Ven­te à emporter (AI)
  • CJUE : après le retrait du con­sen­te­ment, le responsable du trai­te­ment doit infor­mer tous les desti­na­tai­res et les ser­vices de trans­mis­si­on de l’effa­ce­ment, sauf si cela s’a­vè­re impos­si­ble ou disproportionné.
  • Les artic­les 19 et 24 du RGPD obli­gent les respons­ables à prend­re des mesu­res tech­ni­ques et orga­ni­sa­ti­on­nel­les pour garan­tir la léga­li­té et la preuve du traitement.
  • Cet­te juris­pru­dence de la CJCE s’ap­pli­que au-delà des annu­ai­res télé­pho­ni­ques, mais ne peut pas être trans­po­sée direc­te­ment à la LPD suisse.

La CJCE s’est pro­non­cée le 27 octobre 2022 dans son Arrêt C‑129/21 dans l’af­fai­re Pro­xi­mus s’est pen­ché sur la que­sti­on de savoir si un mail­lon d’u­ne chaî­ne de trai­te­ment ou de trans­fert doit infor­mer les aut­res mail­lons avant et après lui d’un effacement :

L’ob­jet était un annu­ai­re télé­pho­ni­que (réper­toire d’abon­nés). Le four­nis­seur du plaignant, Tel­en­et, avait trans­mis des don­nées d’an­nu­ai­re, ent­re aut­res, à Pro­xi­mus, un aut­re four­nis­seur belge.

Les deux pre­miè­res que­sti­ons sou­mi­ses peu­vent être briè­ve­ment résumées :

  • La CJCE con­sta­te tout d’a­bord que l’art. 12, al. 2 de la Direc­ti­ve e‑Privacy 2002 un Con­sen­te­ment requis pour figu­rer dans les annu­ai­res d’abon­nésLa Cour euro­pé­en­ne des droits de l’hom­me (CEDH) a esti­mé que ce con­sen­te­ment n’é­tait pas limi­té à un four­nis­seur par­ti­cu­lier – le con­sen­te­ment initi­al per­met donc de com­mu­ni­quer les don­nées de l’an­nu­ai­re à un aut­re four­nis­seur, à con­di­ti­on que le but du trai­te­ment ne soit pas élar­gi (com­me cela a déjà été le cas dans l’ar­rêt Deut­sche-Tele­kom), Affai­re C‑543/09 de la CJUE du 5.5.2011). Le con­sen­te­ment initi­al doit alors satis­fai­re aux exi­gen­ces du RGPD.
  • Si un abon­né deman­de que ses don­nées per­son­nel­les soi­ent reti­rées des annu­ai­res d’abon­nés, les four­nis­seurs doi­vent alors s’exé­cu­ter – c’est un exer­ci­ce du ” droit à l’ou­b­li “.Droit à l’effa­ce­ment” au sens de l’ar­tic­le 17 du RGPD.

La troi­siè­me que­sti­on pré­ju­di­ciel­le est plus explo­si­ve. Il s’a­gis­sait de savoir si un four­nis­seur d’an­nu­ai­re devait infor­mer d’aut­res four­nis­seurs en cas de sup­pres­si­on, comp­te tenu de la chaî­ne de transmission :

Ce four­nis­seur peut à son tour trans­mett­re les don­nées, sur la base du même con­sen­te­ment, à d’aut­res four­nis­seurs d’an­nu­ai­res d’abon­nés, créant ain­si une chaî­ne de respons­ables de trai­te­ment qui trai­tent les don­nées les uns après les aut­res, indé­pen­dam­ment les uns des aut­res, sur la base du même consentement.

La que­sti­on était ici plus pré­cis­é­ment de savoir si un four­nis­seur situé au milieu, à l’é­gard duquel le retrait du con­sen­te­ment a été décla­ré, doit éga­le­ment infor­mer les mail­lons de la chaî­ne situés en amont et en aval :

[…] si, lorsqu’un abon­né d’un four­nis­seur de ser­vices télé­pho­ni­ques reti­re son con­sen­te­ment à figu­rer dans les annu­ai­res de ce four­nis­seur, un four­nis­seur d’an­nu­ai­res d’abon­nés tel que Pro­xi­mus doit non seu­le­ment mett­re à jour sa pro­pre base de don­nées, […] mais éga­le­ment infor­mer de ce retrait le four­nis­seur de ser­vices télé­pho­ni­ques qui lui a trans­mis les don­nées en que­sti­on, ain­si que les aut­res four­nis­seurs d’an­nu­ai­res d’abon­nés aux­quels il a lui-même trans­mis des données.

La CJCE répond par l’af­fir­ma­ti­ve à cet­te que­sti­on en se fond­ant sur les con­sidé­ra­ti­ons suivantes :

  • Après le retrait du con­sen­te­ment, la pour­suite du trai­te­ment serait illé­ga­le au sens du RGPD (absence de base juridique).
  • Le responsable du trai­te­ment doit être en mesu­re de prou­ver la licéi­té de son trai­te­ment con­for­mé­ment à l’ar­tic­le 5 du RGPD. Con­for­mé­ment à l’ar­tic­le 24 du RGPD, il doit en out­re mett­re en œuvre des mesu­res tech­ni­ques et orga­ni­sa­ti­on­nel­les appro­priées afin de garan­tir la licéi­té et sa preuve.
  • Plus con­crè­te­ment, l’ar­tic­le 19 du RGPD pré­voit que le responsable com­mu­ni­que tout effa­ce­ment à tous les desti­na­tai­res aux­quels des don­nées à carac­tère per­son­nel ont été divul­guées, à moins que cela ne soit impos­si­ble ou disproportionné.

La CJCE en tire la con­clu­si­on suivante :

85 Afin de garan­tir l’ef­fec­ti­vi­té du droit de retrait du con­sen­te­ment pré­vu à l’ar­tic­le 7, para­gra­phe 3, du RGPD et de s’assurer que le con­sen­te­ment de la per­son­ne con­cer­née est stric­te­ment lié à la fina­li­té pour laquel­le il a été don­né, le responsable du trai­te­ment à l’é­gard duquel la per­son­ne con­cer­née a reti­ré son con­sen­te­ment au trai­te­ment de ses don­nées à carac­tère per­son­nel doit, con­for­mé­ment aux obser­va­tions per­ti­nen­tes de la Com­mis­si­on, en effet est tenu d’in­for­mer de cet­te révo­ca­ti­on tou­te per­son­ne qui lui a trans­mis ces don­nées ain­si que la per­son­ne à laquel­le il a lui-même trans­mis ces don­nées. Les respons­ables infor­més en con­sé­quence sont est alors tenu de son côtéLes per­son­nes con­cer­nées sont tenues de trans­mett­re ces infor­ma­ti­ons aux aut­res respons­ables du trai­te­ment aux­quels elles ont com­mu­ni­qué ces données.

En ce qui con­cer­ne la qua­triè­me que­sti­on pré­ju­di­ciel­le, la CJUE con­sta­te en out­re que le responsable doit même Four­nis­seur de moteurs de recher­che – qui sont leurs pro­pres responsables :

96 Dans des cir­con­stances tel­les que cel­les de l’af­fai­re au prin­ci­pal, il y a donc lieu de con­sidé­rer qu’un responsable du trai­te­ment tel que Pro­xi­mus doit, en ver­tu de l’ar­tic­le 17, para­gra­phe 2, du RGPD de prend­re des mesu­res rai­sonn­ables pour infor­mer les four­nis­seurs de moteurs de recher­che de la deman­de qu’il a reçue de l’abon­né d’un four­nis­seur de ser­vices télé­pho­ni­ques visa­nt à obte­nir la sup­pres­si­on de ses don­nées à carac­tère per­son­nel. Tou­te­fois, com­me l’a indi­qué l’a­vo­cat géné­ral au point 76 de ses con­clu­si­ons, l’ar­tic­le 17, para­gra­phe 2, du RGPD pré­voit que l’ap­pré­cia­ti­on du carac­tère adé­quat des mesu­res pri­ses par le four­nis­seur d’an­nu­ai­res d’abon­nés doit tenir comp­te de la tech­no­lo­gie dis­po­ni­ble et des coûts de mise en œuvre, cet­te appré­cia­ti­on incom­bant en pre­mier lieu à l’au­to­ri­té com­pé­ten­te et étant sou­mi­se à un con­trô­le juridictionnel.

Ces con­sidé­ra­ti­ons de la CJUE ne se limi­tent pas aux annu­ai­res d’abon­nés. Il faut donc par­tir du prin­ci­pe que la CJUE pren­drait en prin­ci­pe la même décis­i­on dans d’aut­res chaî­nes de trai­te­ment, c’est-à-dire que le retrait d’un con­sen­te­ment dev­rait être com­mu­ni­qué de maniè­re géné­ra­le aux mail­lons situés en amont et en aval. Ceci en fin de comp­te en tant qu’é­lé­ment du système de con­for­mi­té que le responsable doit mett­re en œuvre, notam­ment en ver­tu de l’ar­tic­le 24 du RGPD.

Cela ne s’ap­pli­que tou­te­fois pas à la Sui­s­se et à la LPD.:

  • Sur le site Pro­jet de révi­si­on de l’OLPD pré­voyait enco­re que le responsable devait infor­mer les desti­na­tai­res des don­nées “sans délai de la rec­ti­fi­ca­ti­on, de l’effa­ce­ment ou de la des­truc­tion ain­si que de la limi­ta­ti­on du trai­te­ment des don­nées per­son­nel­les” (à l’é­po­que, art. 16 ; cri­tique à ce sujet ici). C’est à juste tit­re que cet­te dis­po­si­ti­on n’a pas été repri­se dans le DSV. Il serait donc incom­pa­ti­ble avec la volon­té du légis­la­teur de distil­ler de tel­les obli­ga­ti­ons à par­tir de prin­cipes géné­raux. La Sui­s­se ne con­naît pas non plus l’ob­li­ga­ti­on de rend­re des comp­tes tel­le que la CJUE l’é­ta­blit ici.
  • Le prin­ci­pe du pri­va­cy by design s’ap­pli­que donc éga­le­ment à la LPD, mais il n’im­po­se pas d’ob­li­ga­ti­ons maté­ri­el­les sup­p­lé­men­tai­res, il exi­ge seu­le­ment que les obli­ga­ti­ons exi­stan­tes soi­ent garan­ties de maniè­re proac­ti­ve (c’est-à-dire qu’il empêche le responsable du trai­te­ment d’in­vo­quer l’im­pos­si­bi­li­té de rem­plir une obli­ga­ti­on par­ti­cu­liè­re en matiè­re de pro­tec­tion des don­nées en rai­son de la con­cep­ti­on du système).