Ven­te à emporter (AI)
  • L’au­to­ri­té de con­trô­le irlan­dai­se a con­sta­té que Face­book ne pou­vait pas invo­quer l’ar­tic­le 6, para­gra­phe 1, point b) du RGPD pour la publi­ci­té per­son­na­li­sée et qu’il n’e­xi­stait donc pas de base juridique.
  • Face­book man­que de trans­pa­rence : des infor­ma­ti­ons insuf­fi­san­tes et non liées sur les caté­go­ries de don­nées, les fina­li­tés et les bases juri­di­ques ont con­duit à une amen­de de 210 mil­li­ons d’euros.

L’au­to­ri­té irlan­dai­se de con­trô­le de la pro­tec­tion des don­nées, la Com­mis­si­on, a publié le 31 décembre 2022 son rap­port de 188 pages sur la pro­tec­tion des don­nées. Décis­i­on con­cer­nant Face­book ain­si que leur 196 pages Décis­i­on con­cer­nant Insta­gram (voir les Com­mu­ni­qué de pres­se de la Com­mis­si­on). Face­book et Meta y sont con­dam­nés à des amen­des de 210 mil­li­ons d’eu­ros (affai­re Face­book) et de 180 mil­li­ons d’eu­ros (Insta­gram). Le 12 jan­vier 2023, le juge­ment de 112 pages a été ren­du. Décis­i­on con­cer­nant Whats­App Les décis­i­ons ne sont pas enco­re défi­ni­ti­ves à not­re connaissance.

Dans tous les cas, il s’a­gis­sait avant tout de Base juri­di­que des acti­vi­tés de pro­s­pec­tion com­mer­cia­le à carac­tère per­son­nel et pour obte­nir des infor­ma­ti­ons sur la base juri­di­que appli­ca­ble. Le con­te­nu des décis­i­ons ou les con­sidé­ra­ti­ons qu’el­les con­ti­en­nent sont simi­lai­res, rai­son pour laquel­le les com­men­tai­res sui­vants se limi­tent à la décis­i­on Facebook.

Ils ont été pré­cé­dés cha­cun par décis­i­on con­traignan­te du Comi­té euro­pé­en de la pro­tec­tion des don­nées (CEPD)La décis­i­on de la CEPD a été pri­se sur la base de l’ar­tic­le 65(1)(a) du RGPD, par­ce que plu­sieurs auto­ri­tés euro­pé­en­nes s’é­tai­ent oppo­sées au pro­jet de décis­i­on de l’Ir­lan­de du 6 octobre 2021 et que les auto­ri­tés, y com­pris l’au­to­ri­té irlan­dai­se, n’é­tai­ent pas par­ve­nues à un accord. La décis­i­on de l’au­to­ri­té irlan­dai­se intèg­re désor­mais – par la force des cho­ses – la décis­i­on de l’ED­SA (qu’el­le cite à chaque fois en détail). Le dérou­le­ment de la pro­cé­du­re est résu­mé de maniè­re plus détail­lée dans la décis­i­on de l’an­ne­xe 1.

Le point de départ de la pro­cé­du­re con­cer­nant la décis­i­on de Face­book était une plain­te cont­re Face­book dépo­sée par une per­son­ne repré­sen­tée par noyb, reçue en Autri­che le 25 mai 2018. noyb a con­te­sté la décis­i­on de la Com­mis­si­on com­men­té de maniè­re cri­tique et s’é­tait mon­tré très agres­sif au cours de la pro­cé­du­re en général :

Pei­ne mini­ma­le pour vio­la­ti­on réel­le des droits de l’uti­li­sa­teur ? Un élé­ment plutôt cho­quant con­cer­ne l’am­pleur des amen­des. Alors que le CEPD deman­dait une amen­de “net­te­ment plus éle­vée”, la DPC a déci­dé des chif­fres finaux. Alors que la DPC a inf­li­gé une amen­de tota­le de 150 mil­li­ons d’eu­ros à Face­book pour des que­sti­ons de trans­pa­rence, la DPC a seu­le­ment inf­li­gé une amen­de de 60 mil­li­ons d’eu­ros à Meta pour son man­que de base léga­le pour le trai­te­ment de mil­li­ons de don­nées d’uti­li­sa­teurs euro­pé­ens pen­dant envi­ron cinq ans.

Max Schrems : “Appa­rem­ment, le DPC est plus pré­oc­cu­pé par le fait d’agresser les uti­li­sa­teurs de maniè­re trans­pa­ren­te que de ne pas les agresser du tout..“

Face­book a lui aus­si Décis­i­on com­men­téemais avec retenue.

Sur le fond, il s’a­gis­sait sur­tout de deux points qui Base juri­di­que pour les acti­vi­tés de trai­te­ment de Face­book ou de Meta, et si Face­book est cor­rec­te­ment infor­mé de la base juri­di­que appli­ca­ble infor­me avait.

Con­cer­nant la base juridique

Avec effet au 25 mai 2018 – date d’en­trée en vigueur du RGPD dans l’UE – Face­book avait adap­té les con­di­ti­ons d’uti­li­sa­ti­on pour ses uti­li­sa­teurs euro­pé­ens. Les con­di­ti­ons d’uti­li­sa­ti­on devai­ent être accep­tées pour con­tin­uer à uti­li­ser Face­book, et des con­sen­te­ments étai­ent en out­re deman­dés pour cer­ta­ins trai­te­ments. Dans ce con­tex­te, le liti­ge por­tait prin­ci­pa­le­ment sur la que­sti­on de savoir si la base juri­di­que de la néces­si­té con­trac­tu­el­le (artic­le 6, para­gra­phe 1, point b) du RGPD) était appli­ca­ble ou si un con­sen­te­ment aurait été nécessaire.

La posi­ti­on de l’autorité

L’au­to­ri­té irlan­dai­se esti­me que Face­book n’a­vait pas invo­qué le con­sen­te­ment et n’a­vait pas à le fai­re, car le con­sen­te­ment n’est pas une base juri­di­que d’ord­re supé­ri­eurIl ne s’a­git pas d’un trai­te­ment de don­nées à carac­tère per­son­nel, mais d’un trai­te­ment sur lequel le responsable du trai­te­ment est lib­re de choi­sir la base sur laquel­le il sou­hai­te fon­der son traitement :

[…] il est important de souli­gner que le GDPR n’é­ta­blit pas une for­me de hié­rar­chie des bases léga­les pou­vant être uti­li­sées pour le trai­te­ment des don­nées personnelles

On ne peut pas non plus affirm­er que l’ac­cep­t­ati­on d’un cont­rat vaut tou­jours con­sen­te­ment (aux trai­te­ments qui y sont liés), et le fait que les con­di­ti­ons con­trac­tu­el­les fas­sent réfé­rence à une décla­ra­ti­on de pro­tec­tion des don­nées n’a pas non plus eu pour effet de rend­re cel­le-ci par­tie inté­gran­te du contrat :

A mon avis, l’ac­cep­t­ati­on en que­sti­on n’est pas un acte de con­sen­te­ment mais, en ses ter­mes, con­sti­tue une accep­t­ati­on de, ou un accord sur, un cont­rat, c’est-à-dire les con­di­ti­ons de service.

En l’e­spè­ce, il s’a­gis­sait donc d’ex­ami­ner si Face­book pou­vait invo­quer l’ar­tic­le 6, para­gra­phe 1, point b), du RGPD (néces­si­té con­trac­tu­el­le). Dans un pre­mier temps, l’au­to­ri­té irlan­dai­se n’est pas habi­li­tée à éva­luer la vali­di­té du cont­rat:

Lorsque le GDPR fait réfé­rence à un cont­rat, la Com­mis­si­on ne peut pas déter­mi­ner plus géné­ra­le­ment l’in­ter­pré­ta­ti­on et la vali­di­té d’un tel cont­rat aux fins de la loi. La Com­mis­si­on n’est pas plus habi­li­tée à le fai­re par la loi qu’el­le ne le serait à décla­rer que le trai­te­ment fon­dé sur le respect d’u­ne obli­ga­ti­on léga­le en ver­tu de l’ar­tic­le 6(1)(c) du GDPR est illé­gal sim­ple­ment par­ce qu’un plaignant ferait valoir que l’ob­li­ga­ti­on léga­le à laquel­le il se réfè­re est incon­sti­tu­ti­on­nel­le dans son pays.

Dans cet­te affai­re, la que­sti­on était de savoir si Objet du cont­rat éga­le­ment des ser­vices per­son­na­li­sés et les trai­te­ments qui y sont liés étai­ent légiti­més en con­sé­quence. L’AESD s’est pro­non­cée sur l’ar­tic­le 6, para­gra­phe 1, point b), du RGPD dans des lignes direc­tri­ces cor­re­spond­an­tes (“Lignes direc­tri­ces 2/2019 sur le trai­te­ment des don­nées à carac­tère per­son­nel en ver­tu de l’ar­tic­le 6(1)(b) du RGPD dans le cad­re de la four­ni­tu­re de ser­vices en ligne aux per­son­nes con­cer­nées par les don­nées„).

Ce qui était con­te­sté ici – et sur la base de ces lignes direc­tri­ces rest­ric­ti­ves – c’é­tait ce qui ent­re en ligne de comp­te com­me pre­sta­ti­on con­trac­tu­el­leLe plaignant a fait valoir la liber­té d’ex­pres­si­on. Face­book a invo­qué, ent­re aut­res, la liber­té con­trac­tu­el­le, tan­dis que le plaignant a esti­mé que seul un trai­te­ment très limi­té était néces­saire au contrat.

L’au­to­ri­té de sur­veil­lan­ce a esti­mé d’u­ne part que tout ce qui figu­re dans un cont­rat n’est pas néces­saire au cont­rat, mais qu’en même temps, il faut s’at­tendre à une Examen du con­crè­tes Cont­rat et non une éva­lua­ti­on abstrai­te de la nécessité :

Con­for­mé­ment aux lignes direc­tri­ces du CEPD, le trai­te­ment en que­sti­on doit être plus que le simp­le trai­te­ment de don­nées à carac­tère per­son­nel men­ti­onné dans les ter­mes du cont­rat. Il doit plutôt être néces­saire à la réa­li­sa­ti­on des objec­tifs clai­re­ment énon­cés et com­pris, ou “cœur” du cont­rat. Tou­te­fois, les “fonc­tions essen­ti­el­les” ne peu­vent pas être con­sidé­rées iso­lé­ment du sens de “per­for­mance”, du sens de “néces­si­té” tel que défi­ni ci-des­sus, et du con­te­nu du cont­rat spé­ci­fi­que en que­sti­on. La que­sti­on est donc la sui­van­te non pas ce qui est néces­saire pour rem­plir les objec­tifs d’ ”un réseau social” au sens géné­ral, mais ce qui est néces­saire pour rem­plir les fonc­tions essen­ti­el­les du cont­rat en que­sti­on ent­re Face­book et les uti­li­sa­teurs de Face­book. Afin d’ef­fec­tuer cet­te éva­lua­ti­on, il est donc néces­saire de con­sidé­rer le cont­rat en lui-même.

Sur la base de ce cont­rat con­cret, il faut ensuite déter­mi­ner ce que le Objec­tif prin­ci­pal (“the core func­tion”). Ici, l’au­to­ri­té irlan­dai­se recon­naît que la publi­ci­té per­son­na­li­sée est au cœur du cont­rat et de son fon­de­ment com­mer­cial, ce qui devait être clair pour les utilisateurs :

En appli­quant les prin­cipes énon­cés ci-des­sus aux cir­con­stances par­ti­cu­liè­res de cet­te affai­re, il me sem­ble que le cœur du modè­le de Face­book, en par­ti­cu­lier dans les cir­con­stances où les uti­li­sa­teurs ne pai­ent pas pour le ser­vice, est un modè­le de publi­ci­té. Le CEPD a bien enten­du pré­cisé que le trai­te­ment ne pou­vait être con­sidé­ré com­me lici­te au tit­re de l’ar­tic­le 6, para­gra­phe 1, point b), du GDPR “sim­ple­ment par­ce que le trai­te­ment est néces­saire au modè­le d’entre­pri­se du responsable du trai­te­ment”. Tou­te­fois, le cœur du ser­vice, tel que défi­ni dans le cont­rat spé­ci­fi­que con­clu avec le sujet des don­nées dans ce cas, com­prend clai­re­ment (et sem­ble être fon­dé sur) les élé­ments sui­vants four­ni­tu­re de publi­ci­tés per­son­na­li­sées. […] […] cet­te publi­ci­té sem­ble donc fai­re par­tie de la sub­stance et de l’ob­jet fon­da­men­tal du cont­rat. C’est, en fait, l’é­lé­ment cen­tral de la tran­sac­tion com­mer­cia­le ent­re Face­book et les uti­li­sa­teurs de Face­book.. Il s’en­su­it qu’il s’a­git d’un élé­ment com­mer­cia­le­ment essen­tiel du contrat.

La posi­ti­on diver­gen­te de l’EDSA

L’au­to­ri­té irlan­dai­se avait défen­du les argu­ments ci-des­sus dans son pro­jet de décis­i­on. Sans sur­pri­se, l’ED­SA n’é­tait pas du même avis :

  • Les auto­ri­tés de sur­veil­lan­ce ont mis en place une pou­voir impli­ci­te d’ex­ami­ner la vali­di­té d’un cont­rat à tit­re pré­ju­di­ciel;
  • la néces­si­té d’un trai­te­ment pour un cont­rat est un ter­me à inter­pré­ter de maniè­re auto­no­me du RGPD, qui ne peut pas con­tour­ner la pro­tec­tion du RGPD et de la Char­te de l’UE ;
  • la publi­ci­té per­son­na­li­sée n’est pas néces­saire pour l’ac­cord ent­re Face­book et les uti­li­sa­teurs. Cela se voit notam­ment au fait que l’uti­li­sa­teur n’ob­ti­ent pas de droit con­trac­tuel à une tel­le publi­ci­té. En out­re, cela irait à l’en­cont­re du droit d’op­po­si­ti­on au pro­fi­la­ge pré­vu par l’ar­tic­le 21(2) du RGPD ;
  • il serait éga­le­ment con­trai­re aux atten­tes des uti­li­sa­teurs:

    la CEPD trouve qu’il est extrê­me­ment dif­fi­ci­le d’af­firm­er qu’un uti­li­sa­teur moy­en peut plei­ne­ment le com­prend­re, être con­sci­ent de ses con­sé­quen­ces et de son impact sur ses droits à la vie pri­vée et à la pro­tec­tion des don­nées, et s’at­tendre rai­sonnablem­ent à ce qu’il se fon­de uni­quement sur les con­di­ti­ons de ser­vice de Facebook

  • il faut aus­si tenir comp­te de la Pou­voir de mar­ché de Facebook :

    le CEPD con­sidè­re que la posi­ti­on domi­nan­te de Face­book joue éga­le­ment un rôle important dans l’éva­lua­ti­on de l’at­ta­che­ment de Meta IE à l’ar­tic­le 6(1)(b) du RGPD pour son ser­vice Face­book et ses ris­ques pour les per­son­nes con­cer­nées par les don­nées, comp­te tenu notam­ment de la maniè­re défi­ci­en­te dont Meta IE infor­me les uti­li­sa­teurs de Face­book des don­nées qu’el­le doit stric­te­ment trai­ter pour four­nir le service.

  • si l’on auto­ri­sait ici l’in­vo­ca­ti­on de l’ar­tic­le 6, para­gra­phe 1, point a) du RGPD, il s’a­gi­rait d’u­ne pen­te glis­san­te:

    Ce pré­cé­dent pour­rait encou­ra­ger d’aut­res opé­ra­teurs éco­no­mi­ques à uti­li­ser la base léga­le de l’ar­tic­le 6, para­gra­phe 1, point b), du GDPR pour tous leurs trai­te­ments de don­nées à carac­tère personnel.

    Au final, Face­book pour­rait pour la publi­ci­té per­son­na­li­sée ne se fon­de pas sur la base juri­di­que de la néces­si­té du cont­rat a été nommé :

le CEPD déci­de que Meta IE a eu recours de maniè­re inap­pro­priée à l’ar­tic­le 6(1)(b) du RGPD pour trai­ter les don­nées per­son­nel­les du plaignant dans le cad­re des con­di­ti­ons de ser­vice de Face­book et qu’il n’e­xi­ste donc pas de base léga­le pour trai­ter ces don­nées à des fins de publi­ci­té comportementale.

L’au­to­ri­té irlan­dai­se n’a donc eu d’aut­re choix que de con­stater la même cho­se dans son ordonnance :

Je trouve que Face­book n’a­vait pas le droit de se fon­der sur l’ar­tic­le 6(1)(b) du GDPR pour trai­ter les don­nées per­son­nel­les du plaignant à des fins de publi­ci­té com­porte­men­ta­le dans le cad­re des con­di­ti­ons de ser­vice de Facebook.

Pour infor­ma­ti­on, ent­re aut­res, sur la base juri­di­que applicable

La que­sti­on qui se posait ici était notam­ment de savoir quel­le était l’é­ten­due de l’ob­li­ga­ti­on d’in­for­ma­ti­on sur ce point et, en par­ti­cu­lier, si le responsable devait infor­mer, quel­les don­nées, à quel­les fins et sur quel­le base juri­di­que sont trai­tées ou si un tel lien n’est pas obligatoire.

L’au­to­ri­té répond par l’affirmative :

Tou­te­fois, ce que l’ar­tic­le 13 exi­ge clai­re­ment, c’est que le pur­po­ses et légal bases doit être spé­ci­fié dans le cad­re du trai­te­ment pré­vu. Les objec­tifs et les bases juri­di­ques ne peu­vent pas être sim­ple­ment cités dans l’abs­trait et dét­a­chés du trai­te­ment des don­nées per­son­nel­les qu’ils concernent.
[…] Pre­miè­re­ment, l’ab­sence de tout niveau de spé­ci­fi­ci­té quant à ce que le con­trô­leur de don­nées fait avec les don­nées, et plus fon­da­men­ta­le­ment quant aux don­nées qu’il trai­te, ren­drait les infor­ma­ti­ons sur les fina­li­tés de ce trai­te­ment non spé­ci­fié pres­que inu­tiles pour un sujet de données.
[…] il dev­rait y avoir un un lien clair ent­re la catégorie/les caté­go­ries de don­nées spé­ci­fi­ées, le(s) but(s) de l’opération/des opé­ra­ti­ons spécifiée(s) et la base juri­di­que sont uti­li­sés pour sou­te­nir la ou les opé­ra­ti­ons spécifiées.

Face­book infor­mait les uti­li­sa­teurs, à la date per­ti­nen­te, par une décla­ra­ti­on géné­ra­le dans la poli­tique de con­fi­den­tia­li­té qui des liens vers d’aut­res infor­ma­ti­ons en plu­sieurs étapes – au final, d’u­ne maniè­re qui n’é­tait pas com­pré­hen­si­ble pour l’utilisateur :

Si l’uti­li­sa­teur sou­hai­te en savoir plus, il doit con­sul­ter les Con­di­ti­ons d’uti­li­sa­ti­on et éga­le­ment les sec­tions de la Poli­tique de con­fi­den­tia­li­té aux­quel­les il est invi­té à se réfé­rer. Une fois que tou­tes les infor­ma­ti­ons dis­po­ni­bles ont été con­sul­tées, il devi­ent évi­dent que les tex­tes four­nis sont des varia­ti­ons les uns des aut­res, en ce sens qu’ils ré-itèrent les buts et objec­tifs de Face­book dans la mise en œuvre du trai­te­ment des don­nées (par exemp­le, per­son­na­li­sa­ti­on, com­mu­ni­ca­ti­on, ana­ly­se, amé­lio­ra­ti­on des pro­duits, etc.) plutôt que de les déve­lo­p­per ou de four­nir des infor­ma­ti­ons con­cer­nant les opé­ra­ti­ons de trai­te­ment. Cet­te appro­che man­que de clar­té et de con­cis­i­on, et rend dif­fi­ci­le l’ac­cès de l’uti­li­sa­teur à des infor­ma­ti­ons per­ti­nen­tes en ce qui con­cer­ne les opé­ra­ti­ons de trai­te­ment qui seront fon­dées sur l’ar­tic­le 6(1)(b) du GDPR ou sur d’aut­res bases légales.

Au final, Face­book n’au­rait pas four­ni suf­fi­sam­ment d’in­for­ma­ti­ons. Le pro­blè­me était sur­tout qu’u­ne Le lien était man­quant ent­re les ser­vices et les objec­tifs et les opé­ra­ti­ons de traitement :

Ce n’est pas que la pré­sence de varia­ti­ons de la même infor­ma­ti­on dans plu­sieurs docu­ments soit en soi non con­for­me, mais plutôt qu’el­le ne l’est pas lorsque, dans la pra­tique, elle ent­raî­ne des décla­ra­ti­ons sur les ser­vices et les objec­tifs qui ne sont pas liés à des opé­ra­ti­ons de trai­te­ment spé­ci­fi­ques et qui ne four­nis­sent pas d’in­for­ma­ti­ons per­ti­nen­tes au sujet des don­nées sur les que­sti­ons fon­da­men­ta­les iden­ti­fi­ées à l’ar­tic­le 13 du GDPR.
[…] Mett­re sim­ple­ment, il impos­si­ble d’i­den­ti­fier les opé­ra­ti­ons de trai­te­ment qui seront effec­tuées afin de réa­li­ser les objec­tifs qui sont répé­tées tout au long des docu­ments et la base léga­le de tel­les opé­ra­ti­ons. En l’ab­sence de tel­les infor­ma­ti­ons, l’uti­li­sa­teur est left to guess what pro­ce­s­sing is per­for­med on which datasur les bases léga­les spé­ci­fi­ées, afin d’att­eind­re ces objec­tifs. Pour les rai­sons expo­sées ci-des­sus con­cer­nant l’in­ter­pré­ta­ti­on cor­rec­te de l’ar­tic­le 13(1)(c) du GDPR, ces infor­ma­ti­ons sont insuffisantes.

Le site Répé­ti­ti­on d’in­for­ma­ti­ons n’est pas inad­mis­si­ble en soi, mais elle peut com­porter des risques :

La maniè­re dont l’in­for­ma­ti­on a été répar­tie sur plu­sieurs sec­tions et a été pré­sen­tée dans un tex­te rédi­gé de maniè­re simi­lai­re (et avec des hyper­li­ens) signi­fie qu’un uti­li­sa­teur pour­rait faci­le­ment pas­ser out­re tout nou­vel élé­ment dis­po­ni­ble dans le tex­te lié.

Sur le prin­ci­pe d’équité

Dans sa décis­i­on con­traignan­te, l’ED­SA avait esti­mé, ent­re aut­res et en ter­mes clairs, que Face­book avait éga­le­ment vio­lé le prin­ci­pe d’é­qui­té (artic­le 5, para­gra­phe 1, point a) du RGPD) :

Le CEPD note que, dans ce cas par­ti­cu­lier, le breach of Meta IE’s trans­pa­ren­cy obli­ga­ti­ons is of such gra­vi­ty qu’il affec­te clai­re­ment les atten­tes rai­sonn­ables des uti­li­sa­teurs de Face­book en les lais­sant per­ple­xes sur le fait de savoir si cli­quer sur le bou­ton “Accep­ter” abou­tit à don­ner leur con­sen­te­ment au trai­te­ment de leurs don­nées per­son­nel­les. Le CEPD note à cet égard que l’un des élé­ments de la con­for­mi­té au prin­ci­pe d’é­qui­té est d’é­vi­ter la trom­pe­rie, c’est-à-dire de four­nir des infor­ma­ti­ons “de maniè­re objec­ti­ve et neu­tre, en évi­tant tout lan­ga­ge ou design trom­peur ou manipulateur”.
[…] La com­bi­nai­son de fac­teurs, tels que l’a­sy­m­é­trie des infor­ma­ti­ons cré­ées par Meta IE à l’é­gard des uti­li­sa­teurs de ser­vices Face­book, com­bi­née à la situa­ti­on de “à prend­re ou à lais­ser” à laquel­le ils sont con­fron­tés en rai­son de l’ab­sence de ser­vices alter­na­tifs sur le mar­ché et de l’ab­sence d’op­ti­ons leur per­met­tant d’a­ju­ster ou d’op­ter pour un trai­te­ment par­ti­cu­lier dans le cad­re du cont­rat avec Meta IE, désa­van­ta­ge sys­té­ma­ti­quement les uti­li­sa­teurs du ser­vice Face­book, limi­te leur con­trô­le sur le trai­te­ment de leurs don­nées per­son­nel­les et com­pro­met l’e­xer­ci­ce de leurs droits en ver­tu du cha­pit­re III du GDPR.

L’au­to­ri­té irlan­dai­se – puis­que la décis­i­on de l’ED­SA est con­traignan­te – ne pou­vait que con­firm­er, on a l’im­pres­si­on, cont­re cœur.

Décis­i­on et mon­tant de l’amende

Cor­rec­tion des défauts et délai

En con­sé­quence, l’au­to­ri­té a ordon­né à Face­book de remé­dier à ces man­quements, avec une Délai de trois moisque Face­book avait qua­li­fié de trop fai­ble. Le fait que Face­book soit une gran­de ent­re­pri­se a éga­le­ment joué un rôle déter­mi­nant, ce qui n’a pas per­mis de gagner du temps, mais d’en perdre :

Face­book est un gran­de orga­ni­sa­ti­on mul­ti­na­tio­na­le dis­po­sant d’im­portan­tes res­sour­ces finan­ciè­res, tech­no­lo­gi­ques et humain­es à sa dis­po­si­ti­on. En out­re, la péri­ode intéri­ma­i­re pré­cé­dant une tel­le rec­ti­fi­ca­ti­on du man­que actuel d’in­for­ma­ti­ons four­nies aux per­son­nes con­cer­nées impli­quera une pri­va­ti­on gra­ve et con­ti­n­ue de leurs droits (com­me indi­qué à la sec­tion 9 ci-des­sous). En out­re, la Com­mis­si­on a four­ni une ana­ly­se spé­ci­fi­que à Face­book con­cer­nant l’in­ter­pré­ta­ti­on cor­rec­te des dis­po­si­ti­ons en que­sti­on et les infor­ma­ti­ons requi­ses qui sont absen­tes des docu­ments d’uti­li­sa­teur per­tin­ents. Ce site la spé­ci­fi­ci­té dev­rait nier tout beso­in d’en­ga­ge­ment exten­sif avec la Com­mis­si­on pen­dant la péri­ode de mise en œuvre, et four­nit des éclair­cis­se­ments à Face­book sur l’ob­jec­tif de ses res­sour­ces très importan­tes qui dev­rai­ent être diri­gées pour se con­for­mer à cet ord­re. En tant que tel, je ne suis pas satis­fait qu’il serait impos­si­ble ou dis­pro­por­ti­onné de fai­re un ord­re en ces ter­mes, comp­te tenu de l’im­portance des droits des per­son­nes con­cer­nées, de la spé­ci­fi­ci­té de l’ord­re et des res­sour­ces de Facebook.

Un aut­re point était éga­le­ment que Face­book devait s’at­tendre à un tel résul­tat sur la base du pro­jet d’injonction.

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Dans son pro­jet de décis­i­on, l’au­to­ri­té avait pro­po­sé une amen­de tota­le de 28 à 36 mil­li­ons d’eu­ros. L’au­to­ri­té a fina­le­ment fixé le mon­tant de l’a­men­de à 210 mil­li­ons d’euros.

L’EDSA a défi­ni les fac­teurs sui­vants, le RGPD pré­voyant expres­sé­ment que pas de nume­rus clau­sus des fac­teurs pertinents :

  • le site Chif­fre d’af­fai­res total de l’en­sem­ble du grou­peLe fac­teur d’éva­lua­ti­on est la limi­te supé­ri­eu­re de l’a­men­de (cap) et le fac­teur d’évaluation :

    l’EDPB instruit l’IE SA de prend­re en comp­te le chif­fre d’af­fai­res total de tou­tes les enti­tés com­po­sant l’entre­pri­se uni­que, c’est-à-dire le chif­fre d’af­fai­res con­so­li­dé du grou­pe de socié­tés diri­gé par Meta Plat­forms, Inc.

  • le Nombre de per­son­nes con­cer­nées;
  • ceux avec les bles­su­res le béné­fice réa­li­sé (que l’ED­SA n’a pas pu déterminer) ;
  • le Tail­le de l’entre­pri­se en géné­ral, car l’a­men­de doit être effec­ti­ve­ment dissua­si­ve, non seu­le­ment pour Meta, mais aus­si pour tous ;
  • le effet dissua­sif de l’a­men­de, qui doit effec­ti­ve­ment rédui­re la pro­ba­bi­li­té d’u­ne réci­di­ve, et en l’e­spè­ce éga­le­ment au regard du fait que la publi­ci­té per­son­na­li­sée est au cœur du modè­le com­mer­cial de Facebook :

    En sup­port­ant le coût de la sanc­tion admi­ni­stra­ti­ve, l’entre­pri­se peut évi­ter de sup­port­er le coût de l’ad­ap­t­ati­on de son modè­le d’entre­pri­se à celui qui est con­for­me ain­si que tou­te per­te future qui résul­terait de cet­te adaptation.

  • de maniè­re géné­ra­le, les Gra­vi­té de la bles­su­reIl est éga­le­ment important de noter que la licéi­té du trai­te­ment est une exi­gence de base. En outre :

    La CEPD con­sidè­re que ces descrip­ti­ons géné­ra­les signalent par elles-mêmes les la com­ple­xi­té, l’é­chel­le mas­si­ve et l’in­tru­si­vi­té de la pra­tique de la publi­ci­té com­porte­men­ta­le que Meta IE effec­tue par le biais du ser­vice Face­book. Il s’a­git de faits per­tin­ents à con­sidé­rer pour éva­luer l’a­dé­qua­ti­on de l’ar­tic­le 6(1)(b) du RGPD en tant que base léga­le pour la publi­ci­té com­porte­men­ta­le et dans quel­le mesu­re les uti­li­sa­teurs rai­sonn­ables peu­vent com­prend­re et s’at­tendre à une publi­ci­té com­porte­men­ta­le lorsqu’ils accept­ent les con­di­ti­ons de ser­vice de Face­book et con­sidè­rent que cela est néces­saire pour que Meta IE pui­s­se four­nir ses services.

  • le Gra­vi­té de la fau­te. L’EDSA indi­que notam­ment qu’il y a tou­jours eu des signes que l’ar­tic­le 6, para­gra­phe 1, point b), du RGPD n’é­tait pas per­ti­nent et que l’in­frac­tion a donc été com­mi­se en con­nais­sance de cau­se, mais qu’il n’a pas été éta­b­li qu’el­le a éga­le­ment été com­mi­se volon­tai­re­ment, mais qu’il fallait cer­tai­ne­ment par­tir du prin­ci­pe qu’il y a eu nég­li­gence grave ;
  • le Gra­vi­té des con­sé­quen­ces pour les per­son­nes concernées :

    Le trai­te­ment de don­nées en que­sti­on – la publi­ci­té com­porte­men­ta­le – impli­que des décis­i­ons con­cer­nant les infor­ma­ti­ons que les per­son­nes con­cer­nées sont expo­sées ou exclues de la récep­ti­on. Le CEPD rap­pel­le que les dom­mages non maté­ri­els sont expli­ci­te­ment con­sidé­rés com­me per­tin­ents au tit­re du para­gra­phe 75 et que ces dom­mages peu­vent résul­ter de situa­tions “où les per­son­nes con­cer­nées pour­rai­ent être pri­vées de leurs droits et liber­tés ou empê­chées d’e­xer­cer un con­trô­le sur leurs don­nées à carac­tère per­son­nel”. Étant don­né la natu­re et la gra­vi­té de la vio­la­ti­on de l’ar­tic­le 6, para­gra­phe 1, du GDPR, un ris­que de pré­ju­di­ce causé aux per­son­nes con­cer­nées est, dans de tel­les cir­con­stances, con­sub­stan­tiel à la con­sta­ta­ti­on de la vio­la­ti­on elle-même”.

  • Dom­mages à la répu­ta­ti­onLes auto­ri­tés de pour­suite péna­le ont éga­le­ment pris des mesu­res pour rédui­re le mon­tant de l’a­men­de (même si ce n’est pas le cas en l’espèce) :

    En prin­ci­pe, le CEPD con­vi­ent que les coûts de répu­ta­ti­on pour­rai­ent être pris en comp­te dans une cer­taine mesu­re, si des argu­ments cré­di­bles sont avan­cés quant aux gra­ves pré­ju­di­ces qui en résulteraient.

  • que le prin­ci­pe d’é­qui­té avait éga­le­ment été vio­lé, c’est-à-dire qu’il n’é­tait pas pos­si­ble d’ac­cor­der aux per­son­nes juri­di­quement plus lar­ges le droit de par­ti­ci­per à la pro­cé­du­re. Objet de la vio­la­ti­on;
  • le cas échéant, un Avan­ta­ge con­cur­ren­tiel résul­tant de la vio­la­ti­on:

    En prin­ci­pe, le CEPD con­vi­ent que un avan­ta­ge con­cur­ren­tiel pour­rait être un fac­teur aggra­vant si l’af­fai­re four­nit des infor­ma­ti­ons objec­ti­ves selon les­quel­les cela a été obte­nu à la suite de la vio­la­ti­on du GDPR. Dans le cas pré­sent, le CEPD con­sidè­re qu’il ne dis­po­se pas d’in­for­ma­ti­ons suf­fi­sam­ment pré­cis­es pour éva­luer l’e­xi­stence d’un avan­ta­ge con­cur­ren­tiel résul­tant de l’infraction.

En revan­che, il n’y a pas lieu de prend­re en comp­te (en prin­ci­pe) les élé­ments sui­vants mesu­res d’at­té­nua­ti­on de Face­book – le réta­blis­se­ment de la con­for­mi­té ne comp­te pas com­me une cir­con­stance atténuante.

Sur cet­te base – et en s’ap­pu­yant sur d’aut­res fac­teurs com­me la durée de la bles­su­re – la Com­mis­si­on inf­li­ge une amen­de de 210 mil­li­ons d’eu­ros. La vio­la­ti­on était gra­ve, la fau­te était éga­le­ment gra­ve et le trai­te­ment por­tait sur une lar­ge base de données :

Ayant pris en comp­te les sou­mis­si­ons fina­les, je reste d’a­vis que la vio­la­ti­on de l’ar­tic­le 6, para­gra­phe 1, du GDPR se situe dans la fourchet­te supé­ri­eu­re de l’é­chel­le, en ter­mes de gra­vi­té, aux fins de l’éva­lua­ti­on du critère de l’ar­tic­le 83, para­gra­phe 2, point a).
[…] 6 Com­me indi­qué ci-des­sus, le CEPD a esti­mé que l’in­frac­tion à l’ar­tic­le 6, para­gra­phe 1, était “gra­ve­ment fau­ti­ve”. Dans ces cir­con­stances, j’ai pro­po­sé de con­sidé­rer ce fac­teur com­me un fac­teur aggra­vant de poids significatif.
[…] Comp­te tenu de la natu­re de la publi­ci­té com­porte­men­ta­le, il sem­ble indis­cuta­ble que le trai­te­ment d’un lar­ge éven­tail de don­nées à carac­tère per­son­nel est néces­saire pour att­eind­re les objec­tifs de la publi­ci­té com­porte­men­ta­le. Dans ces cir­con­stances, j’ai pro­po­sé de con­sidé­rer qu’il s’a­gis­sait d’un fac­teur aggra­vant d’im­portance modérée.