Ven­te à emporter (AI)
  • L’Of­fice fédé­ral de la san­té publi­que (OFSP) peut don­ner des ins­truc­tions con­traignan­tes aux assur­eurs et inf­li­ger des amen­des d’ord­re pou­vant aller jus­qu’au retrait de la recon­nais­sance en cas d’in­frac­tion à la pro­tec­tion des données.
  • Les méde­cins-con­seils et les mesu­res tech­ni­ques et orga­ni­sa­ti­on­nel­les sont essen­tiels pour pro­té­ger les don­nées haute­ment sen­si­bles des pati­ents ; les inté­rêts éco­no­mi­ques ne justi­fi­ent pas une violation.

Inter­pel­la­ti­on Heim (06.3040) : Pro­tec­tion des droits des patients
Clas­sé (20.03.2008).

Tex­te soumis

Le Con­seil fédé­ral est invi­té à répond­re aux que­sti­ons suivantes :

1. si et dans quel­le mesu­re les dis­po­si­ti­ons rela­ti­ves à la pro­tec­tion des don­nées, en par­ti­cu­lier la pro­tec­tion des don­nées médi­cal­es très sen­si­bles, sont vio­lées chez cer­ta­ins assur­eurs-mala­die dans le domaine de la LAMal et si les don­nées coll­ec­tées dans le domaine de la LAMal sont uti­li­sées de maniè­re abu­si­ve (p. ex. pour le domaine des assu­ran­ces privées)

2. com­ment l’au­to­ri­té de sur­veil­lan­ce s’ac­quit­te de son devoir de sur­veil­lan­ce et de con­trô­le dans ce domaine et garan­tit que les droits et les pré­ten­ti­ons des assu­rés ne sont pas violés ;

3. quel­les sont les mesu­res éven­tu­el­le­ment néces­saires ou effec­ti­ve­ment pri­ses pour garan­tir de maniè­re démon­tra­ble et effec­ti­ve les droits et les pré­ten­ti­ons des assurés.

Justi­fi­ca­ti­on

Selon les rap­ports des médi­as (“Beob­ach­ter” du 19 jan­vier et du 2 février 2006 ; “Tages­an­zei­ger” du 20 février 2006), la deu­xiè­me plus gran­de caisse-mala­die de Sui­s­se, acti­ve en pre­mier lieu dans le domaine de l’assu­rance-mala­die obli­ga­toire (AOS) et qui assu­re envi­ron 970 000 per­son­nes, gérerait une ban­que de don­nées élec­tro­ni­que con­tenant des don­nées médi­cal­es très sen­si­bles et vio­le­rait ain­si, selon les rap­ports, en par­tie grossiè­re­ment les dis­po­si­ti­ons de pro­tec­tion des don­nées. Ain­si, un grand cer­cle d’en­vi­ron 400 col­la­bo­ra­teurs non méde­cins aurait accès à des dos­siers d’assu­rés que seuls les méde­cins-con­seils pré­vus par l’ar­tic­le 57 de la LAMal serai­ent auto­ri­sés à con­sul­ter. S’il s’a­vé­rait effec­ti­ve­ment que des col­la­bo­ra­teurs du cent­re de ser­vices, c’est-à-dire de l’ad­mi­ni­stra­ti­on pure, aient éga­le­ment accès à de tel­les don­nées, cela pose­rait pro­blè­me : d’u­ne part pour des rai­sons de pro­tec­tion des don­nées et de droit de la per­son­na­li­té, d’aut­re part par­ce que les don­nées coll­ec­tées par cet­te caisse-mala­die dans le cad­re de l’A­OS sont appa­rem­ment éga­le­ment dis­po­ni­bles pour son domaine d’assu­rance pri­vée (ser­vice des pro­po­si­ti­ons, deman­des exter­nes, etc.).

Selon le rap­port du “Beob­ach­ter”, le système de cet­te caisse, con­çu en soi pour une gesti­on des don­nées con­for­me à la loi, sem­ble être sciem­ment con­tour­né par les respons­ables de la caisse pour des rai­sons de gesti­on d’entre­pri­se (“des con­cep­ti­ons exa­gé­rées de la pro­tec­tion des don­nées ne doi­vent pas ent­raî­ner un sur­croît de tra­vail admi­ni­stra­tif évi­ta­ble”). Dans de tel­les cir­con­stances, la maniè­re dont l’Of­fice fédé­ral de la san­té publi­que entend assu­mer son devoir de sur­veil­lan­ce et de con­trô­le est incom­pré­hen­si­ble, puis­qu’il sem­ble vou­loir se con­ten­ter d’in­vi­ter cet­te caisse à prend­re position.

Des mesu­res doi­vent être pri­ses, éven­tu­el­le­ment des direc­ti­ves con­traignan­tes doi­vent être édic­tées, afin que la sur­veil­lan­ce et le con­trô­le du respect de l’ord­re juri­di­que pui­s­sent être effec­ti­ve­ment exer­cés. La caisse con­cer­née doit immé­dia­te­ment s’assurer que l’ac­cès aux don­nées haute­ment sen­si­bles est limi­té selon les critères de la pro­tec­tion des don­nées, c’est-à-dire qu’il est limi­té en ter­mes de per­son­nel à un nombre maxi­mal de six à sept per­son­nes et en ter­mes de temps à la durée pen­dant laquel­le une que­sti­on con­crè­te rela­ti­ve au cas est trai­tée, c’est-à-dire envi­ron un jour à deux semaines.

Il est réjouis­sant de con­stater que, selon les artic­les de pres­se men­ti­onnés, la gran­de majo­ri­té des cais­ses sem­ble respec­ter les règles. Néan­mo­ins, le com­porte­ment d’u­ne seu­le caisse a éga­le­ment des réper­cus­sions sur la situa­ti­on de con­cur­rence ent­re les cais­ses qui était jus­qu’à pré­sent exi­gée dans le domaine de l’assu­rance-mala­die, dans la mesu­re où une tel­le caisse s’oc­troie ain­si des avan­ta­ges sur le mar­ché et pro­vo­que ain­si une dis­tor­si­on de la con­cur­rence. Cela exer­ce une pres­si­on sur les aut­res cais­ses pour qu’el­les ail­lent dans la même direc­tion. Il faut y mett­re un ter­me dans l’in­té­rêt des pati­ents, de l’é­ga­li­té des droits et d’u­ne con­cur­rence loyale.

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h1>Prise de posi­ti­on du Con­seil fédéral

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1. les assur­eurs-mala­die sont eux-mêmes respons­ables du respect de la pro­tec­tion des don­nées dans l’assu­rance obli­ga­toire des soins (AOS) selon la LAMal. Ils ne peu­vent trai­ter des don­nées per­son­nel­les que s’ils peu­vent s’ap­puy­er sur une base léga­le. Les assur­eurs doi­vent en out­re prend­re tou­tes les mesu­res juri­di­ques et orga­ni­sa­ti­on­nel­les néces­saires pour pro­té­ger les don­nées per­son­nel­les. Au sein de l’entre­pri­se, la garan­tie de la pro­tec­tion des don­nées médi­cal­es relè­ve de la responsa­bi­li­té des méde­cins-con­seils (art. 57, al. 7 LAMal).

Dans le domaine des assu­ran­ces com­plé­men­tai­res, les assur­eurs ne sont pas sou­mis aux con­di­ti­ons stric­tes de la légis­la­ti­on sur la pro­tec­tion des don­nées con­cer­nant le trai­te­ment des don­nées per­son­nel­les par les orga­nes fédé­raux, mais aux aut­res dis­po­si­ti­ons de la loi fédé­ra­le sur la pro­tec­tion des don­nées (RS 235.1). Les assur­eurs com­plé­men­tai­res peu­vent donc trai­ter des don­nées sur les assu­rés dans la mesu­re où elles sont néces­saires à une gesti­on adéquate.

Lors de la mise en œuvre de l’A­OS et de l’assu­rance com­plé­men­tai­re, les don­nées ne sont sou­vent pas trai­tées de maniè­re tota­le­ment sépa­rée au sein de l’entre­pri­se. Cela peut avoir des con­sé­quen­ces insa­tis­fais­an­tes pour la pro­tec­tion de la per­son­na­li­té des assu­rés. La loi a tou­te­fois pré­vu une pro­tec­tion. Dans des cas justi­fi­és et à la deman­de des per­son­nes assu­rées, les four­nis­seurs de pre­sta­ti­ons sont dans tous les cas tenus de ne com­mu­ni­quer les don­nées médi­cal­es qu’aux méde­cins-con­seils. Ceux-ci ne peu­vent alors trans­mett­re à l’ad­mi­ni­stra­ti­on des assur­eurs que les don­nées néces­saires pour déci­der de l’ob­li­ga­ti­on de pre­sta­ti­on, fixer la rému­n­é­ra­ti­on ou moti­ver une décis­i­on. Ce faisant, ils respec­tent les droits de la per­son­na­li­té des assu­rés, fau­te de quoi ils se ren­dent punissables.

2. l’Of­fice fédé­ral de la san­té publi­que (OFSP), en tant qu’­au­to­ri­té de sur­veil­lan­ce com­pé­ten­te, peut éga­le­ment don­ner des ins­truc­tions aux assur­eurs dans le domaine de la pro­tec­tion des don­nées afin d’assurer une appli­ca­ti­on uni­for­me du droit fédé­ral (art. 21 LAMal). En cas de non-respect des pre­scrip­ti­ons léga­les, l’au­to­ri­té de sur­veil­lan­ce prend les mesu­res appro­priées en fonc­tion de leur natu­re et de leur gra­vi­té (ins­truc­tions con­traignan­tes, amen­des d’ord­re et, en der­nier recours, retrait de la recon­nais­sance et de l’autorisation).

L’OFSP s’est déjà pen­ché à plu­sieurs repri­ses sur les que­sti­ons de pro­tec­tion des don­nées. L’at­ten­ti­on s’est sur­tout por­tée sur les for­mu­lai­res d’ad­hé­si­on dans les­quels des que­sti­ons con­trai­res à la loi étai­ent posées sur l’é­tat de san­té des per­son­nes inté­res­sées. L’OFSP a donc édic­té le 9 mars 2005 la cir­culai­re “Pro­tec­tion des don­nées et de la per­son­na­li­té”, qui règ­le la pro­tec­tion des don­nées et de la per­son­na­li­té lors de la con­clu­si­on d’u­ne assu­rance AOS. La modi­fi­ca­ti­on de l’or­don­nan­ce déci­dée par le Con­seil fédé­ral le 26 avril 2006 (art. 6a de l’or­don­nan­ce sur l’assu­rance-mala­die ; RS 832.102) va dans le même sens en inter­di­sant aux assur­eurs de rég­ler sur le même for­mu­lai­re l’ad­hé­si­on à l’A­OS et en même temps la pro­po­si­ti­on d’assu­rance facul­ta­ti­ve. Cet­te sépa­ra­ti­on vise à rédui­re le ris­que de trai­te­ment illi­ci­te des données.

L’OFSP enquête actu­el­le­ment auprès de l’assur­eur men­ti­onné dans l’in­ter­pel­la­ti­on sur les repro­ches for­mulés par le public. En fonc­tion des résul­tats de cet­te enquête, l’OFSP pren­dra éven­tu­el­le­ment des mesu­res de sur­veil­lan­ce. Par ail­leurs, dans le cad­re de ses res­sour­ces, l’OFSP exami­ne­ra à l’a­ve­nir davan­ta­ge les fichiers des assur­eurs avec l’Of­fice fédé­ral des assu­ran­ces pri­vées et invi­te­ra éga­le­ment le Pré­po­sé fédé­ral à la pro­tec­tion des don­nées à y participer.

3. les méde­cins-con­seils occup­ent une posi­ti­on clé dans la réa­li­sa­ti­on de la pro­tec­tion de la per­son­na­li­té dans l’A­OS. Ils doi­vent par­fois com­mu­ni­quer des don­nées médi­cal­es ou per­son­nel­les sen­si­bles lorsque le ser­vice des pre­sta­ti­ons ou le ser­vice juri­di­que d’un assur­eur-mala­die en a beso­in pour prend­re une décis­i­on. Les assur­eurs doi­vent pro­té­ger les don­nées per­son­nel­les cont­re tou­te con­sul­ta­ti­on non auto­ri­sée, y com­pris au sein de l’entre­pri­se, par des mesu­res tech­ni­ques et orga­ni­sa­ti­on­nel­les appro­priées. Selon la juris­pru­dence du Tri­bu­nal fédé­ral, il faut fixer des critères éle­vés à cet égard (cf. ATF 131 II 413). Les argu­ments éco­no­mi­ques des assur­eurs ne justi­fi­ent pas la vio­la­ti­on des droits de la personnalité.

Dans ce con­tex­te, les mesu­res dont dis­po­se l’OFSP rem­plis­sent leur objec­tif. Le Con­seil fédé­ral ne juge pas néces­saire de prend­re d’aut­res mesures.