Ven­te à emporter (AI)
  • Cré­er un cent­re de compétences/réseau pour con­seil­ler les pou­voirs publics, pro­mou­voir l’IA d’in­té­rêt géné­ral et sur­veil­ler les évo­lu­ti­ons technologiques.
  • Déve­lo­p­per l’in­fras­truc­tu­re numé­ri­que et la puis­sance de cal­cul et pro­mou­voir la recher­che, les tests et les for­ma­ti­ons pour rédui­re la dépen­dance étrangère.
  • La Con­fé­dé­ra­ti­on ren­voie aux orga­nes exi­stants (CNAI, Pla­te­for­me Tri­par­ti­te, cen­tres uni­ver­si­taires) et éva­lue les adap­t­ati­ons insti­tu­ti­on­nel­les pos­si­bles d’i­ci 2024.

Moti­on Ben­da­han (23.3849) : Cré­er un cent­re ou un réseau de com­pé­ten­ces en intel­li­gence arti­fi­ci­el­le en Suisse

Tex­te soumis

Le Con­seil fédé­ral est char­gé Mesu­res pour la créa­ti­on d’un cent­re de com­pé­ten­ces pour les nou­vel­les tech­no­lo­gies et en par­ti­cu­lier pour l’in­tel­li­gence arti­fi­ci­el­le (IA) en Sui­s­se. Ce cent­re doit notam­ment con­tri­buer à la réa­li­sa­ti­on des objec­tifs suivants :

  • La Sui­s­se dis­po­se d’un cent­re de com­pé­ten­ces qui peut con­seil­ler les auto­ri­tés et éven­tu­el­le­ment le sec­teur privé ;
  • La Sui­s­se dis­po­se de la puis­sance de cal­cul et de l’in­fras­truc­tu­re néces­saires au déve­lo­p­pe­ment, aux tests et à la recher­che autour de l’IA ;
  • La Sui­s­se dis­po­se d’ou­tils et peut mett­re à dis­po­si­ti­on des outils qui per­met­tent de gérer l’in­tel­li­gence arti­fi­ci­el­le, par exemp­le en iden­ti­fi­ant les ris­ques, en les pré­venant ou en con­tri­buant à mieux les comprendre ;
  • La Sui­s­se sur­veil­le en per­ma­nence l’é­vo­lu­ti­on de la situa­ti­on afin d’é­vi­ter de réa­gir trop tard en matiè­re de régle­men­ta­ti­on et de développement ;
  • L’IA est encou­ra­gée dans l’in­té­rêt du bien com­mun et de la popu­la­ti­on, et l’on évi­te que ces tech­no­lo­gies ne se déve­lo­p­pent au détri­ment de la gran­de majo­ri­té de la population.

La créa­ti­on d’un tel cent­re peut se fai­re de dif­fé­ren­tes maniè­res, par exemp­le en :

  • le bud­get des uni­ver­si­tés soit indexé sur l’in­fla­ti­on, ce qui leur per­met d’all­ouer des res­sour­ces au déve­lo­p­pe­ment ou à la con­tri­bu­ti­on d’un tel centre ;
  • en jouant un rôle de faci­li­ta­teur dans le déve­lo­p­pe­ment d’un tel cent­re, en met­tant à dis­po­si­ti­on des res­sour­ces et en créant des cont­rats de ser­vice public pour ce centre ;
  • un mar­ché public soit défi­ni et mis au con­cours, garan­tis­sant que l’IA pui­s­se se déve­lo­p­per en Sui­s­se, mais qu’el­le pro­fi­te à tous et soit la plus trans­pa­ren­te possible ;
  • finan­cer ou cofi­nan­cer le déve­lo­p­pe­ment de la puis­sance de cal­cul qui peut être mise à dis­po­si­ti­on ; cet aspect est en effet fon­da­men­tal pour la recher­che, les tests et les déploie­ments dans le domaine de l’IA ;
  • pro­mou­voir des for­ma­ti­ons qui per­met­tent à la Sui­s­se de se posi­ti­on­ner com­me lea­der dans ce domaine.

Justi­fi­ca­ti­on

Les tech­no­lo­gies évo­lu­ent très rapi­de­ment, ce qui n’est pas tou­jours com­pa­ti­ble avec une cer­taine iner­tie du système poli­tique. Cela peut avoir pour con­sé­quence que le système juri­di­que ne sui­ve plus l’é­vo­lu­ti­on. La Sui­s­se dev­rait jouer un rôle de pionnier en matiè­re de nou­vel­les tech­no­lo­gies, tout en gar­dant tou­jours l’in­té­rêt de la socié­té au cent­re de ses pré­oc­cu­pa­ti­ons. La Sui­s­se dev­rait donc être un pays où l’on encou­ra­ge le déve­lo­p­pe­ment des tech­no­lo­gies tout en veil­lant à ce que ces tech­no­lo­gies pro­fi­tent à l’hu­ma­ni­té, au lieu de ser­vir uni­quement les inté­rêts de quel­ques per­son­nes ou ent­re­pri­ses et d’af­fai­blir mas­si­ve­ment d’aut­res personnes.

Un cent­re de com­pé­ten­ces per­met­trait à la Sui­s­se de jouer un rôle de pionnier et de sur­veil­ler en per­ma­nence l’é­vo­lu­ti­on des tech­no­lo­gies, notam­ment dans le domaine de l’IA. Un tel cent­re pour­rait aider les respons­ables poli­ti­ques à réa­gir rapi­de­ment et con­tri­buer­ait à la trans­pa­rence des tech­no­lo­gies de l’IA. Cela per­met­trait de limi­ter les ris­ques et d’ac­quérir ou de déve­lo­p­per des outils qui aug­m­en­ter­ai­ent la valeur de ces tech­no­lo­gies pour la population.

Les com­pé­ten­ces sont déjà très pré­sen­tes en Sui­s­se, mais l’im­pul­si­on poli­tique et les moy­ens man­quent. Si les uni­ver­si­tés et d’aut­res acteurs étai­ent encou­ra­gés à déve­lo­p­per un tel cent­re, des syn­er­gies pour­rai­ent être cré­ées avec le sec­teur pri­vé, ce qui posi­ti­on­ner­ait not­re pays com­me lea­der dans le domaine de l’IA, dans l’in­té­rêt du bien com­mun, et cré­erait un envi­ron­ne­ment favorable aux entreprises.

La Sui­s­se man­que cruel­le­ment de res­sour­ces, c’est-à-dire d’in­fras­truc­tures numé­ri­ques dis­po­ni­bles, en par­ti­cu­lier de puis­sance de cal­cul dis­po­ni­ble, pour per­mett­re aux insti­tu­ti­ons et aux par­ten­aires de fai­re de la recher­che, de déve­lo­p­per, de tester et d’app­rend­re dans le domaine de l’IA. Il serait très important d’aug­men­ter ces capa­ci­tés de maniè­re sub­stan­ti­el­le afin de ne pas être trop dépen­dant de l’étranger.

Avis du Con­seil fédé­ral du 30.8.2023

L’IA soulè­ve des que­sti­ons dans les domain­es les plus divers de not­re socié­té et de not­re éco­no­mie, les effets de l’IA dépen­dant for­te­ment du con­tex­te. Dans ce con­tex­te, un cent­re de com­pé­tence uni­que qui serait responsable de tous les aspects tech­ni­ques, juri­di­ques et socié­taux de l’IA au niveau sec­to­ri­el et hori­zon­tal ne sem­ble ni per­ti­nent ni réa­li­sable. La Con­fé­dé­ra­ti­on a déjà créé plu­sieurs orga­nes d’é­ch­an­ge sur dif­fér­ents aspects de l’IA. Depuis 2019, la Pla­te­for­me Tri­par­ti­te, coor­don­née par l’OF­COM, est uti­li­sée pour dis­cu­ter de que­sti­ons poli­ti­ques, socia­les et éco­no­mi­ques liées à l’IA avec plus de 300 experts issus de l’ad­mi­ni­stra­ti­on (fédé­ra­le et can­to­na­le), de l’é­co­no­mie, de la socié­té civi­le et de la sci­ence. La Pla­te­for­me Tri­par­ti­te est ouver­te à tou­tes les per­son­nes inté­res­sées et dis­po­se d’un comi­té admi­ni­stra­tif pour coor­don­ner les posi­ti­ons sui­s­ses sur l’IA. Depuis plu­sieurs années, l’IA est éga­le­ment un thè­me prio­ri­taire du Swiss Inter­net Gover­nan­ce Forum, qui est pla­cé sous le patro­na­ge de l’OFCOM.

Depuis 2021, le Réseau de com­pé­ten­ces en intel­li­gence arti­fi­ci­el­le (CNAI) est responsable des aspects tech­ni­ques de l’uti­li­sa­ti­on con­crè­te de l’IA dans l’ad­mi­ni­stra­ti­on fédé­ra­le. Le CNAI, qui est rat­ta­ché à l’Of­fice fédé­ral de la sta­ti­stique (OFS), gère une base de don­nées sur les pro­jets d’IA au sein de la Con­fé­dé­ra­ti­on, coor­don­ne la ter­mi­no­lo­gie liée à l’IA et met en réseau les experts tech­ni­ques au sein de la “com­mun­au­té d’ex­per­ti­se” et de la “com­mun­au­té de pra­tique”. Un “nÅ“ud juri­di­que” est en cours de créa­ti­on pour sou­te­nir le CNAI et le comi­té de gesti­on de la Pla­te­for­me Tri­par­ti­te sur les que­sti­ons juri­di­ques. Depuis 2021, il exi­ste un “node point algo­rith­mi­que” diri­gé par le Data Sci­ence Com­pe­tence Cent­re (DSCC) de l’OFS. Le Con­seil fédé­ral a a char­gé le DFI d’éva­luer le CNAI d’i­ci le pre­mier tri­mest­re 2024 et de lui sou­mett­re, le cas échéant, une évo­lu­ti­on. En out­re, le DSCC met à la dis­po­si­ti­on du sec­teur public son exper­ti­se dans l’ap­pli­ca­ti­on con­crè­te de la sci­ence des don­nées et de l’IA. En out­re, l’OF­CM, avec l’ai­de du comi­té de gesti­on de la Pla­te­for­me Tri­par­ti­te, effec­tue tous les deux ans un sui­vi de l’uti­li­sa­ti­on et de l’ac­tua­li­té des lignes direc­tri­ces de 2020 en matiè­re d’IA pour la Con­fé­dé­ra­ti­on et recu­eil­le les mesu­res pré­vues au niveau sec­to­ri­el. Enfin, le cent­re tech­no­lo­gi­que du DDPS, arma­su­i­s­se Sci­ence et Tech­no­lo­gie, effec­tue des recher­ches sur les appli­ca­ti­ons de l’IA dans le domaine de la sécurité.

Aus­si à diver­ses uni­ver­si­tés des cen­tres de com­pé­ten­ces en IA ont été cré­és, qui peu­vent être uti­li­sés pour répond­re aux pré­oc­cu­pa­ti­ons men­ti­onnées dans la moti­on. Il en va de même pour la puis­sance de cal­cul et les infras­truc­tures. Le nou­veau super­cal­cu­la­teur sui­s­se “alps”, actu­el­le­ment en cours d’ac­qui­si­ti­on par l’EPF de Zurich et qui rem­pla­cera le cal­cu­la­teur exi­stant “Piz Daint”, sera à nou­veau l’un des super­cal­cu­la­teurs les plus puis­sants du mon­de. Le super­cal­cu­la­teur dev­rait être opé­ra­ti­on­nel à par­tir du T1/2024.

Le Con­seil fédé­ral est con­vain­cu que le trai­te­ment de l’IA (et d’aut­res thè­mes de la numé­ri­sa­ti­on) con­tin­uera à gagner en importance. La que­sti­on de savoir si une adap­t­ati­on ou un ren­force­ment des struc­tures insti­tu­ti­on­nel­les exi­stan­tes dans le domaine de l’IA sera néces­saire à l’a­ve­nir dépend aus­si for­te­ment des déve­lo­p­pe­ments régle­men­tai­res au niveau inter­na­tio­nal. Out­re les négo­cia­ti­ons de l’UE sur l’ ”AI Act”, les négo­cia­ti­ons au sein du Con­seil de l’Eu­ro­pe sous pré­si­dence sui­s­se en vue d’un accord inter­na­tio­nal con­traignant sur l’IA, les droits de l’hom­me, la démo­cra­tie et l’É­tat de droit sont par­ti­cu­liè­re­ment importan­tes. Dans sa répon­se à la Postu­lat Dobler (23.3201) a déjà été annon­cée par le Con­seil fédé­ral, d’i­ci fin 2024, un état des lieux poli­tique avec des opti­ons pos­si­bles pour des mesu­res régle­men­tai­res sec­to­ri­el­les et, si néces­saire, hori­zon­ta­les dans le domaine de l’IA. Les ana­ly­ses seront effec­tuées dans le cad­re des instances exi­stan­tes (notam­ment la CI EUDP pour les réper­cus­sions de l’ ”AI Act” sur la Sui­s­se, la Pla­te­for­me Tri­par­ti­te et son comi­té de gesti­on pour l’ana­ly­se des impli­ca­ti­ons de l’ac­cord du Con­seil de l’Eu­ro­pe, le sui­vi des lignes direc­tri­ces et l’é­ch­an­ge sur les mesu­res sec­to­ri­el­les à prend­re, ain­si que le CNAI) et avec la par­ti­ci­pa­ti­on de tous les ser­vices fédé­raux con­cer­nés. L’é­tat des lieux doit éga­le­ment exami­ner la que­sti­on de savoir s’il est oppor­tun d’ad­ap­ter ou de ren­forcer les struc­tures insti­tu­ti­on­nel­les exi­stan­tes dans le domaine des IC (p. ex. créa­ti­on d’un ser­vice de coor­di­na­ti­on supérieur).