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  • La fiche d’in­for­ma­ti­on du PFPDT cla­ri­fie les obli­ga­ti­ons en matiè­re de DSFA : Des critères abso­lus (art. 22, al. 2) et de nombreux fac­teurs de ris­que rela­tifs déter­mi­nent l’e­xi­gence de la DSFA.
  • En cas de pré­sen­ta­ti­on obli­ga­toire, le PFPDT exami­ne les ris­ques nets et la com­pa­ti­bi­li­té avec la pro­tec­tion des don­nées ; il peut sou­le­ver des objec­tions, ouvr­ir des enquêtes et pro­non­cer des interdictions.

Le 30 août 2023, peu avant l’en­trée en vigueur de la nou­vel­le LPD, le PFPDT a publié une Fiche d’in­for­ma­ti­on sur les ana­ly­ses d’im­pact rela­ti­ves à la pro­tec­tion des don­nées (DSFA) a été publiée. L’an­ne­xe 2 con­ti­ent une pro­po­si­ti­on de con­te­nu ou de struc­tu­re d’u­ne DSFA.

Com­me cha­cun sait, les AIPD sont les étu­des d’im­pact du droit de la pro­tec­tion des don­nées : lorsqu’un pro­jet, une appli­ca­ti­on ou une aut­re acti­vi­té de trai­te­ment pré­sen­te un cer­tain poten­tiel de ris­que, les ris­ques réels – pour les per­son­nes con­cer­nées et non pour l’entre­pri­se – doi­vent être éva­lués de maniè­re struc­tu­rée et docu­men­tée, afin de ser­vir de base aux décis­i­ons ulté­ri­eu­res du responsable.

De nombreu­ses que­sti­ons se posent alors, par exemple

  • Qu’est-ce qu’un “trai­te­ment” pou­vant fai­re l’ob­jet d’u­ne DSFA ?? L’art. 22, al. 1, LPD répond en par­tie à cet­te que­sti­on dans la mesu­re où une AIPD peut con­cer­ner “plu­sieurs opé­ra­ti­ons de trai­te­ment simi­lai­res” – le critère déter­mi­nant n’est donc pas la noti­on de trai­te­ment ou d’opé­ra­ti­on de trai­te­ment (là enco­re, la ter­mi­no­lo­gie de la LPD n’est pas clai­re), mais le pro­fil de ris­que. Le responsable est tou­te­fois lib­re de décr­i­re et de déli­mi­ter judi­cieu­se­ment l’ob­jet d’u­ne AIPD, notam­ment par rap­port à l’in­fras­truc­tu­re uti­li­sée en géné­ral et sur laquel­le fonc­tion­ne une appli­ca­ti­on plus déli­ca­te. Et il va de soi que l’on peut éga­le­ment pro­cé­der à une DSFA pour des don­nées non per­son­nel­les, et il est éga­le­ment clair que les sous-trai­tants peu­vent éga­le­ment pro­cé­der à une DSFA s’ils peu­vent ain­si mieux com­mer­cia­li­ser des pro­duits liés aux données. 
  • Quand les ris­ques sont-ils poten­ti­el­le­ment éle­vés ?? Quels sont les fac­teurs qui appa­rais­sent ex ante com­me suf­fi­sam­ment déli­cats pour exi­ger une AIPD ? Selon l’ar­tic­le 22, ali­néa 2 de la LPD, il s’a­git du “trai­te­ment à gran­de échel­le de don­nées per­son­nel­les sen­si­bles” et de la “sur­veil­lan­ce sys­té­ma­tique de vastes domain­es publics”. Il n’est notam­ment pas clair de savoir quand un trai­te­ment est “à gran­de échel­le”. Il est dif­fi­ci­le de défend­re une appro­che rela­ti­ve – une part plus importan­te d’u­ne popu­la­ti­on don­née, com­me par exemp­le dans le cas des “don­nées cli­ents de mas­se” des ban­ques -, sinon les cli­ents des peti­tes ent­re­pri­ses serai­ent mieux pro­té­gés que ceux des gran­des. Il faut pro­ba­blem­ent par­tir de chif­fres abso­lus, le seuil de 5’000 par­fois indi­qué dans le cad­re du RGPD n’a­yant pas de fon­de­ment suf­fi­sant. Un chif­fre de 1 000 est arbi­trai­re, mais sans dou­te plus pro­che de la réa­li­té. En ce qui con­cer­ne la sur­veil­lan­ce, il n’est pas clair de savoir ce que sont les “zones publi­ques”, mais au vu du mes­sa­ge, il est pro­ba­ble que seu­les les zones phy­si­ques sont visées, à savoir les gares, les par­kings publics, etc. (et pas l’In­ter­net, par exemp­le). – Des ris­ques éle­vés peu­vent éga­le­ment exi­ster dans d’aut­res pro­ce­s­sus, l’art. 22, al. 2 LPD n’est pas exhaus­tif. En cas de dou­te, on aura ten­dance à recour­ir à la DSFA, par­ce qu’il s’a­git fon­da­men­ta­le­ment d’un instru­ment très uti­le, et aus­si par­ce que les auto­ri­tés – le PFPDT – deman­de­ront pro­ba­blem­ent par défaut une DSFA pour les pro­jets les plus délicats. 
  • Com­ment une ent­re­pri­se con­trô­le-t-elle que la DSFA est effec­tuée ou, en amont, que les pro­jets sont éva­lués en fonc­tion des ris­ques pour la pro­tec­tion des don­nées ? La LPD ne don­ne pas de répon­se à ce sujet – il s’a­git uni­quement d’u­ne que­sti­on d’ef­fi­ca­ci­té des pro­ce­s­sus inter­nes à l’entre­pri­se. Il peut être judi­cieux de con­si­gner cer­ta­ins ris­ques dans le regist­re des trai­te­ments pour tous les trai­te­ments, à con­di­ti­on qu’un regist­re des trai­te­ments soit tenu, qu’il soit inté­g­ré dans un pro­ce­s­sus fonc­tion­nel et qu’il soit d’u­ne qua­li­té suf­fi­san­te. Pour les ent­re­pri­ses pré­sen­tant peu de ris­ques typi­ques, un con­trô­le ad hoc en dehors des pro­ce­s­sus stan­dar­di­sés peut éga­le­ment suf­fi­re, par exemp­le pour les peti­tes ent­re­pri­ses du sec­teur de la santé. 
  • Com­ment effec­tuer un DSFA ? Là enco­re, la LPD est peu con­traignan­te. L’ar­tic­le 22, para­gra­phe 1, exi­ge seu­le­ment “une descrip­ti­on du trai­te­ment envi­sa­gé”, puis une “éva­lua­ti­on des ris­ques” pour les per­son­nes con­cer­nées et des “mesu­res” pour les pro­té­ger. La pro­cé­du­re habi­tu­el­le con­si­ste à déter­mi­ner et à décr­i­re l’ob­jet de la DSFA (p. ex. types et flux de don­nées), à effec­tuer un con­trô­le de pro­por­ti­on­na­li­té du trai­te­ment (car un trai­te­ment exce­s­sif ne doit pas être exami­né en fonc­tion des ris­ques, mais limi­té), puis à pro­cé­der à un examen en une ou plu­sieurs étapes des ris­ques, des mesu­res de pro­tec­tion et du ris­que résul­tant de l’in­ter­ac­tion ent­re les ris­ques et les mesu­res. Il n’est pas obli­ga­toire de pro­cé­der à un examen géné­ral de la con­for­mi­té au droit de la pro­tec­tion des don­nées, mais au moins lorsque des ris­ques rési­du­els éle­vés doi­vent être accep­tés, le responsable pro­cé­de­ra en géné­ral à une tel­le éva­lua­ti­on, car le PFPDT pose­ra cet­te que­sti­on (voir ci-des­sous la pro­cé­du­re du PFPDT en cas de soumission).

Il ne s’a­git pas d’u­ne liste exhaus­ti­ve, mais cela dit en pré­am­bu­le : L’ai­de-mémoi­re du PFPDT ne répond que par­ti­el­le­ment à ces que­sti­ons, ce qui est cer­tai­ne­ment juste, car le PFPDT ne veut et ne peut pas inter­ve­nir sans néces­si­té dans la liber­té d’or­ga­ni­sa­ti­on des respons­ables. Quel­ques points méri­tent tou­te­fois d’êt­re relevés : 

  • Le PFPDT fait à juste tit­re la distinc­tion ent­re les ris­ques qui néces­si­tent tou­jours une DSFA (qu’il appel­le “critères abso­lus) et ent­re les fac­teurs qui ent­rent en ligne de comp­te dans le cad­re de l’ex­amen plus ouvert du ris­que brut et qui peu­vent, selon les cas, exi­ger une DSFA (on pour­rait les appe­l­er “fac­teurs de ris­que brut”).critères rela­tifs”). Le PFPDT ne cite com­me critères abso­lus que les cas visés à l’ar­tic­le 22, para­gra­phe 2 (trai­te­ment à gran­de échel­le de don­nées per­son­nel­les sen­si­bles et sur­veil­lan­ce sys­té­ma­tique de vastes domain­es publics), mais pas le pro­fi­la­ge à haut ris­que. Ce der­nier “peut typi­quement impli­quer un ris­que éle­vé”, mais ne le fait appa­rem­ment pas tou­jours. Ce n’est pas néces­saire­ment faux, mais sur­prenant. – Les aut­res fac­teurs de ris­que, au sens de critères rela­tifs, cor­re­spon­dent plus ou moins, mais pas tout à fait celui du Comi­té euro­pé­en de la pro­tec­tion des don­néesEn cas de dou­te, il con­vi­ent de pro­cé­der à une ana­ly­se des don­nées personnelles : 
    • Pro­fi­la­ge à haut risque

    • décis­i­on indi­vi­du­el­le automatisée

    • nou­vel­les tech­no­lo­gies, y com­pris l’in­tel­li­gence artificielle

    • coll­ec­te secrè­te de don­nées per­son­nel­les [l’ED­SA ne le cite pas com­me fac­teur de ris­que particulier] 

    • gran­de quan­ti­té de données

    • grand nombre de personnes

    • trai­te­ment de gran­de enver­gu­re du point de vue tem­po­rel ou géographique 

    • Liai­son ou com­pa­rai­son de bases de données

    • Com­mu­ni­ca­ti­on de don­nées per­son­nel­les à des tiers [l’ED­SA ne le cite pas com­me fac­teur de ris­que particulier] 

    • Sur­veil­lan­ce des per­son­nes concernées

    • Les per­son­nes con­cer­nées sont empê­chées d’e­xer­cer un droit, d’uti­li­ser un ser­vice ou d’exé­cu­ter un contrat.

  • De son côté, l’ED­SA men­ti­on­ne les critères suivants : 
    • Éva­lua­ti­on ou nota­ti­on [PFPDT : le pro­fi­la­ge n’est pas en soi] 

    • Pri­se de décis­i­on auto­ma­ti­sée avec effet juri­di­que ou simi­lai­re significatif

    • Sur­veil­lan­ce systématique

    • Don­nées sen­si­bles ou des don­nées de natu­re très per­son­nel­le [le PFPDT ne cite pas les don­nées sensibles] 

    • Don­nées trai­tées à gran­de échelle

    • Cor­re­spond­ance ou com­bi­nai­son d’en­sem­bles de données

    • Don­nées con­cer­nant des sujets de don­nées vul­né­ra­bles [le PFPDT ne le men­ti­on­ne pas] 

    • Uti­li­sa­ti­on inno­van­te ou appli­ca­ti­on de nou­vel­les solu­ti­ons tech­no­lo­gi­ques ou organisationnelles

    • Lorsque le trai­te­ment en lui-même “empêche les per­son­nes con­cer­nées d’e­xer­cer un droit ou d’uti­li­ser un ser­vice ou un contrat”.

  • Le site Annon­ce à l’étran­ger peut être un fac­teur de ris­que. Dans ce cas, un examen par­ti­cu­lier est néces­saire ; il s’a­git de la “Éva­lua­ti­on de l’im­pact du trans­fert”. Le résul­tat doit être inté­g­ré dans le DSFA, par exemp­le lorsque “des vio­la­ti­ons poten­ti­el­les de la per­son­na­li­té et des droits fon­da­men­taux men­acent en rai­son des pos­si­bi­li­tés d’ac­tion effec­ti­ves d’au­to­ri­tés étran­gè­res sous un droit étran­ger”. et que le responsable ne prend pas ce ris­que “et qu’il n’est donc pas en mesu­re d’éva­luer de maniè­re fia­ble la pro­ba­bi­li­té d’oc­cur­rence et la gra­vi­té de la men­ace de vio­la­ti­on, même après la pla­ni­fi­ca­ti­on et l’i­den­ti­fi­ca­ti­on des mesu­res cor­re­spond­an­tes dans la DSFA”.. Ce n’est cer­tai­ne­ment pas faux dans l’appro­che. Mais il n’est pas exact de dire qu’un ris­que qui ne peut être éva­lué de maniè­re fia­ble a ten­dance à être éle­vé ; par mesu­re de pré­cau­ti­on, le responsable peut agir en con­sé­quence, mais il n’est pas obli­gé de le fai­re. Il ne peut pas éva­luer de nombreux ris­ques de maniè­re fia­ble, mais il n’est pas non plus obli­gé de le fai­re – l’ar­tic­le 2 de l’OCPD exi­ge un niveau de sécu­ri­té adap­té aux ris­ques, ce qui néces­si­te une éva­lua­ti­on des ris­ques pré­vi­si­bles et non de la sci­ence-fic­tion ; en con­sé­quence, le responsable doit tra­vail­ler avec ce qu’il peut sup­po­ser, et non avec des spé­cu­la­ti­ons, même dans le cad­re de la DSFA. La phra­se sui­van­te est tou­te­fois cer­tai­ne­ment cor­rec­te : “La trans­pa­rence de ces situa­tions de ris­que dans le cad­re du DSFA impli­que, le cas échéant, la divul­ga­ti­on du fait qu’el­les ne peu­vent pas être éva­luées de maniè­re fia­ble”. 
  • En fonc­tion des résul­tats de la DSFA, elle doit sou­mis au PFPDT (art. 23 LPD). Le responsable peut le fai­re volon­tai­re­ment si les ris­ques nets accep­tés et miti­gés ne sont pas éle­vés ou, en cas de ris­ques éle­vés, si un con­seil­ler à la pro­tec­tion des don­nées a été impli­qué dans l’AIPD (soit au total dans 99% des cas). Le PFPDT est tou­te­fois “n’est pas tenu d’en­trer en matiè­re et de prend­re posi­ti­on sur le fond. Il peut tou­te­fois, à tit­re excep­ti­on­nel, se pro­non­cer sur des ris­ques rési­du­els qui ne sont plus éle­vés dans le cad­re de son acti­vi­té de con­seil”. Les respons­ables ne sou­mettront guè­re volon­tai­re­ment de DSFA au PFPDT, même au regard de la loi sur la trans­pa­rence, si ce n’est pour des con­sidé­ra­ti­ons de répu­ta­ti­on, lorsque l’on peut s’at­tendre à des réac­tions publiques.
  • En cas de sou­mis­si­on ou de con­sul­ta­ti­on obli­ga­toire, le PFPDT procè­de com­me suit :
    Le PFPDT exami­ne si l’AIPD dont il est sai­si répond aux exi­gen­ces éle­vées de la loi sur la pro­tec­tion des don­nées. pré­sen­te et déduit les ris­ques nets de maniè­re com­pré­hen­si­ble, intel­li­gi­ble et com­plè­te. En out­re, il véri­fie si le trai­te­ment pré­vu, comp­te tenu des ris­ques à signal­er com­pa­ti­ble avec les dis­po­si­ti­ons de la légis­la­ti­on sur la pro­tec­tion des don­nées dans son ensem­ble en ce sens qu’el­le s’a­vè­re accep­ta­ble pour les per­son­nes con­cer­nées en ce qui con­cer­ne l’am­pleur et l’in­ten­si­té pré­vues et donc glo­ba­le­ment justi­fia­ble.

    Dans le délai d’ord­re de deux mois men­ti­onné à l’art. 23 al. 2 LPD, le PFPDT com­mu­ni­que au responsable du trai­te­ment ses éven­tu­el­les objec­tions. La pri­se de posi­ti­on du PFPDT est sou­mi­se à un émo­lu­ment (art. 59 LPD). Elle peut por­ter sur le trai­te­ment de don­nées pré­vu ou sur la con­cep­ti­on de la DSFA”.

    […]

    Si un responsable refu­se de se con­for­mer à des objec­tions et sug­ge­sti­ons importan­tes du PFPDT, ce der­nier peut lui adress­er une lett­re de mise en demeu­re. Enquête et de for­ma­li­ser en temps vou­lu les ajouts ou les modi­fi­ca­ti­ons sug­gé­rés, voi­re l’in­ter­dic­tion du trai­te­ment. dis­po­sent.