Ven­te à emporter (AI)
  • Le Con­seil fédé­ral ne voit actu­el­le­ment pas la néces­si­té d’u­ne loi natio­na­le ; il attend le rap­port 2020 de l’OCDE sur la solu­ti­on inter­na­tio­na­le et multilatérale.
  • Des mesu­res sui­s­ses uni­la­té­ra­les visa­nt à taxer la pré­sence vir­tu­el­le serai­ent lar­ge­ment inef­fi­caces et pour­rai­ent ent­raî­ner une dou­ble impo­si­ti­on par rap­port aux par­ten­aires de CDI.
  • La pro­po­si­ti­on de taxe numé­ri­que 3% de l’UE est con­sidé­rée com­me une solu­ti­on intéri­ma­i­re, ris­que de dou­ble impo­si­ti­on et de sur­im­po­si­ti­on, ain­si que de vio­la­ti­on des prin­cipes constitutionnels.

Inter­pel­la­ti­on Bir­rer-Hai­mo (18.3685) : Impo­si­ti­on équi­ta­ble des pla­tes-for­mes en ligne en Suisse

Tex­te soumis

L’é­co­no­mie se trouve au cœur de la numé­ri­sa­ti­on, dont dif­fér­ents acteurs savent exploi­ter les oppor­tu­ni­tés et les avan­ta­ges. Au fur et à mesu­re que la numé­ri­sa­ti­on pro­gres­se, les pla­te­for­mes en ligne tel­les qu’Ama­zon (chif­fre d’af­fai­res 2017 en Sui­s­se : 600 mil­li­ons de francs), Zalan­do (chif­fre d’af­fai­res 2017 en Sui­s­se : 624 mil­li­ons de francs) ou Airbnb gagn­ent en importance. Com­me ces der­niè­res ont sou­vent leur Siè­ge de l’entre­pri­se (pré­sence phy­si­que) n’ont pas en Sui­s­se, elles ne sont pas sou­mi­ses à l’impôt fédé­ral direct ou aux impôts sur le béné­fice. Il n’y a pas de base léga­le pour cela, com­me l’a indi­qué le Con­seil fédé­ral dans sa répon­se à la Inter­pel­la­ti­on 16.3585 a expli­qué. Ces recet­tes fis­ca­les font donc défaut en Sui­s­se. Dans ce con­tex­te, l’OCDE a pro­po­sé d’in­tro­dui­re Noti­on de pré­sence phy­si­que par le sta­tut “éta­blis­se­ment per­ma­nent vir­tuel” à ajou­ter. En tant que membre de l’OCDE, la Sui­s­se s’en­ga­ge, selon le rap­port sur la numé­ri­sa­ti­on du Con­seil fédé­ral du 11 jan­vier 2017, à for­mu­ler des règles visa­nt à cré­er des con­di­ti­ons de con­cur­rence équi­ta­bles ent­re les pre­sta­tai­res de ser­vices nati­on­aux et étrangers.

Le 21 mars 2018, la Com­mis­si­on euro­pé­en­ne a pré­sen­té un paquet pour une taxa­ti­on équi­ta­ble de l’é­co­no­mie numé­ri­que. Le prin­ci­pe est de pré­le­ver des impôts sur les reve­nus des pla­te­for­mes en ligne dans le pays où se trou­vent les uti­li­sa­teurs de la pla­te­for­me et de taxer les pla­te­for­mes en ligne même si elles n’ont pas de siè­ge social phy­si­que dans le pays et uni­quement sur la base de leur pré­sence virtuelle.

Dans ce con­tex­te, je deman­de au Con­seil fédé­ral de répond­re aux que­sti­ons suivantes :

1. dans la répon­se à la Inter­pel­la­ti­on 16.3585 le Con­seil fédé­ral souli­gne l’ab­sence de base léga­le per­met­tant de taxer les pla­te­for­mes en ligne opé­rant en Sui­s­se. Com­ment voit-il la néces­si­té d’a­gir ? Quel­les pos­si­bi­li­tés de mise en œuvre envisage-t-il ?

2. quel est son avis sur la pro­po­si­ti­on de la Com­mis­si­on euro­pé­en­ne de pré­le­ver une taxe de 3 % sur les pla­tes-for­mes en ligne ayant un cer­tain chif­fre d’af­fai­res en fonc­tion du nombre d’uti­li­sa­teurs par pays ?

3. com­ment éva­lue-t-il un impôt pour une pré­sence vir­tu­el­le d’u­ne pla­te-for­me en ligne en Sui­s­se, si le chif­fre d’af­fai­res réa­li­sé dans ce pays dépas­se un cer­tain mon­tant, par exemp­le 7 mil­li­ons de francs de chif­fre d’affaires ?

4. où en est la Sui­s­se dans la mise en place de con­di­ti­ons de con­cur­rence équi­ta­bles selon l’OCDE pour les pre­sta­tai­res de ser­vices nati­on­aux et étran­gers en ce qui con­cer­ne l’im­po­si­ti­on ? Quel­les sont les aut­res mesu­res prévues ?

Avis du Con­seil fédé­ral du 29.8.18

1. les règles en vigueur en matiè­re d’im­po­si­ti­on des socié­tés requiè­rent une pré­sence phy­si­quePour qu’u­ne ent­re­pri­se soit assu­jet­tie à l’impôt dans un État, il faut qu’il y ait une pré­sence phy­si­que. Aujour­d’hui, une ent­re­pri­se peut tou­te­fois réa­li­ser une acti­vi­té com­mer­cia­le importan­te dans un État par le biais d’u­ne pré­sence numé­ri­que (c’est-à-dire sans pré­sence phy­si­que). C’est pour­quoi l’Or­ga­ni­sa­ti­on de coopé­ra­ti­on et de déve­lo­p­pe­ment éco­no­mi­ques (OCDE) éla­bo­re des pro­po­si­ti­ons sur la maniè­re dont les règles inter­na­tio­na­les en matiè­re d’im­po­si­ti­on des socié­tés pour­rai­ent être adap­tées à ces nou­veaux déve­lo­p­pe­ments. En mars 2018, elle a publié un rap­port intéri­ma­i­re sur les défis fis­caux posés par la numé­ri­sa­ti­on (Rap­port intéri­ma­i­re 2018 de l’OCDE, cf. http://www.oecd.org/ctp/tax-challenges-arising-from-digitalisation-interim-report-9789264293083-en.htm) a été publié. Le rap­port est un état des lieux qui reflè­te les dif­fér­ents points de vue des États mem­bres et ne for­mu­le aucu­ne recom­man­da­ti­on. Il décrit les valeurs de réfé­rence d’u­ne solu­ti­on pro­vi­so­i­re pou­vant être mise en œuvre à court ter­me, com­me par exemp­le la taxe numé­ri­que pro­po­sée ulté­ri­eu­re­ment par la Com­mis­si­on euro­pé­en­ne, et abor­de de maniè­re appro­fon­die ses incon­vé­ni­ents. En ce qui con­cer­ne les mesu­res à long ter­me, des travaux sup­p­lé­men­tai­res sont néces­saires sur le point de rat­ta­che­ment des impôts directs ain­si que sur la créa­ti­on de valeur et l’at­tri­bu­ti­on des béné­fices. Un site Rap­port pré­vu pour 2020.

La Sui­s­se par­ti­ci­pe acti­ve­ment aux travaux de l’OCDE et s’en­ga­ge en faveur d’appro­ches mul­ti­la­té­ra­les qui impo­sent les béné­fices dans l’É­tat où la valeur ajou­tée est cré­ée et qui n’en­traî­nent ni dou­ble impo­si­ti­on ni sur­im­po­si­ti­on. Tant que l’on ne dis­po­se pas d’u­ne éva­lua­ti­on glo­ba­le, lar­ge­ment sou­te­nue au niveau inter­na­tio­nal et créant un ter­rain de jeu plat, le Con­seil fédé­ral esti­me que pas de néces­si­té d’a­gir. Le rap­port cor­re­spond­ant de l’OCDE doit 2020 de l’an­née pro­chai­ne. Il con­vi­en­dra alors de réflé­chir à la mar­che à suivre.

En gran­de par­tie des mesu­res uni­la­té­ra­les serai­ent inef­fi­caces de la Sui­s­se, qui lierai­ent l’im­po­si­ti­on à une pré­sence vir­tu­el­le. Une tel­le situa­ti­on pour­rait par exemp­le être admi­se si l’ac­ti­vi­té com­mer­cia­le exer­cée con­si­stait entiè­re­ment ou par­ti­el­le­ment en la four­ni­tu­re de ser­vices numé­ri­ques via une inter­face numé­ri­que et si cer­ta­ins critères étai­ent rem­p­lis, tels que l’att­ein­te d’u­ne limi­te de chif­fre d’af­fai­res annu­el, un cer­tain nombre d’uti­li­sa­teurs ou la con­clu­si­on de cont­rats com­mer­ci­aux portant sur des ser­vices numé­ri­ques. De tel­les mesu­res ne serai­ent effi­caces qu’à l’é­gard de la mino­ri­té d’É­tats avec les­quels la Sui­s­se n’a pas con­clu de con­ven­ti­on de dou­ble impo­si­ti­on (CDI) ou n’a pas adap­té une CDI exi­stan­te en conséquence.

2. et 3 : La Com­mis­si­on euro­pé­en­ne, en s’ap­pu­yant sur le rap­port intéri­ma­i­re 2018 de l’OCDE, a con­sidé­ré com­me Solu­ti­on intéri­ma­i­re a pro­po­sé une taxe 3% sur cer­ta­ins chif­fres d’af­fai­res numé­ri­ques (taxe numé­ri­que). Une tel­le taxe se situe en dehors du champ d’ap­pli­ca­ti­on des CDI. Elle con­duit à la dou­ble impo­si­ti­on et la sur­im­po­si­ti­on, vio­lant ain­si le prin­ci­pe de l’im­po­si­ti­on selon la capa­ci­té éco­no­mi­que (cf. art. 127 Cst.). En out­re, elle ne tient pas comp­te du lieu de créa­ti­on de valeur, mais de la tail­le du mar­ché de ven­te. Une limi­ta­ti­on de l’impôt aux gran­des ent­re­pri­ses tou­ch­er­ait à des que­sti­ons d’é­ga­li­té de droit (art. 8 Cst.).

4) Com­me indi­qué au point 1, l’OCDE pour­su­it ses travaux sur le point de rat­ta­che­ment des impôts directs ain­si que sur la valeur ajou­tée et l’at­tri­bu­ti­on des béné­fices jus­qu’en 2020. Le Con­seil fédé­ral éva­luera sa posi­ti­on en 2020, une fois que le rap­port de l’OCDE sera disponible.

En matiè­re de TVA, la révi­si­on par­ti­el­le de la LTVA, entrée en vigueur le 1er jan­vier 2018, a déjà mis les ent­re­pri­ses étran­gè­res sur un pied d’é­ga­li­té avec les ent­re­pri­ses sui­s­ses. A par­tir du 1er jan­vier 2019, les ent­re­pri­ses de ven­te par cor­re­spond­ance réa­li­sant un chif­fre d’af­fai­res important seront éga­le­ment assu­jet­ties à la TVA pour leurs envois à la cli­entèle suisse.