Ven­te à emporter (AI)
  • En ver­tu de l’ar­tic­le 15, para­gra­phe 1, point c) du RGPD, la CJUE exi­ge en prin­ci­pe la men­ti­on des desti­na­tai­res con­crets des don­nées à carac­tère per­son­nel, et pas seu­le­ment des caté­go­ries de destinataires.
  • La per­son­ne con­cer­née a le droit de choi­sir de deman­der des desti­na­tai­res spé­ci­fi­ques ou, à défaut, de deman­der uni­quement des caté­go­ries de destinataires.
  • Une limi­ta­ti­on à des caté­go­ries n’est auto­ri­sée qu’à tit­re excep­ti­on­nel, lorsque l’i­den­ti­té de desti­na­tai­res con­crets ne peut effec­ti­ve­ment pas être communiquée.

La CJCE a jugé dans Arrêt C‑154/21 du 12 jan­vier 2023 dans l’af­fai­re Öster­rei­chi­sche Post déci­der que le responsable, lorsqu’il four­nit des infor­ma­ti­ons con­for­mé­ment à l’ar­tic­le 15 du RGPD de men­ti­on­ner les dif­fér­ents desti­na­tai­res et pas seu­le­ment des caté­go­ries de desti­na­tai­res a.

En répon­se à une deman­de d’in­for­ma­ti­on, la Poste avait notam­ment indi­qué que les don­nées de la per­son­ne con­cer­née avai­ent été trans­mi­ses à des cli­ents par­mi les­quels figu­rai­ent des ent­re­pri­ses de publi­ci­té dans le domaine de la ven­te par cor­re­spond­ance et du com­mer­ce sta­ti­on­n­aire, des ent­re­pri­ses infor­ma­ti­ques (etc.) ; les noms des desti­na­tai­res n’é­tai­ent pas men­ti­onnés. Le tri­bu­nal de pre­miè­re instance et la cour d’ap­pel avai­ent reje­té le recours sui­vant au motif que l’ar­tic­le 15, para­gra­phe 1, point c), du RGPD lais­sait au responsable du trai­te­ment le choix de n’in­di­quer que les caté­go­ries ou les desti­na­tai­res indi­vi­du­els. La Cour suprê­me (OGH) avait posé cet­te que­sti­on à la CJUE.

La CJCE justi­fie son opi­ni­on com­me suit :

  • Après Con­sidé­rant 63 la per­son­ne con­cer­née doit pou­voir savoir, ent­re aut­res, “qui sont les desti­na­tai­res des don­nées à carac­tère personnel”.
  • L’a­vo­cat géné­ral avait esti­mé que l’ar­tic­le 15 du RGPD dans ses con­clu­si­ons l’ob­li­ga­ti­on d’in­for­ma­ti­on selon l’art. 13 f. RGPD par rap­port à l’ob­li­ga­ti­on d’in­for­ma­ti­onDans le cas du droit d’ac­cès, il s’a­git d’un droit de la per­son­ne con­cer­née, ce qui “pré­sup­po­se logi­quement” que le choix (desti­na­tai­re vs. caté­go­ries) incom­be à la per­son­ne con­cer­née (une peti­tio prin­ci­pii : l’é­ten­due du droit est en dis­cus­sion et n’est pas la prémisse) :

    En tout état de cau­se, il con­vi­ent éga­le­ment de con­stater, con­for­mé­ment aux obser­va­tions de la juri­dic­tion de ren­voi, que la struc­tu­re de l’ar­tic­le 15, para­gra­phe 1, du RGPD plai­de, selon moi, en faveur d’u­ne inter­pré­ta­ti­on de la dis­po­si­ti­on en que­sti­on, selon laquel­le il incom­be à la per­son­ne con­cer­née (et donc, con­trai­re­ment aux con­sta­ta­ti­ons des deux juri­dic­tions de fait, pas au responsable du trai­te­ment en l’e­spè­ce)Le RGPD impo­se au responsable du trai­te­ment de choi­sir ent­re les deux opti­ons qu’il pré­voit. Con­trai­re­ment à d’aut­res dis­po­si­ti­ons du RGPD, tel­les que les artic­les 13 et 14(7), qui sont struc­tu­rées de maniè­re à pré­voir une obli­ga­ti­on d’in­for­ma­ti­on de la part du responsable du trai­te­ment, la dis­po­si­ti­on en que­sti­on pré­voit un droit d’ac­cès effec­tif en faveur de la per­son­ne con­cer­née. L’e­xer­ci­ce de ce droit d’ac­cès par la per­son­ne con­cer­née sup­po­se logi­quement que le titu­lai­re de ce droit se voie offrir le choixLe responsable du trai­te­ment peut deman­der au responsable du trai­te­ment s’il sou­hai­te obte­nir des infor­ma­ti­ons con­cer­nant, dans la mesu­re du pos­si­ble, les desti­na­tai­res spé­ci­fi­ques aux­quels les don­nées ont été ou seront divul­guées ou, à défaut, s’il se con­tente de deman­der des infor­ma­ti­ons sur les caté­go­ries de destinataires.

  • Le droit d’ac­cès ne dev­rait pas seu­le­ment per­mett­re de véri­fier l’e­xac­ti­tu­de des don­nées, mais éga­le­ment de Admis­si­bi­li­té du trai­te­mentLa Com­mis­si­on est responsable de la mise en œuvre de la pré­sen­te direc­ti­ve, et notam­ment de sa publication.
  • Le site l’ef­fi­ca­ci­té pra­tique des droits des per­son­nes con­cer­nées pré­sup­po­se que l’i­den­ti­té des desti­na­tai­res con­crets soit com­mu­ni­quée à la per­son­ne concernée.
  • Artic­le 19, para­gra­phe 2 du RGPD pré­voit que le responsable du trai­te­ment doit com­mu­ni­quer à des desti­na­tai­res la rec­ti­fi­ca­ti­on ou l’effa­ce­ment ou une limi­ta­ti­on du trai­te­ment et, sur deman­de, “infor­mer la per­son­ne con­cer­née sur ces destinataires”.

La CJCE for­mu­le le résul­tat com­me suit :

En con­sé­quence, on peut sup­po­ser que les Infor­ma­ti­onsLes infor­ma­ti­ons four­nies à la per­son­ne con­cer­née en ver­tu de l’art. 15, par. 1, let. Le droit d’ac­cès pré­vu par le RGPD est accor­dé à la per­son­ne con­cer­née, doi­vent être aus­si pré­cis­es que pos­si­ble. En par­ti­cu­lier, ce droit d’ac­cès com­prend la pos­si­bi­li­té pour la per­son­ne con­cer­née d’ob­te­nir du responsable du trai­te­ment obte­nir des infor­ma­ti­ons sur des desti­na­tai­res spé­ci­fi­quesLa per­son­ne con­cer­née peut choi­sir de ne deman­der que des infor­ma­ti­ons sur les caté­go­ries de desti­na­tai­res aux­quel­les les don­nées ont été ou seront divulguées.

La CJCE laisse tout de même une por­te de sor­tie étroi­te, car la pro­tec­tion des données

doit être con­sidé­ré au regard de sa fonc­tion socia­le et mis en balan­ce avec d’aut­res droits fon­da­men­taux, dans le respect du prin­ci­pe de proportionnalité.
Par con­sé­quent, il est conce­va­ble que, dans cer­tai­nes cir­con­stances, il ne soit pas pos­si­ble de four­nir des infor­ma­ti­ons sur des desti­na­tai­res con­crets. Par con­sé­quent, le droit d’ac­cès peut être limi­té aux infor­ma­ti­ons rela­ti­ves aux caté­go­ries de desti­na­tai­res lorsqu’il n’est pas pos­si­ble deLes États mem­bres sont tenus de com­mu­ni­quer l’i­den­ti­té des desti­na­tai­res con­crets, en par­ti­cu­lier lorsque ceux-ci ne sont pas enco­re connus.