Ven­te à emporter (AI)
  • Agur 12 a four­ni un rap­port com­plet, réu­nis­sant tous les par­tis, avec des recom­man­da­ti­ons con­crè­tes pour adap­ter d’ur­gence le droit d’au­teur à l’è­re d’Internet.
  • Le Con­seil fédé­ral recon­naît que ces recom­man­da­ti­ons con­sti­tu­ent une base pré­cieu­se, mais il deman­de qu’el­les soi­ent con­cré­ti­sées et coor­don­nées avec les travaux inter­nes d’i­ci fin 2015.
  • De nombreu­ses pro­po­si­ti­ons néces­si­tent des modi­fi­ca­ti­ons légis­la­ti­ves ; à court ter­me, il est pos­si­ble de mener des cam­pa­gnes d’in­for­ma­ti­on et d’a­mé­lio­rer l’ef­fi­ca­ci­té des socié­tés de gesti­on collective.

Inter­pel­la­ti­on Gutz­wil­ler (14.3204) : Con­sen­sus du grou­pe de tra­vail Agur 12. Suite de la procédure
Fait.

Tex­te soumis

En août 2012, le Dépar­te­ment fédé­ral de justi­ce et poli­ce a mis en place un grou­pe de tra­vail sur le droit d’au­teur (Agur 12) com­po­sé d’un lar­ge éven­tail de per­son­na­li­tés poli­ti­ques. Ce grou­pe de tra­vail, diri­gé par le direc­teur de l’I­PI Roland Grossen­ba­cher, a publié en décembre 2013, dans les délais et sans oppo­si­ti­on, un rap­port com­plet inclu­ant un cata­lo­gue de recom­man­da­ti­ons con­crè­tes. Ni le DFJP ni le Con­seil fédé­ral n’ont enco­re pris posi­ti­on à ce sujet.

Le Con­seil fédé­ral est invi­té à répond­re aux que­sti­ons suivantes :

1. quel est son avis sur le con­te­nu des recom­man­da­ti­ons for­mulées par le grou­pe de travail ?

2. quel est le cal­en­drier qu’il pré­voit pour les étapes à venir ?

3. quel­les sont, à son avis, les mesu­res qui néces­si­tent des modi­fi­ca­ti­ons légis­la­ti­ves et cel­les qui peu­vent être mises en œuvre, à son avis, d’u­ne aut­re maniè­re appropriée ?

4. com­ment intèg­re-t-il les con­clu­si­ons de l’é­tu­de ini­tiée par le Seco Table ron­de sur les que­sti­ons de droit d’au­teur, dont les acti­vi­tés ont été sus­pen­dues début 2014 en réfé­rence à la mise en œuvre des mesu­res recom­man­dées par l’A­gur 12 ?

Justi­fi­ca­ti­on

Le rap­port Agur 12 ne laisse pla­ner aucun dou­te : En Sui­s­se, il est recon­nu qu’il est urgent d’a­gir pour adap­ter le droit d’au­teur et les instru­ments d’ap­pli­ca­ti­on cor­re­spond­ants à l’è­re d’Internet.

Des inter­ven­ti­ons ont été dépo­sées à plu­sieurs repri­ses au Par­le­ment fédé­ral pour deman­der la pro­tec­tion léga­le des inté­rêts des titu­lai­res de droits éga­le­ment sur Inter­net (p. ex. inter­pel­la­ti­on Stöck­li 12.4202, “Swis­s­com. Trai­te­ment des con­te­nus pro­té­gés par le droit d’au­teur” ; postu­lat Flu­ri 12.4238, “Pré­ju­di­ce éco­no­mi­que causé par les off­res illé­ga­les sur Internet”).

Suite à l’af­fai­re Logi­step (ATF 136 II 508), le Tri­bu­nal fédé­ral a éga­le­ment indi­qué dès 2010 qu’il appar­te­nait au légis­la­teur d’a­gir : “En con­clu­si­on, il a con­sta­té que la situa­ti­on actu­el­le n’é­tait pas satis­fais­an­te, du moins en ce qui con­cer­ne la pro­tec­tion du droit d’au­teur, mais qu’il appar­te­nait au légis­la­teur de prend­re les mesu­res néces­saires pour garan­tir une pro­tec­tion du droit d’au­teur adap­tée aux nou­vel­les tech­no­lo­gies” (Rap­port de gesti­on du Tri­bu­nal fédé­ral 2010, p. 17, dis­po­ni­ble sur http://www.bger.ch/gb2010_bger_d.pdf).

De son côté, le Seco a ent­a­mé des travaux con­cer­nant l’ap­pli­ca­ti­on des droits sur Inter­net en 2011, à la deman­de du Forum de coopé­ra­ti­on Sui­s­se-Etats-Unis sur le com­mer­ce et les inve­stis­se­ments, lors d’u­ne table ron­de, et a mis en place un grou­pe de tra­vail. Ce grou­pe de tra­vail a sus­pen­du ses travaux explo­ra­toires fin 2013 / début 2014 en se réfé­rant à l’A­gur 12 et à une éva­lua­ti­on atten­due de la part du Con­seil fédé­ral. La table ron­de a éga­le­ment indi­qué que la créa­ti­on d’un instru­ment de droit civil était indi­quée pour com­plé­ter les pos­si­bi­li­tés de pro­cé­du­re péna­le (rap­port “Table ron­de sur le droit d’au­teur sur Inter­net” du 23 jan­vier 2014, p. 9 s., dis­po­ni­ble sur http://www.seco.admin.ch/themen/00513/00561/00566/index.html?lang=de).

Avis du Con­seil fédéral

1. les recom­man­da­ti­ons de l’A­gur 12 con­sti­tu­ent une base pré­cieu­se pour les travaux ulté­ri­eurs. Tou­te­fois, le degré de con­cré­ti­sa­ti­on des dif­fé­ren­tes pro­po­si­ti­ons est très varia­ble ; elles vont de simp­les sug­ge­sti­ons à des tex­tes de loi rédi­gés. En out­re, des par­ties cen­tra­les du paquet de mesu­res recom­man­dées con­cer­nent, avec l’im­pli­ca­ti­on des four­nis­seurs d’ac­cès à Inter­net, un thè­me qui est éga­le­ment trai­té par le grou­pe de tra­vail men­ti­onné au chif­fre 2.

2. le Con­seil fédé­ral a déjà char­gé le 9 octobre 2013, sur la base du postu­lat Amherd 11.3912, “Base léga­le pour les médi­as soci­aux”, du 29 sep­tembre 2011, le Dépar­te­ment fédé­ral de justi­ce et poli­ce, avec un délai jus­qu’à fin 2015, d’ex­ami­ner la responsa­bi­li­té civi­le des explo­itants de pla­te­for­mes et des four­nis­seurs d’ac­cès et, le cas échéant, d’é­la­bo­rer un avant-pro­jet de régle­men­ta­ti­on léga­le à ce sujet. Un grou­pe de tra­vail inter­ne à l’ad­mi­ni­stra­ti­on, pré­si­dé par l’Of­fice fédé­ral de la justi­ce, s’en occupe. Les travaux de sui­vi du rap­port final de l’A­gur 12 doi­vent être coor­don­nés avec celui-ci, tant au niveau du con­te­nu que du cal­en­drier. Le Con­seil fédé­ral se pen­che­ra de maniè­re appro­fon­die sur le rap­port final de l’A­gur 12 avant la pau­se esti­vale et déci­de­ra de la suite des opérations.

3. la plus gran­de par­tie des recom­man­da­ti­ons de l’A­gur 12 con­cer­ne des mesu­res qui néces­si­tent une modi­fi­ca­ti­on de la loi. A court ter­me et sans modi­fi­ca­ti­on de la loi, la vaste cam­pa­gne d’in­for­ma­ti­on pro­po­sée et cer­tai­nes mesu­res visa­nt à accroît­re enco­re l’ef­fi­ca­ci­té et la trans­pa­rence des socié­tés de gesti­on (sim­pli­fi­ca­ti­on du pay­sa­ge tarifai­re) peu­vent être mises en œuvre. Elles relè­vent en pre­mier lieu de la responsa­bi­li­té des titu­lai­res de droits et des uti­li­sa­teurs ou des par­ten­aires tarifai­res. De même, l’au­to­ri­té de sur­veil­lan­ce peut exer­cer une influence sur les coûts des socié­tés de gestion.

La recom­man­da­ti­on au légis­la­teur d’é­vi­ter ou d’é­li­mi­ner les obs­ta­cles à l’ac­cès au mar­ché qui ent­ra­vent l’é­mer­gence d’off­res léga­les néces­si­te un hori­zon tem­po­rel à long ter­me pour sa mise en œuvre. Elle impli­que une réfle­xi­on accrue sur le droit de la con­cur­rence et un redi­men­si­on­ne­ment de la pro­tec­tion du droit d’au­teur à un niveau rai­sonnable. Cela néces­si­terait une modi­fi­ca­ti­on ou au moins une nou­vel­le inter­pré­ta­ti­on des accords inter­na­ti­on­aux déterminants.

Enfin, le rap­port final de l’A­gur 12 se distin­gue éga­le­ment par le fait qu’il rejet­te même expres­sé­ment cer­tai­nes mesu­res et donc une modi­fi­ca­ti­on cor­re­spond­an­te de la loi. Il pré­voit par exemp­le de con­tin­uer à auto­ri­ser le télé­char­ge­ment lib­re à des fins pri­vées, même s’il est effec­tué à par­tir d’u­ne source illégale.

4. la table ron­de sur le droit d’au­teur sur Inter­net ini­tiée par le Seco a qua­li­fié d’op­por­tu­ne la créa­ti­on d’un instru­ment de droit civil com­plé­tant la pos­si­bi­li­té d’ac­tion péna­le, eu égard à la pro­por­ti­on­na­li­té et aux capa­ci­tés des auto­ri­tés de pour­suite péna­le. Par­al­lè­le­ment, le rap­port sur les médi­as soci­aux (voir ch. 2) et les décis­i­ons rela­ti­ves aux travaux de sui­vi d’A­gur 12, qui n’é­tai­ent pas enco­re dis­po­ni­bles à l’é­po­que, ont été réser­vés. Dans son rap­port final, Agur 12 recom­man­de la créa­ti­on d’un instru­ment de droit civil.