clair) de l’ ”auto­dé­ter­mi­na­ti­on infor­ma­ti­on­nel­le” fait défaut pour les don­nées maté­ri­el­les, on peut légiti­me­ment se deman­der quel­les con­sidé­ra­ti­ons justi­fi­ent ces obli­ga­ti­ons éten­dues et trans­sec­to­ri­el­les. La volon­té de bri­ser un effet de ver­rouil­la­ge d’o­ri­gi­ne tech­ni­que n’est pas nou­vel­le, mais la por­ta­bi­li­té des don­nées n’est guè­re appro­priée pour l’im­po­ser. Sous le RGPD déjà, cet­te exi­gence vit dans l’ombre. En out­re, les att­ein­tes à la liber­té con­trac­tu­el­le doi­vent être éva­luées de maniè­re critique.

Sur tous les points sus­ment­i­onnés, le pro­jet de règle­ment dev­rait de tou­te façon enco­re subir des modi­fi­ca­ti­ons. Il en va de même pour l’in­tro­duc­tion de nor­mes tech­ni­ques d’in­teropé­ra­bi­li­té, au sujet des­quel­les de nombreu­ses asso­cia­ti­ons pro­fes­si­on­nel­les ont déjà fait part de leur mécontentement.