Ven­te à emporter (AI)
  • La Cour suprê­me de Gla­ris exclut les enre­gi­stre­ments CD com­me moy­ens de preuve (décis­i­on OG.2022.00037 du 28.7.2023).
  • Les enre­gi­stre­ments sono­res vio­lai­ent le prin­ci­pe de pro­tec­tion des don­nées de la recon­naissa­bi­li­té (art. 4, al. 4, aLPD / art. 6, al. 3, LPD) et étai­ent illégaux.
  • Le beso­in de preuve ne justi­fie pas la coll­ec­te de don­nées ; le trai­te­ment était con­trai­re à la bon­ne foi.
  • Dans le cas de plain­tes mineu­res, les preu­ves recu­eil­lies illé­ga­le­ment n’ont pas été uti­li­sées con­for­mé­ment à l’art.141 al.2 du CPP.

Le mini­stère public et le pro­cur­eur des mineurs du can­ton de Gla­ris avai­ent émis une ordon­nan­ce péna­le pour ten­ta­ti­ve de lési­ons cor­po­rel­les simp­les et inju­res. Pour prou­ver les insul­tes, la vic­ti­me avait remis un CD con­tenant des enre­gi­stre­ments qui avai­ent appa­rem­ment été réa­li­sés alors que l’au­teur effec­tuait des travaux de jar­di­na­ge dans la pro­prié­té voisine.

Le tri­bu­nal supé­ri­eur de Gla­ris rejet­te ce CD du dos­sier (Décis­i­on OG.2022.00037 du 28.7.2023). Les enre­gi­stre­ments sono­res n’a­vai­ent cer­tes pas été réa­li­sés de maniè­re punis­sa­ble, car l’en­re­gi­stre­ment ne con­cer­nait pas une con­ver­sa­ti­on non publi­que au sens de l’art. 179bis ou 179ter CP. Com­me la con­ver­sa­ti­on enre­gi­strée était audi­ble au-delà de la rue du quar­tier et que l’au­teur ne pou­vait pas par­tir du prin­ci­pe que ses pro­pos ne pou­vai­ent pas être enten­dus par des tiers, il y avait éga­le­ment vio­la­ti­on du domaine secret ou pri­vé au sens de l’art. 179quater CP (à la suite de ATF 146 IV 126 – chan­ge­ment de pratique).

Mais les enre­gi­stre­ments étai­ent con­trai­res à la pro­tec­tion des don­nées : le Prin­ci­pe de recon­naissa­bi­li­té L’art. 4, al. 4, aLPD (désor­mais impli­ci­te­ment repris à l’art. 6, al. 3, LPD) avait été vio­lé et, con­trai­re­ment à ce qu’a affir­mé l’in­stance pré­cé­den­te, cet­te vio­la­ti­on était ne sont pas justi­fi­ées par des inté­rêts prépon­dé­rants:

Si, du côté de la per­son­ne qui trai­te les don­nées […], on peut tout à fait recon­naît­re et admett­re un inté­rêt pri­vé à un trai­te­ment des don­nées, notam­ment pour sa pro­pre sécu­ri­té ou pour la pro­tec­tion de ses droits […], du côté de la per­son­ne lésée (en l’oc­cur­rence, l’ap­pelant), cet inté­rêt est contre­ba­lan­cé par un inté­rêt public (et pri­vé) important à un trai­te­ment des don­nées. état sans sur­veil­lan­ce […] […] l’en­re­gi­stre­ment en que­sti­on s’in­scrit pré­cis­é­ment dans un tel con­tex­te plus lar­ge d’ob­ser­va­ti­on et de sur­veil­lan­ce, afin de recu­eil­lir des preu­ves d’un com­porte­ment éven­tu­el­le­ment péna­le­ment répré­hen­si­ble de la part de l’appelant […]. 

L’ord­re juri­di­que con­naît cepen­dant le tri­bu­nal sai­si par la par­tie civi­le par ana­lo­gie. “man­que de preu­ves” non […]. Même en accord avec la juris­pru­dence du Tri­bu­nal fédé­ral, le man­que de preu­ves com­me justi­fi­ca­ti­on doit être nié (arrêt BGer 6P.79/2006 du 6 octobre 2006 con­sid. 8.). En revan­che, la licéi­té du trai­te­ment des don­nées per­son­nel­les selon la bon­ne foi au sens de l’ar­tic­le 4 LPD con­sti­tue la pierre angu­lai­re de tout le système de pro­tec­tion des don­nées […]. Les pri­ses de vue ont été effec­tuées de maniè­re con­trai­re à la bon­ne foi et n’é­tai­ent pas recon­naissa­bles en tant que tel­les pour l’ap­pelant – il sem­ble ain­si avoir sup­po­sé que seu­les des pho­to­gra­phies avai­ent été pri­ses […]. Ain­si, con­trai­re­ment à l’in­stance pré­cé­den­te, il faut par­tir du prin­ci­pe qu’il n’y a pas d’in­té­rêt prépon­dé­rant et, par con­sé­quent, que la pri­se de vue est con­trai­re à la loi.

On aurait pu voir les cho­ses autre­ment. La remar­que selon laquel­le la léga­li­té du trai­te­ment est une pierre angu­lai­re est juste, mais ce n’est pas un critère de pesée des inté­rêts. Celui ou cel­le qui crie des inju­res dans le voi­si­na­ge doit bien par­tir du prin­ci­pe qu’il ou elle peut être enregistré(e). Appa­rem­ment, le TGI a con­sidé­ré que l’in­té­rêt par­ti­cu­lier de l’au­teur rési­dait dans le fait que sa vic­ti­me avait ten­té plus ou moins dura­blem­ent de recu­eil­lir des preu­ves, rai­son pour laquel­le il fallait par­tir du prin­ci­pe qu’il avait un inté­rêt à ce que la situa­ti­on ne soit pas “sur­veil­lée”. S’il ne s’é­tait agi que d’un com­porte­ment ponc­tuel, la mise en balan­ce aurait sans dou­te été différente.

Com­me les char­ges à juger con­cer­naient des faits mineurs, selon l’ap­pré­cia­ti­on du TGI, l’ex­plo­ita­ti­on des preu­ves n’en­trait pas en ligne de comp­te (art. 141 al. 2 CPP : “Les preu­ves recu­eil­lies par les auto­ri­tés péna­les de maniè­re punis­sa­ble ou en vio­la­ti­on de pre­scrip­ti­ons de vali­di­té ne peu­vent être exploi­tées, à moins que leur explo­ita­ti­on ne soit indis­pensable pour éluci­der des infrac­tions graves”).