Ven­te à emporter (AI)
  • Le Tri­bu­nal admi­ni­stra­tif fédé­ral affir­me que pour punir une per­son­ne mora­le, il faut une per­son­ne phy­si­que con­crè­te­ment dési­gnée et impu­ta­ble (auteur de fait de l’infraction).
  • L’ap­pli­ca­bi­li­té direc­te des prin­cipes du droit de la con­cur­rence de la CJCE à l’ar­tic­le 83 du RGPD est reje­tée ; les pro­cé­du­res admi­ni­stra­ti­ves doi­vent garan­tir une con­cré­ti­sa­ti­on et des droits de défen­se suffisants.

L’au­to­ri­té autri­chi­en­ne de pro­tec­tion des don­nées avait inf­li­gé une amen­de de 4 800 euros pour avoir omis d’effacer des enre­gi­stre­ments vidéo. Le responsable sanc­tion­né avait con­te­sté la décis­i­on d’a­men­de devant le Tri­bu­nal admi­ni­stra­tif fédé­ral (TAF).

Le TAF a esti­mé dans son Décis­i­on du 19 août 2019 a con­sta­té ce qui suit :

Le site Puni­ti­on de la per­son­ne mora­le en ver­tu de la dis­po­si­ti­on en que­sti­on sup­po­se qu’u­ne per­son­ne qui lui est rede­va­ble per­son­ne phy­si­que impu­ta­ble (diri­geant) a com­mis un délit a. […]

La que­sti­on était sur­tout de savoir si l’au­to­ri­té de con­trô­le de la pro­tec­tion des don­nées (APD) devait avoir une pou­vait inf­li­ger une amen­de sans dési­gner con­crè­te­ment le col­la­bo­ra­teur responsable de l’ac­te incri­mi­né. La CPD sou­hai­tait y renon­cer, en s’ap­pu­yant notam­ment sur les prin­cipes du droit des pro­cé­du­res de concurrence :

La CPD s’est pen­chée sur cet­te que­sti­on dans un avis […], dans lequel elle a d’a­bord fait réfé­rence à un mémoi­re […] dans le cad­re d’u­ne aut­re pro­cé­du­re […]. Il y est dit en résu­mé que, sur la base du RGPD, tout acte accom­pli par des per­son­nes agis­sant dans le cad­re d’u­ne per­son­ne mora­le est impu­ta­ble à cet­te per­son­ne mora­le. Il n’est pas per­ti­nent de savoir de quel col­la­bo­ra­teur il s’a­gis­sait con­crè­te­ment.. […] Dans son avis […], la CPD expli­que en out­re que le con­te­nu de l’ar­tic­le 83 du RGPD des règles de con­cur­rence Il con­vi­ent donc de se réfé­rer à la juris­pru­dence per­ti­nen­te de la CJCE rela­ti­ve à l’ar­tic­le 15 du règle­ment no 17/1962 et à l’ar­tic­le 23 du règle­ment no 1/2003. Il en résul­te – en résu­mé en l’e­spè­ce – qu’un la dési­gna­ti­on con­crè­te d’u­ne per­son­ne phy­si­que qui aurait agi de maniè­re fau­ti­ve au sein de l’entre­pri­se ou qui dev­rait être tenue pour responsable d’u­ne orga­ni­sa­ti­on éven­tu­el­le­ment défec­tueu­se n’est pas néces­saire (voir à ce sujet l’ar­rêt de la CJCE du 18 sep­tembre 2003, C‑338/00 P, et l’ar­rêt du Tri­bu­nal de pre­miè­re instance du 23 jan­vier 2014, T‑391/09, ain­si que les con­clu­si­ons dans l’af­fai­re C‑204/00 P et l’af­fai­re C‑280/06).

Le TAF rejet­te ce point de vue – la dési­gna­ti­on con­crè­te du délin­quant responsable de fait est bien plus nécessaire :

Les pro­cé­du­res citées dans l’a­vis se réfè­rent à des pro­cé­du­res de droit de la con­cur­rence menées par la Com­mis­si­on, c’est-à-dire au niveau du droit euro­pé­en, en uti­li­sant ses pro­pres règles – y com­pris de pro­cé­du­re – de droit de la con­cur­rence. Les dis­po­si­ti­ons des règle­ments cités ci-des­sus. En revan­che, l’ar­tic­le 83, para­gra­phe 8, du RGPD stipu­le que l’e­xer­ci­ce des pou­voirs de l’au­to­ri­té de con­trô­le doit être sou­mis à des garan­ties pro­cé­du­ra­les appro­priées, con­for­mé­ment à la loi sur la pro­tec­tion des don­nées. Droit de l’U­ni­on et le Droit des États mem­bres y com­pris des recours juri­dic­tion­nels effec­tifs et des pro­cé­du­res adé­qua­tes. De l’a­vis du Bun­des­ver­wal­tungs­ge­richt, l’ap­pli­ca­bi­li­té direc­te des prin­cipes juris­pru­den­tiels des juri­dic­tions euro­pé­en­nes en matiè­re de droit de la con­cur­rence est donc exclue. […] s’éteint. […] En con­clu­si­on, il faut donc rete­nir que en l’oc­cur­rence, il ne s’a­git pas d’un repro­che suf­fi­sam­ment con­cret dans la pro­cé­du­re admi­ni­stra­ti­ve peut être supposé.

Il serait plutôt néces­saire de dési­gner con­crè­te­ment la ou les per­son­nes respons­ables de fait :

En out­re, il ne faut pas perd­re de vue dans ce con­tex­te que la plain­te de la LPD du XXXX 2018 indi­que déjà que la ser­ve­u­se qui y tra­vail­lait à l’é­po­que a décla­ré aux fonc­tion­n­aires de poli­ce que le chef de l’entre­pri­se était M. XXXX [et donc l’as­so­cié ou le gérant com­mer­cial]. Enfin, dans la pro­cé­du­re admi­ni­stra­ti­ve menée jus­qu’à pré­sent, il s’est éga­le­ment avé­ré que la influence et con­trô­le effec­tifs des per­son­nes impli­quées en ce qui con­cer­ne la plaignan­te avec les infor­ma­ti­ons du regist­re du com­mer­ce, ne sont pas suf­fi­sam­ment con­crè­tes et ne sont pas pré­sen­tées con­for­mé­ment à la réa­li­té n’a pas été respec­té. En con­clu­si­on, il faut donc par­tir du prin­ci­pe qu’en l’oc­cur­rence pas de con­cré­ti­sa­ti­on suf­fi­san­te des faits repro­chés a été effec­tuée dans le cad­re de la pro­cé­du­re admi­ni­stra­ti­ve, car il n’en res­sort pas que le com­porte­ment aurait dû être impu­té à tel­le ou tel­le per­son­ne de la plaignan­te. Or, cela ne sem­ble plus garan­tir suf­fi­sam­ment l’e­xer­ci­ce des droits essen­tiels de la défen­se du pré­ve­nu dans la procédure.

On trouve à ce sujet ici une con­tri­bu­ti­on de Micha­el Suda, qui tra­vail­le à la DSB.