Ven­te à emporter (AI)
  • Le Con­seil fédé­ral recon­naît les pro­blè­mes d’ap­pli­ca­ti­on du droit ren­con­trés par les pre­sta­tai­res de ser­vices en ligne étran­gers en Sui­s­se et cher­che des solu­ti­ons praticables.
  • Une repré­sen­ta­ti­on léga­le obli­ga­toire des pla­te­for­mes étran­gè­res en Sui­s­se est con­sidé­rée com­me dif­fi­ci­le à mett­re en œuvre, mais pour­rait faci­li­ter la communication.
  • Le Con­seil fédé­ral sou­ti­ent les moti­ons visa­nt à rend­re obli­ga­toire l’élec­tion de domic­i­le des gran­des pla­te­for­mes com­mer­cia­les sur Inter­net afin de ren­forcer l’ap­pli­ca­ti­on du droit.
  • La coopé­ra­ti­on inter­na­tio­na­le (Con­seil de l’Eu­ro­pe, UE, EEE) est acti­ve­ment pour­suivie afin de per­mett­re un accès plus rapi­de aux don­nées stockées à l’étranger.

Inter­pel­la­ti­on Mar­chand-Balet (18.3197) : Repré­sen­ta­ti­on léga­le des pre­sta­tai­res de ser­vices en Suisse

Tex­te soumis

Les chan­ge­ments struc­tu­rels actuels, notam­ment la numé­ri­sa­ti­on, modi­fi­ent la don­ne dans le domaine des télé­com­mu­ni­ca­ti­ons. Il faut donc pré­voir de nou­vel­les mesu­res légis­la­ti­ves pour s’ad­ap­ter à ces évo­lu­ti­ons inéluctables.

Les réseaux soci­aux tels que Face­book et Twit­ter font par­tie inté­gran­te du quo­ti­di­en des Sui­s­ses. Les réseaux four­nis­sent des ser­vices aux con­som­ma­teurs sui­s­ses et se trou­vent donc numé­ri­quement sur not­re ter­ri­toire. Néan­mo­ins, ils n’ont pas néces­saire­ment un sta­tut juri­di­que auto­no­me en Sui­s­se. Cet­te situa­ti­on est pro­blé­ma­tique. En effet, dans les cas de cyberhar­cè­le­ment, de dif­fa­ma­ti­on ou dans le cad­re d’aut­res enquêtes, la justi­ce se heur­te à des limi­tes lorsqu’il s’a­git d’ob­te­nir des don­nées pour une pro­cé­du­re. En témoi­g­ne l’ar­rêt du Tri­bu­nal fédé­ral 1B_185/2016 dans une affai­re oppo­sant le Mini­stère public vau­dois à Face­book Switz­er­land. Selon cet arrêt, il faut une pro­cé­du­re – trop len­te – d’en­trai­de judi­ciai­re inter­na­tio­na­le en matiè­re péna­le pour obte­nir les don­nées néces­saires à l’enquête.

De plus, des cas d’ob­so­le­s­cence pro­gram­mée ont récem­ment fait par­ler d’eux. On peut citer ici les exemp­les d’Ep­son et d’App­le. Mal­gré tout cela, les con­som­ma­teurs con­cer­nés – indi­vi­du­el­le­ment ou en grou­pe – peu­vent dif­fi­ci­le­ment por­ter plain­te, Apple n’a­yant par exemp­le pas de filia­le en Suisse.

Je pose donc les que­sti­ons suivantes :

1. com­ment le Con­seil fédé­ral entend-il garan­tir le bon fonc­tion­ne­ment de la justi­ce lorsqu’un réseau social est visé par une plain­te ? Com­ment entend-il pro­té­ger les con­som­ma­teurs sui­s­ses cont­re les géants de la technologie ?

2. une révi­si­on de la loi sur les télé­com­mu­ni­ca­ti­ons ou de la loi fédé­ra­le sur la pro­tec­tion des don­nées est-elle pré­vue pour résoud­re le problème ?

3. les grands pre­sta­tai­res de ser­vices com­me Apple et Face­book ne dev­rai­ent-ils pas être obli­gés d’é­ta­b­lir une repré­sen­ta­ti­on léga­le en Suisse ?

4. les don­nées ne s’ar­rêtent pas aux fron­tiè­res natio­na­les. Des dis­cus­sions ont-elles été lan­cées à ce sujet au niveau international ?

Avis du Con­seil fédé­ral du 23.5.2018

1. – 3. Le Con­seil fédé­ral, dans son avis sur la Lu. 16.4082 Lev­rat (Faci­li­ter l’ac­cès des auto­ri­tés de pour­suite péna­le aux don­nées des réseaux soci­aux), le Con­seil fédé­ral a décla­ré qu’il juge­ait insa­tis­fais­an­te la situa­ti­on en matiè­re d’ap­pli­ca­ti­on du droit sur Inter­net et qu’il cher­chait des solu­ti­ons pra­ti­ca­bles et justi­cia­bles. L’ob­li­ga­ti­on qui y est pro­po­sée, selon laquel­le une ent­re­pri­se à l’étran­ger dev­rait éta­b­lir une repré­sen­ta­ti­on en Sui­s­se et four­nir les don­nées néces­saires dans le cad­re de pro­cé­du­res péna­les, ne pour­rait tou­te­fois pas être mise en œuvre.

En revan­che, si ces ent­re­pri­ses dési­gnaient une repré­sen­ta­ti­on ou un domic­i­le de noti­fi­ca­ti­on en Sui­s­se, cela pour­rait faci­li­ter la com­mu­ni­ca­ti­on avec l’entre­pri­se à l’étran­ger, tant pour les auto­ri­tés que pour les con­som­ma­teurs en Sui­s­se. Cer­tes, il fau­drait ici aus­si émett­re la réser­ve du man­que d’ap­pli­ca­bi­li­té. On peut tou­te­fois sup­po­ser que les ent­re­pri­ses se mon­trerai­ent plus coopé­ra­ti­ves que si elles étai­ent tenues de four­nir les don­nées enre­gi­strées à l’étran­ger, en rai­son de la fai­ble inten­si­té de l’in­ter­ven­ti­on. Le Con­seil fédé­ral pro­po­se donc d’ac­cep­ter la moti­on 18.3379 de la Com­mis­si­on des affai­res juri­di­ques du Con­seil des Etats et la moti­on 18.3306 Glätt­li (Ren­forcer l’ap­pli­ca­ti­on du droit sur Inter­net en rendant obli­ga­toire l’élec­tion de domic­i­le pour les gran­des pla­tes-for­mes Inter­net com­mer­cia­les), qui vont dans ce sens. Ce n’est qu’a­près un examen appro­fon­di qu’il sera pos­si­ble de déter­mi­ner si ces moti­ons peu­vent être mises en œuvre par la modi­fi­ca­ti­on de l’u­ne des lois men­ti­onnées à la que­sti­on 2 ou d’u­ne aut­re loi.

4. par­al­lè­le­ment, il faut con­tin­uer à cher­cher des solu­ti­ons dans le cad­re de la coopé­ra­ti­on inter­na­tio­na­le. Le comi­té de cyber­cri­mi­na­li­té du Con­seil de l’Eu­ro­pe tra­vail­le actu­el­le­ment sur des pro­po­si­ti­ons per­met­tant aux auto­ri­tés de pour­suite péna­le d’ac­cé­der dans un délai rai­sonnable à des don­nées élec­tro­ni­ques à l’étran­ger. La Sui­s­se par­ti­ci­pe acti­ve­ment à ces travaux. En out­re, des dis­cus­sions sont en cours avec l’UE et dif­fér­ents Etats de l’EEE dans le but de sim­pli­fier l’en­trai­de judi­ciai­re en matiè­re civile.