Ven­te à emporter (AI)
  • Du point de vue de la pro­tec­tion des don­nées, l’an­ony­mi­sa­ti­on est con­sidé­rée com­me l’é­qui­va­lent de l’effa­ce­ment, à con­di­ti­on que la réfé­rence à la per­son­ne soit entiè­re­ment supprimée.
  • L’an­ony­mi­sa­ti­on n’est auto­ri­sée que si ni le responsable ni des tiers ne peu­vent réta­b­lir la réfé­rence à la per­son­ne sans effort disproportionné.

Dans la pra­tique, la que­sti­on se pose sou­vent de savoir si l’an­ony­mi­sa­ti­on des don­nées per­son­nel­les est suf­fi­san­te au lieu de leur sup­pres­si­on. Le RGPD ne don­ne aucu­ne infor­ma­ti­on clai­re à ce sujet. Il découle tou­te­fois clai­re­ment de l’e­sprit du droit de la pro­tec­tion des don­nées que l’an­ony­mat :

  • Le droit à la régle­men­ta­ti­on du droit de la pro­tec­tion des don­nées prend fin en prin­ci­pe avec la sup­pres­si­on du lien avec la per­son­ne. En d’aut­res ter­mes, cela signi­fie que le droit à la pro­tec­tion des don­nées ne s’ap­pli­que pas : Le droit de la pro­tec­tion des don­nées ne peut pas dépas­ser son champ d’ap­pli­ca­ti­on maté­ri­el, même en ce qui con­cer­ne la que­sti­on de l’effacement.
  • Il est vrai que, lors de l’an­ony­mi­sa­ti­on, le responsable pour­su­it un objec­tif pré­cis – la réuti­li­sa­ti­on des don­nées anony­mi­sées – ce qui n’est pas le cas lors de l’effa­ce­ment. Mais com­me cet­te fina­li­té ne se limi­te pas à Per­son­nesSi le droit de la pro­tec­tion des don­nées se rap­por­te à des don­nées per­son­nel­les, il ne peut ou ne doit pas s’in­té­res­ser à cet­te fin.
  • Le responsable pour­rait se pro­cu­rer les don­nées anony­mes à tout moment sans devoir respec­ter les exi­gen­ces de la pro­tec­tion des don­nées (pour autant que les don­nées restent anony­mes même lors de son pro­pre trai­te­ment). Il serait con­tra­dic­toire de lui interd­ire de rend­re les don­nées anony­mes alors qu’il est lib­re de les récupérer.

Il fallait donc en con­clu­re que l’an­ony­mi­sa­ti­on cor­re­spon­dait à la sup­pres­si­on du point de vue de la pro­tec­tion des don­nées, c’est-à-dire qu’el­le était un équi­va­lent de la sup­pres­si­on, et qu’el­le était donc tou­jours auto­ri­sée sans aut­re lorsqu’u­ne sup­pres­si­on était per­mi­se ou requise.

La Com­mis­si­on euro­pé­en­ne s’est pen­chée sur cet­te que­sti­on. auto­ri­té de sur­veil­lan­ce autri­chi­en­ne s’oc­cupe (Décis­i­on DSB-D123.270/0009-DSB/2018 du 5 décembre 2018). En répon­se à une deman­de d’effa­ce­ment, le responsable avait con­fir­mé qu’il avait soit effa­cé les don­nées du deman­deur, soit “ren­dues anony­mes con­for­mé­ment au RGPD”, selon le système uti­li­sé. Cet­te maniè­re de pro­cé­der devait être assi­milée à un effa­ce­ment. L’au­to­ri­té de pro­tec­tion des don­nées don­ne rai­son au responsable : le RGPD ne défi­nit pas la noti­on d’ ”effa­ce­ment”. Il res­sort tou­te­fois de l’ar­tic­le 4(2) du RGPD que l’effa­ce­ment et la des­truc­tion sont deux cho­ses dif­fé­ren­tes, d’où il découle à nou­veau qu’un effa­ce­ment n’im­pli­que pas néces­saire­ment une des­truc­tion défi­ni­ti­ve. La sup­pres­si­on de la réfé­rence à la per­son­ne peut éga­le­ment être un moy­en pos­si­ble d’effa­ce­ment au sens de l’ar­tic­le 4(2) en rela­ti­on avec l’ar­tic­le 17 du RGPD. L’ar­tic­le 17, para­gra­phe 1, du RGPD con­sti­tue un moy­en de sup­pres­si­on. L’an­ony­mi­sa­ti­on doit tou­te­fois être complète :

Il faut […] s’assurer que ni le responsable lui-même, ni un tiers ne pui­s­se réta­b­lir une réfé­rence per­son­nel­le sans effort dis­pro­por­ti­onné […]. Ce n’est que si le responsable agrè­ge fina­le­ment les don­nées à un niveau tel qu’au­cun évé­ne­ment indi­vi­du­el n’est plus iden­ti­fia­ble que la base de don­nées obte­nue peut être qua­li­fi­ée d’an­ony­me (c’est-à-dire sans réfé­rence à des per­son­nes) (cf. Avis 5/2014 sur les tech­ni­ques d’an­ony­mi­sa­ti­on de l’an­ci­en grou­pe de tra­vail “artic­le 29”, WP216, p. 10).