Ven­te à emporter (AI)
  • La CEDH a décla­ré que la créa­ti­on d’un lien hyper­tex­te n’é­tait pas auto­ma­ti­quement assi­mi­lable à la dif­fu­si­on de con­te­nus dif­fa­ma­toires et qu’el­le néces­si­tait un examen au cas par cas.
  • La Hon­grie a vio­lé l’ar­tic­le 10 de la CEDH : la responsa­bi­li­té glo­ba­le et objec­ti­ve de l’ex­plo­itant du site web n’é­tait pas justi­fi­ée par des motifs per­tin­ents et suffisants.

La Cour euro­pé­en­ne des droits de l’hom­me (CEDH) a Arrêt MAGYAR JETI ZRT c. Hon­grie du 4 décembre 2018 (requête n° 11257/16) a déci­dé que la Hon­grie avait vio­lé la liber­té d’ex­pres­si­on au sens de l’art. 10 CEDH par l’a­mé­nage­ment de son droit de la responsa­bi­li­té. La plaignan­te était l’ex­plo­itan­te du site web 444.huL’af­fai­re a été por­tée devant la Cour de justi­ce de l’U­ni­on euro­pé­en­ne par un tri­bu­nal hon­grois qui avait publié un lien vers une vidéo sur You­Tube, jugée par la suite com­me portant att­ein­te à la vie pri­vée. En con­sé­quence, l’ex­plo­itant du site web a été con­dam­né à publier des extraits du juge­ment sur le site web et à reti­rer le lien.

La CEDH con­sta­te que la publi­ca­ti­on d’un lien ne doit pas être assi­milée à la dif­fu­si­on d’in­for­ma­ti­ons portant att­ein­te à la per­son­na­li­té. Elle esti­me qu’il faut plutôt con­sidé­rer chaque cas indi­vi­du­el­le­ment, con­for­mé­ment à ses obligations :

76 – En con­sé­quence, comp­te tenu des par­ti­cu­la­ri­tés des hyper­li­ens, la Cour ne peut approu­ver l’appro­che des tri­bu­naux nati­on­aux con­si­stant à assi­mi­ler la simp­le publi­ca­ti­on d’un hyper­li­en à la dif­fu­si­on de l’in­for­ma­ti­on dif­fa­ma­toire, en déga­geant auto­ma­ti­quement la responsa­bi­li­té pour le con­te­nu lui-même. Il con­sidè­re plutôt que la que­sti­on de savoir si la publi­ca­ti­on d’un lien hyper­tex­te peut, de maniè­re justi­fi­ée du point de vue de l’ar­tic­le 10, don­ner lieu à une tel­le responsa­bi­li­té requiert une éva­lua­ti­on indi­vi­du­el­le dans chaque cas, regard être tenu à un cer­tain nombre d’éléments.

77. la Cour iden­ti­fie en par­ti­cu­lier les aspects sui­vants as rele­vant for its ana­ly­sis of the lia­bi­li­ty of the appli­cant com­pa­ny as publisher of a hyper­link : (i) le jour­na­li­ste a‑t-il endos­sé le con­te­nu nié ; (ii) le jour­na­li­ste a‑t-il répé­té le con­te­nu nié (sans l’ap­prou­ver) ; (iii) le jour­na­li­ste s’est-il con­ten­té de mett­re un hyper­li­en vers le con­te­nu nié (sans l’ap­prou­ver ou le répé­ter) ; (iv) le jour­na­li­ste savait-il ou aurait-il pu rai­sonnablem­ent savoir que le con­te­nu impu­té était dif­fa­ma­toire ou autre­ment illé­gal ; (v) le jour­na­li­ste a‑t-il agi de bon­ne foi, respec­té l’é­thi­que du jour­na­lis­me et fait preuve de la dili­gence rai­sonnable atten­due d’un jour­na­lis­me responsable ?

En l’oc­cur­rence, il n’e­xi­stait aucun indi­ce de responsa­bi­li­té du jour­na­li­ste responsable, rai­son pour laquel­le la con­dam­na­ti­on de l’ex­plo­itant a vio­lé l’art. 10 CEDH :

84) Sur la base de ce qui pré­cè­de, la Cour esti­me que l’im­po­si­ti­on par les juri­dic­tions natio­na­les d’u­ne responsa­bi­li­té objec­ti­ve à la socié­té requé­ran­te ne repo­sait pas sur des motifs per­tin­ents et suf­fi­sants. Par con­sé­quent, la mesu­re con­sti­tuait une rest­ric­tion dis­pro­por­ti­onnée à son droit à la liber­té d’expression.

85) En con­sé­quence, il y a eu vio­la­ti­on de l’ar­tic­le 10 de la convention.