Ven­te à emporter (AI)
  • La CJUE con­fir­me que les per­son­nes mora­les sont respons­ables des infrac­tions à la pro­tec­tion des don­nées en ver­tu de l’ar­tic­le 83 du RGPD, même sans iden­ti­fi­ca­ti­on d’u­ne per­son­ne phy­si­que concrète.
  • Les amen­des sup­po­sent une fau­te (inten­ti­on­nel­le ou par nég­li­gence), mais les exi­gen­ces en matiè­re de preuve de la fau­te sont plutôt faibles.
  • Lors du cal­cul de la sanc­tion, la noti­on d’entre­pri­se en droit des car­tels (art. 101, 102 TFUE) est déter­mi­nan­te pour le chif­fre d’af­fai­res de l’entreprise.

La CJCE a jugé dans Arrêt C‑807/21 dans l’af­fai­re Deut­sche Woh­nen a déci­dé qu’en ver­tu du RGPD, les ent­re­pri­ses pou­vai­ent éga­le­ment se voir inf­li­ger des amen­des lorsque aucu­ne per­son­ne phy­si­que déter­mi­née a été iden­ti­fié com­me étant l’au­teur de l’in­frac­tion, et qu’il a éga­le­ment été n’a pas d’im­portance si l’in­frac­tion a été com­mi­se par un orga­ne ou un repré­sen­tant. a été com­mi­se. Une cri­tique poin­tue de cet arrêt a été rédi­gée – sur la base enco­re du com­mu­ni­qué de pres­se de la CJCE – par le Dr. Chri­sti­an Franz a rédi­gé.

Mais au moins, il est sup­po­sé que le Infrac­tion com­mi­se de maniè­re fau­ti­ve a été

73 Un système de sanc­tions per­met­tant d’in­f­li­ger une amen­de con­for­mé­ment à l’ar­tic­le 83 du RGPD lorsque les cir­con­stances par­ti­cu­liè­res du cas d’e­spè­ce le justi­fi­ent inci­te les respons­ables du trai­te­ment et les sous-trai­tants à se con­for­mer au RGPD. Les amen­des con­tri­buent, par leur effet dissua­sif, à ren­forcer la pro­tec­tion des per­son­nes phy­si­ques à l’é­gard du trai­te­ment des don­nées à carac­tère per­son­nel. Elles con­sti­tu­ent donc un élé­ment clé pour garan­tir le respect des droits de ces per­son­nes et sont con­for­mes à l’ob­jec­tif du RGPD con­si­stant à assurer un niveau éle­vé de pro­tec­tion de ces per­son­nes lors du trai­te­ment de don­nées à carac­tère personnel.

74 Tou­te­fois, le légis­la­teur de l’U­ni­on n’a pas jugé néces­saire, pour assurer un tel niveau éle­vé de pro­tec­tion, de pré­voir que les amen­des sont inf­li­gées indé­pen­dam­ment de la fau­te. Comp­te tenu du fait que le RGPD vise à assurer un niveau de pro­tec­tion équi­va­lent et uni­for­me et doit, à cet­te fin, être appli­qué de maniè­re uni­for­me dans tou­te l’U­ni­on, il serait con­trai­re à cet objec­tif de per­mett­re aux États mem­bres de pré­voir un tel régime pour l’im­po­si­ti­on d’u­ne amen­de en ver­tu de l’ar­tic­le 83 du RGPD. Une tel­le liber­té de choix serait en out­re de natu­re à fau­sser la con­cur­rence ent­re les opé­ra­teurs éco­no­mi­ques au sein de l’U­ni­on, ce qui serait con­trai­re aux objec­tifs expo­sés par le légis­la­teur de l’U­ni­on, notam­ment aux con­sidé­rants 9 et 13 du RGPD.

75 Par con­sé­quent, il con­vi­ent de con­stater que l’ar­tic­le 83 RGPD per­met non auto­ri­sé, une Amen­de pour une infrac­tion visée à l’ar­tic­le 83, para­gra­phes 4 à 6, sans qu’il soit prou­vé que cet­te infrac­tion a été com­mi­se inten­ti­on­nel­le­ment ou par nég­li­gence par le responsable du trai­te­ment. a été com­mi­se. Par con­sé­quent, pour qu’u­ne tel­le amen­de soit inf­li­gée, il faut que l’in­frac­tion ait été com­mi­se de maniè­re fautive.

La preuve de la fau­te n’est tou­te­fois pas sou­mi­se à des exi­gen­ces élevées :

76 À cet égard, s’a­gis­sant de la que­sti­on de savoir si une infrac­tion a été com­mi­se inten­ti­on­nel­le­ment ou par nég­li­gence et peut, en rai­son de cel­le-ci, être sanc­tion­née par une amen­de en ver­tu de l’ar­tic­le 83 du RGPD, il con­vi­ent enco­re de pré­cis­er qu’un responsable de trai­te­ment doit être sanc­tion­né pour un com­porte­ment rele­vant du champ d’ap­pli­ca­ti­on du RGPD, peut être sanc­tion­né s’il ne pou­vait pas igno­rer le carac­tère illi­ci­te de son com­porte­ment, qu’il ait été con­sci­ent ou non de ce fait.que cela enfreint les dis­po­si­ti­ons du RGPD […].

Ce que les Impu­ta­ti­on de la fau­te Deut­sche Woh­nen avait fait valoir (tout com­me la juri­dic­tion de ren­voi) qu’en ver­tu du droit alle­mand des infrac­tions admi­ni­stra­ti­ves, une amen­de ne pou­vait être inf­li­gée que si l’in­frac­tion était impu­ta­ble à un membre d’un orga­ne ou à un repré­sen­tant de l’entreprise.

La CJCE rejet­te cet­te idée dans une moti­va­ti­on extrê­me­ment succincte :

42 Ain­si, il res­sort du libel­lé et de la fina­li­té de l’ar­tic­le 4, point 7, du RGPD que le légis­la­teur de l’U­ni­on n’a pas fait de distinc­tion ent­re les per­son­nes phy­si­ques et les per­son­nes mora­les pour déter­mi­ner la responsa­bi­li­té au tit­re du RGPD, la seu­le con­di­ti­on de cet­te responsa­bi­li­té étant que ces per­son­nes déci­dent, seu­les ou con­join­te­ment avec d’aut­res, des fina­li­tés et des moy­ens du trai­te­ment des don­nées à carac­tère personnel.

43 Sous réser­ve des dis­po­si­ti­ons de l’ar­tic­le 83, para­gra­phe 7, du RGPD con­cer­nant les auto­ri­tés et les orga­nis­mes publics, tou­te per­son­ne rem­plis­sant cet­te con­di­ti­on – qu’il s’a­gis­se d’u­ne per­son­ne phy­si­que ou mora­le, d’u­ne auto­ri­té, d’un orga­nis­me ou d’un aut­re ser­vice – est donc responsable, ent­re aut­res, de tou­te vio­la­ti­on visée à l’ar­tic­le 83, para­gra­phes 4 à 6, du RGPD, com­mi­se par elle-même ou en son nom.

44 En ce qui con­cer­ne les per­son­nes mora­les, cela signi­fie d’u­ne part […] que cel­les-ci ne sont pas seu­le­ment respons­ables des infrac­tions com­mi­ses par leurs repré­sen­tants, diri­geants ou admi­ni­stra­teurs, mais aus­si pour les infrac­tions com­mi­ses par tou­te aut­re per­son­ne agis­sant dans le cad­re de l’ac­ti­vi­té entre­pre­neu­ria­le et au nom de ces per­son­nes mora­les. […]

Le site Avo­cat géné­ral avait mis l’ac­cent sur ce point dans ses requêtes, accom­pa­gné d’u­ne affirmation

58 – En réa­li­té, ces per­son­nes phy­si­ques for­ment et défi­nis­sent la volon­té de la per­son­ne mora­le en l’ex­pri­mant par des actes indi­vi­du­els et con­crets. Ces actes indi­vi­du­els com­me l’ex­pres­si­on con­crè­te de cet­te volon­té sont en fin de comp­te impu­ta­bles à la per­son­ne mora­le elle-même.

59) Enfin, il s’a­git de per­son­nes phy­si­ques qui, sans être elles-mêmes des repré­sen­tants d’u­ne per­son­ne mora­le, agis­sent sous l’au­to­ri­té de ceux qui sont des repré­sen­tants de la per­son­ne mora­le et qui ont exer­cé une sur­veil­lan­ce ou un con­trô­le insuf­fi­sant sur les pre­miè­res per­son­nes men­ti­onnées. En fin de comp­te, l’im­pu­ta­bi­li­té con­duit à la per­son­ne mora­le elle-même, dans la mesu­re où l’in­frac­tion com­mi­se par le membre du per­son­nel agis­sant sous l’au­to­ri­té de leurs orga­nes de direc­tion résul­te d’u­ne défail­lan­ce du système de con­trô­le et de sur­veil­lan­ceLa responsa­bi­li­té des orga­nes direc­teurs est direc­te­ment engagée.

Le fait que la per­son­ne phy­si­que est iden­ti­fi­éeest éga­le­ment pas néces­saire:

46 Ain­si, il résul­te de la com­bi­nai­son des artic­les 4, point 7, 83 et 58, para­gra­phe 2, sous i), du RGPD qu’u­ne amen­de peut éga­le­ment être inf­li­gée à une per­son­ne mora­le pour une infrac­tion visée à l’ar­tic­le 83, para­gra­phes 4 à 6, du RGPD, dès lors qu’el­le a la qua­li­té de responsable. En revan­che, le RGPD ne con­ti­ent aucu­ne dis­po­si­ti­on qui sub­or­don­ne l’im­po­si­ti­on d’u­ne amen­de à une per­son­ne mora­le en tant que responsable à la con­di­ti­on qu’il soit pré­ala­blem­ent éta­b­li que cet­te vio­la­ti­on a été com­mi­se par une per­son­ne phy­si­que identifiée.

Ce faisant, la CJCE intro­duit en fait une la responsa­bi­li­té cau­sa­le des ent­re­pri­ses eng­lo­be le com­porte­ment de tous les employés, et pro­ba­blem­ent pas seu­le­ment de ceux-ci, mais aus­si de tou­tes les per­son­nes qui agis­sent “en leur nom”.Il n’est pas néces­saire de prou­ver que la fau­te a été com­mi­se. La CJCE n’a pas exi­gé la preuve d’un man­que de dili­gence dans l’or­ga­ni­sa­ti­on de l’entre­pri­se et du con­trô­le inter­ne ; elle a plutôt sup­po­sé impli­ci­te­ment qu’u­ne infrac­tion ne pou­vait pas se pro­dui­re dans l’entre­pri­se autre­ment que par un man­que d’or­ga­ni­sa­ti­on, qui est ain­si présumé.

Selon cet­te logi­que, le responsable dev­rait alors éga­le­ment pour tout sous-trai­tant Celui-ci et ses col­la­bo­ra­teurs agis­sent éga­le­ment au nom du responsable, tant que le sous-trai­tant ne devi­ent pas son pro­pre responsable par excès de tâches, et là enco­re, on peut affirm­er qu’u­ne infrac­tion est le résul­tat d’un système de con­trô­le et de sur­veil­lan­ce insuf­fi­sant. On peut se deman­der si la pro­pre responsa­bi­li­té en matiè­re d’a­men­des du responsable du trai­te­ment sur man­dat s’y oppo­se, mais sans dou­te pas : le responsable du trai­te­ment sur man­dat n’est responsable que des infrac­tions aux dis­po­si­ti­ons qui le con­cer­nent pré­cis­é­ment, mais le responsable l’est éga­le­ment pour tous les aut­res. Si le responsable n’é­tait pas responsable du com­porte­ment du sous-trai­tant et de tous ses col­la­bo­ra­teurs, la CJCE pour­rait sans pro­blè­me voir là aus­si une lacu­ne dans la pro­tec­tion juridique.

On pour­rait tout de même voir une issue à cet­te responsa­bi­li­té trop stric­te en matiè­re d’a­men­des dans le fait que la CJCE exi­ge que les per­son­nes phy­si­ques fau­ti­ves – même si elles ne peu­vent pas être iden­ti­fi­ées – agis­sent au nom de l’entre­pri­se. Cela ne dev­rait plus être le cas si ces der­niè­res ont Vio­la­ti­on déli­bé­rée de la pro­tec­tion des don­néesDans ce cas, l’em­ployé con­cer­né agit de sa pro­pre initia­ti­ve et non plus au nom de l’entre­pri­se, ce qui fait de lui le responsable. La CJCE laisse tou­te­fois entendre qu’el­le est sujet­te à la con­clu­si­on erro­n­ée qu’u­ne infrac­tion au sein de l’entre­pri­se prouve en soi un défaut dans l’or­ga­ni­sa­ti­on, ce qui est évi­dem­ment faux.

Peu­vent déro­ger à ces règles les États mem­bres ne déro­gent pas non plus, bien enten­du:

48 Le fait que le RGPD don­ne ain­si aux États mem­bres la pos­si­bi­li­té de pré­voir des exi­gen­ces rela­ti­ves à la pro­cé­du­re à sui­v­re par les auto­ri­tés de con­trô­le lors de l’im­po­si­ti­on d’u­ne amen­de ne signi­fie tou­te­fois nullement qu’ils sont éga­le­ment habi­li­tés à pré­voir, out­re ces exi­gen­ces pro­cé­du­ra­les, des con­di­ti­ons de fond qui s’a­jou­tent à cel­les pré­vues à l’ar­tic­le 83, para­gra­phes 1 à 6, du RGPD. En out­re, le fait que le légis­la­teur de l’U­ni­on ait spé­ci­fi­quement et expres­sé­ment pré­vu cet­te pos­si­bi­li­té, mais pas cel­le de fixer de tel­les con­di­ti­ons maté­ri­el­les sup­p­lé­men­tai­res, con­fir­me qu’il n’a pas lais­sé de mar­ge d’ap­pré­cia­ti­on aux États mem­bres à cet égard. Par con­sé­quent, seul le droit de l’U­ni­on s’ap­pli­que à ces con­di­ti­ons matérielles.

Enfin, la CJCE con­fir­me que le chif­fre d’af­fai­res de l’entre­pri­se uti­li­sé pour déter­mi­ner le mon­tant de la sanc­tion doit être cal­culé à par­tir du chif­fre d’af­fai­res de l’entre­pri­se. la noti­on d’entre­pri­se en droit des car­tels de l’entreprise :

59 Par con­sé­quent, si une auto­ri­té de con­trô­le, en rai­son de sa Pou­voirs déci­de, con­for­mé­ment à l’ar­tic­le 58, para­gra­phe 2, du RGPD, d’en­ga­ger une action à l’en­cont­re d’un responsable qui est une ent­re­pri­se au sens des artic­les 101 et 102 du TFUE ou qui appar­tient à une tel­le ent­re­pri­se. Amen­de en ver­tu de l’ar­tic­le 83 du RGPD, est tenu, à la lumiè­re du con­sidé­rant 150 du RGPD, de prend­re en comp­te, dans le cal­cul des amen­des pour les infrac­tions visées à l’ar­tic­le 83, para­gra­phes 4 à 6, du RGPD, le fait que la per­son­ne con­cer­née n’a pas respec­té les obli­ga­ti­ons qui lui incom­bent en ver­tu du RGPD.de se fon­der sur la noti­on d’ ”ent­re­pri­se” au sens des artic­les 101 et 102 du TFUE.