Ven­te à emporter (AI)
  • Reje­té par le Con­seil fédé­ral : les four­nis­seurs ne dev­rai­ent pas être obli­gés de mett­re à dis­po­si­ti­on leurs pro­pres systè­mes de visua­li­sa­ti­on pour les nou­veaux protocoles.
  • Le ser­vice ÜPF se char­ge de la liv­rai­son et de la visua­li­sa­ti­on des don­nées ; le stocka­ge et l’éva­lua­ti­on chez les four­nis­seurs ne sont pas sou­hai­tés pour des rai­sons de pro­tec­tion des données.
  • Les FDA doi­vent finan­cer elles-mêmes l’in­fras­truc­tu­re de sur­veil­lan­ce ; la stan­dar­di­sati­on des nou­vel­les tech­no­lo­gies doit rédui­re les coûts de sur­veil­lan­ce, mais ne doit pas frei­ner l’innovation.

Moti­on Bart­hassat (10.4134) : Ser­vices de télé­com­mu­ni­ca­ti­on. Plus de sécu­ri­té grâ­ce à une meil­leu­re maîtri­se de la technique
Refusé (13.12.2012)

Tex­te soumis

Le Con­seil fédé­ral est char­gé d’é­la­bo­rer un pro­jet d’ac­te légis­la­tif afin d’ob­li­ger les four­nis­seurs de ser­vices de télé­com­mu­ni­ca­ti­on actifs au niveau natio­nal à pro­po­ser, avant même leur mise en ser­vice, pour chaque nou­veau pro­to­co­le, des systè­mes per­met­tant de visua­li­ser les don­nées trans­mi­ses notam­ment par Internet.

Justi­fi­ca­ti­on

La lut­te cont­re la cri­mi­na­li­té en Sui­s­se exi­ge que les aspects tech­ni­ques soi­ent maîtri­sés, sur­tout en ce qui con­cer­ne les sur­veil­lan­ces téléphoniques.

La mesu­re pro­po­sée vise à faci­li­ter le tra­vail des enquêteurs et donc l’ana­ly­se des flux de don­nées trans­mis par les four­nis­seurs de ser­vices de télé­com­mu­ni­ca­ti­on. Ceux-ci doi­vent être tenus de four­nir un sou­ti­en tech­ni­que aux auto­ri­tés de pour­suite péna­le. Il est tout à fait pos­si­ble d’e­xi­ger des ent­re­pri­ses con­ce­s­si­on­n­aires qu’el­les apportent une solu­ti­on tech­ni­que lors de la mise en ser­vice d’un nou­veau système de com­mu­ni­ca­ti­on, afin de pou­voir con­trô­ler à moind­re coût les don­nées trans­mi­ses à l’ai­de de leurs systè­mes. Les four­nis­seurs, qui réa­li­sent des béné­fices con­sidé­ra­bles grâ­ce aux con­ce­s­si­ons, ont le devoir de pro­mou­voir la maîtri­se de la tech­ni­que qu’ils uti­li­sent et met­tent à la dis­po­si­ti­on des citoyens.

Cet­te solu­ti­on ser­vi­rait l’en­sem­ble des auto­ri­tés de pour­suite péna­le tout en amé­lio­rant la sécu­ri­té des citoy­ens. Nul­le part ail­leurs qu’en Sui­s­se, le coût des inter­cep­ti­ons télé­pho­ni­ques par la poli­ce n’est aus­si éle­vé. Il est en out­re pos­si­ble, bien que très com­pli­qué et coûteux, de sur­veil­ler les con­ver­sa­ti­ons télé­pho­ni­ques trans­mi­ses par Inter­net (par exemp­le dans les systè­mes qui per­met­tent de chat­ter). Les coûts qui y sont liés font que de nombreux juges d’ins­truc­tion et pro­cur­eurs renon­cent à de tel­les sur­veil­lan­ces dans le cad­re de leurs enquêtes, ce qui les rend plus dif­fi­ci­les ou les fait échouer.

Avis du Con­seil fédéral

L’au­teur de la moti­on deman­de que les four­nis­seurs de ser­vices de télé­com­mu­ni­ca­ti­on (FST) soi­ent tenus de mett­re à dis­po­si­ti­on des systè­mes de visua­li­sa­ti­on des don­nées à trans­mett­re dès l’in­tro­duc­tion de nou­veaux ser­vices de télé­com­mu­ni­ca­ti­on. Cela dev­rait notam­ment per­mett­re de rédui­re les coûts de surveillance.

Pour les types de sur­veil­lan­ce régis par l’or­don­nan­ce du 31 octobre 2001 sur la sur­veil­lan­ce de la cor­re­spond­ance par poste et télé­com­mu­ni­ca­ti­on (OSCPT, RS 780.11), les FST ont l’ob­li­ga­ti­on de mett­re en œuvre les direc­ti­ves tech­ni­ques fixées par le Ser­vice de sur­veil­lan­ce de la cor­re­spond­ance par poste et télé­com­mu­ni­ca­ti­on (SSCPT) et de four­nir en con­sé­quence des copies des don­nées de télé­com­mu­ni­ca­ti­on au ser­vice SSCPT. Pour les mesu­res de sur­veil­lan­ce ordon­nées et approu­vées par le tri­bu­nal des mesu­res de con­train­te com­pé­tent con­cer­nant de nou­veaux ser­vices de télé­com­mu­ni­ca­ti­on qui ne sont pas enco­re spé­ci­fi­quement régle­men­tés, le ser­vice ÜPF déter­mi­ne la mise en œuvre tech­ni­que au cas par cas (mesu­re de sur­veil­lan­ce dite spé­cia­le). Dans la pra­tique, il uti­li­se à cet effet ses pro­pres tech­no­lo­gies de sur­veil­lan­ce. En ver­tu de l’art. 15 de la loi fédé­ra­le du 6 octobre 2000 sur la sur­veil­lan­ce de la cor­re­spond­ance par poste et télé­com­mu­ni­ca­ti­on (LSCPT, RS 780.1) et des art. 18 et 26 OSCPT, les FST sont d’o­res et déjà tenus de coopé­rer et doi­vent être en mesu­re d’ef­fec­tuer des sur­veil­lan­ces, c’est-à-dire d’é­va­cuer les don­nées cor­re­spond­an­tes, dès le début de l’ex­plo­ita­ti­on d’un nou­veau ser­vice de télé­com­mu­ni­ca­ti­on par le cli­ent. La récep­ti­on et le trai­te­ment sont effec­tués par le ser­vice OCPT.

Les systè­mes de visua­li­sa­ti­on néces­saires à l’ana­ly­se des don­nées four­nies par les FDA doi­vent être implé­men­tés sur le système de trai­te­ment exploi­té par le ser­vice OVF. L’ana­ly­se des don­nées four­nies par les FDA ne dev­rait pas être pri­se en char­ge par les FDA pri­vés, car il s’a­git d’u­ne tâche extrê­me­ment déli­ca­te en matiè­re de répres­si­on. L’É­tat per­drait trop le con­trô­le des don­nées coll­ec­tées, car cel­les-ci dev­rai­ent être stockées et trai­tées de maniè­re inten­si­ve par les FST pour être visua­li­sées. Cela ne serait pas justi­fia­ble, notam­ment pour des rai­sons de pro­tec­tion des don­nées. L’a­vant-pro­jet de révi­si­on de la LSCPT pré­voit en out­re une obli­ga­ti­on pour les FST de four­nir à tout moment au ser­vice OST, sur deman­de, des infor­ma­ti­ons détail­lées sur les nou­vel­les tech­no­lo­gies et les ser­vices de télé­com­mu­ni­ca­ti­on. Cela sert à garan­tir la pos­si­bi­li­té de sur­veil­lan­ce et est suf­fi­sant du point de vue actuel. Si l’on obli­ge­ait les 700 à 800 four­nis­seurs à cré­er leurs pro­pres systè­mes de visua­li­sa­ti­on, cela con­dui­rait à une quan­ti­té ingé­ra­ble de systè­mes de visua­li­sa­ti­on dif­fér­ents. Cela ne con­vi­en­drait pas aux auto­ri­tés de pour­suite péna­le et au ser­vice ÜPF.

Fai­re dépend­re l’au­to­ri­sa­ti­on com­mer­cia­le de nou­veaux ser­vices de télé­com­mu­ni­ca­ti­on de la réus­si­te de la mise en œuvre et des tests des systè­mes de visua­li­sa­ti­on spé­ci­fi­ques à la FDA frei­nerait con­sidé­ra­blem­ent l’ac­ti­vi­té d’in­no­va­ti­on. En effet, il fau­drait d’a­bord éta­b­lir les régle­men­ta­ti­ons tech­ni­ques détail­lées cor­re­spond­an­tes et les tester à un coût rela­ti­ve­ment éle­vé. En out­re, l’off­re de ser­vices de télé­com­mu­ni­ca­ti­on n’est pas sou­mi­se à con­ce­s­si­on. Des con­ce­s­si­ons sont tou­te­fois pre­scri­tes pour le ser­vice uni­ver­sel (art. 14 à 19b de la loi du 30 avril 1997 sur les télé­com­mu­ni­ca­ti­ons, LTC, RS 784.10, et art. 12 à 26 de l’or­don­nan­ce du 9 mars 2007 sur les ser­vices de télé­com­mu­ni­ca­ti­on, OST, RS 784.101.1) et pour l’uti­li­sa­ti­on du spect­re des fré­quen­ces radio (art. 22 à 27 LTC, art. 15 à 48 de l’or­don­nan­ce du 9 mars 2007 sur la gesti­on des fré­quen­ces et les con­ce­s­si­ons de radio­com­mu­ni­ca­ti­on, OGC, RS 784.102.1). La limi­ta­ti­on aux FST sou­mis à con­ce­s­si­on ne se justi­fie pas du point de vue de la surveillance.

De maniè­re géné­ra­le, en ce qui con­cer­ne les coûts de sur­veil­lan­ce, il faut tenir comp­te du fait qu’en Sui­s­se, les FST sont tenus d’ac­quérir et de mett­re en œuvre à leurs frais les équi­pe­ments néces­saires aux sur­veil­lan­ces. En con­t­re­par­tie, ils sont indem­ni­sés pour les mesu­res de sur­veil­lan­ce con­crè­tes. D’aut­re part, il faut ici fai­re la distinc­tion ent­re les sur­veil­lan­ces stan­dard et les mesu­res de sur­veil­lan­ce spé­cia­les. Plus le nombre de sur­veil­lan­ces réa­li­sées en tant que cas stan­dard est éle­vé, plus les chan­ces de réa­li­ser les objec­tifs d’é­co­no­mie qui y sont liés sont gran­des. Il est pré­vu ici de régle­men­ter les nou­vel­les tech­no­lo­gies tel­les qu’In­ter­net et le chat en tant que mesu­res stan­dard et de per­mett­re ain­si une extra­c­tion uni­for­me et éco­no­mi­que des don­nées issues des mesu­res de surveillance.

Con­clu­si­on : les FDA doi­vent four­nir les don­nées de sur­veil­lan­ce au ser­vice ÜPF et sup­p­ri­mer les cryp­ta­ges qu’ils ont mis en place. Les équi­pe­ments néces­saires à la liv­rai­son des don­nées doi­vent être ache­tés et mis en œuvre par les FST eux-mêmes, à leurs pro­pres frais. Le ser­vice ÜPF exploi­te un système de trai­te­ment et procè­de à la visua­li­sa­ti­on des don­nées à liv­rer. Trans­fé­rer cet­te obli­ga­ti­on aux FDA revi­en­drait à reti­rer à l’É­tat le con­trô­le des don­nées coll­ec­tées, ce qui n’est pas défen­da­ble du point de vue de la pro­tec­tion des données.

Con­seil natio­nal Ses­si­on d’hi­ver 2012, 13.12.12