Ven­te à emporter (AI)
  • L’in­tro­duc­tion de codes CIM-10 sur les fac­tures des méde­cins et des hôpi­taux met en dan­ger la pro­tec­tion con­sti­tu­ti­on­nel­le de la per­son­na­li­té et le secret médical.
  • L’é­tu­de man­da­tée par la com­mis­si­on de l’O­FAS sur les codes con­for­mes à la pro­tec­tion des don­nées n’est pas enco­re dis­po­ni­ble ; les décis­i­ons dev­rai­ent tenir comp­te de ses résultats.
  • Le droit fédé­ral (LAMal) n’au­to­ri­se que les indi­ca­ti­ons néces­saires et pro­por­ti­onnées ; des codes sys­té­ma­ti­ques et détail­lés serai­ent disproportionnés.
  • L’au­to­ri­té de pro­tec­tion des don­nées et les orga­ni­sa­ti­ons d’in­té­rêts sont con­sul­tées ; les auto­ri­tés peu­vent inter­ve­nir et émett­re des directives.

Inter­pel­la­ti­on Som­ma­ru­ga (01.3594) : Pro­tec­tion des don­nées et codes de dia­gno­stic sur les fac­tures des méde­cins et des hôpitaux
Liqui­dé (17.04.2002)

Tex­te soumis

Dans le cad­re de l’in­tro­duc­tion des codes de dia­gno­stic CIM sur les fac­tures des méde­cins et des hôpi­taux, je deman­de au Con­seil fédé­ral de répond­re aux que­sti­ons suivantes :

1. com­ment justi­fie-t-il qu’à l’a­ve­nir, des codes de dia­gno­stic pré­cis doi­vent être indi­qués sur tou­tes les fac­tures de méde­cins et d’hô­pi­taux, alors qu’u­ne tel­le régle­men­ta­ti­on rest­reint, voi­re men­ace, la pro­tec­tion de la sphè­re pri­vée garan­tie par la Constitution ?

2. est-il prêt à attendre l’é­tu­de sur les pos­si­bi­li­tés d’un code adé­quat, com­man­dée par la com­mis­si­on d’ex­perts (com­mis­si­on Gei­ser) mise en place par l’Of­fice fédé­ral des assu­ran­ces socia­les (OFAS), avant de mett­re en vigueur les régle­men­ta­ti­ons et con­ven­ti­ons correspondantes ?

3. est-il prêt à attendre, avant d’in­tro­dui­re la con­ven­ti­on sur les codes de diagnostic/diagnostic, que les ten­si­ons ent­re la pro­tec­tion con­sti­tu­ti­on­nel­le de la sphè­re pri­vée, le secret du pati­ent pro­té­gé par le droit pénal, les dis­po­si­ti­ons de la loi sur la pro­tec­tion des don­nées et la loi fédé­ra­le sur l’assu­rance-mala­die (LAMal) soi­ent clai­re­ment clarifiées ?

4. est-il prêt à inter­ve­nir s’il s’a­vè­re, après un examen plus appro­fon­di des dis­po­si­ti­ons léga­les, qu’il n’e­xi­ste pas de base léga­le suf­fi­san­te pour l’uti­li­sa­ti­on des codes de dia­gno­stic de la CIM-10 ou de la CIPC, com­me le pré­voi­ent les régle­men­ta­ti­ons et les accords correspondants ?

5. est-il prêt à entendre l’a­vis du Pré­po­sé fédé­ral à la pro­tec­tion des don­nées ain­si que celui des orga­ni­sa­ti­ons d’assu­rés et de con­som­ma­teurs et à tenir comp­te de leurs réser­ves dans la suite de ses réflexions ?

Justi­fi­ca­ti­on

Dans les con­ven­ti­ons-cad­res rela­ti­ves au système tarifai­re uni­for­me (Tar­Med), il est sti­pulé qu’à l’a­ve­nir, des codes de dia­gno­stic pré­cis devront être indi­qués sur tou­tes les fac­tures médi­cal­es. Les codes CIM-10 four­nis­sent des infor­ma­ti­ons détail­lées sur les trou­bles et mala­dies prés­ents. Cet­te régle­men­ta­ti­on doit être intro­duite pour l’en­sem­ble du sec­teur médi­cal et hos­pi­ta­lier et appli­quée par tou­tes les assu­ran­ces (assu­rance mala­die, assu­rance acci­dent, assu­rance inva­li­di­té et assu­rance mili­taire). Les assur­eurs-mala­die auront ain­si la pos­si­bi­li­té de coll­ec­ter pen­dant des années, via les fac­tures médi­cal­es, des infor­ma­ti­ons com­plè­tes et haute­ment sen­si­bles sur les pati­ents ; en effet, ces don­nées dia­gno­sti­ques per­met­tent de se fai­re une idée glo­ba­le de l’é­tat de san­té ou de mala­die de chaque assu­ré, même avec des con­nais­sances médi­cal­es modestes.

Comp­te tenu de l’é­nor­me inter­con­ne­xi­on des dif­fé­ren­tes assu­ran­ces (cais­ses-mala­die, assu­ran­ces-acci­dents, assu­ran­ces com­plé­men­tai­res, assu­ran­ces d’in­dem­ni­tés jour­na­liè­res, assu­ran­ces-vie, assu­ran­ces responsa­bi­li­té civi­le, cais­ses de pen­si­on, etc.), la con­sti­tu­ti­on de tels fichiers com­por­te le ris­que d’att­ein­tes gra­ves aux droits de la per­son­na­li­té des assurés.

A l’oc­ca­si­on des négo­cia­ti­ons sur le Tar­Med, le pré­po­sé fédé­ral à la pro­tec­tion des don­nées a affir­mé sans équi­vo­que que la LAMal don­nait cer­tes aux assur­eurs le droit de deman­der des infor­ma­ti­ons détail­lées dans des cas par­ti­cu­liers, mais qu’u­ne com­mu­ni­ca­ti­on auto­ma­tique de tel­les infor­ma­ti­ons n’é­tait pas pré­vue par la loi.

En out­re, l’O­FAS a fait exami­ner les que­sti­ons per­ti­nen­tes par une com­mis­si­on d’ex­perts (com­mis­si­on Gei­ser) com­po­sée de repré­sen­tants des orga­ni­sa­ti­ons inté­res­sées (Pro­tec­tion de la per­son­na­li­té dans l’assu­rance-mala­die et acci­dents socia­le et pri­vée, Ber­ne 2001). Se réfé­rant à l’a­vis du Pré­po­sé fédé­ral à la pro­tec­tion des don­nées selon lequel le code CIM-10 ne con­sti­tue pas un instru­ment adé­quat pour le con­trô­le des coûts, cet­te com­mis­si­on a char­gé l’Of­fice fédé­ral de la sta­ti­stique d’é­la­bo­rer une étu­de sur les pos­si­bi­li­tés d’un code adé­quat. Cet­te étu­de n’est pas enco­re dis­po­ni­ble à ce jour.

En out­re, la majo­ri­té de la com­mis­si­on pro­po­se de ne fai­re figu­rer sur la fac­tu­re du pati­ent qu’u­ne indication/un dia­gno­stic for­mulé de maniè­re géné­ra­le. La mino­ri­té de la com­mis­si­on, notam­ment les orga­ni­sa­ti­ons de pati­ents et d’assu­rés ain­si que le Pré­po­sé fédé­ral à la pro­tec­tion des don­nées, a expri­mé de for­tes réser­ves quant à la con­ser­va­ti­on “à tit­re pré­ven­tif” de don­nées de san­té extrê­me­ment sensibles.

Mal­gré ces objec­tions, les assur­eurs veu­lent uti­li­ser la CIM-10 à l’a­ve­nir. La “con­ven­ti­on con­cer­nant l’in­di­ca­ti­on du dia­gno­stic et des codes de dia­gno­stic”, défi­nie ent­re les assur­eurs, l’Of­fice fédé­ral de l’assu­rance mili­taire, l’assu­rance inva­li­di­té et la Fédé­ra­ti­on des méde­cins sui­s­ses (FMH), doit être intro­duite en 2002. San­té­su­i­s­se et le comi­té cen­tral de la FMH ont approu­vé la “régle­men­ta­ti­on sur le diagnostic/code dia­gno­stique”. Cet­te régle­men­ta­ti­on dev­rait ent­rer en vigueur en 2003. Selon les deux con­ven­ti­ons, les méde­cins et les hôpi­taux devront à l’a­ve­nir uti­li­ser le code CIM-10 pour les fac­tures des patients.

Cet accord ou cet­te régle­men­ta­ti­on doi­vent donc être intro­duits sans cla­ri­fier au pré­alable les ten­si­ons qui en résul­tent ent­re la pro­tec­tion con­sti­tu­ti­on­nel­le de la sphè­re pri­vée, le secret du pati­ent pro­té­gé par le droit pénal, les dis­po­si­ti­ons de la loi sur la pro­tec­tion des don­nées et la LAMal. 

Avis du Con­seil fédéral

En pré­am­bu­le, il con­vi­ent de pré­cis­er que l’in­di­ca­ti­on des codes de dia­gno­stic sur les fac­tures médi­cal­es, con­te­stée par l’in­ter­pel­la­tri­ce, est pré­vue dans les con­ven­ti­ons com­plé­men­tai­res con­clues par les par­ten­aires tarifai­res en vue de l’in­tro­duc­tion de la nou­vel­le struc­tu­re tarifai­re Tar­Med. Le Con­seil fédé­ral lui-même ne par­ti­ci­pe pas à la con­clu­si­on de ces con­ven­ti­ons ; il ne les met pas en vigueur et ne les intro­duit pas.

1) Dans l’assu­rance-mala­die socia­le, les four­nis­seurs de pre­sta­ti­ons sont tenus, en ver­tu de l’ar­tic­le 42, para­gra­phe 3, de la loi fédé­ra­le sur l’assu­rance-mala­die (LAMal), d’é­ta­b­lir une fac­tu­re détail­lée et com­pré­hen­si­ble (y com­pris pour la per­son­ne assu­rée) et de trans­mett­re tou­tes les infor­ma­ti­ons néces­saires pour véri­fier le cal­cul du rem­bour­se­ment et le carac­tère éco­no­mi­que de la pre­sta­ti­on. Le para­gra­phe 4 ajou­te que “l’assur­eur peut deman­der un dia­gno­stic pré­cis ou des infor­ma­ti­ons com­plé­men­tai­res de natu­re médi­cale”. Avec la hausse con­ti­n­ue des coûts de la san­té, le con­trô­le des coûts par les assur­eurs revêt une importance accrue. En géné­ral, les assur­eurs-mala­die ne deman­dent un dia­gno­stic “pré­cis” qu’en cas de dou­te ou à des fins d’é­chan­til­lon­na­ge. En out­re, il est éga­le­ment pos­si­ble de véri­fier si les four­nis­seurs de pre­sta­ti­ons tra­vail­lent de maniè­re éco­no­mi­que à l’ai­de de don­nées sta­ti­sti­ques anony­mes. Le prin­ci­pe de pro­por­ti­on­na­li­té ancré dans la loi sur la pro­tec­tion des don­nées (art. 4, al. 2, LPD) inter­dit tou­te­fois de coll­ec­ter plus de don­nées per­son­nel­les que cel­les qui sont effec­ti­ve­ment néces­saires, en par­ti­cu­lier lorsqu’il s’a­git de don­nées sen­si­bles. Ain­si, l’ar­tic­le 42 LAMal signi­fie qu’un assur­eur peut uni­quement exi­ger que les fac­tures médi­cal­es men­ti­on­nent un dia­gno­stic géné­ral néces­saire au trai­te­ment des cas ordi­naires. Si cela ne suf­fit pas, il peut exi­ger ulté­ri­eu­re­ment un dia­gno­stic plus pré­cis, le cas échéant par l’in­ter­mé­di­ai­re d’un méde­cin-con­seil. Il serait dis­pro­por­ti­onné d’ob­li­ger les pre­sta­tai­res de soins à men­ti­on­ner sys­té­ma­ti­quement sur les fac­tures médi­cal­es un code de dia­gno­stic qui don­ne des infor­ma­ti­ons détail­lées sur l’é­tat de san­té de la per­son­ne assu­rée. Cela con­dui­rait à une accu­mu­la­ti­on de don­nées sen­si­bles, dont la plu­part ne serai­ent pro­ba­blem­ent ni uti­li­sées ni exploi­tées par les assur­eurs. Il y aurait donc éga­le­ment un ris­que de recou­pe­ment des données.

L’assu­rance-acci­dents obli­ga­toire et l’assu­rance mili­taire ont beso­in dès le départ de cer­tai­nes don­nées pour déter­mi­ner dans quel­le mesu­re une affec­tion est direc­te­ment impu­ta­ble à l’é­vé­ne­ment assu­ré. Si un code de dia­gno­stic est intro­duit à cet effet, il ne doit pas con­te­nir d’aut­res don­nées que cel­les qui sont effec­ti­ve­ment uti­li­sées par l’assurance.

En règ­le géné­ra­le, l’assu­rance-inva­li­di­té fon­de ses décis­i­ons sur un rap­port médi­cal rédi­gé en clair. Si un code devait être intro­duit dans ce domaine, il fau­drait là aus­si veil­ler à ce qu’il ne con­ti­en­ne pas d’in­di­ca­ti­ons qui ne sont en prin­ci­pe pas uti­li­sées par l’assurance.

2. l’é­tu­de sus­ment­i­onnée, com­man­dée à l’Of­fice fédé­ral de la sta­ti­stique, a pour but de déter­mi­ner les pro­cé­du­res de trans­mis­si­on les plus respec­tueu­ses de la pro­tec­tion des don­nées et qui tien­nent le mieux comp­te des beso­ins des assur­eurs. L’é­tu­de dev­rait appor­ter des amé­lio­ra­ti­ons à un sta­de ulté­ri­eur. Elle ne dev­rait tou­te­fois pas retar­der l’in­tro­duc­tion d’aut­res mesu­res qui répon­dent aux exi­gen­ces de la pro­tec­tion des données.

3/4 Com­me nous l’a­vons déjà men­ti­onné, les dis­po­si­ti­ons à prend­re dans le cad­re de l’in­tro­duc­tion du Tar­Med con­cer­nant les indi­ca­ti­ons dia­gno­sti­ques sont négo­ciées ent­re les assur­eurs et les four­nis­seurs de pre­sta­ti­ons. Si de tels accords ne font pas par­tie d’u­ne con­ven­ti­on tarifai­re dans l’assu­rance-mala­die, ils ne néces­si­tent pas l’ap­pro­ba­ti­on de la Con­fé­dé­ra­ti­on ou des can­tons. Le Pré­po­sé fédé­ral à la pro­tec­tion des don­nées est cepen­dant déjà inter­ve­nu auprès des par­ties con­cer­nées, de sor­te que cel­les-ci con­nais­sent les pro­blè­mes liés au niveau de détail du code dia­gno­stique com­plet CIM-10. En out­re, le pré­po­sé à la pro­tec­tion des don­nées et, dans son domaine de com­pé­tence, l’Of­fice fédé­ral des assu­ran­ces socia­les (OFAS) peu­vent deman­der d’of­fice aux orga­nes de l’assu­rance socia­le de pré­sen­ter les docu­ments per­met­tant de véri­fier si les prin­cipes de la pro­tec­tion des don­nées sont garan­tis. Cela vaut éga­le­ment pour les régle­men­ta­ti­ons qui ne sont pas enco­re en vigueur. Si l’O­FAS devait arri­ver à la con­clu­si­on que les prin­cipes de pro­tec­tion des don­nées ne sont pas stric­te­ment respec­tés à l’a­ve­nir par les insti­tu­ti­ons rele­vant de sa com­pé­tence, il émet­trait des ins­truc­tions qui aurai­ent éga­le­ment des réper­cus­sions sur ces accords. En out­re, le pré­po­sé à la pro­tec­tion des don­nées peut adress­er des recom­man­da­ti­ons aux orga­nes con­cer­nés et, si cel­les-ci ne sont pas sui­vies, sou­mett­re la que­sti­on au dépar­te­ment fédé­ral com­pé­tent pour décis­i­on (art. 27, al. 4 et 5, LPD).

Actu­el­le­ment, il n’est pas enco­re pos­si­ble de savoir quel­les solu­ti­ons les par­ties choi­si­ront fina­le­ment. Par con­sé­quent, cel­les-ci ne peu­vent pas être éva­luées. On ne sait notam­ment pas enco­re si les par­ties opte­ront pour une for­me réduite du code CIM-10, c’est-à-dire pour un code qui ne con­ti­ent pas plus de posi­ti­ons que cel­les dont les assur­eurs ont nor­ma­le­ment beso­in. Le délé­gué à la pro­tec­tion des don­nées et l’ad­mi­ni­stra­ti­on sui­vent la que­sti­on et veil­le­ront à ce que la solu­ti­on choi­sie garan­tis­se la pro­tec­tion des don­nées. L’uti­li­sa­ti­on d’un code de dia­gno­stic en soi n’est pas con­te­stée en rela­ti­on avec le Tar­Med, car c’est la meil­leu­re façon de mett­re en œuvre la trans­pa­rence des coûts obte­nue grâ­ce à la struc­tu­re tarifai­re uni­for­me. Enfin, il va de soi que rien ne s’op­po­se à la trans­mis­si­on de don­nées anony­mi­sées par un code de dia­gno­stic détail­lé à des fins sta­ti­sti­ques (cela se pra­tique déjà dans le sec­teur hospitalier).

5. les avis et les réser­ves du Pré­po­sé fédé­ral à la pro­tec­tion des don­nées ain­si que des orga­ni­sa­ti­ons de pati­ents et de con­som­ma­teurs sont pris en comp­te dans les réfle­xi­ons sur la trans­mis­si­on de don­nées médi­cal­es aux assur­eurs. Le pré­po­sé à la pro­tec­tion des don­nées est régu­liè­re­ment con­sul­té et, en cas d’é­ven­tu­el­les modi­fi­ca­ti­ons de la loi ou de l’or­don­nan­ce, les orga­ni­sa­ti­ons inté­res­sées sont éga­le­ment entendues.