Ven­te à emporter (AI)
  • Le Con­seil fédé­ral recon­naît l’im­portance cru­cia­le d’un système de sur­veil­lan­ce des télé­com­mu­ni­ca­ti­ons qui fonc­tion­ne et a été infor­mé en per­ma­nence des pro­blè­mes du SSI.
  • Le pro­jet ISS a mon­tré des défi­ci­ts ; le comi­té de pilo­ta­ge a déci­dé le 20 sep­tembre 2013 de pas­ser à un système alter­na­tif et éprou­vé d’un aut­re fournisseur.
  • Le système alter­na­tif pro­vi­ent du four­nis­seur de l’ac­tuel LIS, il a fait ses preu­ves au niveau inter­na­tio­nal et est con­sidé­ré com­me adap­té aux con­di­ti­ons suisses.
  • Le Con­seil fédé­ral choi­sit un modè­le d’in­dem­ni­sa­ti­on : les four­nis­seurs sup­port­ent les coûts d’in­ve­stis­se­ment, reçoi­vent une indem­ni­té d’ex­plo­ita­ti­on ne couvrant pas les coûts par sur­veil­lan­ce ; l’or­don­nan­ce sur les émo­lu­men­ts suivra.

Inter­pel­la­ti­on Recor­don (13.3702) : Sur­veil­lan­ce des télé­com­mu­ni­ca­ti­ons par les auto­ri­tés de pour­suite péna­le. Jus­qu’à quand ?
Fait (11.12.2013)

Tex­te soumis

Le Con­seil fédé­ral est char­gé de répond­re aux que­sti­ons suivantes.

1. le système judi­ciai­re est con­fron­té à un grand dilem­me causé par le système ISS (Inter­cep­ti­on System Schweiz) de sur­veil­lan­ce des télé­com­mu­ni­ca­ti­ons par les auto­ri­tés de pour­suite péna­le. Le Con­seil fédé­ral a‑t-il pris con­sci­ence de son ampleur et de ses con­sé­quen­ces de plus en plus importantes ?

2. est-il prêt à pas­ser immé­dia­te­ment à un aut­re système qui a fait ses preu­ves et qui est approprié ?

3. est-il prêt à choi­sir, pour les four­nis­seurs de ser­vices de télé­com­mu­ni­ca­ti­on, un système d’in­dem­ni­sa­ti­on qui soit d’un ord­re de gran­deur rai­sonnable, dont la gesti­on ne soit pas trop lour­de et qui ne désa­van­ta­ge pas la poli­ce et les auto­ri­tés de pour­suite pénale ?

Justi­fi­ca­ti­on

La per­si­stance et le coût du système sui­s­se de sur­veil­lan­ce des télé­com­mu­ni­ca­ti­ons par les auto­ri­tés de pour­suite péna­le inquiè­tent chaque jour un peu plus. Pour des rai­sons obscu­res, ce système a été pré­fé­ré à celui de son con­cur­rent, initia­le­ment moins cher. De plus, il n’a pas été éprou­vé par des expé­ri­en­ces à l’étran­ger et a été adap­té “à la car­te” aux spé­ci­fi­ci­tés sui­s­ses. De plus, il est com­pli­qué au vu des exi­gen­ces incroy­a­bles en matiè­re de fac­tu­ra­ti­on des inter­ven­ti­ons à la justi­ce. Après trois ans d’ef­forts, ce système n’est tou­jours pas opé­ra­ti­on­nel et les auto­ri­tés de pour­suite péna­le et la poli­ce pour­rai­ent se retrou­ver sans outil effi­cace pour inter­cep­ter les com­mu­ni­ca­ti­ons liées au crime orga­ni­sé, notam­ment au tra­fic de drogue.

La situa­ti­on n’est plus accep­ta­ble en l’é­tat. Des solu­ti­ons simp­les et effi­caces exi­stent pour­tant : les Pays-Bas se sont par exemp­le tour­nés vers un aut­re four­nis­seur de logi­ciels dont le pro­duit per­met – à la gran­de satis­fac­tion de la poli­ce et du mini­stère public – d’in­ter­cep­ter l’IP aus­si bien sur le réseau fixe que sur le réseau mobi­le. En out­re, la loi dans ce pays pré­voit que les four­nis­seurs de ser­vices de télé­com­mu­ni­ca­ti­on doi­vent s’assurer que l’in­ter­cep­ti­on est pos­si­ble avant de lan­cer de nou­veaux ser­vices télé­pho­ni­ques ou aut­res sur le mar­ché. Les coûts des mesu­res d’écou­te ont d’a­bord été cal­culés à 25 euros par unité, puis il a été déci­dé – afin d’é­vi­ter les char­ges admi­ni­stra­ti­ves super­flues qui en décou­lent – de rému­n­é­rer les mesu­res de maniè­re for­fai­taire et de ver­ser un mon­tant fixe annu­el basé sur l’expé­ri­ence, qui sem­ble être de l’ord­re de 10 mil­li­ons d’eu­ros. Cet­te som­me est répar­tie ent­re les four­nis­seurs de ser­vices de télé­com­mu­ni­ca­ti­on et peut être réduite de 10 pour cent si les pre­sta­ti­ons four­nies n’é­tai­ent pas suf­fi­san­tes. Il est absur­de que le système de pour­suite péna­le sui­s­se doi­ve sup­port­er des coûts com­pa­ra­ti­ve­ment bien plus éle­vés, qui nui­sent de fac­to à l’ef­fi­ca­ci­té de la lut­te cont­re la cri­mi­na­li­té, en par­ti­cu­lier cont­re l’ar­gent sale, ce qui réjouit cer­tai­ne­ment les orga­ni­sa­ti­ons cri­mi­nel­les avant tout.

Avis du Con­seil fédéral

1. le Con­seil fédé­ral est con­sci­ent qu’un système infor­ma­tique fonc­tion­nel est essen­tiel pour garan­tir la sur­veil­lan­ce des télé­com­mu­ni­ca­ti­ons et, par­tant, une pour­suite péna­le effi­cace. Il a été infor­mé en per­ma­nence des dif­fi­cul­tés ren­con­trées dans le pro­jet Système d’in­ter­cep­ti­on sui­s­se (ISS) et des mesu­res pri­ses. Ces der­niers temps, l’ac­cent a été mis sur des amé­lio­ra­ti­ons dans l’or­ga­ni­sa­ti­on du pro­jet, une col­la­bo­ra­ti­on plus étroi­te avec les can­tons, les auto­ri­tés de pour­suite péna­le et de poli­ce ain­si que les four­nis­seurs de ser­vices de télé­com­mu­ni­ca­ti­on, la régu­la­ri­sa­ti­on de la situa­ti­on con­trac­tu­el­le avec le man­da­tai­re ain­si que la réa­li­sa­ti­on de tests, l’ex­amen d’é­ven­tu­el­les lacu­nes archi­tec­tu­ra­les et l’éva­lua­ti­on d’un système alter­na­tif pour le cas où le pro­jet ne pour­rait pas être mené à bien avec le four­nis­seur actuel du système.

2. sur la base des mesu­res et des travaux men­ti­onnés, le comi­té de pilo­ta­ge de la sur­veil­lan­ce des télé­com­mu­ni­ca­ti­ons, com­po­sé du DFJP, des mini­stères publics, de la poli­ce et des four­nis­seurs de ser­vices de télé­com­mu­ni­ca­ti­on, a déci­dé le 20 sep­tembre 2013, en accord avec la direc­tion du dépar­te­ment, de pour­suiv­re le pro­jet SSI avec un aut­re four­nis­seur et d’ac­quérir le système alter­na­tif éva­lué dans l’in­ter­val­le. Ce système alter­na­tif est fab­ri­qué par le four­nis­seur du système actuel LIS, qui con­naît par­fai­te­ment les spé­ci­fi­ci­tés sui­s­ses. Le système a été testé et fonc­tion­ne déjà dans d’aut­res pays. Un grou­pe d’ex­perts pari­taire est éga­le­ment par­ve­nu à cet­te con­clu­si­on lors d’u­ne visi­te de réfé­rence dans l’un de ces pays.

3. le Con­seil fédé­ral a opté pour un modè­le d’in­dem­ni­sa­ti­on, après avoir pré­cé­dem­ment envi­sa­gé la pos­si­bi­li­té de sup­p­ri­mer sans les rem­pla­cer les indem­ni­tés en faveur des four­nis­seurs de ser­vices de télé­com­mu­ni­ca­ti­on. Ce modè­le est pré­sen­té dans le mes­sa­ge rela­tif à la révi­si­on tota­le du Büpf, qui a été trans­mis au Par­le­ment le 27 février 2013, et cor­re­spond dans une lar­ge mesu­re au modè­le actuel d’é­mo­lu­men­ts et d’in­dem­ni­sa­ti­on. Les four­nis­seurs de ser­vices de télé­com­mu­ni­ca­ti­on doi­vent sup­port­er eux-mêmes les coûts d’in­ve­stis­se­ment (infras­truc­tu­re et systè­mes). Pour les coûts d’ex­plo­ita­ti­on, ils reçoi­vent en revan­che une indem­ni­té par sur­veil­lan­ce. Cet­te indem­ni­sa­ti­on ne cou­vre tou­te­fois pas les coûts. L’au­to­ri­té qui a ordon­né la sur­veil­lan­ce s’ac­quit­te des émo­lu­men­ts liés à la sur­veil­lan­ce. Ces frais de sur­veil­lan­ce, com­me les aut­res frais de justi­ce, peu­vent en prin­ci­pe être mis à la char­ge du pré­ve­nu s’il est con­dam­né. Le mon­tant effec­tif des émo­lu­men­ts et des indem­ni­tés est fixé par le Con­seil fédé­ral dans une ordonnance.

Con­seil des Etats Ses­si­on d’hi­ver 2013, 11.12.13