Ven­te à emporter (AI)
  • Le trai­te­ment des don­nées à carac­tère per­son­nel par les moteurs de recher­che est con­sidé­ré com­me un “trai­te­ment” au sens de la direc­ti­ve 95/46, l’ex­plo­itant du moteur de recher­che étant con­sidé­ré com­me le responsable de ce traitement.
  • Les per­son­nes con­cer­nées peu­vent deman­der la sup­pres­si­on des liens vers les résul­tats de recher­che en met­tant en balan­ce les inté­rêts en jeu ; les droits fon­da­men­taux à la vie pri­vée l’em­portent géné­ra­le­ment sur l’in­té­rêt public et économique.

CJUE dans l’af­fai­re Goog­le Spain : “Right to be For­got­ten” (13.5.2014, affai­re C‑131/12):

Sur le champ d’ap­pli­ca­ti­on maté­ri­el de la directive

28 En par­cou­rant auto­ma­ti­quement, con­tin­uel­le­ment et sys­té­ma­ti­quement l’In­ter­net à la recher­che des infor­ma­ti­ons qui y sont publiées, l’ex­plo­itant du moteur de recher­che “coll­ec­te” donc des don­nées à carac­tère per­son­nel.que, grâ­ce à ses pro­gram­mes d’in­dexa­ti­on, il “lit”, “enre­gist­re” et “orga­ni­se”, “con­ser­ve” sur ses ser­ve­urs et, le cas échéant, “trans­met” à ses uti­li­sa­teurs et “met à leur dis­po­si­ti­on” sous la for­me de listes de résul­tats. Ces opé­ra­ti­ons sont expres­sé­ment et sans rest­ric­tion men­ti­onnées à l’ar­tic­le 2, sous b), de la direc­ti­ve 95/46, de sor­te qu’el­les doi­vent être qua­li­fi­ées de “trai­te­ment” au sens de cet­te dis­po­si­ti­on, sans qu’il soit per­ti­nent de savoir si l’ex­plo­itant du moteur de recher­che effec­tue les mêmes opé­ra­ti­ons sur d’aut­res types d’in­for­ma­ti­ons et s’il fait une distinc­tion ent­re ces infor­ma­ti­ons et les don­nées à carac­tère personnel.

38 L’ac­ti­vi­té d’un moteur de recher­che est donc sus­cep­ti­ble de por­ter gra­ve­ment att­ein­te aux droits fon­da­men­taux au respect de la vie pri­vée et à la pro­tec­tion des don­nées à carac­tère per­son­nel, en plus de l’ac­ti­vi­té des édi­teurs de sites web.; en tant que déci­deur des fina­li­tés et des moy­ens de cet­te acti­vi­té, l’ex­plo­itant du moteur de recher­che doit donc veil­ler, dans son domaine de responsa­bi­li­té et dans les limi­tes de ses pou­voirs et de ses pos­si­bi­li­tés, à ce que cet­te acti­vi­té soit con­for­me aux exi­gen­ces de la direc­ti­ve 95/46, afin que les garan­ties pré­vues par cel­le-ci pui­s­sent pro­dui­re leur plein effet et qu’u­ne pro­tec­tion effec­ti­ve et com­plè­te des per­son­nes con­cer­nées, et notam­ment de leur droit au respect de leur vie pri­vée, pui­s­se être effec­ti­ve­ment mise en œuvre.

.….

41 Ain­si, il con­vi­ent de répond­re à la que­sti­on 2, sous a) et b), que l’ar­tic­le 2, sous b) et d), de la direc­ti­ve 95/46 doit être inter­pré­té en ce sens que l’ac­ti­vi­té d’un moteur de recher­che con­si­stant à trou­ver des infor­ma­ti­ons pla­cées ou publiées sur Inter­net par des tiers, à les index­er auto­ma­ti­quement, à les stocker tem­po­rai­re­ment et, enfin, à les mett­re à la dis­po­si­ti­on des inter­nau­tes selon un ord­re de prio­ri­té déter­mi­né, lorsque ces infor­ma­ti­ons con­ti­en­nent des don­nées à carac­tère per­son­nel, doit être qua­li­fié de “trai­te­ment de don­nées à carac­tère per­son­nel” au sens de l’ar­tic­le 2, point b), de la direc­ti­ve 95/46 et que l’ex­plo­itant de ce moteur de recher­che doit être con­sidé­ré com­me le “responsable” de ce trai­te­ment au sens de l’ar­tic­le 2, point d), de la direc­ti­ve 95/46.

Con­cer­nant le champ d’ap­pli­ca­ti­on ter­ri­to­ri­al de la directive

52 Com­me le font notam­ment valoir le gou­ver­ne­ment espa­gnol et la Com­mis­si­on, l’ar­tic­le 4, para­gra­phe 1, sous a), de la direc­ti­ve 95/46 n’e­xi­ge pas que le trai­te­ment de don­nées à carac­tère per­son­nel en cau­se “par” l’é­ta­blis­se­ment con­cer­né lui-même est exé­cu­téLe ter­me “éta­blis­se­ment” ne signi­fie pas que l’ac­ti­vi­té de l’é­ta­blis­se­ment n’a pas lieu, mais sim­ple­ment qu’el­le est exer­cée “dans le cad­re des acti­vi­tés” de l’établissement.

55 Eu égard à cet objec­tif de la direc­ti­ve 95/46 et au libel­lé de son artic­le 4, para­gra­phe 1, sous a), il y a lieu de con­sidé­rer que le trai­te­ment de don­nées à carac­tère per­son­nel effec­tué pour le ser­vice d’un moteur de recher­che tel que Goog­le Search, exploi­té par une ent­re­pri­se éta­b­lie dans un État tiers, mais dis­po­sant d’un éta­blis­se­ment dans un État membre, relè­ve de la com­pé­tence de la Com­mis­si­on, “dans le cad­re des acti­vi­tés” de cet éta­blis­se­ment, lorsque celui-ci a pour mis­si­on d’assurer la pro­mo­ti­on et la ven­te dans l’É­tat membre des espaces publi­ci­taires offerts par le moteur de recher­che en vue de ren­ta­bi­li­ser le ser­vice de celui-ci.

56 En effet, dans de tel­les cir­con­stances, les acti­vi­tés de l’ex­plo­itant du moteur de recher­che et cel­les de son éta­blis­se­ment dans l’É­tat membre con­cer­né indis­so­cia­blem­ent liésLa Com­mis­si­on esti­me que les acti­vi­tés rela­ti­ves aux espaces publi­ci­taires con­sti­tu­ent le moy­en de rend­re le moteur de recher­che en cau­se éco­no­mi­quement via­ble et que le moteur de recher­che est en même temps le moy­en per­met­tant la réa­li­sa­ti­on de ces activités.

Sur l’é­ten­due de la responsa­bi­li­té de l’ex­plo­itant du moteur de recherche

62 Par la que­sti­on 2, sous b). c) et d), la juri­dic­tion de ren­voi deman­de si les artic­les 12, sous b), et 14, para­gra­phe 1, sous a), de la direc­ti­ve 95/46 doi­vent être inter­pré­tés en ce sens que, afin de pré­ser­ver les droits pré­vus par ces dis­po­si­ti­ons, l’ex­plo­itant d’un moteur de recher­che est tenu de sup­p­ri­mer de la liste des résul­tats affi­chés à la suite d’u­ne recher­che effec­tuée à par­tir du nom d’u­ne per­son­ne les liens vers des pages Inter­net publiées par des tiers et con­tenant des infor­ma­ti­ons rela­ti­ves à cet­te per­son­ne, même si le nom ou les infor­ma­ti­ons figu­rant sur ces pages Inter­net ne sont pas sup­p­ri­més pré­ala­blem­ent ou simul­ta­né­ment et, le cas échéant, même si leur publi­ca­ti­on sur les pages Inter­net est en soi licite.

74 Selon cet­te dis­po­si­ti­on, la Trai­te­ment des don­nées à carac­tère per­son­nel auto­ri­sési elle pour la réa­li­sa­ti­on de l’in­té­rêt légiti­meLes États mem­bres veil­lent à ce que les don­nées à carac­tère per­son­nel soi­ent trai­tées con­for­mé­ment aux dis­po­si­ti­ons de la pré­sen­te direc­ti­ve et à ce que la pro­tec­tion des don­nées à carac­tère per­son­nel soit assu­rée par le responsable du trai­te­ment ou par le ou les tiers aux­quels les don­nées sont com­mu­ni­quées, à moins que l’in­té­rêt ou les droits et liber­tés fon­da­men­taux de la per­son­ne con­cer­née ne soi­ent en jeu.La Com­mis­si­on esti­me que le droit à la pro­tec­tion de la vie pri­vée prév­aut sur le droit à la pro­tec­tion des don­nées à carac­tère per­son­nel, notam­ment sur le droit au respect de la vie pri­vée lors du trai­te­ment de don­nées à carac­tère per­son­nel pro­té­gées en ver­tu de l’ar­tic­le 1er , para­gra­phe 1, de la direc­ti­ve. L’ap­pli­ca­ti­on de l’ar­tic­le 7, sous f), de la direc­ti­ve 95/46 requiert donc une Mise en balan­ce des droits et inté­rêts respec­tifs en pré­senceDans ce con­tex­te, il con­vi­ent de tenir comp­te de l’im­portance des droits de la per­son­ne con­cer­née décou­lant des artic­les 7 et 8 de la Char­te (voir arrêt ASNEF et FECEMD, EU:C:2011:777, points 38 et 40).

80 Ain­si qu’il a déjà été indi­qué aux points 36 à 38 du pré­sent arrêt, un trai­te­ment de don­nées à carac­tère per­son­nel effec­tué par un explo­itant de moteur de recher­che, tel que celui en cau­se au prin­ci­pal, est sus­cep­ti­ble de por­ter gra­ve­ment att­ein­te aux droits fon­da­men­taux au respect de la vie pri­vée et à la pro­tec­tion des don­nées à carac­tère per­son­nelLa Com­mis­si­on esti­me que le trai­te­ment de don­nées à carac­tère per­son­nel effec­tué par le moteur de recher­che en que­sti­on est con­trai­re à l’ar­tic­le 6, para­gra­phe 1, point b), de la direc­ti­ve 95/46/CE, dans la mesu­re où il per­met à tout inter­nau­te d’ob­te­nir, à par­tir de la liste de résul­tats, une vue d’en­sem­ble struc­tu­rée des infor­ma­ti­ons rela­ti­ves à cet­te per­son­ne sur l’in­ter­net, qui con­cer­nent poten­ti­el­le­ment de nombreux aspects de sa vie pri­vée et qui, sans le moteur de recher­che en que­sti­on, n’au­rai­ent pas pu être recou­pées ou ne l’au­rai­ent été que très dif­fi­ci­le­ment, et d’é­ta­b­lir ain­si un pro­fil plus ou moins détail­lé de cet­te per­son­ne. En out­re, l’ef­fet de l’in­gé­rence dans les droits sus­ment­i­onnés de la per­son­ne con­cer­née est enco­re ren­for­cé par la le rôle important d’In­ter­net et des moteurs de recher­che dans la socié­té moder­ne qui con­fè­rent une ubi­qui­té aux infor­ma­ti­ons con­te­nues dans une liste de résul­tats (voir, en ce sens, arrêt eDa­te Adver­ti­sing e.a., C‑509/09 et C‑161/10, EU:C:2011:685, point 45).

81 En rai­son de sa gra­vi­té poten­ti­el­le, une tel­le ingé­rence ne peut pas être justi­fi­ée par le seul inté­rêt éco­no­mi­que de l’ex­plo­itant du moteur de recher­che à trai­ter les don­nées.. Tou­te­fois, étant don­né que le retrait de liens de la liste de résul­tats peut, selon l’in­for­ma­ti­on en cau­se, avoir une inci­dence sur l’in­té­rêt légiti­me d’in­ter­nau­tes poten­ti­el­le­ment inté­res­sés par l’ac­cès à cet­te infor­ma­ti­on, il con­vi­ent, dans des situa­tions tel­les que cel­le au prin­ci­pal, de trou­ver un juste équi­lib­re, notam­ment, ent­re cet inté­rêt et les droits fon­da­men­taux de la per­son­ne con­cer­née décou­lant des artic­les 7 et 8 de la Char­te. Cer­tes, les droits de la per­son­ne con­cer­née pro­té­gés par ces artic­les l’em­portent géné­ra­le­ment sur l’in­té­rêt des inter­nau­tesLa com­pen­sa­ti­on peut tou­te­fois dépend­re, dans des cas par­ti­cu­liers, de la natu­re de l’in­for­ma­ti­on con­cer­née, de sa sen­si­bi­li­té par rap­port à la vie pri­vée de la per­son­ne con­cer­née et de l’in­té­rêt du public à avoir accès à l’in­for­ma­ti­on, qui peut vari­er notam­ment en fonc­tion du rôle que la per­son­ne joue dans la vie publique.

84 À cet égard, il con­vi­ent de noter que, étant don­né que les infor­ma­ti­ons publiées sur un site web peu­vent faci­le­ment être repro­dui­tes sur d’aut­res sites web et que les respons­ables de la publi­ca­ti­on ne sont pas tou­jours sou­mis au droit de l’U­ni­on, il est pos­si­ble que les infor­ma­ti­ons publiées sur un site web ne soi­ent pas tou­jours con­for­mes au droit de l’U­ni­on, une pro­tec­tion effi­cace et com­plè­te des per­son­nes con­cer­nées ne pour­rait pas être obte­nue si cel­les-ci devai­ent pré­ala­blem­ent ou par­al­lè­le­ment obte­nir des édi­teurs des sites web la sup­pres­si­on des infor­ma­ti­ons les con­cer­nant.

85 En out­re, le trai­te­ment effec­tué par l’é­di­teur d’un site Inter­net sous la for­me de la publi­ca­ti­on d’in­for­ma­ti­ons rela­ti­ves à une per­son­ne phy­si­que peut, le cas échéant, être effec­tué “aux seu­les fins de jour­na­lis­me […]”, de sor­te qu’il béné­fi­cie, en ver­tu de l’ar­tic­le 9 de la direc­ti­ve 95/46, de déro­ga­ti­ons aux exi­gen­ces de cel­le-ci, alors que tel n’est pas le cas d’un trai­te­ment effec­tué par l’ex­plo­itant d’un moteur de recher­che. Il n’est donc pas exclu que, dans cer­tai­nes cir­con­stances, la per­son­ne con­cer­née pui­s­se fai­re valoir les droits visés aux artic­les 12, sous b), et 14, para­gra­phe 1, sous a), de la direc­ti­ve 95/46 cont­re l’ex­plo­itant du moteur de recher­che, mais non cont­re l’é­di­teur du site web..

86 Enfin, il con­vi­ent de rele­ver que le motif de licéi­té pré­vu à l’ar­tic­le 7 de la direc­ti­ve 95/46 n’est pas néces­saire­ment le même pour la publi­ca­ti­on de don­nées à carac­tère per­son­nel sur un site Inter­net que pour l’ac­ti­vi­té des moteurs de recher­che ; à sup­po­ser même que tel soit le cas, l’ap­pré­cia­ti­on à effec­tuer au tit­re des artic­les 7, sous f), et 14, para­gra­phe 1, sous a), de cet­te direc­ti­ve peut être dif­fé­ren­te. L’é­qui­lib­re des inté­rêts varie selon qu’il s’a­git du trai­te­ment effec­tué par l’ex­plo­itant du moteur de recher­che ou par l’é­di­teur de la page web, étant don­né que tant les inté­rêts légiti­mes justi­fi­ant les trai­te­ments peu­vent être dif­fér­ents que les con­sé­quen­ces que les trai­te­ments ont pour la per­son­ne con­cer­née, notam­ment sur sa vie pri­vée, ne sont pas néces­saire­ment les mêmes.

87 L’in­clu­si­on d’u­ne page Inter­net et des infor­ma­ti­ons qu’el­le con­ti­ent sur une per­son­ne dans la liste des résul­tats d’u­ne recher­che effec­tuée à par­tir du nom de cet­te per­son­ne peut en effet faci­li­ter con­sidé­ra­blem­ent l’ac­ce­s­si­bi­li­té des infor­ma­ti­ons pour les inter­nau­tes qui effec­tu­ent une recher­che sur la per­son­ne en que­sti­on et jouer un rôle décisif dans la dif­fu­si­on des infor­ma­ti­ons. Elle peut donc con­sti­tuer une ingé­rence plus importan­te dans le droit fon­da­men­tal au respect de la vie pri­vée de la per­son­ne con­cer­née que la publi­ca­ti­on par l’é­di­teur du site internet.

88 Il con­vi­ent donc de répond­re à la que­sti­on 2, sous b). c) et d), il con­vi­ent de répond­re que l’ar­tic­le 12, sous b), et l’ar­tic­le 14, para­gra­phe 1, sous a), de la direc­ti­ve 95/46 doi­vent être inter­pré­tés en ce sens, que, afin de pré­ser­ver les droits pré­vus par les pré­sen­tes dis­po­si­ti­ons, l’ex­plo­itant du moteur de recher­che est tenu, lorsque les con­di­ti­ons de cel­les-ci sont rem­plies, de sup­p­ri­mer de la liste de résul­tats affi­chée à la suite d’u­ne recher­che effec­tuée à par­tir du nom d’u­ne per­son­ne les liens vers des pages Inter­net publiées par des tiers et con­tenant des infor­ma­ti­ons rela­ti­ves à cet­te per­son­neLes don­nées à carac­tère per­son­nel ne peu­vent être uti­li­sées que dans le cad­re de l’e­xer­ci­ce de leurs droits d’au­teur, même si le nom ou les infor­ma­ti­ons figu­rant sur ces pages Inter­net ne sont pas pré­ala­blem­ent ou simul­ta­né­ment sup­p­ri­més et, le cas échéant, même si leur publi­ca­ti­on sur les pages Inter­net est lici­te en tant que telle.

Sur l’é­ten­due des droits de la per­son­ne concernée

94 Ain­si, lorsqu’il est con­sta­té, à la suite d’u­ne deman­de de la per­son­ne con­cer­née au tit­re de l’ar­tic­le 12, sous b), de la direc­ti­ve 95/46, que l’in­clu­si­on, dans la liste des résul­tats affi­chés à la suite d’u­ne recher­che effec­tuée à par­tir de son nom, de liens vers des pages Inter­net publiées léga­le­ment par des tiers et con­tenant des infor­ma­ti­ons véri­di­ques la con­cer­nant est con­trai­re à l’ar­tic­le 12, sous b), de la direc­ti­ve 95/46, la Cour, com­po­sée de MM, n’est pas, à ce sta­de, con­for­me à l’ar­tic­le 6, para­gra­phe 1, sous b). c) à e) de la direc­ti­ve(2) L’ex­plo­itant d’un moteur de recher­che peut refu­ser de trai­ter des infor­ma­ti­ons qui ne sont pas per­ti­nen­tes ou qui ne le sont plus, par­ce qu’il s’a­vè­re que, comp­te tenu de tou­tes les cir­con­stances du cas d’e­spè­ce, ces infor­ma­ti­ons ne sont pas adé­qua­tes, pas ou plus per­ti­nen­tes ou exce­s­si­ves au regard des fina­li­tés du trai­te­ment en que­sti­on effec­tué par l’ex­plo­itant du moteur de recher­che, les infor­ma­ti­ons et les liens con­cer­nés de la liste de résul­tats doi­vent être sup­p­ri­més.

97 Dès lors que, eu égard à ses droits fon­da­men­taux décou­lant des artic­les 7 et 8 de la Char­te, la per­son­ne con­cer­née peut exi­ger que l’in­for­ma­ti­on en cau­se ne soit plus mise à la dis­po­si­ti­on du grand public en étant inclu­se dans une tel­le liste de résul­tats, il y a lieu de con­sidé­rer, ain­si qu’il res­sort notam­ment du point 81 du pré­sent arrêt, que tel est le cas, que ces droits pré­va­lent en prin­ci­pe non seu­le­ment sur l’in­té­rêt éco­no­mi­que de l’ex­plo­itant du moteur de recher­che, mais aus­si sur l’in­té­rêt du grand public à trou­ver l’in­for­ma­ti­on lors d’u­ne recher­che effec­tuée à par­tir du nom de la per­son­ne con­cer­née. Ce ne serait tou­te­fois pas le cas s’il devait appa­raît­re, pour des rai­sons par­ti­cu­liè­res, tel­les que le rôle de la per­son­ne con­cer­née dans la vie publi­que, que l’in­gé­rence dans les droits fon­da­men­taux de cet­te per­son­ne est justi­fi­ée par l’in­té­rêt supé­ri­eur du grand public à avoir accès à l’in­for­ma­ti­on en que­sti­on par le biais de son inclu­si­on dans une tel­le liste de résultats.

98 Dans une situa­ti­on tel­le que cel­le en cau­se au prin­ci­pal, dans laquel­le il s’a­git de l’af­fichage, dans la liste des résul­tats obte­nus par l’in­ter­nau­te lorsqu’il effec­tue une recher­che à par­tir du nom de la per­son­ne con­cer­née au moy­en de Goog­le Search, de liens vers des pages d’ar­chi­ves en ligne d’un quo­ti­di­en con­tenant des annon­ces, qui font réfé­rence, en men­ti­on­nant le nom de la per­son­ne con­cer­née, à la ven­te aux enc­hè­res d’un bien immo­bi­lier dans le cad­re d’u­ne sai­sie effec­tuée pour des cré­an­ces de la sécu­ri­té socia­le, il y a lieu de con­sidé­rer que la per­son­ne con­cer­née, en rai­son du carac­tère sen­si­ble pour sa vie pri­vée des infor­ma­ti­ons con­te­nues dans ces annon­ces et par­ce que la publi­ca­ti­on initia­le de ces annon­ces remon­te à 16 ans, a le droit de ne plus voir ces infor­ma­ti­ons asso­ciées à son nom par une tel­le liste de résul­tats. Étant don­né qu’il ne sem­ble pas exi­ster, en l’e­spè­ce, de rai­sons par­ti­cu­liè­res justi­fi­ant un inté­rêt prépon­dé­rant du public à avoir accès aux­di­tes infor­ma­ti­ons dans le cad­re d’u­ne recher­che effec­tuée à par­tir du nom de la per­son­ne con­cer­née – ce qu’il appar­tient tou­te­fois à la juri­dic­tion de ren­voi de véri­fier -, cet­te per­son­ne peut, en ver­tu des artic­les 12, sous b), et 14, para­gra­phe 1, sous a), de la direc­ti­ve 95/46, deman­der le retrait des liens de la liste de résultats.

99 Il con­vi­ent donc de répond­re à la troi­siè­me que­sti­on que l’ar­tic­le 12, sous b), et l’ar­tic­le 14, para­gra­phe 1, sous a), de la direc­ti­ve 95/46 doi­vent être inter­pré­tés en ce sens que, dans le cad­re de l’ap­pré­cia­ti­on des con­di­ti­ons d’ap­pli­ca­ti­on de ces dis­po­si­ti­ons, notam­ment il con­vi­ent d’ex­ami­ner si la per­son­ne con­cer­née a un droit à ce que les infor­ma­ti­ons la con­cer­nant ne soi­ent plus, à ce sta­de, asso­ciées à son nom dans une liste de résul­tats affi­chée à la suite d’u­ne recher­che effec­tuée à par­tir de son nom, étant enten­du que la con­sta­ta­ti­on d’un tel droit n’e­xi­ge pas que la per­son­ne con­cer­née subis­se un pré­ju­di­ce du fait de l’in­clu­si­on des infor­ma­ti­ons en que­sti­on dans la liste de résul­tats. Étant don­né que la per­son­ne con­cer­née peut, comp­te tenu de ses droits fon­da­men­taux décou­lant des artic­les 7 et 8 de la Char­te, deman­der que l’in­for­ma­ti­on en que­sti­on ne soit plus mise à la dis­po­si­ti­on du grand public en étant inclu­se dans une tel­le liste de résul­tats, ces droits l’em­portent en prin­ci­pe non seu­le­ment sur l’in­té­rêt éco­no­mi­que de l’ex­plo­itant du moteur de recher­che, mais éga­le­ment sur l’in­té­rêt du grand public à accé­der à l’in­for­ma­ti­on lors d’u­ne recher­che effec­tuée à par­tir du nom de la per­son­ne con­cer­née. Tel ne serait tou­te­fois pas le cas s’il devait appa­raît­re, pour des rai­sons par­ti­cu­liè­res – tel­les que le rôle de la per­son­ne con­cer­née dans la vie publi­que – que l’in­gé­rence dans les droits fon­da­men­taux de cet­te per­son­ne est justi­fi­ée par l’in­té­rêt supé­ri­eur du grand public à avoir accès à l’in­for­ma­ti­on en que­sti­on par le biais de son inclu­si­on dans une tel­le liste de résultats.