Ven­te à emporter (AI)
  • Une deman­de de dom­mages-inté­rêts moraux en ver­tu de l’ar­tic­le 82 du RGPD exi­ge la preuve d’un pré­ju­di­ce con­cret ; une simp­le vio­la­ti­on de la pro­tec­tion des don­nées ne suf­fit pas.
  • Le con­sidé­rant 146/85 élar­git la noti­on de dom­mage ; les vio­la­ti­ons de la pro­tec­tion des don­nées peu­vent avoir des con­sé­quen­ces phy­si­ques, maté­ri­el­les ou imma­té­ri­el­les, tel­les que le vol d’i­den­ti­té ou l’att­ein­te à la réputation.
  • Tou­te infrac­tion au RGPD n’en­traî­ne pas auto­ma­ti­quement une obli­ga­ti­on de com­pen­sa­ti­on ; il faut une att­ein­te con­crè­te à la per­son­na­li­té, par exemp­le par une mise à nu.

Le 4 sep­tembre 2020, le tri­bu­nal de gran­de instance de Ham­bourg s’est pro­non­cé, ent­re aut­res, sur une deman­de de répa­ra­ti­on d’un pré­ju­di­ce moral (Juge­ment 324 S 9/19). Le con­tex­te était une coll­ec­te de don­nées via un for­mu­lai­re de pri­se de ren­dez-vous sur un site web. Le tri­bu­nal de gran­de instance de Ham­bourg a reje­té une deman­de de dom­mages-inté­rêts moraux par­ce que l’e­xi­stence d’un tel pré­ju­di­ce n’a­vait pas été prou­vée (voir déjà à ce sujet ici):

2) La requé­ran­te n’a pas non plus le droit de réclamer au défen­deur des dom­mages-inté­rêts pour pré­ju­di­ce moral (“Schmer­zens­geld”) au tit­re de l’ar­tic­le 82 du RGPD ou de tout aut­re aspect juri­di­que. L’oc­troi d’un droit à répa­ra­ti­on requiert la sur­ven­an­ce d’un pré­ju­di­ce. La requé­ran­te n’a pas démon­tré l’e­xi­stence d’un tel pré­ju­di­ce et il n’est pas évi­dent qu’il exi­ste. La seu­le vio­la­ti­on de la légis­la­ti­on sur la pro­tec­tion des don­nées n’en­traî­ne pas l’ob­li­ga­ti­on pour le responsable de payer des dom­mages-inté­rêts (ain­si que le LG Karls­ru­he, juge­ment du 2.8.2019 – 8 O 26/19 = ZD 2019, 511). La con­di­ti­on d’u­ne deman­de de dom­mages et inté­rêts au tit­re de l’ar­tic­le 82, para­gra­phe 1, du RGPD, qui s’ap­pli­que direc­te­ment en droit natio­nal et n’ex­clut pas d’aut­res motifs de deman­de (Nemitz, in : Ehmann/Selmayr, DS-GVO, 2e édi­ti­on, artic­le 82, point 7), est une vio­la­ti­on du RGPD et un pré­ju­di­ce causé par cel­le-ci, ce qu’un deman­deur doit expo­ser et prou­ver (LG Karls­ru­he, op. cit.).

33 Selon le con­sidé­rant 146, le La noti­on de dom­mage doit être inter­pré­tée de maniè­re lar­geafin que les per­son­nes con­cer­nées obti­en­nent une répa­ra­ti­on effec­ti­ve. Le con­sidé­rant 85 indi­que qu’u­ne vio­la­ti­on de la pro­tec­tion des don­nées à carac­tère per­son­nel peut ent­raî­ner un pré­ju­di­ce phy­si­que, maté­ri­el ou moral pour les per­son­nes phy­si­ques – tel que la per­te de con­trô­le sur leurs don­nées à carac­tère per­son­nel ou la limi­ta­ti­on de leurs droits, la dis­cri­mi­na­ti­on, le vol ou la frau­de d’i­den­ti­té, des per­tes finan­ciè­res, la sup­pres­si­on non auto­ri­sée de la pseud­ony­mi­sa­ti­on ou l’att­ein­te à la répu­ta­ti­on – si une répon­se appro­priée n’est pas appor­tée en temps utile.

34 Il n’est donc pas néces­saire de por­ter une att­ein­te gra­ve au droit de la per­son­na­li­té pour fai­re valoir un pré­ju­di­ce moral (Gola/Piltz, DS-GVO, 2e édi­ti­on, art. 82, point 13). Néan­mo­ins, tou­te vio­la­ti­on du RGPD ne don­ne pas lieu à une obli­ga­ti­on de com­pen­sa­ti­on.En effet, l’ob­li­ga­ti­on d’in­dem­ni­s­er un pré­ju­di­ce moral doit être com­pen­sée par une att­ein­te à la per­son­na­li­té iden­ti­fia­ble et réel­le, qui peut par exemp­le con­si­ster en une “expo­si­ti­on” liée à une mise à dis­po­si­ti­on illi­ci­te de don­nées (LG Karls­ru­he, op. cit.).