Ven­te à emporter (AI)
  • La recon­nais­sance facia­le dans les pro­cé­du­res péna­les n’est auto­ri­sée que sous la for­me d’u­ne com­pa­rai­son d’i­mages facia­les, et non d’u­ne recon­nais­sance facia­le con­ti­n­ue en temps réel.
  • Bases juri­di­ques : les artic­les 260 et sui­vants du CPP, l’ar­tic­le 354, para­gra­phe 1, du CP et l’ar­tic­le 14, para­gra­phe 2, de la LSIP per­met­tent l’en­re­gi­stre­ment, le stocka­ge et la com­pa­rai­son de don­nées biométriques.
  • Les pho­to­gra­phies sont con­sidé­rées com­me des don­nées bio­mé­tri­ques d’i­den­ti­fi­ca­ti­on et sont trai­tées juri­di­quement com­me les emprein­tes digitales.
  • Une base léga­le for­mel­le spé­cia­le serait néces­saire pour les appli­ca­ti­ons de recon­nais­sance facia­le indé­pen­dan­tes de tout soup­çon ou pour d’aut­res for­mes d’uti­li­sa­ti­on ; aucun pro­jet fédé­ral n’est prévu.

Inter­pel­la­ti­on Mar­ti (22.3993) : Base léga­le pour la recon­nais­sance facia­le auto­ma­ti­sée dans les pro­cé­du­res pénales

Tex­te soumis

Le Con­seil fédé­ral écrit dans sa répon­se à une que­sti­on de Maja Rini­ker (21.7896), que les bases juri­di­ques sont don­nées pour Recon­nais­sance facia­le dans les pro­cé­du­res péna­les et de l’uti­li­ser dans le cad­re d’en­quêtes. En même temps, il écrit aus­si que pour la recon­nais­sance facia­le, qui per­met une iden­ti­fi­ca­ti­on uni­vo­que de la per­son­ne, une légis­la­ti­on spé­cia­le est néces­saire en rai­son de la loi sur la pro­tec­tion des don­nées. Dans ce con­tex­te, je vous prie de bien vou­loir répond­re aux que­sti­ons suivantes :

1. où sont inscri­tes dans le code de pro­cé­du­re péna­le les bases juri­di­ques pour l’uti­li­sa­ti­on auto­ma­ti­sée de la tech­no­lo­gie de recon­nais­sance facia­le dans les pro­cé­du­res péna­les, c’est-à-dire dans les enquêtes ? Ou la réfé­rence aux bases juri­di­ques se réfè­re-t-elle à d’aut­res lois ?

2. les bases léga­les sont-elles, de l’a­vis du Con­seil fédé­ral, suf­fi­sam­ment défi­nies pour per­mett­re aux poli­ces can­to­na­les de pro­cé­der à ce type d’ana­ly­se des don­nées bio­mé­tri­ques ? Quels sont les domain­es d’ap­pli­ca­ti­on cou­verts par la légis­la­ti­on actuelle ?

3. la réfé­rence à la légis­la­ti­on spé­cia­le requi­se par la loi sur la pro­tec­tion des don­nées n’est-elle pas en con­tra­dic­tion avec l’af­fir­ma­ti­on selon laquel­le les bases juri­di­ques pour l’uti­li­sa­ti­on dans le cad­re de pro­cé­du­res et d’en­quêtes péna­les sont don­nées ? Une base juri­di­que expli­ci­te ne serait-elle pas éga­le­ment requi­se dans la loi sur la pro­cé­du­re pénale ?

4. de tel­les légis­la­ti­ons spé­cia­les sont-elles pré­vues pour une uti­li­sa­ti­on plus lar­ge de la recon­nais­sance facia­le ? Si oui, les­quel­les et pour quels cas d’application ?

Avis du Con­seil fédé­ral du 16.11.22

Com­me l’in­di­que la répon­se du Con­seil fédé­ral à une que­sti­on de Maja Rini­ker (21.7896), la recon­nais­sance facia­le est un trai­te­ment de don­nées per­son­nel­les sen­si­bles. Les don­nées per­son­nel­les sen­si­bles ne peu­vent en prin­ci­pe être trai­tées que si une loi au sens for­mel le pré­voit expres­sé­ment. Dans les pro­cé­du­res péna­les, il s’a­git en par­ti­cu­lier Art. 260 et sui­vants du Code de pro­cé­du­re péna­le (CPP ; RS 312.0) pour la sai­sie des don­nées signa­lé­ti­ques, l’art. 354, al. 1, du code pénal sui­s­se (CP ; RS 311.0) pour leur enre­gi­stre­ment et l’art. 14, al. 2, de la loi fédé­ra­le sur les systè­mes d’in­for­ma­ti­on de poli­ce (LSIP ; RS 361) en ce qui con­cer­ne la liai­son ent­re les jeux de don­nées peu­vent être cités com­me bases léga­les per­ti­nen­tes. Ces nor­mes n’offrent tou­te­fois pas de base léga­le pour une uti­li­sa­ti­on de la recon­nais­sance facia­le indé­pen­dan­te de tout soupçon.

Con­for­mé­ment à l’art. 2 de l’or­don­nan­ce sur le trai­te­ment des don­nées bio­mé­tri­ques dans le cad­re du ser­vice d’i­den­ti­fi­ca­ti­on (ordon­nan­ce sur l’i­den­ti­fi­ca­ti­on bio­mé­tri­que ; RS 361.3), les pho­to­gra­phies sont défi­nies com­me des don­nées bio­mé­tri­ques dans le cad­re du ser­vice d’i­den­ti­fi­ca­ti­on et, en tant que tel­les, elles ent­rent dans la même caté­go­rie que les emprein­tes digi­ta­les, les emprein­tes pal­mai­res, les emprein­tes de la tran­che de la main ou enco­re les signaux. Par con­sé­quent, les images facia­les peu­vent être coll­ec­tées aux mêmes con­di­ti­ons et à par­tir des mêmes sources que les emprein­tes digi­ta­les, pal­mai­res et pal­mai­res. L’uti­li­sa­ti­on ulté­ri­eu­re des images facia­les repo­se éga­le­ment sur les mêmes dis­po­si­ti­ons léga­les que les emprein­tes digi­ta­les, pal­mai­res et pal­mai­res. Cela signi­fie qu’en ver­tu des bases léga­les en vigueur, aucu­ne recon­nais­sance facia­le ne peut être effec­tuée en temps réel, c’est-à-dire par exemp­le en con­tinu à par­tir de l’i­mage en direct d’u­ne camé­ra de sur­veil­lan­ce dans un lieu public. En revan­che, il est pos­si­ble de pro­cé­der à des com­pa­rai­sons d’i­mages facia­les, dans le cad­re des­quel­les des images indi­vi­du­el­les sont com­pa­rées, en tant que “traces d’i­mages”, à des images facia­les qui ont été recu­eil­lies lors d’un trai­te­ment d’i­den­ti­fi­ca­ti­on et qui sont dis­po­ni­bles dans le système auto­ma­ti­sé d’i­den­ti­fi­ca­ti­on des emprein­tes digi­ta­les (AFIS). Cet­te pro­cé­du­re, appelée “com­pa­rai­son d’i­mages de visa­ge” pour la distin­guer du ter­me géné­ral de recon­nais­sance facia­le, peut être effec­tuée manu­el­le­ment ou de maniè­re auto­ma­ti­sée, par ana­lo­gie avec le trai­te­ment des emprein­tes digi­ta­les, pal­mai­res et palmaires.

Il est donc important de ne pas con­fond­re les ter­mes “com­pa­rai­son d’i­mages de visa­ge” et “recon­nais­sance d’i­mages de visage”.

1/2 L’uti­li­sa­ti­on des don­nées signa­lé­ti­ques dans les pro­cé­du­res péna­les est régie par les artic­les 260 et sui­vants du code de pro­cé­du­re péna­le. Con­for­mé­ment à l’art. 354, al. 1 du Code pénal sui­s­se, le dépar­te­ment com­pé­tent enre­gist­re et con­ser­ve les don­nées signa­lé­ti­ques qui ont été recu­eil­lies par les auto­ri­tés des can­tons, de la Con­fé­dé­ra­ti­on et de l’étran­ger et qui lui ont été trans­mi­ses dans le cad­re de pour­suites péna­les ou de l’ac­com­plis­se­ment d’aut­res tâches léga­les. Ces don­nées peu­vent être com­pa­rées ent­re elles pour iden­ti­fier une per­son­ne recher­chée ou incon­nue. Cet­te dis­po­si­ti­on con­sti­tue la base léga­le du système d’in­for­ma­ti­on AFIS et notam­ment de l’en­re­gi­stre­ment, du stocka­ge et de la com­pa­rai­son des don­nées bio­mé­tri­ques signalétiques.

La com­pa­rai­son des don­nées ne peut être effec­tuée que dans le but d’i­den­ti­fier une per­son­ne recher­chée ou incon­nue et d’éva­luer les traces lais­sées sur la scè­ne de crime. Com­me men­ti­onné dans la remar­que pré­li­mi­n­aire, la noti­on léga­le de don­nées d’i­den­ti­fi­ca­ti­on bio­mé­tri­ques inclut expli­ci­te­ment, out­re les don­nées dac­ty­lo­s­co­pi­ques et les traces et signa­le­ments, les pho­to­gra­phies. Cela découle tout d’a­bord de l’art. 354, al. 4, CP en rela­ti­on avec l’art. 2, al. 2, LPD. de l’art. 2, let. c, de l’or­don­nan­ce sur le trai­te­ment des don­nées, qui men­ti­on­ne les pho­to­gra­phies dans le cata­lo­gue exhaus­tif des don­nées bio­mé­tri­ques d’i­den­ti­fi­ca­ti­on à régle­men­ter selon cet­te ordon­nan­ce. Le fait que fed­pol pui­s­se trai­ter des pho­to­gra­phies dans son système d’in­for­ma­ti­on découle en out­re de l’art. 14, al. 2, de la loi fédé­ra­le sur les systè­mes d’in­for­ma­ti­on de poli­ce, qui men­ti­on­ne expli­ci­te­ment les pho­to­gra­phies signa­lé­ti­ques com­me caté­go­rie de don­nées (art. 14, al. 2, LSIP). Les can­tons peu­vent four­nir à fed­pol des don­nées bio­mé­tri­ques d’i­den­ti­fi­ca­ti­on à des fins de com­pa­rai­son, con­for­mé­ment à l’art. 354, al. 2, let. d, CP.
3) Non, il n’y a pas de con­tra­dic­tion avec la situa­ti­on juri­di­que actu­el­le. Com­me nous l’a­vons expli­qué plus haut, il n’est pas pré­vu de pro­cé­der à la recon­nais­sance de l’i­mage du visa­ge, mais uni­quement à la com­pa­rai­son de l’i­mage du visa­ge à des fins d’i­den­ti­fi­ca­ti­on de per­son­nes recher­chées ou incon­nues et d’éva­lua­ti­on des traces lais­sées sur les scè­nes de crime. Les dis­po­si­ti­ons (for­mel­les et maté­ri­el­les) en vigueur à cet effet sont suf­fi­san­tes et cor­re­spon­dent à cel­les qui s’ap­pli­quent éga­le­ment à l’en­re­gi­stre­ment et à la com­pa­rai­son des emprein­tes digi­ta­les et pal­mai­res. En revan­che, l’in­tro­duc­tion de la recon­nais­sance facia­le dans un aut­re domaine ou dans un aut­re but, com­me par exemp­le l’uti­li­sa­ti­on de la recon­nais­sance facia­le indé­pen­dam­ment de tout soup­çon, néces­si­terait une base léga­le for­mel­le spécifique.
4. non, aucun pro­jet légis­la­tif n’est pré­vu à ce jour au niveau fédé­ral dans ce domaine.