Ven­te à emporter (AI)
  • Le 14 juil­let 2016, la Cour d’ap­pel amé­ri­cai­ne a tran­ché en faveur de Micro­soft cont­re le gou­ver­ne­ment américain.
  • Les dis­po­si­ti­ons rela­ti­ves aux war­rants du Stored Com­mu­ni­ca­ti­ons Act (SCA) ne sont pas appli­ca­bles de maniè­re extraterritoriale.
  • La vie pri­vée des uti­li­sa­teurs est au cent­re des pré­oc­cu­pa­ti­ons du SCA ; l’ac­cès se fait là où le con­te­nu est stocké et saisi.
  • Un tri­bu­nal amé­ri­cain ne peut pas obli­ger Micro­soft à four­nir des e‑mails stockés exclu­si­ve­ment sur des ser­ve­urs situés en Irlande.

Aujour­d’hui, 14 juil­let 2016, la Cour d’ap­pel des États-Unis a sta­tué en appel en faveur de Micro­soft et cont­re le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain (Juge­ment en PDF). Le liti­ge por­tait essen­ti­el­le­ment sur la que­sti­on de savoir si Micro­soft est tenue de four­nir, en répon­se à un “war­rant” du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain, des don­nées (en l’oc­cur­rence des e‑mails d’un cli­ent) qui pour­rai­ent éven­tu­el­le­ment four­nir des infor­ma­ti­ons sur des actes punis­sa­bles (en l’oc­cur­rence le tra­fic de dro­gue), mais qui ne se trou­vent pas aux Etats-Unis, mais sur un ser­veur Micro­soft en Irlan­de. L’in­stance pré­cé­den­te avait obli­gé Micro­soft à four­nir éga­le­ment de tel­les données. 

Au cours de la pro­cé­du­re, Micro­soft a fait valoir sans être cont­re­di­te que les cour­ri­els sont tou­jours stockés sur des ser­ve­urs situés dans la région du cli­ent et que les copies inter­mé­di­ai­res sont ensuite effa­cées sur des ser­ve­urs situés aux États-Unis, de sor­te que les don­nées con­cer­nées ne sont ensuite acce­s­si­bles que sur place.

L’ar­rêt de la Cour d’ap­pel peut fai­re l’ob­jet d’un recours devant la Cour suprême.

La Court of Appeals a jugé l’af­fai­re com­me suit :

Les dis­po­si­ti­ons du SCA rela­ti­ves aux war­rants ne sont pas appli­ca­bles de maniè­re extraterritoriale.

La Court of Appeals a tout d’a­bord esti­mé que le Stored Com­mu­ni­ca­ti­ons Act (SCA) – qui est sans con­te­ste la base juri­di­que de l’ord­re d’é­di­ti­on du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain – ne pré­voit pas d’ap­pli­ca­ti­on extraterritoriale :

Com­me obser­vé ci-des­sus, le SCA auto­ri­se le gou­ver­ne­ment à exi­gent des pre­sta­tai­res de ser­vices qu’ils pro­dui­sent les con­te­nus de cer­tai­nes com­mu­ni­ca­ti­ons stockées en prio­ri­té “seu­le­ment en ver­tu d’un
war­rant déli­v­ré selon les pro­cé­du­res décri­tes dans le Fede­ral Rules of Criminal
Pro­cé­du­re (ou, dans le cas d’un tri­bu­nal d’É­tat, déli­v­ré au moy­en de pro­cé­du­res d’a­ler­te de l’É­tat) par un
court of com­pe­tent juris­dic­tion”. 18 U.S.C. § 2703(a), (b)(1)(a). Les dis­po­si­ti­ons de l’ar­tic­le 2703 qui auto­ri­sent la divul­ga­ti­on d’un four­nis­seur de ser­vices en répon­se à un man­dat d’ar­rêt obte­nu de bon­ne foi do
not men­ti­on any extra­ter­ri­to­ri­al appli­ca­ti­onet le gou­ver­ne­ment ne fait réfé­rence à aucu­ne dis­po­si­ti­on qui, même impli­ci­te­ment, allè­gue une tel­le appli­ca­ti­on. Aucu­ne défi­ni­ti­on per­ti­nen­te four­nie par l’un ou l’aut­re des tit­res I ou II de l’EC­PA, voir 18 U.S.C. §§ 2510, 2711, ne sug­gè­re que le Congrès
envi­sa­gé une quel­con­que uti­li­sa­ti­on extra­ter­ri­to­ria­le pour le statut.

Lorsque le Con­grès envi­sa­ge d’ap­pli­quer une loi de maniè­re extra­ter­ri­to­ria­le, il don­ne une “indi­ca­ti­on affir­ma­ti­ve” de cet­te intention. […] 

Le gou­ver­ne­ment affir­me que “[rien dans] le tex­te, la struc­tu­re, le but ou l’hi­stoire légis­la­ti­ve du SCA n’in­di­que que la pro­duc­tion obli­ga­toire d’en­re­gi­stre­ments est limi­tée à ceux qui ont été auto­ri­sés à le faire”.
stocké de maniè­re dome­stique”. Gov’t Br. à 26 (for­ma­ta­ge modi­fié et accen­tua­ti­on ajou­tée). Il souli­gne l’e­xi­gence impo­sée à un four­nis­seur de ser­vices de divul­guer les don­nées de ses clients,
et l’ab­sence de tou­te réfé­rence ter­ri­to­ria­le rest­reig­nant cet­te obli­ga­ti­on. Nous trou­vons cet argu­ment peu con­vain­cant : il main­ti­ent la pré­somp­ti­on cont­re l’ex­tra­ter­ri­to­ri­a­li­té sur son fondement.
head.

Par la suite, le tri­bu­nal men­ti­on­ne d’aut­res points qui plai­dent cont­re une appli­ca­ti­on extra­ter­ri­to­ria­le du SCA.

Il était ensuite important de fai­re la distinc­tion ent­re un war­rant – dont il était que­sti­on ici – et une sub­poe­na. Une sub­poe­na peut obli­ger une per­son­ne à édi­ter des docu­ments situés en dehors des Etats-Unis :

Nous reje­tons l’appro­che, sug­gé­rée par le gou­ver­ne­ment et approu­vée par la Cour de district, qui trai­terait l’a­ler­te SCA com­me l’é­qui­va­lent d’u­ne sub­poe­na. La Cour de district a carac­té­ri­sé un SCA war­rant as a “hybrid” bet­ween a tra­di­tio­nal war­rant and a sub­poe­na becau­se-gene­ral­ly unli­ke a war­rant-it is exe­cu­ted by a ser­vice pro­vi­der rather than a govern­ment law enforce­ment agent, and becau­se it does not requi­re the pre­sence of an agent during its exe­cu­ti­on. Id. à 471 ; 18 U.S.C. § 2703(a)-(c), (g). Com­me indi­qué pré­cé­dem­ment, la distinc­tion sub­poe­na-war­rant est importan­te ici car, con­trai­re­ment aux war­rants, les sub­poe­nas peu­vent néces­si­ter la pro­duc­tion de com­mu­ni­ca­ti­ons stockées à l’étranger. 

Le tri­bu­nal con­clut ain­si que les dis­po­si­ti­ons du SCA rela­ti­ves aux war­rants ne per­met­tent pas une appli­ca­ti­on extra­ter­ri­to­ria­le. La que­sti­on était donc de savoir s’il s’a­gis­sait d’u­ne tel­le appli­ca­ti­on dans le cas concret.

Forcer Micro­soft à four­nir des don­nées d’uti­li­sa­teurs en Irlan­de serait une appli­ca­ti­on extra­ter­ri­to­ria­le interdite

L’e­xi­stence d’u­ne appli­ca­ti­on extra­ter­ri­to­ria­le d’u­ne insti­tu­ti­on juri­di­que, le cas échéant réprou­vée, dépend de la que­sti­on de savoir si les réfé­ren­ces ter­ri­to­ria­les du cas con­cret se situ­ent dans le champ d’ap­pli­ca­ti­on de la loi concernée :

Si les cont­acts nati­on­aux présentés 
by the case fall within the “focus” of the sta­tu­to­ry pro­vi­si­on or are “the objects of the 
soli­ci­tu­de”, l’ap­pli­ca­ti­on de la dis­po­si­ti­on n’est pas illégale. 
extra-ter­ri­to­ri­a­li­té. Mor­ri­son, 561 U.S. at 267. Si les cont­acts nati­on­aux ne sont que de simples 
second­ai­re, cepen­dant, à la “foca­li­sa­ti­on” sta­tu­tai­re, puis l’ap­pli­ca­ti­on de la dis­po­si­ti­on à la 
case is extra­ter­ri­to­ri­al and precluded. 

La que­sti­on était donc de savoir quel était le point focal des dis­po­si­ti­ons rela­ti­ves aux war­rants du SCA (autre­ment dit, quel était l’ob­jec­tif prin­ci­pal du SCA). La Cour y répond com­me suit :


L’ef­fet glo­bal est l’in­car­na­ti­on d’u­ne atten­te de vie pri­vée chez ceux qui ne sont pas en cont­act avec le public. 
com­mu­ni­ca­ti­ons, sans comp­ter le rôle des four­nis­seurs de ser­vices dans leur transmission 
et de stocka­ge, et l’im­po­si­ti­on de rest­ric­tions pro­cé­du­ra­les sur les acti­vi­tés du gou­ver­ne­ment (et les 
aut­re tiers) à accé­der aux com­mu­ni­ca­ti­ons stockées en prio­ri­té.
 Les cir­con­stances en 
où les com­mu­ni­ca­ti­ons ont été stockées ser­vent de pro­xy pour l’in­ten­si­té de la 
de la vie pri­vée de l’uti­li­sa­teur, dic­tant la rigueur de la pro­tec­tion pro­cé­du­ra­le qu’elles 
recei­ve-in par­ti­cu­lar whe­ther the Act’s war­rant pro­vi­si­ons, sub­poe­na pro­vi­si­ons, or its 
§ 2703(d) court order pro­vi­si­ons govern a dis­clo­sure desi­red by the government. 
Par con­sé­quent, nous pen­so­ns qu’il est juste de con­clu­re, sur la base du sens lit­té­ral du tex­te, que the 
con­fi­den­tia­li­té des com­mu­ni­ca­ti­ons enre­gi­strées est “l’ob­jet[] de la soli­ci­tu­de du sta­tut,” et le 
focus de ses dis­po­si­ti­ons

Étant don­né que la vie pri­vée des uti­li­sa­teurs est au cœur de la SCA, il y aurait appli­ca­ti­on extra­ter­ri­to­ria­le des dis­po­si­ti­ons de war­rant de la SCA si Micro­soft était obli­gée de pro­dui­re des don­nées d’uti­li­sa­teurs depuis l’Irlande :

L’in­for­ma­ti­on recher­chée dans ce cas est le con­te­nu du fichier électronique 
com­mu­ni­ca­ti­ons d’un cli­ent Micro­soft. Le con­te­nu à sai­sir est stocké à Dublin. 
L’en­re­gi­stre­ment est silen­cieux en ce qui con­cer­ne la citoy­enne­té et le lieu de rési­dence du client. 
Bien que l’ac­cent mis par la loi sur la vie pri­vée des cli­ents pui­s­se sug­gé­rer que les 
lieu réel ou la citoy­enne­té serait important pour l’ana­ly­se de l’ex­tra­ter­ri­to­ri­a­li­té, il est 
not­re point de vue selon lequel l’in­va­si­on de la vie pri­vée du cli­ent a lieu sous le SCA où 
le con­te­nu pro­té­gé du cli­ent est acce­s­si­ble là où il est sai­si par Microsoft, 
agir en tant qu’­agent du gouvernement.

Becau­se the con­tent sub­ject to the War­rant is 
situé dans, et serait pré­le­vé sur, le cent­re de don­nées de Dub­lin, la con­duite qui tombe 
dans le cad­re de la SCA se pro­dui­rait en dehors des États-Unis, indé­pen­dam­ment de la 
l’em­pla­ce­ment du cli­ent et indé­pen­dam­ment du domic­i­le de Micro­soft aux États-Unis. 

Les con­sidé­ra­ti­ons pra­ti­ques selon les­quel­les un uti­li­sa­teur amé­ri­cain peut faci­le­ment obte­nir le stocka­ge de ses don­nées en Irlan­de et que la voie des accords d’en­trai­de judi­ciai­re (MLAT) est pesan­te n’ont rien chan­gé à ce résultat.

Résul­tat

Le tri­bu­nal résu­me lui-même le résul­tat de ses con­sidé­ra­ti­ons de la maniè­re suivante :

Nous con­cluons que le Con­grès n’a­vait pas l’in­ten­ti­on d’ap­pli­quer les dis­po­si­ti­ons de la SCA rela­ti­ves aux garanties 
de maniè­re extra­ter­ri­to­ria­le. L’ob­jec­tif de ces dis­po­si­ti­ons est la pro­tec­tion de la vie pri­vée de l’utilisateur. 
inté­rêts en jeu. Par con­sé­quent, la SCA n’au­to­ri­se pas un tri­bu­nal amé­ri­cain à déli­v­rer et à fai­re appli­quer une décis­i­on de justice. 
SCA war­rant against a United Sta­tes-based ser­vice pro­vi­der for the con­tents of a 
Les com­mu­ni­ca­ti­ons élec­tro­ni­ques du cli­ent sont stockées sur des ser­ve­urs situés en dehors des États-Unis. 
États. Dans ce cas, la garan­tie SCA ne peut être uti­li­sée léga­le­ment pour con­tra­ind­re Micro­soft à 
pro­dui­re au gou­ver­ne­ment le con­te­nu du comp­te e‑mail stocké par un client 
exclu­si­ve­ment en Irlan­de. Par­ce que Micro­soft s’est con­for­mée autre­ment au war­rant, elle 
n’a pas d’ob­li­ga­ti­on léga­le rési­du­el­le de pro­dui­re des maté­ri­aux pour le gouvernement.