Ven­te à emporter (AI)
  • La CJUE exami­ne si la con­ser­va­ti­on natio­na­le des don­nées est com­pa­ti­ble avec la direc­ti­ve ePri­va­cy et la Char­te, comp­te tenu de l’ar­rêt Digi­tal Rights Ireland.
  • L’a­vo­cat géné­ral est favorable à un stocka­ge pos­si­ble, mais exi­ge une base léga­le stric­te, une pro­tec­tion de l’ac­cès, une durée de réten­ti­on et des garan­ties de sécurité.
  • Six exi­gen­ces de pro­por­ti­on­na­li­té : Base juri­di­que, respect de l’e­s­sence, objec­tif légiti­me, adé­qua­ti­on, néces­si­té et proportionnalité.

La CJCE répon­dra à des que­sti­ons posées par la Suè­de et le Royau­me-Uni (Royau­me-Uni de Gran­de-Bre­ta­gne et d’Ir­lan­de du Nord). Les affai­res . C‑203/15 et C‑698/15) de déci­der si les droits nati­on­aux en matiè­re de con­ser­va­ti­on des don­nées sont com­pa­ti­bles avec le droit euro­pé­en, en par­ti­cu­lier avec la direc­ti­ve ePri­va­cy et la Char­te. L’a­vo­cat géné­ral a pré­sen­té aujour­d’hui ses con­clu­si­ons à ce sujet (Com­mu­ni­qué de pres­se et Deman­des).

Con­tex­te : “Digi­tal Rights Ireland

Le 8 avril 2014, la Cour de justi­ce de l’UE avait déjà dans l’ar­rêt “Digi­tal Rights Ire­land” (affai­res join­tes C‑293/12 et C‑594/12) de déci­der des que­sti­ons rela­ti­ves à la con­ser­va­ti­on des don­nées (à cet effet, le grou­pe de tra­vail “artic­le 29” a Pri­se de posi­ti­on rédigé).

Il a alors décla­ré inva­li­de la direc­ti­ve 2006/24/CE (Con­ser­va­ti­on de don­nées géné­rées ou trai­tées dans le cad­re de la four­ni­tu­re de ser­vices de com­mu­ni­ca­ti­ons élec­tro­ni­ques acce­s­si­bles au public ou de réseaux publics de com­mu­ni­ca­ti­ons). La con­ser­va­ti­on des don­nées rela­ti­ves au tra­fic pré­vue par la direc­ti­ve por­te gra­ve­ment att­ein­te au droit fon­da­men­tal au respect de la vie pri­vée et aux aut­res droits visés à l’ar­tic­le 7 de la Char­te, et est dis­pro­por­ti­onnée : La con­ser­va­ti­on des don­nées est cer­tes appro­priée pour att­eind­re l’ob­jec­tif d’é­luci­der des infrac­tions gra­ves. Mais elle n’est pas suf­fi­sam­ment limi­tée dans la direc­ti­ve, car elle ne pré­sup­po­se pas de soup­çon con­cret et n’est pas limi­tée aux don­nées d’u­ne cer­taine péri­ode ou d’un cer­tain ter­ri­toire ou grou­pe de per­son­nes (elle peut donc être effec­tuée “sans motif”).

L’ar­rêt “Digi­tal Rights Ire­land” con­cer­nait la direc­ti­ve sur la con­ser­va­ti­on des don­nées. Par la suite, les légis­la­ti­ons sué­doi­se et anglai­se sur la con­ser­va­ti­on des don­nées ont été sou­mi­ses à la CJCE à tit­re pré­ju­di­ciel (pour plus d’in­for­ma­ti­ons, voir e‑comm). La CJCE doit donc éva­luer la con­ser­va­ti­on des don­nées dans le con­tex­te natio­nal à la lumiè­re de la direc­ti­ve ePri­va­cy, et le cad­re déter­mi­né dans Digi­tal Rights Ire­land sera déterminant.

Requêtes de l’a­vo­cat général

L’a­vo­cat géné­ral pro­po­se la répon­se sui­van­te aux que­sti­ons préjudicielles :

L’ar­tic­le 15, para­gra­phe 1, de la direc­ti­ve 2002/58/CE […], et les artic­les 7, 8 et 52, para­gra­phe 1, de la Char­te […] doi­vent être inter­pré­tés com­me suit en n’empêchant pas les États mem­bres d’im­po­ser aux four­nis­seurs de ser­vices de com­mu­ni­ca­ti­ons élec­tro­ni­ques l’ob­li­ga­ti­on de con­ser­ver tou­tes les don­nées rela­ti­ves aux com­mu­ni­ca­ti­ons effec­tuées par les uti­li­sa­teurs de leurs ser­vices, pour autant que tou­tes les con­di­ti­ons sui­van­tes soi­ent rem­pliesIl appar­tient aux juri­dic­tions de ren­voi de déter­mi­ner, à la lumiè­re de l’en­sem­ble des carac­té­ri­sti­ques per­ti­nen­tes des régimes nati­on­aux en cau­se dans la pro­cé­du­re prin­ci­pa­le, ce qu’il con­vi­ent d’en­tendre par “régime national” :

  • l’ob­li­ga­ti­on et les garan­ties qui l’ac­com­pagn­ent doi­vent être pré­vues par des mesu­res légis­la­ti­ves ou régle­men­tai­res pré­sen­tant les carac­té­ri­sti­ques d’ac­ce­s­si­bi­li­té, de pré­vi­si­bi­li­té et de pro­tec­tion adé­qua­te cont­re les inter­fé­ren­ces arbitraires ;
  • l’ob­li­ga­ti­on et les garan­ties qui l’ac­com­pagn­ent doi­vent respec­ter l’e­s­sence des droits recon­nus par les artic­les 7 et 8 de la Char­te des droits fondamentaux ;
  • l’ob­li­ga­ti­on doit être stric­te­ment néces­saire dans la lut­te cont­re la cri­mi­na­li­té gra­ve, ce qui signi­fie qu’au­cu­ne aut­re mesu­re ou com­bi­nai­son de mesu­res ne pour­rait être aus­si effi­cace dans la lut­te cont­re la cri­mi­na­li­té gra­ve tout en inter­fé­rant dans une moind­re mesu­re avec les droits énon­cés dans la direc­ti­ve 2002/58 et les artic­les 7 et 8 de la Char­te des droits fondamentaux ;
  • l’ob­li­ga­ti­on doit être accom­pa­gnée de tou­tes les garan­ties décri­tes par la Cour aux para­gra­phes 60 à 68 de son arrêt du 8 avril 2014 dans Digi­tal Rights Ire­land and Others (C‑293/12 et C‑594/12, EU:C:2014:238) con­cer­nant l’ac­cès aux don­nées, la péri­ode de con­ser­va­ti­on et la pro­tec­tion et la sécu­ri­té des don­nées, afin de limi­ter l’in­ter­fé­rence avec les droits énon­cés dans la direc­ti­ve 2002/58 et les artic­les 7 et 8 de la Char­te des droits fon­da­men­taux à ce qui est stric­te­ment néces­saire ; et
  • l’ob­li­ga­ti­on doit être pro­por­ti­onnée, dans une socié­té démo­cra­tique, à l’ob­jec­tif de lut­te cont­re la cri­mi­na­li­té gra­ve, ce qui signi­fie que les ris­ques gra­ves qu’el­le fait cour­ir, dans une socié­té démo­cra­tique, ne doi­vent pas être dis­pro­por­ti­onnés par rap­port aux avan­ta­ges qu’el­le off­re dans la lut­te cont­re la cri­mi­na­li­té grave.

Les con­sidé­ra­ti­ons sui­van­tes ont été déterminantes :

  • Le site Direc­ti­ve ePri­va­cy s’ap­pli­que à la con­ser­va­ti­on des données.
  • La con­ser­va­ti­on des don­nées n’est pas fon­da­men­ta­le­ment con­trai­re à la direc­ti­ve ePrivacy :

    la lumiè­re de ce qui pré­cè­de, je con­sidè­re que les obli­ga­ti­ons géné­ra­les de con­ser­va­ti­on des don­nées sont con­for­mes au régime éta­b­li par la direc­ti­ve 2002/58/CE et que les États mem­bres ont donc le droit de se pré­va­loir de la pos­si­bi­li­té offer­te par l’ar­tic­le 15, para­gra­phe 1, de cet­te direc­ti­ve pour impo­ser une obli­ga­ti­on géné­ra­le de con­ser­va­ti­on des don­nées. (20) Le recours à cet­te opti­on est tou­te­fois sub­or­don­né au respect de con­di­ti­ons stric­tes qui décou­lent non seu­le­ment de l’ar­tic­le 15, para­gra­phe 1, mais aus­si des dis­po­si­ti­ons per­ti­nen­tes de la Char­te, lues à la lumiè­re de Digi­tal Rights Ire­land, que j’ex­ami­nerai plus loin. (21)

  • La Char­te s’ap­pli­que à la con­ser­va­ti­on des données.
  • Il en résul­te des exi­gen­ces géné­ra­les pour la con­ser­va­ti­on des données :
    • 132. ensem­ble, ces deux dis­po­si­ti­ons éta­blis­sent six exi­gen­ces qui doi­vent être satis­fai­tes pour que l’in­ter­fé­rence causée par une obli­ga­ti­on géné­ra­le de con­ser­va­ti­on des don­nées soit justifiée :
    • l’ob­li­ga­ti­on de réten­ti­on doit avoir une base légale ;
    • il doit respec­ter l’e­s­sence des droits énon­cés dans la Charte ;
    • elle doit pour­suiv­re un objec­tif d’in­té­rêt général ;
    • il doit être appro­prié pour att­eind­re cet objectif ;
    • il doit être néces­saire pour att­eind­re cet objectif ;
    • il doit être pro­por­ti­onné, au sein d’u­ne socié­té démo­cra­tique, à la pour­suite de ce même objectif.