Ven­te à emporter (AI)
  • La CPD esti­me que les trans­ferts vers les États-Unis au moy­en de Goog­le Ana­ly­tics posent des pro­blè­mes juri­di­ques, car la légis­la­ti­on amé­ri­cai­ne (FISA 702) peut à elle seu­le rend­re inef­fi­caces les clau­ses con­trac­tu­el­les standard.
  • La CPD con­sidè­re les iden­ti­fi­ants Goog­le Ana­ly­tics com­me des don­nées à carac­tère per­son­nel (sin­gu­la­ri­sa­ti­on) et souli­gne l’ob­li­ga­ti­on pour les respons­ables de rend­re des comp­tes pour appor­ter des preuves.

L’au­to­ri­té autri­chi­en­ne de pro­tec­tion des don­nées (DSB) a publié un rap­port détail­lé sur la pro­tec­tion des don­nées. Décis­i­on par­ti­el­le du 22 décembre 2021 con­cer­nant une plain­te de (plus pré­cis­é­ment : repré­sen­tée par) NOYB, l’ONG de Max Schrems. La plain­te était diri­gée cont­re une mai­son d’é­di­ti­on et cont­re Goog­le LLC (États-Unis).

NYOB avait fait valoir que le L’uti­li­sa­ti­on de Goog­le Ana­ly­tics sur le site web de la mai­son d’é­di­ti­on enfreint le RGPDLa Com­mis­si­on euro­pé­en­ne a reje­té la deman­de de la requé­ran­te, car cela impli­quait la com­mu­ni­ca­ti­on de don­nées per­son­nel­les à Goog­le aux États-Unis, sans que les exi­gen­ces du RGPD en matiè­re de com­mu­ni­ca­ti­on de don­nées per­son­nel­les à des États tiers soi­ent remplies.

Goog­le s’est vu con­traint par la décis­i­on de Expli­ca­ti­on de Goog­le Ana­ly­tics (22 jan­vier 2022). La décis­i­on pou­vait être con­te­stée dans un délai de quat­re semain­es ; nous ne savons pas si elle est entrée en vigueur entre-temps.

Le point évi­dent : trans­fert vers les États-Unis

L’uti­li­sa­ti­on de Goog­le Ana­ly­tics ent­raî­ne un trans­fert de don­nées per­son­nel­les de l’Au­tri­che vers les États-Unis. Cer­tes, les clau­ses con­trac­tu­el­les stan­dard ont été con­clues avec Goog­le (enco­re les anci­en­nes clau­ses), mais il est bien con­nu que cel­les-ci ne suf­fi­sent pas tel quel.

Ici, chez Goog­le, il est désor­mais clair que Goog­le est un “Four­nis­seurs de ser­vices de com­mu­ni­ca­ti­ons élec­tro­ni­ques“au sens de la loi FISA 702 et qu’il est sou­mis à cet­te loi. La trans­mis­si­on à Goog­le peut être effec­tuée selon la Arrêt Schrems II donc pas uni­quement sur les clau­ses stan­dard être soutenus.

Il restait à savoir si des “mesu­res de pro­tec­tion sup­p­lé­men­tai­res” au sens de la Lignes direc­tri­ces de l’ED­SA remé­dier à cet­te situa­ti­on. Du point de vue de la CPD, cela n’a pas été le cas, ce qui n’est pas surprenant :

  • Un Rap­port de trans­pa­rence sur les deman­des des auto­ri­tés n’est pas une mesu­re efficace.
  • Le site Pro­tec­tion de la com­mu­ni­ca­ti­on ent­re les ser­vices Goog­le, la pro­tec­tion des don­nées en tran­sit ent­re les cen­tres de don­nées, la pro­tec­tion des com­mu­ni­ca­ti­ons ent­re les uti­li­sa­teurs et les sites web ou une “sécu­ri­té sur site” n’empêchent pas non plus ou ne limi­tent pas les pos­si­bi­li­tés d’ac­cès des ser­vices de rens­eig­ne­ment amé­ri­cains sur la base du droit américain.
  • Le site Cryp­ta­ge des “don­nées au repos dans les cen­tres de don­nées ne suf­fit pas non plus : si l’im­por­ta­teur de don­nées est sou­mis à la nor­me FISA 702, il peut être tenu d’au­to­ri­ser l’ac­cès aux don­nées, y com­pris, le cas échéant, à la clé ;
  • éga­le­ment que les don­nées en que­sti­on pseud­ony­mi­sé ne suf­fit pas. La CPD se réfè­re ici à la “Ori­en­ta­ti­on des auto­ri­tés de sur­veil­lan­ce pour les four­nis­seurs de télé­mé­di­as“de la Con­fé­rence alle­man­de sur la pro­tec­tion des don­nées. Selon cel­le-ci, le mar­quage des uti­li­sa­teurs par un iden­ti­fi­ant n’est pas une mesu­re de pseud­ony­mi­sa­ti­on au sens du RGPD, car les iden­ti­fi­ants sont uti­li­sés “pour rend­re les indi­vi­dus distincts et adress­a­bles. Il n’y a donc pas d’ef­fet pro­tec­teur”. La CPD se con­tente de cet­te indi­ca­ti­on sans se pro­non­cer elle-même sur cet­te que­sti­on, notam­ment sur la rai­son pour laquel­le une pseud­ony­mi­sa­ti­on dev­rait échou­er tant que les indi­vi­dus sont enco­re “distin­gu­ables”. Sur le fond, cela cor­re­spond à l’appro­che de la Sin­gu­la­ri­sa­ti­onLa Com­mis­si­on euro­pé­en­ne a adop­té une direc­ti­ve qui assi­mi­le la DPD à l’i­den­ti­fi­ca­ti­on ; voir ci-dessous.

Cer­tes, la CPD a sans dou­te rai­son de con­sidé­rer Goog­le com­me un “four­nis­seur de ser­vices de com­mu­ni­ca­ti­on élec­tro­ni­que” au sens de la nor­me FISA 702 (même si l’on peut se deman­der si c’est éga­le­ment le cas dans le con­tex­te de Goog­le Ana­ly­tics). La que­sti­on serait tou­te­fois de savoir si l’é­di­teur une rai­son de cro­i­re a décla­ré que “les […] lois et pra­ti­ques du pays tiers de desti­na­ti­on, y com­pris les exi­gen­ces de divul­ga­ti­on des don­nées à carac­tère per­son­nel ou les mesu­res auto­ri­sant les auto­ri­tés publi­ques à accé­der à ces don­nées, empêchent l’im­por­ta­teur de don­nées de rem­plir ses obli­ga­ti­ons au tit­re des pré­sen­tes clau­ses” (clau­se 14(a) des nou­vel­les clau­ses con­trac­tu­el­les types ; de même, bien que moins clai­re­ment, les Lignes direc­tri­ces de l’ED­SA “on mea­su­res that sup­ple­ment trans­fer tools to ensu­re com­pli­ance with the EU level of pro­tec­tion of per­so­nal data”.).

Tou­te­fois, la CPD n’ex­ami­ne pas cet­te que­sti­on, mais se base direc­te­ment sur la juris­pru­dence de la CJCE (Schrems II). Par con­sé­quent, la pro­ba­bi­li­téqu’u­ne pos­si­bi­li­té d’ac­cès thé­o­ri­que des auto­ri­tés amé­ri­cai­nes se mani­fe­ste. Ce appro­che abso­lueL’appro­che que l’on peut enco­re obser­ver dans l’ar­rêt Schrems II dev­rait être com­pa­ti­ble avec les lignes direc­tri­ces de l’ED­SA et, en par­ti­cu­lier, avec les lignes direc­tri­ces de la Com­mis­si­on euro­pé­en­ne. nou­vel­les clau­ses con­trac­tu­el­les types dev­rait être sur­mon­tée. Dans le même temps, il serait pré­somp­tueux d’e­spé­rer que d’aut­res auto­ri­tés de sur­veil­lan­ce euro­pé­en­nes adoptent une appro­che basée sur les pro­ba­bi­li­tés de maniè­re généralisée.

Par ail­leurs, l’ar­tic­le 44 du RGPD (prin­cipes géné­raux en matiè­re de trans­fert de don­nées) con­fè­re aux per­son­nes con­cer­nées un droit d’ac­cès à leurs don­nées per­son­nel­les. droit sub­jec­tif:

Comp­te tenu du libel­lé de l’ar­tic­le 77, para­gra­phe 1, du RGPD, ain­si que de la juris­pru­dence de la CJCE et de la Cour admi­ni­stra­ti­ve d’Au­tri­che, il con­vi­ent de rete­nir com­me résul­tat inter­mé­di­ai­re que la pro­tec­tion des don­nées pré­vue à l’ar­tic­le 77, para­gra­phe 1, du RGPD n’est pas suf­fi­san­te. Cha­pit­re V et en par­ti­cu­lier l’ob­li­ga­ti­on nor­ma­li­sée à l’ar­tic­le 44 du RGPD pour les respons­ables du trai­te­ment et les sous-trai­tants d’assurer le niveau de pro­tec­tion des per­son­nes phy­si­ques garan­ti par le règle­ment, réci­pro­quement aus­si en tant que droit sub­jec­tif devant l’au­to­ri­té de con­trô­le com­pé­ten­te con­for­mé­ment à l’ar­tic­le 77, para­gra­phe 1, du RGPD.

Le point peut-être le plus déli­cat à long ter­me : la noti­on de don­nées à carac­tère personnel

La CPD arri­ve à la con­clu­si­on que des don­nées per­son­nel­les sont trai­tées lors de l’uti­li­sa­ti­on de Goog­le Ana­ly­tics. Il fait ain­si une série de con­sta­ta­ti­ons délicates :

Peut-être : la singularisation

Lors de l’uti­li­sa­ti­on de Goog­le Ana­ly­tics, des iden­ti­fi­ants en ligne uni­ques (“uni­que iden­ti­fier”) sont trans­mis, qui iden­ti­fi­ent à la fois le navi­ga­teur ou l’ap­pa­reil du plaignant et la mai­son d’é­di­ti­on (par le biais de l’ID de comp­te Goog­le Ana­ly­tics de la mai­son d’é­di­ti­on en tant qu’­ex­plo­itant du site web) ; en out­re, des infor­ma­ti­ons sur le site web visi­té, des infor­ma­ti­ons sur le navi­ga­teur et le système d’ex­plo­ita­ti­on, etc. et l’adres­se IP de l’ap­pa­reil du plaignant.

Pour qua­li­fier ces don­nées sur le fond, la CPD a ten­dance à se baser – mais pas clai­re­ment – sur la noti­on de Sin­gu­la­ri­sa­ti­on de l’entre­pri­se. Il suf­fit que des mesu­res soi­ent pri­ses, com­me dans le cas pré­sent l’at­tri­bu­ti­on de numé­ros d’i­den­ti­fi­ca­ti­on, pour que les visi­teurs d’un site web soi­ent ain­si iden­ti­fi­és. per­son­na­li­ser:

Un critère d’ ”iden­ti­fia­bi­li­té” en ce sens qu’il doit être pos­si­ble d’as­so­cier immé­dia­te­ment ces numé­ros d’i­den­ti­fi­ca­ti­on à un “visa­ge” par­ti­cu­lier d’u­ne per­son­ne phy­si­que – c’est-à-dire, en par­ti­cu­lier, à un numé­ro de télé­pho­ne ou à un numé­ro de fax. avec le nom du plaignant – à mett­re en rela­ti­on, ne s’im­po­se pas […].

La CPD justi­fie cet­te posi­ti­on par l’a­vis du grou­pe de l’ar­tic­le 29 de l’é­po­que, qui avait effec­ti­ve­ment men­ti­onné le con­cept de sin­gu­la­ri­sa­ti­on (Avis 4/2007 sur le con­cept de don­nées à carac­tère per­son­nel, 20 juin 2007):

A ce sta­de, il con­vi­ent de noter que, bien que l’i­den­ti­fi­ca­ti­on par le nom soit l’oc­cur­rence la plus cou­ran­te dans la pra­tique, un nom peut ne pas être néces­saire dans tous les cas pour l’i­den­ti­fi­ca­ti­on un indi­vi­du. Cela peut se pro­dui­re lorsque d’aut­res “iden­ti­fi­ants” sont uti­li­sés pour distin­guer quel­qu’un d’aut­re. Inde­ed, com­pu­te­ri­sed files regi­stering per­so­nal data usual­ly assign a uni­que iden­ti­fier to the per­sons regi­stered, in order to avo­id con­fu­si­on bet­ween two per­sons in the file. Sur le web éga­le­ment, les outils de sur­veil­lan­ce du tra­fic web per­met­tent d’i­den­ti­fier faci­le­ment le com­porte­ment d’u­ne machi­ne et, der­riè­re la machi­ne, celui de son uti­li­sa­teur. Ain­si, la per­son­na­li­té de l’in­di­vi­du est mise en reli­ef afin de lui attri­buer cer­tai­nes décis­i­ons. Sans même se rens­eig­ner sur le nom et l’adres­se de l’in­di­vi­du, il est pos­si­ble d’en savoir plus sur lui. pos­si­ble de caté­go­ri­ser cet­te per­son­ne sur la base de critères socio-éco­no­mi­ques, psy­cho­lo­gi­ques, phi­lo­so­phi­ques ou aut­res et de lui attri­buer cer­tai­nes décis­i­ons, car le point de cont­act de l’in­di­vi­du (un ordi­na­teur) ne requiert plus néces­saire­ment la divul­ga­ti­on de son iden­ti­té au sens étroit du ter­me. En d’aut­res ter­mes, la pos­si­bi­li­té d’i­den­ti­fier un indi­vi­du ne signi­fie plus néces­saire­ment la pos­si­bi­li­té de trou­ver son nom. La défi­ni­ti­on des don­nées à carac­tère per­son­nel reflè­te cet­te réalité.

La DPD se réfè­re éga­le­ment au con­sidé­rant 26 du RGPD :

Le con­sidé­rant 26 du RGPD plai­de en faveur d’u­ne tel­le inter­pré­ta­ti­on, selon lequel, pour déter­mi­ner si une per­son­ne phy­si­que est iden­ti­fia­ble, ” […] il est tenu comp­te de tous les moy­ens sus­cep­ti­bles d’êt­re rai­sonnablem­ent uti­li­sés par le responsable du trai­te­ment ou par tou­te aut­re per­son­ne pour iden­ti­fier la per­son­ne phy­si­que, direc­te­ment ou indi­rec­te­ment, tels que Trier” (ver­si­on anglai­se du règle­ment : “sing­ling out”). Sous le ter­me de “tri”, on trouve le “Sélec­tion­ner dans un ensem­ble”(cf. https://www.duden.de/rechtschreibung/aussondern, con­sul­té le 22 décembre 2021), ce qui cor­re­spond aux con­sidé­ra­ti­ons sus­ment­i­onnées sur l’in­di­vi­dua­li­sa­ti­on des visi­teurs du site web.

On ne peut donc pas repro­cher à la CPD d’a­voir tiré ses con­clu­si­ons à l’em­por­te-piè­ce. En même temps, il reste à savoir si la CPD a vou­lu don­ner une inter­pré­ta­ti­on aus­si lar­ge de la noti­on de don­nées per­son­nel­les en géné­ral ou si ses con­sidé­ra­ti­ons sur les iden­ti­fi­ants en ligne ou même se limi­ter au cas où – com­me c’est le cas ici – une com­bi­nai­son avec d’aut­res élé­ments est pos­si­ble en plus du tri, ce que con­fir­me l’af­fir­ma­ti­on suivante :

Dans la lit­té­ra­tu­re, il est éga­le­ment expli­ci­te­ment sou­te­nu qu’un “emprein­te numé­ri­que“qui per­met d’in­di­vi­dua­li­ser clai­re­ment les appareils – et par con­sé­quent l’uti­li­sa­teur con­cret – con­sti­tue une don­née à carac­tère per­son­nel […]. Cet­te con­sidé­ra­ti­on peut être appli­qué au cas d’e­spè­ce en rai­son de l’u­ni­ci­té des numé­ros d’i­den­ti­fi­ca­ti­onLes numé­ros d’i­den­ti­fi­ca­ti­on peu­vent être com­bi­nés avec d’aut­res élé­ments, com­me nous le ver­rons plus loin.

Il n’est donc pas pos­si­ble de déter­mi­ner de maniè­re défi­ni­ti­ve si le con­cept de sin­gu­la­ri­sa­ti­on est déjà sor­ti de sa tor­peur. La décis­i­on de l’ORD a tou­te­fois le poten­tiel d’o­ri­en­ter à long ter­me et peut-être dans le cad­re d’u­ne évo­lu­ti­on dans cet­te direc­tion. Si tel était le cas, c’est-à-dire si la sin­gu­la­ri­sa­ti­on s’im­po­sait, cela dev­rait éga­le­ment con­dui­re à ce qu’u­ne Com­mu­ni­ca­ti­on de pseud­ony­mes à des tiers sans pos­si­bi­li­té d’at­tri­bu­ti­on, serait con­sidé­rée com­me une com­mu­ni­ca­ti­on de don­nées per­son­nel­les, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Tou­jours est-il que la CPD ne pré­cise pas expli­ci­te­ment si

  • les “Fonc­tion d’an­ony­mi­sa­ti­on de l’adres­se IP” (Anony­mi­sa­ti­on IP) don­ner­ait un résul­tat dif­fé­rent, car cet­te fonc­tion n’é­tait pas implé­men­tée correctement ;
  • si une L’adres­se IP pri­se iso­lé­ment est une don­née à carac­tère per­son­nel, car elle est ici asso­ciée à d’aut­res élé­ments (en par­ti­cu­lier à la base de don­nées Google
    Analytics).

Non : appro­che objec­ti­ve de la déter­mi­na­ti­on de la réfé­rence à la personne

La CPD con­sta­te en out­re que dans le cas con­cret, le plaignant était même iden­ti­fia­ble par son nom. Les expli­ca­ti­ons qu’el­le don­ne ici sem­blent d’a­bord rele­ver du une appro­che objec­ti­ve de la réfé­rence aux per­son­nes la paro­le :

En effet, il n’est pas néces­saire que les par­ties défen­der­es­ses peu­vent à eux seuls éta­b­lir un lien avec une per­son­ne, c’est-à-dire que tou­tes les infor­ma­ti­ons néces­saires à l’i­den­ti­fi­ca­ti­on se trou­vent chez eux […]. Il suf­fit que n’im­por­te qui – avec des moy­ens léga­le­ment admis­si­bles et des efforts rai­sonn­ables – pui­s­se éta­b­lir ce lien avec une per­son­ne. […].

L’appro­che objec­ti­ve ne con­si­ste pas à pla­cer le filt­re de l’i­den­ti­fi­ca­ti­on à un niveau plus bas (c’est-à-dire à ne pas exami­ner sérieu­se­ment les pos­si­bi­li­tés d’i­den­ti­fi­ca­ti­on néces­saires), mais à élar­gir le cer­cle des per­son­nes per­ti­nen­tes avec les pos­si­bi­li­tés cor­re­spond­an­tes ; dans un cas extrê­me, il suf­fi­rait de quel­qu’un peut dédui­re l’i­den­ti­té de la per­son­ne concernée.

Ce n’est tou­te­fois pas ce que dit la CPD ici, bien au contraire :

Il ne faut pas oublier que, con­for­mé­ment au con­sidé­rant 26 du RGPD, il con­vi­ent éga­le­ment de prend­re en con­sidé­ra­ti­on les élé­ments sui­vants la “pro­ba­bi­li­té” que quel­qu’un uti­li­se des moy­enspour iden­ti­fier direc­te­ment ou indi­rec­te­ment une per­son­ne phy­si­que. En effet, selon l’au­to­ri­té de pro­tec­tion des don­nées, la noti­on de “qui­con­que” – et donc le champ d’ap­pli­ca­ti­on de l’ar­tic­le 4, point 1, du RGPD – ne doit cer­tes pas être inter­pré­tée de maniè­re si lar­ge qu’un acteur incon­nu quel­con­que pour­rait thé­o­ri­quement dis­po­ser de con­nais­sances spé­cia­les pour éta­b­lir un lien avec une per­son­ne ; cela con­dui­rait en effet à ce que pres­que tou­te infor­ma­ti­on tom­be dans le champ d’ap­pli­ca­ti­on du RGPD et qu’u­ne déli­mi­ta­ti­on par rap­port aux don­nées non per­son­nel­les devi­ent dif­fi­ci­le, voi­re impos­si­ble. Ce qui est déter­mi­nant, c’est de savoir si un effort rai­sonnable et accep­ta­ble une iden­ti­fia­bi­li­té peut être éta­b­lie […]. Dans le cas pré­sent mais il y a main­tenant cer­ta­ins acteurs qui pos­sè­dent un savoir spé­cia­li­séLe recours à l’ar­tic­le 6, para­gra­phe 2, de la loi sur la pro­tec­tion des don­nées est un moy­en d’é­ta­b­lir un lien avec le plaignant, au sens de ce qui pré­cè­de, et donc de l’identifier.

En l’oc­cur­rence, Goog­le est en mesu­re de pro­cé­der à l’i­den­ti­fi­ca­ti­on : le plaignant était con­nec­té à son comp­te Goog­le lors de sa visi­te sur le site. Goog­le sait donc au moins que l’uti­li­sa­teur du comp­te Goog­le con­cer­né a visi­té le site web. Cer­tes, cela dépend des paramè­tres du comp­te Goog­le. Mais si l’i­den­ti­fia­bi­li­té ne dépend que de cela, d’un point de vue tech­ni­que, tous les Pos­si­bi­li­tés d’i­den­ti­fi­ca­ti­on est dis­po­ni­ble – cela suffit.

En con­clu­si­on, la CPD défend éga­le­ment une posi­ti­on de prin­ci­pe. Ren­ver­se­ment de la char­ge de la preuve : 

De même, il con­vi­ent de se réfé­rer expres­sé­ment à la pro­tec­tion des don­nées per­son­nel­les pré­vue par le RGPD. Responsa­bi­li­té de la par­tie défen­der­es­se – en tant que responsable du trai­te­ment, voir ci-des­sous – de mett­re en œuvre, con­for­mé­ment à l’ar­tic­le 5, para­gra­phe 2, en liai­son avec l’ar­tic­le 24, para­gra­phe 1, en liai­son avec l’ar­tic­le 28, para­gra­phe 1, du RGPD, des mesu­res tech­ni­ques et orga­ni­sa­ti­on­nel­les appro­priées afin de garan­tir et de pou­voir démon­trer que le trai­te­ment (avec l’ai­de d’un sous-trai­tant) est effec­tué con­for­mé­ment au règle­ment. Il s’a­git donc d’u­ne det­te por­ta­ble. Il s’a­git notam­ment de prou­ver qu’un trai­te­ment n’est justem­ent pas sou­mis au règle­ment.. En dépit des pos­si­bi­li­tés qui lui ont été offer­tes à plu­sieurs repri­ses, aucu­ne solu­ti­on n’a été trouvée.

En out­re, même les ser­vices de rens­eig­ne­ment amé­ri­cains pour­rai­ent éven­tu­el­le­ment pro­cé­der à une identification :

Com­me le plaignant l’a éga­le­ment indi­qué à juste tit­re, les ser­vices de rens­eig­ne­ment amé­ri­cains uti­li­sent cer­ta­ins iden­ti­fi­ants en ligne (tels que l’adres­se IP ou des numé­ros d’i­den­ti­fi­ca­ti­on uni­ques) com­me point de départ pour la sur­veil­lan­ce des indi­vi­dus. Il ne peut notam­ment pas être exclu que ces ser­vices de rens­eig­ne­ment aient déjà coll­ec­té des infor­ma­ti­ons per­met­tant de remon­ter jus­qu’à la per­son­ne du plaignant à par­tir des don­nées trans­mi­ses ici.

Esti­ma­ti­on

La CPD a ten­dance à par­ler ici du con­cept de la Sin­gu­la­ri­sa­ti­on la paro­le. Du point de vue du droit de la dis­cri­mi­na­ti­on, cela est cer­tes com­pré­hen­si­ble à pre­miè­re vue, car l’in­di­vi­dua­li­sa­ti­on de per­son­nes dont le nom n’est pas con­nu peut suf­fi­re à trai­ter cet­te per­son­ne dif­fé­rem­ment des aut­res. Tou­te­fois, dans ce cas, une dif­fé­rence de trai­te­ment ne repo­se pas sur une infor­ma­ti­on à pro­pre­ment par­ler per­son­nel­le, car les iden­ti­fi­ants uti­li­sés pour fai­re la distinc­tion ne serai­ent à pro­pre­ment par­ler per­son­nels que s’ils étai­ent géné­ral - éga­le­ment par des tiers – à des fins d’i­den­ti­fi­ca­ti­on (com­me sur­tout le nom d’u­ne per­son­ne) ; à ce sujet, déjà Rosen­thal.

Si, au con­trai­re, ils ne ser­vent que d’u­ne Si l’on uti­li­se le nom de l’or­ga­nis­me com­me iden­ti­fi­ant, il n’est pas pos­si­ble de fai­re le lien avec des don­nées de tiers ou par des tiers, et dans ce cas, on ne peut pas non plus par­ler d’ ”iden­ti­fi­ca­ti­on”. Le domaine de pro­tec­tion du droit de la pro­tec­tion des don­nées ne va pas jus­qu’à pou­voir deve­nir un droit géné­ral de pro­tec­tion cont­re la dis­cri­mi­na­ti­on, sur­tout en Sui­s­se où les droits fon­da­men­taux n’ont qu’un effet pro­tec­teur indi­rect ent­re les par­ti­cu­liers. C’est la rai­son pour laquel­le les droits fon­da­men­taux les régle­men­ta­ti­ons euro­pé­en­nes ne sont pas repri­ses tel­les quel­les être.

On peut de tou­te façon se deman­der pour­quoi la CPD fait ces remar­ques. Il aurait suf­fi de con­stater l’i­den­ti­fi­ca­ti­on clai­re par Goog­le – en l’oc­cur­rence par la con­ne­xi­on au comp­te Goog­le du plaignant. En fin de comp­te, les décla­ra­ti­ons rela­ti­ves à la sin­gu­la­ri­sa­ti­on sont donc obiter dic­ta. En même temps, il ne faut pas cro­i­re que la CPD a nég­li­gé la por­tée de ses opi­ni­ons ; sa pri­se de posi­ti­on ne peut pas être con­sidé­rée com­me un acci­dent indu­stri­el, mais doit être lue com­me une pri­se de posi­ti­on consciente.

Répar­ti­ti­on des rôles

Lors de l’ex­amen de la répar­ti­ti­on des rôles en matiè­re de pro­tec­tion des don­nées, la CPD part tout d’a­bord du prin­ci­pe que la mai­son d’é­di­ti­on est responsable, car elle uti­li­se Goog­le Ana­ly­tics. Goog­le, d’aut­re part, serait pour Goog­le Ana­ly­tics un Responsable de la com­man­deCe qui est sur­prenant, mais en prin­ci­pe cor­rect – en fonc­tion de la con­fi­gu­ra­ti­on de Goog­le Ana­ly­tics – et qui cor­re­spond éga­le­ment à l’ob­jec­tif de l’en­quête. Atti­tu­de de Goog­le correspond :

Ce qui est main­tenant Trai­te­ments de don­nées en rela­ti­on avec l’ou­til Goog­le Ana­ly­tics il con­vi­ent de noter que [Goog­le] ne fait que mett­re ce ser­vice à dis­po­si­ti­on et n’a aucu­ne influence sur l’uti­li­sa­ti­on des fonc­tions de l’ou­til par la pre­miè­re par­tie plaignan­te, ni sur les paramè­tres con­crets qu’el­le choi­sit. Par con­sé­quent, dans la mesu­re où [Goog­le] ne fait que four­nir Goog­le Ana­ly­tics (en tant que ser­vice), il n’e­xer­ce aucu­ne influence sur les “fina­li­tés et les moy­ens” du trai­te­ment des don­nées et doit donc être con­sidé­ré com­me un cas spé­ci­fi­que au sens de l’ar­tic­le 4, point 8, du RGPD. Sous-trai­tant de se qualifier.

Cela serait sans pré­ju­di­ce du rôle de Goog­le en matiè­re de pro­tec­tion des don­nées en vue d’un éven­tuel trai­te­ment ulté­ri­eur des données.