Ven­te à emporter (AI)
  • Le tri­bu­nal régio­nal supé­ri­eur de Dres­de refu­se de ver­ser des dom­mages et inté­rêts imma­té­ri­els pour des vio­la­ti­ons mineu­res en ver­tu de l’ar­tic­le 82 du RGPD.
  • L’art. 82 n’é­ta­blit pas de droit pour tout incon­vé­ni­ent res­sen­ti indi­vi­du­el­le­ment sans pré­ju­di­ce sérieux.
  • Excep­ti­on pos­si­ble en cas de com­mer­cia­li­sa­ti­on illé­ga­le à gran­de échel­le affec­tant de nombreu­ses per­son­nes de la même manière.
  • D’im­portants ris­ques d’a­bus plai­dent cont­re un droit à l’in­dem­ni­sa­ti­on de la dou­leur pres­que sans con­di­ti­on dans le droit de la pro­tec­tion des données.

Dans une décis­i­on de la Cour d’ap­pel de Dres­de (OLG) du 11.6.2019 (chez de lege data dis­po­ni­ble en PDF), on trouve des expli­ca­ti­ons inté­res­s­an­tes sur l’ar­tic­le 82 du RGPD (dom­mages et inté­rêts). Dans cet­te affai­re, il s’a­gis­sait d’u­ne brou­til­le, à savoir le blo­ca­ge d’un blog pen­dant trois jours par le pas­sa­ge en mode lec­tu­re seu­le (“l’in­hi­bi­ti­on pré­ten­due du déve­lo­p­pe­ment de la per­son­na­li­té par le blo­ca­ge de trois jours a tout au plus un carac­tère insi­gni­fi­ant”). Le tri­bu­nal régio­nal supé­ri­eur reti­ent à ce sujet

Même si, dans la lit­té­ra­tu­re, cer­ta­ins esti­ment, en se réfé­rant au con­sidé­rant 146 du RGPD, qu’u­ne mise en œuvre effi­cace du droit euro­pé­en de la pro­tec­tion des don­nées néces­si­te un effet dissua­sif et l’a­ban­don des sanc­tions pré­vues par le droit anté­ri­eur […], cela ne justi­fie pas pour autant que l’on pui­s­se con­sidé­rer qu’il s’a­git là d’u­ne vio­la­ti­on de la loi. pas de com­pen­sa­ti­on pour les dom­mages imma­té­ri­els mineurs. Le droit de la pro­tec­tion des don­nées pro­tège cer­tes en soi un droit sub­jec­tif qui a un lien fort avec la sen­si­bi­li­té per­son­nel­le de l’in­di­vi­du. Néan­mo­ins, l’ar­tic­le 82 ne doit pas être inter­pré­té com­me don­nant droit à des dom­mages et inté­rêts pour tout incon­vé­ni­ent res­sen­ti indi­vi­du­el­le­ment ou pour des infrac­tions mineu­res ne portant pas gra­ve­ment att­ein­te à l’i­mage de soi ou à la répu­ta­ti­on d’u­ne per­son­ne. […] Il peut en être autre­ment dans les cas où la vio­la­ti­on de la légis­la­ti­on sur la pro­tec­tion des don­nées ent­raî­ne une con­cer­ne un grand nombre de per­son­nes de la même maniè­re et est l’ex­pres­si­on d’u­ne com­mer­cia­li­sa­ti­on con­sci­en­te, illé­ga­le et à gran­de échel­le Les cho­ses ne se pas­sent pas ain­si en l’e­spè­ce. Cer­tes, la com­mer­cia­li­sa­ti­on des don­nées des uti­li­sa­teurs fait par­tie du modè­le com­mer­cial de la défen­der­es­se ; le blo­ca­ge du comp­te du plaignant ne favo­ri­se tou­te­fois pas cet­te com­mer­cia­li­sa­ti­on, mais l’en­tra­ve plutôt, car le plaignant ne “pro­duit” pas de don­nées que la défen­der­es­se pour­rait exploi­ter pen­dant cet­te péri­ode. L’ex­ten­si­on des dom­mages-inté­rêts imma­té­ri­els aux dom­mages mineurs est éga­le­ment cont­re-indi­quée. le ris­que con­sidé­ra­ble d’a­bus qui décou­lerait de la créa­ti­on d’un droit à des dom­mages et inté­rêts pour pré­ju­di­ce moral qua­si­ment sans con­di­ti­on quant aux con­sé­quen­ces juri­di­ques, en par­ti­cu­lier dans le domaine du droit de la pro­tec­tion des don­nées.