Ven­te à emporter (AI)
  • Le Con­seil fédé­ral veut exclu­re les don­nées per­son­nel­les des per­son­nes mora­les de la LPD révi­sée afin de faci­li­ter les éch­an­ges de don­nées transfrontaliers.
  • L’ex­cep­ti­on cor­re­spond à la pra­tique du Con­seil de l’Europe/de l’UE et la majo­ri­té des spé­cia­li­stes inter­ro­gés sou­ti­en­nent la renon­cia­ti­on à la pro­tec­tion des per­son­nes morales.
  • Con­sé­quen­ces juri­di­ques : La pro­tec­tion des per­son­nes mora­les peut être suf­fi­sam­ment garan­tie par d’aut­res lois (droit pénal, droit de la con­cur­rence déloya­le, droit procédural).
  • Il n’y a pas lieu de s’at­tendre à des ris­ques gra­ves, tels que ceux visés par l’art. 6, al. 1, LPD, lors de la trans­mis­si­on de don­nées per­son­nel­les de natu­re juridique.

Le droit sui­s­se actuel de la pro­tec­tion des don­nées cou­vre éga­le­ment les don­nées qui se rap­portent à des per­son­nes mora­les iden­ti­fi­ées ou iden­ti­fi­a­bles (art. 3, let. a et b LPD) – une anoma­lie au sein de l’Eu­ro­pe qui soulè­ve des que­sti­ons en cas de com­mu­ni­ca­ti­on trans­fron­ta­liè­re de don­nées (notam­ment cel­le de savoir si un accord de trans­fert de don­nées doit être con­clu en cas de trans­fert de don­nées con­cer­nant des per­son­nes mora­les vers un État offrant par ail­leurs une pro­tec­tion adé­qua­te et si les clau­ses con­trac­tu­el­les types de l’UE doi­vent être éten­dues aux don­nées des per­son­nes mora­les ; cf. Expli­ca­ti­ons du PFPDT sur la trans­mis­si­on de don­nées per­son­nel­les selon la LPD révi­sée, avril 2011).

Le site “Con­cept de nor­mes”, le rap­port du grou­pe d’ac­com­pa­gne­ment de la révi­si­on de la LPD du 29 novembre 2014Le grou­pe de tra­vail “Pro­tec­tion des don­nées” s’é­tait enco­re pro­non­cé en faveur d’u­ne pro­tec­tion des per­son­nes mora­les dans la LPD révi­sée. Une mino­ri­té du grou­pe d’ac­com­pa­gne­ment était tou­te­fois déjà d’a­vis à l’é­po­que que les per­son­nes mora­les ne devai­ent pas être con­sidé­rées com­me des sujets de données.

Dans son Répon­se d’août 2016 à la moti­on Béglé (16.3379) : Pro­mou­voir la Sui­s­se en tant que cof­f­re-fort vir­tuel uni­ver­sel de don­nées le Con­seil fédé­ral a tou­te­fois pré­cisé qu’il sou­hai­tait exclu­re les per­son­nes mora­les du champ d’ap­pli­ca­ti­on maté­ri­el de la LPD révi­sée. Il a pré­cisé ce qui suit : 

Le Con­seil fédé­ral esti­me qu’il est important de tenir comp­te de l’é­tat du droit de la pro­tec­tion des don­nées dans le cad­re du Con­seil de l’Eu­ro­pe et de l’U­ni­on euro­pé­en­ne. C’est pour­quoi il est pré­vu de renon­cer à la pro­tec­tion des don­nées per­son­nel­les des per­son­nes mora­les. Cela per­met d’a­mé­lio­rer la cir­cula­ti­on trans­fron­ta­liè­re des don­nées, car la com­mu­ni­ca­ti­on de don­nées de per­son­nes mora­les à l’étran­ger n’est plus liée à la con­di­ti­on qu’u­ne pro­tec­tion des don­nées appro­priée soit garan­tie dans le pays de desti­na­ti­on (art. 6 LPD). La majo­ri­té des spé­cia­li­stes inter­ro­gés dans le cad­re de l’ana­ly­se d’im­pact de la révi­si­on de la loi sur la pro­tec­tion des don­nées se sont éga­le­ment pro­non­cés en faveur de l’a­ban­don de la pro­tec­tion des don­nées per­son­nel­les des per­son­nes mora­les. La por­tée pra­tique de cet­te pro­tec­tion pré­vue à l’ar­tic­le 2, ali­néa 1, et à l’ar­tic­le 3, lett­re b, LPD est d’ail­leurs limitée. […]

Il faut donc par­tir du prin­ci­pe que l’a­vant-pro­jet de révi­si­on de la LPD, atten­du ces jours-ci, entend renon­cer à une tel­le protection.

Une tel­le modi­fi­ca­ti­on serait cer­tes dis­cuta­ble sur le plan con­cep­tuel dans la mesu­re où, selon l’ar­tic­le 53 du code civil, les per­son­nes mora­les “sont capa­bles de tous les droits et obli­ga­ti­ons qui n’ont pas pour con­di­ti­on néces­saire les qua­li­tés natu­rel­les de l’êt­re humain, tel­les que le sexe, l’â­ge ou la paren­té”. Sur le fond – c’est-à-dire au regard des con­sé­quen­ces juri­di­ques – il est tou­te­fois juste de ne pas pro­té­ger les per­son­nes mora­les par le biais de la LPD :

  • La pro­tec­tion dans d’aut­res domain­es juri­di­ques, par exemp­le le droit pénal, le droit de la con­cur­rence déloya­le et le droit de pro­cé­du­re, est suf­fi­san­te, aus­si bien en Sui­s­se qu’à l’étran­ger après une divul­ga­ti­on à l’étranger.
  • Lors de la créa­ti­on de l’ar­tic­le 6, ali­néa 1 LPD, on avait en vue des dan­gers sérieux, par exemp­le la pro­tec­tion cont­re la trans­mis­si­on de don­nées à des régimes d’in­ju­sti­ce. Un tel dan­ger “gra­ve” ne peut pas être envi­sa­gé dans le cas de la trans­mis­si­on de don­nées de per­son­nes morales.
  • De même, les États qui respec­tent la Con­ven­ti­on 108 du Con­seil de l’Eu­ro­pe doi­vent en prin­ci­pe par­tir du prin­ci­pe que le niveau de pro­tec­tion est adéquat.
  • Enfin, lors du trai­te­ment élec­tro­ni­que des don­nées, un responsable ne fera géné­ra­le­ment pas de dif­fé­rence ent­re les don­nées per­son­nel­les et les aut­res don­nées, sauf s’il s’a­git de deman­des de rens­eig­ne­ments ou de rectification.