Ven­te à emporter (AI)
  • Les bureaux de recou­vre­ment font preuve d’un com­porte­ment agres­sif répé­té ; les per­son­nes con­cer­nées pai­ent sou­vent sous la pres­si­on au lieu d’en­ga­ger une action en justice.
  • Le Con­seil fédé­ral esti­me que les voies de recours exi­stan­tes (droit des obli­ga­ti­ons, droit pénal, droit de la pro­tec­tion des don­nées) sont suf­fi­san­tes pour sanc­tion­ner les abus.
  • L’au­to­ré­gu­la­ti­on de la bran­che avec un bureau des plain­tes et un code de con­duite exi­ste, mais la trans­pa­rence et les résul­tats ne sont pas clairs.
  • Un ombuds­man indé­pen­dant ou une sur­veil­lan­ce pour­rai­ent faci­li­ter l’ap­pli­ca­ti­on du droit, mais ent­raî­nerai­ent des dépen­ses éle­vées et une att­ein­te à la liber­té économique.

Inter­pel­la­ti­on Mich­aud Gigon (21.4408) : L’au­to­ré­gu­la­ti­on des socié­tés de recou­vre­ment sous la loupe

Tex­te soumis

Ce cas illu­stre une fois de plus le com­porte­ment agres­sif et inap­pro­prié des bureaux de recou­vre­ment, même lorsqu’u­ne cré­an­ce est infon­dée. Il amè­ne en out­re à se deman­der si la bran­che du recou­vre­ment est vrai­ment en mesu­re d’empêcher de tel­les situa­tions abu­si­ves, même si le Con­seil fédé­ral, dans son rap­port de 2017 en répon­se au postu­lat Comte 12.3641 mise sur cet­te autorégulation.

Le Con­seil fédé­ral est éga­le­ment d’a­vis que les instru­ments juri­di­ques actuels sont suf­fi­sants. Cepen­dant, il est vrai qu’il n’e­xi­ste pres­que pas de juris­pru­dence en matiè­re civi­le con­cer­nant les socié­tés de recou­vre­ment et que les rares décis­i­ons civi­les sont des juge­ments de pre­miè­re instance non publiés. Cet­te lacu­ne laisse pen­ser que les socié­tés de recou­vre­ment lais­sent sou­vent tom­ber l’af­fai­re pour ne pas cré­er de pré­cé­dent. Pour­tant, rares sont les per­son­nes qui vont jus­qu’au tri­bu­nal. Elles cèdent plutôt aux pres­si­ons et pai­ent les cré­an­ces ain­si que les frais de recou­vre­ment exce­s­sifs et/ou infon­dés qui leur sont réclamés.

En 2020, le sec­teur du recou­vre­ment a créé un bureau des plain­tes et mis en œuvre un code de con­duite. Jus­qu’à pré­sent, nous n’a­vons pas con­nais­sance des résul­tats des acti­vi­tés de cet orga­nis­me. L’or­ga­nis­me s’e­sti­me cer­tes habi­li­té à véri­fier si les deman­des de base sont fon­dées, mais il refu­se de se pro­non­cer sur la que­sti­on des frais. Pour­tant, la Fédé­ra­ti­on roman­de des con­som­ma­teurs con­sta­te que les plain­tes cont­re les agen­ces de recou­vre­ment sont en con­stan­te aug­men­ta­ti­on et con­cer­nent prin­ci­pa­le­ment le mon­tant des frais.

Nous remer­ci­ons le Con­seil fédé­ral pour ses répon­ses aux que­sti­ons suivantes :

1. com­ment une appli­ca­ti­on uni­for­me de la loi dans le sec­teur du recou­vre­ment, et Pré­ve­nir les abus devenir ?

2. com­ment la pra­tique de l’au­to­ré­gu­la­ti­on du sec­teur trans­pa­rent et se con­vain­cre de leur efficacité ?

3. la créa­ti­on d’u­ne auto­ri­té indé­pen­dan­te Ser­vice de média­ti­onLa Com­mis­si­on euro­pé­en­ne, qui pour­rait déci­der à la fois des pra­ti­ques des socié­tés de recou­vre­ment et de la que­sti­on des frais, ne veil­ler­ait-elle pas à ce que les droits des débi­teurs soi­ent mieux pris en compte ?

4. com­ment une orga­ni­sa­ti­on indé­pen­dan­te Super­vi­si­on sur les pra­ti­ques des socié­tés de recou­vre­ment soi­ent garan­tis afin d’é­vi­ter les abus ?

Avis du Con­seil fédé­ral du 16.02.2022

1. com­me le Con­seil fédé­ral l’a indi­qué dans son rap­port “Con­di­ti­ons-cad­res des pra­ti­ques des socié­tés de recou­vre­ment” du 22 mars 2017 en répon­se au postu­lat Comte 12.3641 et dans sa répon­se à l’in­ter­pel­la­ti­on Mich­aud Gigon 21.3551 “Mett­re des limi­tes aux pra­ti­ques des socié­tés de recou­vre­ment”, con­sidè­rent le Code des obli­ga­ti­ons, le Droit pénal et droit de la con­cur­rence déloya­le ain­si que le Droit de la pro­tec­tion des don­nées Les règles de l’UE pré­voi­ent des pos­si­bi­li­tés d’ac­tion cont­re les pra­ti­ques inap­pro­priées ou agres­si­ves des socié­tés de recou­vre­ment. Dans la pra­tique, les règles exi­stan­tes peu­vent être appli­quées par tous les moy­ens dis­po­ni­bles, par exemp­le par le biais d’ac­tions types, de procès pilo­tes ou, le cas échéant, d’ac­tions coll­ec­ti­ves. Cela dev­rait per­mett­re d’é­vi­ter les abus et de par­ve­nir à une appli­ca­ti­on uni­for­me du droit.

Dans ce con­tex­te, il est éga­le­ment pos­si­ble d’en­vi­sa­ger des cam­pa­gnes d’in­for­ma­ti­on et de sen­si­bi­li­sa­ti­on par­ti­cu­liè­res, par les­quel­les les asso­cia­ti­ons de pro­tec­tion des con­som­ma­teurs, par exemp­le, peu­vent jouer un rôle actif pour garan­tir une appli­ca­ti­on cor­rec­te et uni­for­me du droit existant.
Il con­vi­ent éga­le­ment de rap­pe­l­er une fois de plus les juge­ments ren­dus par la plus hau­te instance judi­ciai­re, dans les­quels le Tri­bu­nal fédé­ral a éta­b­li que la men­ace de démar­ches juri­di­ques com­me moy­en de pres­si­on pour obte­nir le pai­ement de cré­an­ces inexi­stan­tes ou impos­si­bles à recou­vrer con­sti­tuait péna­le­ment l’in­frac­tion d’e­scro­querie. Con­train­te peut rem­plir (art. 181 CP, RS 311.0 ; cf. arrêts du Tri­bu­nal fédé­ral 6B_8/2017 con­sid. 2 et 6B_1074/2016 con­sid. 2.3).
2) Com­me le Con­seil fédé­ral l’a indi­qué à plu­sieurs repri­ses, il ne voit pas la néces­si­té d’u­ne inter­ven­ti­on du légis­la­teur (cf. pri­ses de posi­ti­on sur les mo. plats 17.3561 et 20.3689; répon­se à Ip. Mich­aud Gigon 21.3551), mais salue l’au­to­ré­gu­la­ti­on du sec­teur. Il incom­be éga­le­ment à la bran­che de veil­ler à la trans­pa­rence néces­saire et de se sou­mett­re à ces régle­men­ta­ti­ons qu’el­le s’est elle-même impo­sées. Il serait sou­hai­ta­ble, du point de vue du Con­seil fédé­ral, que le respect des dis­po­si­ti­ons léga­les rela­ti­ves à la reven­dica­ti­on des frais de recou­vre­ment soit assu­ré dans ce cad­re (à ce sujet, rap­port du 22 mars 2017, point 4.1).
3/4 La mise en place d’u­ne com­mis­si­on d’en­quête indé­pen­dan­te Ser­vice de média­ti­on ou d’u­ne auto­ri­té de sur­veil­lan­ce pour­rait cer­tes éven­tu­el­le­ment faci­li­ter l’ap­pli­ca­ti­on de la loi pour les débi­teurs. Tou­te­fois, la mise en place et le main­ti­en de tel­les struc­tures ent­raî­nerai­ent effort con­sidé­ra­ble et coûts éle­vés de la part des ent­re­pri­ses. L’im­po­si­ti­on de tel­les mesu­res par l’E­tat repré­sen­te en out­re pour les ent­re­pri­ses con­cer­nées un Att­ein­te à leur liber­té éco­no­mi­que (art. 27 et 94 Cst.), qui ne doit pas être pri­se à la légè­re. Dans son rap­port “Con­di­ti­ons-cad­res des pra­ti­ques des socié­tés de recou­vre­ment” du 22 mars 2017, le Con­seil fédé­ral a jugé qu’u­ne régle­men­ta­ti­on glo­ba­le de la bran­che du recou­vre­ment n’é­tait pas pro­por­ti­onnée et donc pas justi­fi­ée, comp­te tenu des moy­ens déjà exi­stants. Com­me men­ti­onné, le Con­seil fédé­ral ne voit actu­el­le­ment aucu­ne rai­son de reve­nir sur cet­te appré­cia­ti­on (voir en der­nier lieu la répon­se à Ip. Mich­aud Gigon 21.3551).