Ven­te à emporter (AI)
  • Le §17 révi­sé auto­ri­se le trai­te­ment de don­nées per­son­nel­les par­ti­cu­liè­res par des four­nis­seurs tiers si les cen­tres de don­nées sont situés en Suisse/dans un État adé­quat ou si des mesu­res de pro­tec­tion appro­priées sont en place.
  • Les auto­ri­tés doi­vent prend­re des mesu­res tech­ni­ques, orga­ni­sa­ti­on­nel­les et con­trac­tu­el­les afin de rédui­re au mini­mum l’ac­cès des États étrangers.
  • La loi crée une base juri­di­que expli­ci­te pour les appli­ca­ti­ons basées sur le cloud dans les postes de tra­vail numé­ri­ques des auto­ri­tés et met l’ac­cent sur la sécu­ri­té juri­di­que plutôt que sur des pre­scrip­ti­ons tech­no­lo­gi­ques détaillées.

Le can­ton de Zurich avait orga­ni­sé une con­sul­ta­ti­on sur la “loi sur les ser­vices numé­ri­ques de base” (voir ici). Ent­re aut­res points, le § 17, dans la ver­si­on pro­po­sée à l’é­po­que, pré­voyait que les infor­ma­ti­ons devai­ent en prin­ci­pe être stockées en Sui­s­se ou dans l’UE et que, pour les don­nées per­son­nel­les par­ti­cu­liè­res ou les don­nées con­fi­den­ti­el­les ou secrè­tes, un cryp­ta­ge était néces­saire, rendant impos­si­ble tout accès sans la par­ti­ci­pa­ti­on de l’or­ga­ne public, y com­pris pour le four­nis­seur de cloud – ce qui aurait enco­re per­mis, pour l’e­s­sen­tiel, des ser­vices d’hébergement.

Ce point a d’ail­leurs fait l’ob­jet de vives cri­ti­ques lors de la con­sul­ta­ti­on, qui sont résu­mées com­me suit dans le rap­port du Con­seil d’État :

La pro­po­si­ti­on de régle­men­ta­ti­on rela­ti­ve à l’uti­li­sa­ti­on d’ap­pli­ca­ti­ons basées sur le cloud dans le cad­re de postes de tra­vail numé­ri­ques a fait l’ob­jet de con­tro­ver­ses lors de la con­sul­ta­ti­on. La majo­ri­té des par­ti­ci­pan­ts à la con­sul­ta­ti­on a deman­dé une l’ad­ap­t­ati­on des con­di­ti­ons ou la renon­cia­ti­on sur cet­te dis­po­si­ti­on. Le rap­port avec la loi sur l’in­for­ma­ti­on et la pro­tec­tion des don­nées du 12 février 2007 (LDI, LS 170.4) et avec la loi sur l’ex­ter­na­li­sa­ti­on des ser­vices infor­ma­ti­ques a été abor­dé de maniè­re isolée. […]

Le Con­seil d’É­tat zurichois a main­tenant pré­sen­té au Grand Con­seil – le 18 sep­tembre 2024 – un pro­jet de loi sur l’é­ga­li­té des chan­ces. remett­re une ver­si­on modi­fi­ée du pro­jet. Dans la nou­vel­le ver­si­on le § 17 se lit com­me suit :

§ 17. 1 Le trai­te­ment de Don­nées per­son­nel­les et don­nées per­son­nel­les par­ti­cu­liè­res dans les appli­ca­ti­ons des postes de tra­vail numé­ri­ques des auto­ri­tés publi­ques peut être trans­fé­rée à des tiers si

a. dont les cen­tres de cal­cul se trou­vent en Sui­s­se ou dans un Etat offrant une pro­tec­tion adé­qua­te des don­nées, et

b. sur la base des mesu­res tech­ni­ques, orga­ni­sa­ti­on­nel­les et con­trac­tu­el­les pri­ses il n’y a aucu­ne rai­son de pen­serqu’un État étran­ger pui­s­se avoir accès aux don­nées accé­de­ra.

2 Pour le reste, les dis­po­si­ti­ons de la loi sur l’in­for­ma­ti­on et la pro­tec­tion des don­nées du 12 février 2007* sont applicables.

Cela cor­re­spond pour l’e­s­sen­tiel aux § 36 sur le site Pro­jet de révi­si­on de la LDI de Zurich. La com­mu­ni­ca­ti­on de don­nées per­son­nel­les à l’étran­ger est donc auto­ri­sée – en plus des aut­res con­di­ti­ons du trai­te­ment des don­nées – lorsque

b. si une pro­tec­tion adé­qua­te est garan­tie dans l’É­tat desti­na­tai­re pour le trai­te­ment des don­nées, ou

c. [l’in­sti­tu­ti­on publi­que] a con­ve­nu de mesu­res de sécu­ri­té appro­priées avec les destinataires.

En out­re, les con­di­ti­ons pré­vues à l’ar­tic­le 17, para­gra­phe 1, lett­re b, lett­re ne s’ap­pli­quent pas en plus, mais en alter­na­ti­ve à la lett­re a, c’est-à-dire en tant que fait géné­ra­teur de l’au­to­ri­sa­ti­on, lorsque les cen­tres de cal­cul se trou­vent en dehors d’u­ne zone béné­fi­ci­ant d’u­ne pro­tec­tion adé­qua­te. Cela dev­rait en règ­le géné­ra­le néces­si­ter la con­clu­si­on de la Clau­ses con­trac­tu­el­les types et la mise en œuvre d’un Éva­lua­ti­on de l’im­pact du trans­fert qui éva­lue ces clau­ses, les aut­res TOM et le ris­que rési­du­el de For­eign Lawful Access.

Cet­te modi­fi­ca­ti­on est une bon­ne nou­vel­le non seu­le­ment pour les four­nis­seurs de cloud, mais aus­si et sur­tout pour les orga­nes publics, qui serai­ent sinon exclus de fac­to de l’uti­li­sa­ti­on de tous les ser­vices aut­res que de stocka­ge (dans les appli­ca­ti­ons des postes de tra­vail numé­ri­ques). Il aurait sim­ple­ment fal­lu sou­hai­ter que le § 17 ne par­le pas seu­le­ment des don­nées per­son­nel­les par­ti­cu­liè­res, mais aus­si des secrets particuliers.

Le rap­port du Con­seil d’E­tat dit à ce sujet

En com­plé­ment de ces régle­men­ta­ti­ons exi­stan­tes, la loi sur les ser­vices élec­tro­ni­ques de base doit régle­men­ter l’ex­ter­na­li­sa­ti­on dans le cas d’ap­pli­ca­ti­on spé­ci­fi­que d’ap­pli­ca­ti­ons basées sur le cloud dans les postes de tra­vail numé­ri­ques des auto­ri­tés. Celui-ci peut être attri­bué aux ser­vices de base en tant que ser­vice de base prin­ci­pa­le­ment inter­ne à l’ad­mi­ni­stra­ti­on et est suf­fi­sam­ment con­cré­ti­sé ou con­cré­tisable sur le plan tech­ni­que pour être acce­s­si­ble à une réglementation.

D’aut­res deman­des con­cer­nent le niveau nor­ma­tif de la régle­men­ta­ti­on. Il est notam­ment fait réfé­rence à des exper­ti­ses juri­di­ques et à des avis de droit selon les­quels des bases léga­les (au sens for­mel) ne sont pas néces­saires. Or, pour autant que l’on pui­s­se en juger, ces exper­ti­ses citées dans la con­sul­ta­ti­on ne trai­tent pas, ou seu­le­ment de maniè­re rudi­men­tai­re, de la que­sti­on de savoir dans quel­les con­di­ti­ons une exter­na­li­sa­ti­on vers un nuage d’u­ne ent­re­pri­se étran­gè­re est auto­ri­sée – du point de vue des droits fon­da­men­taux, c’est-à-dire en tenant comp­te éga­le­ment du cad­re du droit con­sti­tu­ti­on­nel et du droit international.

Pour des rai­sons de droit public et de droits fon­da­men­taux, il est renon­cé à une dis­po­si­ti­on. Le site base léga­le à cré­er doit con­tri­buer à la sécu­ri­té juri­di­que dans un domaine où les que­sti­ons juri­di­ques restent ouver­tes, com­me les évo­lu­ti­ons tech­no­lo­gi­ques dyna­mi­ques. Ain­si, la loi sur les ser­vices élec­tro­ni­ques de base doit notam­ment ser­vir à four­nir aux com­mu­nes une base juri­di­que (à pré­cis­er) pour l’uti­li­sa­ti­on d’ap­pli­ca­ti­ons basées sur le cloud dans les postes de tra­vail numé­ri­ques des auto­ri­tés. Cet­te dis­po­si­ti­on a été adop­tée au vu des avis expri­més lors de la con­sul­ta­ti­on. Réser­ves quant à l’ap­pli­ca­bi­li­té dans la pra­tique révi­sées. Les con­di­ti­ons doi­vent tenir comp­te de maniè­re appro­priée de la réa­li­té du tra­vail et lais­ser autant de place que pos­si­ble aux déve­lo­p­pe­ments tech­no­lo­gi­ques. Les exi­gen­ces en matiè­re de pro­tec­tion des don­nées et de sécu­ri­té de l’in­for­ma­ti­on doi­vent être pri­ses en comp­te de maniè­re équi­li­brée et dans l’in­té­rêt public d’u­ne admi­ni­stra­ti­on effi­cace et moderne.

Il faut par­tir du prin­ci­pe que les mesu­res tech­ni­ques qui aug­men­tent notam­ment la sécu­ri­té des don­nées et de l’in­for­ma­ti­on con­tin­ue­ront à être déve­lo­p­pées et dépen­dront en fin de comp­te de l’off­re des four­nis­seurs d’ap­pli­ca­ti­ons choi­sis dans les postes de tra­vail numé­ri­ques des auto­ri­tés. Par con­sé­quent de ne pas pré­voir, déjà au niveau de la loi for­mel­le, une d’im­po­ser une mesu­re tech­no­lo­gi­que par­ti­cu­liè­re (cryp­ta­ge avec sou­ve­rai­ne­té des clés par l’or­ga­ne public). L’au­to­ri­té est responsable de garan­tir, par des mesu­res tech­ni­ques, orga­ni­sa­ti­on­nel­les et con­trac­tu­el­les que le ris­que d’ac­cès aux don­nées par un État étran­ger soit réduit au mini­mum sera.

Dans le tex­te de loi, on renon­ce à la noti­on de “basé sur le cloud”, car il s’a­git d’u­ne noti­on enco­re (trop) floue. La qua­li­fi­ca­ti­on du “cloud com­pu­ting” est juri­di­quement déter­mi­nan­te com­me for­me le trai­te­ment des don­nées par des tiers. L’ob­jet de la dis­po­si­ti­on de la loi sur les ser­vices élec­tro­ni­ques de base se limi­te au trai­te­ment des don­nées dans le cad­re des appli­ca­ti­ons dans les espaces de tra­vail numé­ri­ques des autorités.