Ven­te à emporter (AI)
  • La CJUE con­sidè­re que la con­ser­va­ti­on illi­mi­tée dans le temps et sans distinc­tion de don­nées à carac­tère per­son­nel à des fins de publi­ci­té ciblée est dis­pro­por­ti­onnée et illicite.
  • L’ar­tic­le 5 du RGPD (mini­mi­sa­ti­on des don­nées) inter­dit l’a­g­ré­ga­ti­on et le trai­te­ment à gran­de échel­le de tou­tes les don­nées inter­nes et exter­nes à la pla­te­for­me, sans aucu­ne différenciation.
  • Seu­les les don­nées sen­si­bles expres­sé­ment et clai­re­ment ren­dues publi­ques sont con­sidé­rées com­me “mani­fe­stem­ent ren­dues publi­ques” ; cela n’au­to­ri­se pas le trai­te­ment d’aut­res don­nées rela­ti­ves à la même propriété.

La CJCE s’est pro­non­cée en Arrêt C‑446/21 du 4 octobre 2024 s’est pen­ché sur la que­sti­on de savoir si. Le juge­ment con­cer­ne un aut­re liti­ge de Max Schrems cont­re Meta. Un com­men­tai­re de noyb a été ici publié.

Le con­tex­te de l’ar­rêt est le fait que Meta – Face­book – peut coll­ec­ter des infor­ma­ti­ons sur les visi­tes de sites tiers par le biais de dif­fér­ents outils, notam­ment des plug-ins soci­aux et des pixels inté­g­rés à des sites tiers. En font éga­le­ment par­tie les pages “des par­tis poli­ti­ques et […] des sites web qui s’adres­sent à un public homo­se­xu­el”. Lorsque Schrems a visi­té de tels sites, Meta a coll­ec­té les don­nées cor­re­spond­an­tes le con­cer­nant et, par la suite, Schrems a reçu des publi­ci­tés pour une femme poli­tique autri­chi­en­ne et des publi­ci­tés ciblant un public homosexuel.

Sur la pro­por­ti­on­na­li­té (et le con­te­nu essen­tiel du droit fon­da­men­tal à la pro­tec­tion des données)

La CJCE se pro­non­ce d’a­bord sur le Prin­ci­pe de pro­por­ti­on­na­li­té (con­for­mé­ment à l’ar­tic­le 5, para­gra­phe 1, point c), et à l’ar­tic­le 5, para­gra­phe 2, du RGPD) :

58 En tout état de cau­se, une stocka­ge illi­mi­té dans le temps des don­nées à carac­tère per­son­nel des uti­li­sa­teurs d’u­ne pla­te­for­me de réseau social à des fins de publi­ci­té ciblée, en tant que dis­pro­por­ti­onné être con­sidé­ré com­me une att­ein­te aux droits que le RGPD garan­tit à ces utilisateurs.

59 S’a­gis­sant, en troi­siè­me lieu, de la cir­con­stance que les don­nées à carac­tère per­son­nel en cau­se au prin­ci­pal sont coll­ec­tées, agré­gées, ana­ly­sées et trai­tées sans distinc­tion quant à leur natu­re, à des fins de publi­ci­té ciblée, la Cour a déjà jugé que le responsable […] ne peut pas coll­ec­ter de maniè­re géné­ra­le et indif­fé­ren­ciée des don­nées à carac­tère per­son­nel et qu’il doit s’ab­ste­nir de coll­ec­ter des don­nées qui ne sont pas stric­te­ment néces­saires aux fins du trai­te­ment. […].

60 En out­re, le responsable doit prend­re des mesu­res appro­priées con­for­mé­ment à l’ar­tic­le 25, para­gra­phe 2, du RGPDLa Com­mis­si­on a adop­té des mesu­res visa­nt à garan­tir que, par défaut, seu­les les don­nées à carac­tère per­son­nel dont le trai­te­ment est néces­saire pour une fina­li­té spé­ci­fi­que sont trai­tées. Selon cet­te dis­po­si­ti­on, cet­te obli­ga­ti­on s’ap­pli­que, ent­re aut­res, à la quan­ti­té de don­nées à carac­tère per­son­nel coll­ec­tées, à la por­tée de leur trai­te­ment et à leur accessibilité.

Cer­tes, il est L’af­fai­re du responsableLes États mem­bres sont tenus de limi­ter le trai­te­ment de leurs don­nées en con­sé­quence, ce qu’il appar­tient à la juri­dic­tion natio­na­le de vérifier :

57 Dès lors, […] il appar­tient à la juri­dic­tion natio­na­le d’ap­pré­cier, en tenant comp­te de l’en­sem­ble des cir­con­stances per­ti­nen­tes et en appli­quant le prin­ci­pe de pro­por­ti­on­na­li­té visé à l’ar­tic­le 5, para­gra­phe 1, sous b), du règle­ment (CE) n° 45/2001, la légiti­mi­té de la publi­ci­té per­son­na­li­sée. c du RGPD, d’ap­pré­cier si la durée de con­ser­va­ti­on des don­nées à carac­tère per­son­nel par le responsable du trai­te­ment est rai­sonnablem­ent justi­fi­ée au regard de l’ob­jec­tif con­si­stant à per­mett­re la dif­fu­si­on de publi­ci­tés personnalisées.

Mais : la coll­ec­te des don­nées des uti­li­sa­teurs con­sti­tue en l’e­spè­ce une att­ein­te gra­ve. La CJUE renon­ce donc à lais­ser la mise en balan­ce au juge du fond et donc à l’ar­gu­men­ta­ti­on du responsable du trai­te­ment. Elle déduit plutôt de l’ar­tic­le 5 du RGPD une inter­dic­tion per se du pré­sent trai­te­ment, par­ti­cu­liè­re­ment éten­du à dif­fér­ents égards. En fin de comp­te, la CJUE con­sidè­re donc mani­fe­stem­ent que le trai­te­ment de don­nées à carac­tère per­son­nel doit être effec­tué par le responsable du trai­te­ment. Con­te­nu essen­tiel des droits fon­da­men­taux garan­tis par la Char­te blessé :

65 Eu égard à ce qui pré­cè­de, il y a lieu de répond­re à la deu­xiè­me que­sti­on que l’ar­tic­le 5, para­gra­phe 1, sous b), de la direc­ti­ve 95/46/CE doit être inter­pré­té en ce sens qu’il s’op­po­se à ce que les don­nées à carac­tère per­son­nel soi­ent trai­tées dans le cad­re de la pro­tec­tion des don­nées. c du RGPD doit être inter­pré­té en ce sens que le prin­ci­pe de “mini­mi­sa­ti­on des don­nées” qu’il énon­ce s’op­po­se à ce que tou­tes les don­nées à carac­tère per­son­nelles infor­ma­ti­ons qu’un responsable, tel que l’ex­plo­itant d’u­ne pla­te­for­me de réseau social en ligne, reçoit de la per­son­ne con­cer­née ou de tiers et qui ont été coll­ec­tées à la fois sur et en dehors de cet­te pla­te-for­me, illi­mi­té dans le temps et sans distinc­tion agré­gées, ana­ly­sées et trai­tées selon leur natu­re à des fins de publi­ci­té ciblée.

Con­cer­nant les don­nées “mani­fe­stem­ent ren­dues publiques

Le point sui­vant con­cer­ne la que­sti­on de savoir quand des caté­go­ries par­ti­cu­liè­res de don­nées à carac­tère per­son­nel “.mani­fe­stem­ent ren­du public“Dans ce cas, l’in­ter­dic­tion de trai­te­ment de l’ar­tic­le 9, para­gra­phe 1 du RGPD est levée (para­gra­phe 2, point e). Il s’a­gis­sait d’u­ne table ron­de au cours de laquel­le Max Schrems s’é­tait expri­mé sur son homo­se­xua­li­té. La CJCE dit ici tout d’a­bord que la lett­re e doit être inter­pré­tée de maniè­re rest­ric­ti­ve en tant qu’ex­cep­ti­on – un non-sens dog­ma­tique que l’on entend sou­vent en Sui­s­se éga­le­ment ; les excep­ti­ons ne doi­vent pas être inter­pré­tées de maniè­re rest­ric­ti­ve, mais tout sim­ple­ment selon les métho­des habituelles.

En tout cas : ce qui est déter­mi­nant, c’est si la per­son­ne con­cer­née a Inten­ti­on avait expres­sé­ment deman­dé les don­nées per­son­nel­les en que­sti­on par un acte de con­fir­ma­ti­on clair de la part de la acce­s­si­ble au grand public de fai­re (CJCE, C‑252/21, point 77). En l’e­spè­ce, cela n’é­tait “pas à exclure” :

78 En l’e­spè­ce, il res­sort de la décis­i­on de ren­voi que […] la table ron­de au cours de laquel­le M. Schrems s’est expri­mé sur son ori­en­ta­ti­on sexu­el­le a été PublicLe public a eu accès à la table ron­de, qui était ouver­te à tous, dans la limi­te des places dis­po­ni­bles. dif­fusé en strea­ming a été orga­ni­sée. De plus, un enre­gi­stre­ment de la table ron­de dev­rait être dif­fusé plus tard sous for­me de Pod­cast ain­si que sur le Chaî­ne You­tube de la Commission.

79 Dans ces con­di­ti­ons, et sous réser­ve des véri­fi­ca­ti­ons à effec­tuer par le juge natio­nal, il ne sau­rait être exclu que la décla­ra­ti­on en cau­se, même si elle s’in­scri­vait dans le cad­re d’u­ne inter­ven­ti­on plus lar­ge et n’é­tait fai­te que dans le but de cri­ti­quer le trai­te­ment de don­nées à carac­tère per­son­nel effec­tué par Face­book, con­sti­tue un acte par lequel l’in­té­res­sé a, en tou­te con­nais­sance de cau­se, ren­du mani­fe­stem­ent publi­que son ori­en­ta­ti­on sexu­el­le au sens de l’ar­tic­le 9, para­gra­phe 2, sous e), du RGPD.

Tou­te­fois, cela ne signi­fie pas enco­re que le méta aut­res de trai­ter des don­nées rela­ti­ves à l’o­ri­en­ta­ti­on sexu­el­le de Schrems. La base juri­di­que cou­vre plutôt exclu­si­ve­ment les don­nées publiées:

81 Ain­si, d’u­ne part, il serait con­trai­re à l’ar­tic­le 9, para­gra­phe 2, sous e), du RGPD, qui doit être inter­pré­té de maniè­re stric­te, que tou­tes les don­nées rela­ti­ves à l’o­ri­en­ta­ti­on sexu­el­le d’u­ne per­son­ne soi­ent sous­trai­tes à la pro­tec­tion de l’ar­tic­le 9, para­gra­phe 1, du RGPD au seul motif que la per­son­ne con­cer­née a mani­fe­stem­ent ren­du publi­ques des don­nées à carac­tère per­son­nel rela­ti­ves à son ori­en­ta­ti­on sexuelle.

82 D’aut­re part, le fait qu’u­ne per­son­ne ait mani­fe­stem­ent ren­du publi­ques des don­nées rela­ti­ves à son ori­en­ta­ti­on sexu­el­le ne per­met pas de con­clu­re qu’el­le a don­né son con­sen­te­ment, au sens de l’ar­tic­le 9, para­gra­phe 2, sous a), du RGPD, au trai­te­ment par l’ex­plo­itant d’u­ne pla­te­for­me en ligne de réseau social d’aut­res don­nées rela­ti­ves à son ori­en­ta­ti­on sexuelle.