Ven­te à emporter (AI)
  • L’AESA et le CEPD salu­ent l’ob­jec­tif de l’EH­DS, mais met­tent en gar­de cont­re le man­que de clar­té de la base juri­di­que et la pos­si­bi­li­té d’un abaisse­ment du niveau de pro­tec­tion des don­nées par rap­port au RGPD.
  • Cri­tique des règles d’ex­cep­ti­on et de l’in­ter­pré­ta­ti­on impré­cise du RGPD, notam­ment en ce qui con­cer­ne les obli­ga­ti­ons d’in­for­ma­ti­on, les excep­ti­ons de l’ar­tic­le 9 et les critères d’ac­cès aux don­nées de santé.
  • Exi­ger une gou­ver­nan­ce clai­re, une obli­ga­ti­on de stocka­ge UE/EEE pour les don­nées de san­té à carac­tère per­son­nel et une exclu­si­on ou une obli­ga­ti­on de con­sen­te­ment pour les don­nées des appli­ca­ti­ons de bien-être.

Le Comi­té euro­pé­en de la pro­tec­tion des don­nées EDSA (Con­seil euro­pé­en de pro­tec­tion des don­nées EDPB) et le Con­trô­leur euro­pé­en de la pro­tec­tion des don­nées (CEPD) (Super­vi­seur euro­pé­en de la pro­tec­tion des don­nées EDPS) ont publié le 12 juil­let 2022 un docu­ment de 30 pages avis com­mun publié (EDPB-EDPS Joint Opi­ni­on 03/2022 on the Pro­po­sal for a Regu­la­ti­on on the Euro­pean Health Data Space (avis con­joint EDPB-EDPS 03/2022 sur la pro­po­si­ti­on de règle­ment rela­tif à l’e­space euro­pé­en des don­nées de san­té)) vers le Pro­po­si­ti­on pour une Règle­ment sur l’e­space euro­pé­en des don­nées de san­té (Espace euro­pé­en des don­nées de san­té (EHDS) de la Com­mis­si­on euro­pé­en­ne (Pro­po­si­ti­on de régle­men­ta­ti­on – L’e­space euro­pé­en des don­nées de san­tée), qui a été publié le 3 mai 2022.

Elle avait expres­sé­ment deman­dé à la Com­mis­si­on euro­pé­en­ne de rend­re un avis. L’EDSA et le CEPD salu­ent le Objec­tif de la pro­po­si­ti­on, d’a­mé­lio­rer l’é­ch­an­ge de dif­fér­ents types de don­nées élec­tro­ni­ques rela­ti­ves à la san­té (notam­ment les dos­siers médi­caux élec­tro­ni­ques, les don­nées géno­mi­ques, les regi­stres de pati­ents) et l’ac­cès à ces don­nées, afin de sou­te­nir non seu­le­ment l’uti­li­sa­ti­on pri­ma­i­re (soins de san­té) mais aus­si l’uti­li­sa­ti­on second­ai­re (recher­che en matiè­re de san­té, inno­va­ti­on, éla­bo­ra­ti­on des poli­ti­ques, régle­men­ta­ti­on et méde­ci­ne per­son­na­li­sée) des don­nées élec­tro­ni­ques rela­ti­ves à la santé.

Cri­tique
Tou­te­fois, l’AE­SA et le CEPD émet­tent éga­le­ment des cri­ti­ques sur la pro­po­si­ti­on. Le suc­cès de l’EH­DS dépen­drait d’u­ne une base juri­di­que soli­de qui sont liés à la fois à la Cad­re juri­di­que de l’UE en matiè­re de pro­tec­tion des don­nées qu’a­vec la Juris­pru­dence de la CJCE doit être con­for­me à la direc­ti­ve. Les réfé­ren­ces géné­ra­les au RGPD sont insuf­fi­san­tes. Il exi­ste un ris­que d’in­ter­pré­ta­ti­on erro­n­ée des dis­po­si­ti­ons cen­tra­les en matiè­re de pro­tec­tion des don­nées, ce qui pour­rait ent­raî­ner un abaisse­ment du niveau de pro­tec­tion actu­el­le­ment accor­dé aux per­son­nes con­cer­nées dans le cad­re juri­di­que euro­pé­en exi­stant en matiè­re de pro­tec­tion des données.

[…] les dis­po­si­ti­ons de la pré­sen­te pro­po­si­ti­on ajou­te­ront une nou­vel­le couche à la coll­ec­tion déjà com­ple­xe (mul­ti-couch­es) de dis­po­si­ti­ons (que l’on trouve à la fois dans le droit de l’UE et des États mem­bres) sur la
le trai­te­ment des don­nées de san­té (dans le sec­teur des soins de san­té). Le site inter­play ent­re ces dif­fér­ents élé­ments de la légis­la­ti­on doit être (cry­stal) clear.“

Les cri­ti­ques et pro­po­si­ti­ons de modi­fi­ca­ti­on for­mulées dans l’a­vis con­joint peu­vent être résu­mées com­me suit :

Descrip­ti­on impré­cise des droits liés au RGPD
Le fait que la pro­po­si­ti­on fas­se réfé­rence aux droits pré­vus par le RGPD (par exemp­le, le droit d’ac­cès gra­tuit et le droit à une copie des don­nées) doit être salué. Cepen­dant, leur descrip­ti­on s’é­car­te du con­te­nu du RGPD. Il con­vi­ent de cla­ri­fier la rela­ti­on ent­re ces dispositions.

Pas d’ex­ten­si­on des excep­ti­ons aux garan­ties du RGPD
L’ar­tic­le 38, para­gra­phe 2, de la pro­po­si­ti­on pres points d’ac­cès aux don­nées de san­té (dési­gnés par les États mem­bres ; ils don­nent accès aux don­nées élec­tro­ni­ques de san­té pour une uti­li­sa­ti­on second­ai­re) ne sont pas tenus de four­nir à chaque per­son­ne phy­si­que les infor­ma­ti­ons spé­ci­fi­ques visées à l’ar­tic­le 14 du RGPD con­cer­nant l’uti­li­sa­ti­on de ses don­nées dans le cad­re de pro­jets pour les­quels une auto­ri­sa­ti­on de don­nées a été accor­dée. L’AESA et le CEPD con­sidè­rent qu’il s’a­git d’u­ne déro­ga­ti­on expli­ci­te au RGPD. Ils esti­ment que la nou­vel­le déro­ga­ti­on pour­rait avoir des con­sé­quen­ces invo­lon­tai­res sur les liber­tés et droits fon­da­men­taux des per­son­nes con­cer­nées en rai­son de l’ab­sence de con­di­ti­ons con­crè­tes dans les­quel­les la nou­vel­le déro­ga­ti­on serait applicable.

Sup­pres­si­on des appli­ca­ti­ons de bien-être et d’aut­res appli­ca­ti­ons numé­ri­ques de san­té des cha­pi­t­res III et IV
Cha­pit­re III de la pro­po­si­ti­on trai­te de la mise en œuvre d’un système obli­ga­toire d’au­to­cer­ti­fi­ca­ti­on des systè­mes de DSE dans les situa­tions où ces systè­mes doi­vent satis­fai­re à des exi­gen­ces essen­ti­el­les en matiè­re d’in­teropé­ra­bi­li­té et de sécu­ri­té. Le cha­pit­re con­ti­ent éga­le­ment des dis­po­si­ti­ons rela­ti­ves à l’é­ti­que­ta­ge volon­tai­re des appli­ca­ti­ons de bien-être interopé­ra­bles avec les systè­mes de DSE. Le cha­pit­re IV faci­li­te l’uti­li­sa­ti­on second­ai­re des don­nées de san­té élec­tro­ni­ques, par exemp­le pour la recher­che, l’in­no­va­ti­on, l’é­la­bo­ra­ti­on de poli­ti­ques, la sécu­ri­té des pati­ents ou les acti­vi­tés de régle­men­ta­ti­on. Il défi­nit un cer­tain nombre de types de don­nées qui peu­vent être uti­li­sées à des fins spé­ci­fi­ques et éta­blit des fina­li­tés inter­di­tes (par exemp­le, uti­li­sa­ti­on de don­nées cont­re des per­son­nes, publi­ci­té com­mer­cia­le, aug­men­ta­ti­on de l’assu­rance, déve­lo­p­pe­ment de pro­duits dan­ge­reux). L’AESA et le CEPD recom­man­dent de sup­p­ri­mer les appli­ca­ti­ons de bien-être et les appli­ca­ti­ons numé­ri­ques de san­té de ces chapitres. 

L’OEDT et le CEPD recon­nais­sent les dis­po­si­ti­ons du cha­pit­re III qui visent à amé­lio­rer l’in­teropé­ra­bi­li­té des dos­siers médi­caux élec­tro­ni­ques et à faci­li­ter la con­nec­ti­vi­té des appli­ca­ti­ons de bien-être avec ces dos­siers médi­caux élec­tro­ni­ques. Tou­te­fois, les […] der­niers ne dev­rai­ent pas être inclus dans l’uti­li­sa­ti­on second­ai­re des don­nées de san­té au tit­re du cha­pit­re IV de la pro­po­si­ti­on. Pre­miè­re­ment, par­ce que les don­nées de san­té géné­rées par les appli­ca­ti­ons de bien-être et aut­res appli­ca­ti­ons numé­ri­ques de san­té n’ont pas les mêmes exi­gen­ces en matiè­re de qua­li­té des don­nées et les carac­té­ri­sti­ques de cel­les géné­rées par les dis­po­si­tifs médi­caux. De plus, ces appli­ca­ti­ons génè­rent un une quan­ti­té énor­me de don­nées et peut être très inva­si­ve, car elle se rap­por­te à chaque étape que les indi­vi­dus fran­chis­sent dans leur vie quo­ti­di­en­ne.“

Si ces don­nées devai­ent être main­te­nues, le trai­te­ment serait néces­saire pour la Uti­li­sa­ti­on second­ai­re uni­quement avec con­sen­te­ment pré­alable au sens du RGPD est admis­si­ble. La pro­po­si­ti­on dev­rait être com­plé­tée en con­sé­quence. Deu­xiè­me­ment, les con­di­ti­ons spé­ci­fi­ques pour le trai­te­ment ulté­ri­eur de ces don­nées à carac­tère per­son­nel soi­ent clai­re­ment défi­nies con­for­mé­ment à la légis­la­ti­on sur la pro­tec­tion des don­nées et que des mesu­res appro­priées soi­ent pri­ses pour assurer la pro­tec­tion des don­nées à carac­tère per­son­nel. Méca­nis­mes afin de garan­tir le respect de la volon­té des per­son­nes con­cer­nées en ce qui con­cer­ne le trai­te­ment ulté­ri­eur de leurs don­nées à carac­tère per­son­nel rela­ti­ves à la san­té (géné­rées par des appli­ca­ti­ons de bien-être et aut­res appli­ca­ti­ons numé­ri­ques). En out­re, un tel trai­te­ment relè­ve du champ d’ap­pli­ca­ti­on de la direc­ti­ve “vie pri­vée et com­mu­ni­ca­ti­ons électroniques”.

Lien peu clair avec les excep­ti­ons du RGPD à l’in­ter­dic­tion de trai­ter des don­nées sensibles
L’ar­tic­le 9, para­gra­phe 2, point h), du RGPD pré­voit des excep­ti­ons dans les­quel­les le trai­te­ment de don­nées sen­si­bles est néces­saire à des fins de pré­ven­ti­on sani­taire ou de méde­ci­ne du tra­vail, d’éva­lua­ti­on de la capa­ci­té de tra­vail du tra­vail­leur, de dia­gno­stic médi­cal, de soins ou de trai­te­ments médi­caux ou de gesti­on des systè­mes et ser­vices de san­té sur la base du droit de l’U­ni­on ou du droit des États mem­bres. La pro­po­si­ti­on dev­rait pré­voir des con­di­ti­ons et des garan­ties pour le trai­te­ment des don­nées électroniques.
don­nées rela­ti­ves à la san­té par les pre­sta­tai­res de soins de san­té et les pro­fes­si­on­nels de la san­té, con­for­mé­ment à cet­te excep­ti­on. Le CEPD et le CEPD déplo­rent que cela ne se reflè­te pas dans les critères selon les­quels les auto­ri­tés com­pé­ten­tes accor­dent l’ac­cès aux don­nées rela­ti­ves à la san­té deman­dées (artic­les 45 et sui­vants de la pro­po­si­ti­on). Ils esti­ment que la maniè­re dont ces dis­po­si­ti­ons se rap­portent aux prin­cipes et aux dis­po­si­ti­ons du RGPD, et notam­ment à l’ar­tic­le 9, para­gra­phe 2, du RGPD, n’est pas claire.

Com­plé­ment deman­dé con­cer­nant le stocka­ge dans l’UE/EEE
Le cha­pit­re V pro­po­se d’aut­res mesu­res de sou­ti­en au ren­force­ment des capa­ci­tés par les États mem­bres afin d’ac­com­pa­gner le déve­lo­p­pe­ment du SEAE. Il s’a­git notam­ment de l’é­ch­an­ge d’in­for­ma­ti­ons sur les ser­vices publics numé­ri­ques, le finance­ment, etc. En out­re, ce cha­pit­re régle­men­te l’ac­cès inter­na­tio­nal aux don­nées non per­son­nel­les dans le cad­re du EHDS. En rai­son du volu­me important de don­nées à trai­ter, de leur carac­tère haute­ment sen­si­ble, du ris­que d’ac­cès illi­ci­te et de la néces­si­té d’assurer un sui­vi effi­cace de ces don­nées, le CEPD et le CEPD deman­dent que cet­te pro­po­si­ti­on soit com­plé­tée par une dis­po­si­ti­on pré­voyant le stocka­ge des don­nées de san­té élec­tro­ni­ques à carac­tère per­son­nel dans l’UE/EEE, sans pré­ju­di­ce d’aut­res trans­ferts con­for­mé­ment au cha­pit­re V du RGPD.

Gou­ver­nan­ce
Enfin, en ce qui con­cer­ne le modè­le de gou­ver­nan­ce mis en place par la pro­po­si­ti­on, les tâches et les responsa­bi­li­tés des nou­veaux orga­nis­mes publics doi­vent être soi­gneu­se­ment adap­tées, en tenant comp­te notam­ment des tâches et des responsa­bi­li­tés des auto­ri­tés natio­na­les de con­trô­le, du CEPD et de l’AESPD dans le domaine du trai­te­ment des don­nées (de san­té) à carac­tère per­son­nel. Il con­vi­ent d’é­vi­ter les chevau­che­ments de com­pé­ten­ces et de spé­ci­fier les domain­es et les exi­gen­ces en matiè­re de coopération.