Ven­te à emporter (AI)
  • Le PFPDT souli­gne que le droit sui­s­se de la pro­tec­tion des don­nées s’ap­pli­que aux trai­te­ments de don­nées per­son­nel­les basés sur l’IA et con­cer­ne les fab­ri­cants, les four­nis­seurs et les utilisateurs.
  • Obli­ga­ti­on de trans­pa­rence : l’ob­jec­tif, le fonc­tion­ne­ment et les sources de don­nées des systè­mes basés sur l’IA doi­vent être divul­gués ; éti­que­ta­ge néces­saire en cas d’in­ter­ac­tion hom­me-machi­ne et de deepfakes.
  • Cer­tai­nes appli­ca­ti­ons d’IA (par exemp­le la recon­nais­sance facia­le en temps réel à gran­de échel­le, le scoring social) peu­vent être inter­di­tes ; le cas échéant, la DSFA et une responsa­bi­li­té ren­for­cée sont nécessaires.

Le PFPDT a publié dans une Com­mu­ni­qué – peut-être à l’oc­ca­si­on de la Ord­re exé­cu­tif du pré­si­dent Biden – a indi­qué que le droit de la pro­tec­tion des don­nées s’ap­pli­que aux trai­te­ments de don­nées per­son­nel­les basés sur l’IA. Il a s’é­tait déjà expri­mé sur le sujet en avril…et main­tenant un peu plus de détails.

Remar­ques du PFPDT

Le PFPDT indi­que tout d’a­bord qu’en Sui­s­se, l’ad­mi­ni­stra­ti­on fédé­ra­le éva­lue – pro­ba­blem­ent jus­qu’à fin 2024 – dif­fé­ren­tes appro­ches pour la régle­men­ta­ti­on de l’IA (voir aus­si la Répon­se au postu­lat Dobler). Au vu de la rapi­di­té des déve­lo­p­pe­ments dans le domaine de l’IA, le PFPDT souli­gne tou­te­fois à juste tit­re que le droit de la pro­tec­tion des don­nées s’ap­pli­que éga­le­ment au trai­te­ment de don­nées per­son­nel­les lorsque celui-ci est effec­tué à l’ai­de de l’IA. Le droit de la pro­tec­tion des don­nées peut donc s’ap­pli­quer aux fab­ri­cants, four­nis­seurs et uti­li­sa­teurs d’ap­pli­ca­ti­ons correspondantes.

Le PFPDT souli­gne avant tout le sou­ci de trans­pa­rence (com­me c’est déjà le cas pour la com­mu­ni­ca­ti­on anté­ri­eu­re). Il s’a­git de

  • le but
  • le fonc­tion­ne­ment et
  • les sources de données

de rend­re trans­par­ents les trai­te­ments basés sur l’IA. Ce droit est “étroi­te­ment lié” au droit de “s’op­po­ser à un trai­te­ment auto­ma­ti­sé des don­nées” et aux droits des per­son­nes con­cer­nées en cas de décis­i­ons indi­vi­du­el­les automatisées.

Dans le cas des modè­les lin­gu­isti­ques intel­li­gents qui com­mu­ni­quent avec les per­son­nes con­cer­nées, ces der­niè­res doi­vent avoir le droit de savoir,

s’ils par­lent ou cor­re­spon­dent avec une machi­ne et si les don­nées qu’ils ont sai­sies sont trai­tées pour amé­lio­rer les pro­gram­mes d’au­to-app­ren­tis­sa­ge ou à d’aut­res fins.

De même, lors de l’uti­li­sa­ti­on de pro­gram­mes per­met­tant des deep fakes (la “fal­si­fi­ca­ti­on de visa­ges, d’i­mages ou de mes­sa­ges vocaux”) de per­son­nes identifiables,

doit tou­jours être clai­re­ment iden­ti­fia­ble, pour autant qu’el­le ne s’a­vè­re pas tota­le­ment illé­ga­le dans le cas con­cret en rai­son d’in­ter­dic­tions pénales.

En out­re, une DPA peut être néces­saire. Cer­tai­nes appli­ca­ti­ons serai­ent ensuite inter­di­tes, à savoir lorsque

visent pré­cis­é­ment à vider de sa sub­stance la sphè­re pri­vée et l’au­to­dé­ter­mi­na­ti­on infor­ma­ti­on­nel­le pro­té­gées par la LPD […]. Sont notam­ment visés les trai­te­ments de don­nées basés sur l’IA que l’on peut obser­ver dans les États à régime auto­ri­taire, com­me la recon­nais­sance facia­le géné­ra­li­sée en temps réel ou l’ob­ser­va­ti­on et l’éva­lua­ti­on glo­ba­les du mode de vie, ce que l’on appel­le le “scoring social”.

Notes

Le PFPDT se réfè­re d’em­blée à l’ord­re exé­cu­tif du pré­si­dent Biden men­ti­onné, mais il est sûr de son fait du site Loi sur l’in­tel­li­gence arti­fi­ci­el­le inspi­re. Ain­si, l’AI Act exi­ge dans son artic­le 52, para­gra­phe 1, une Trans­pa­rence de base:

Les four­nis­seurs veil­lent à ce que les systè­mes d’IA desti­nés à inter­agir avec des per­son­nes phy­si­ques soi­ent con­çus et déve­lo­p­pés de maniè­re à ce que les per­son­nes phy­si­ques soi­ent infor­mées qu’el­les ont affai­re à un système d’IA, sauf si les cir­con­stances et le con­tex­te d’uti­li­sa­ti­on ren­dent cet­te infor­ma­ti­on évi­den­te. Cet­te exi­gence ne s’ap­pli­que pas aux systè­mes d’IA auto­ri­sés par la loi à des fins de détec­tion, de pré­ven­ti­on, d’en­quête et de pour­suite d’in­frac­tions péna­les, sauf si ces systè­mes sont mis à la dis­po­si­ti­on du public pour signal­er une infraction.

Sur Deep Fakes doit éga­le­ment être infor­mé (art. 532, al. 3) :

Les uti­li­sa­teurs d’un système d’IA qui génè­re ou manipu­le des images, des sons ou des vidé­os qui res­sem­blent de maniè­re signi­fi­ca­ti­ve à des per­son­nes, des objets, des lieux ou d’aut­res instal­la­ti­ons ou évé­ne­ments réels et qui appa­raî­trai­ent à tort à une per­son­ne com­me étant réels ou véri­di­ques (“deepf­ake”) doi­vent révé­ler que le con­te­nu a été géné­ré ou mani­pulé artificiellement.

Art. 5 inter­dit ensuite cer­tai­nes pra­ti­quesLes mesu­res de pro­tec­tion cont­re la frau­de et l’a­bus de con­fi­ance peu­vent être uti­li­sées pour influen­cer les per­son­nes, par exemp­le pour les influen­cer de maniè­re sub­li­mi­na­le, pour exploi­ter une fai­bles­se par­ti­cu­liè­re, pour cer­tai­nes dis­cri­mi­na­ti­ons ou pour les systè­mes bio­mé­tri­ques d’i­den­ti­fi­ca­ti­on à distance en temps réel.

Cet emprunt est inté­res­sant car, dans la per­ple­xi­té géné­ra­le qui entou­re la gesti­on des appli­ca­ti­ons IA, aucu­ne appro­che régle­men­tai­re supé­ri­eu­re n’a enco­re pu se déga­ger. L’appro­che basée sur les ris­ques de l’AI Act a tou­te­fois du méri­te. La volon­té de responsa­bi­li­ser les four­nis­seurs, impor­ta­teurs, dis­tri­bu­teurs et uti­li­sa­teurs d’ap­pli­ca­ti­ons IA et de régle­men­ter leur gesti­on des ris­ques est tout à fait natu­rel­le. D’au­cuns pen­sent qu’il faut d’a­bord attendre l’é­vo­lu­ti­on et s’at­ta­quer aux pro­blè­mes lorsqu’ils se sont mani­fe­stés, mais cela sem­ble un peu naïf – tous les pro­blè­mes ne sont pas réver­si­bles, sur­tout les plus importants. Une responsa­bi­li­té ren­for­cée dans le domaine de l’IA est postulé et est plau­si­ble, mais n’a­bou­tit aus­si qu’à un trans­fert de patri­moi­ne. Il sem­blerait en tout cas que le PFPDT ait une Repri­se des prin­cipes de l’AI Act anti­ci­per les con­sé­quen­ces. De même, par­ce que l’AI Act a une cer­taine appli­ca­bi­li­té extra­ter­ri­to­ria­le (à ce sujet ici), une tel­le acqui­si­ti­on est tout à fait dans le domaine du probable.

Le PFPDT ne peut pas rester pas­sif face à cet­te évo­lu­ti­on dra­ma­ti­quement rapi­de. Mais il n’a pas d’aut­re instru­ment que la pro­tec­tion des don­nées (sur­tout depuis que le Tri­bu­nal admi­ni­stra­tif fédé­ral a ren­du son ver­dict dans le Décis­i­on d’Hels­a­na a refusé de prend­re en comp­te de maniè­re déter­mi­nan­te des pré­oc­cu­pa­ti­ons ne rele­vant pas de la pro­tec­tion des don­nées, com­me par exemp­le cel­les liées à la pro­tec­tion des con­som­ma­teurs). Il est donc évi­dent qu’il postu­le cer­ta­ins prin­cipes mini­maux et les justi­fie du point de vue de la pro­tec­tion des données.

Cela ne signi­fie tou­te­fois pas que ces prin­cipes sont clai­re­ment fon­dés de lege lata. Le sou­ci de trans­pa­rence, par exemp­le, est évo­qué à l’ar­tic­le 6, para­gra­phes 2 et 3, LPD et con­sti­tue bien enten­du un prin­ci­pe. Ce prin­ci­pe n’e­xi­ge tou­te­fois pas d’in­for­mer sur les moda­li­tés d’un trai­te­ment de don­nées, à moins que celui-ci ne pré­sen­te des ris­ques par­ti­cu­liers. Cela peut être le cas pour les appli­ca­ti­ons IA, mais pas néces­saire­ment. De même, en ce qui con­cer­ne l’ob­li­ga­ti­on d’in­for­ma­ti­on, la loi n’e­xi­ge pas en soi d’in­for­ma­ti­ons sur cer­ta­ins types de trai­te­ment. On ne peut donc pro­ba­blem­ent dédui­re une tel­le obli­ga­ti­on de trans­pa­rence que du prin­ci­pe de bon­ne foi, qui peut en effet pres­que tout fon­der, s’il ne devi­ent pas immé­dia­te­ment – et de maniè­re sys­té­ma­ti­quement dis­cuta­ble – le critère d’in­ter­pré­ta­ti­on du prin­ci­pe de transparence.

Néan­mo­ins, il est éga­le­ment Pour des rai­sons de répu­ta­ti­on judi­cieux de décla­rer les appli­ca­ti­ons IA lorsqu’el­les trai­tent des don­nées per­son­nel­les. C’est cer­tai­ne­ment le cas pour les chat­bots et les appli­ca­ti­ons simi­lai­res. Ce n’est tou­te­fois pas néces­saire­ment le cas pour les appli­ca­ti­ons d’app­ren­tis­sa­ge auto­ma­tique. Lorsque des cont­rats sont caté­go­ri­sés auto­ma­ti­quement par ML, que des systè­mes de noti­fi­ca­ti­on d’e-mails déter­mi­nent auto­ma­ti­quement le moment de l’en­voi d’e-mails, que des pro­gram­mes de tra­duc­tion sont ent­raî­nés, etc. Mais ce trai­te­ment – c’est-à-dire le trai­te­ment par ML ou AI – est ici inci­dent. Con­trai­re­ment aux appli­ca­ti­ons qui visent spé­ci­fi­quement le trai­te­ment de don­nées per­son­nel­les par des appli­ca­ti­ons d’IA, la trans­pa­rence s’im­po­se ici beau­coup moins.

Cet­te distinc­tion ou cet­te réser­ve per­met de sui­v­re la remar­que du PFPDT. La que­sti­on du niveau de détail des infor­ma­ti­ons à four­nir sur le fonc­tion­ne­ment d’u­ne appli­ca­ti­on IA reste tou­te­fois ouver­te. La simp­le indi­ca­ti­on qu’u­ne IA est uti­li­sée dans un but X dev­rait sou­vent suf­fi­re. Si un pre­sta­tai­re de ser­vices uti­li­se des don­nées per­son­nel­les à des fins de for­ma­ti­on éga­le­ment en faveur d’aut­res cli­ents, donc pas seu­le­ment en tant que sous-trai­tant, une indi­ca­ti­on cor­re­spond­an­te, par exemp­le dans une décla­ra­ti­on de pro­tec­tion des don­nées, est éga­le­ment judi­cieu­se. En ce qui con­cer­ne la trans­pa­rence, voir éga­le­ment la page 10 du ” Gui­de de l’uti­li­sa­teur “.Uti­li­sa­ti­on de l’IA géné­ra­ti­ve – Gui­de de la loi sur la pro­tec­tion des don­nées” du VUD.