Ven­te à emporter (AI)
  • Le Con­seil fédé­ral recom­man­de de n’en­vi­sa­ger une limi­te d’é­vé­ne­ment éta­tique pour les cyber-dom­mages que lorsque le mar­ché des cyber-assu­ran­ces sera con­so­li­dé et que les lacu­nes du mar­ché seront avérées.
  • Une solu­ti­on de repli éta­tique ne serait actu­el­le­ment pas cou­ver­te par le droit con­sti­tu­ti­on­nel et néces­si­terait une modi­fi­ca­ti­on de la Con­sti­tu­ti­on ain­si que des adap­t­ati­ons juridiques.

Postu­lat Ammann (18.3565) : Cou­ver­tu­re des dom­mages. Limi­te d’é­vé­ne­ment en cas de cyberattaque

Tex­te soumis

Le Con­seil fédé­ral est char­gé de Intro­duc­tion d’u­ne limi­te d’é­vé­ne­ment en cas de cyberat­taque d’ex­ami­ner à par­tir de quel niveau la Con­fé­dé­ra­ti­on prend en char­ge la cou­ver­tu­re des dom­mages à un niveau défini.

Justi­fi­ca­ti­on

La numé­ri­sa­ti­on ent­raî­ne une for­te mise en réseau de l’é­co­no­mie. Cela appor­te de nombreux avan­ta­ges, mais aug­men­te éga­le­ment le ris­que d’é­vé­ne­ments majeurs qui peu­vent cau­ser d’é­nor­mes dom­mages. Le poten­tiel de men­ace actuel des cyber-ris­ques est donc très éle­vé ; rien qu’en Sui­s­se, cela engend­rera des coûts annu­els pou­vant att­eind­re 9,5 mil­li­ards de francs. Avec des mon­tants de dom­mages aus­si éle­vés et des vic­ti­mes poten­ti­el­les, la que­sti­on du rôle de l’É­tat se pose.

Le site Les ris­ques de la “vie quo­ti­di­en­ne” sont déjà assur­a­bles aujour­d’hui et de plus en plus d’entre­pri­ses y ont recours. En revan­che, en cas d’é­vé­ne­ment majeur, la que­sti­on de l’assu­ra­bi­li­té ou des capa­ci­tés d’assu­rance néces­saires se pose. Les mon­tants des dom­mages en cas de gran­de cyber-attaque sur des infras­truc­tures cen­tra­les ou sur un grand sec­teur de l’é­co­no­mie serai­ent n’est plus sup­port­a­ble pour les assur­eurs. Dans ce domaine, on ne pour­rait donc de tou­te façon intro­dui­re qu’u­ne obli­ga­ti­on d’assu­rance limi­tée, com­me on le fait par exemp­le dans le domaine des Cen­tra­les nuclé­ai­res con­naît. Par­al­lè­le­ment, la que­sti­on se pose de savoir dans quel­le mesu­re l’É­tat dev­rait lui-même indem­ni­s­er les dom­mages. En effet, en cas d’é­vé­ne­ment majeur, la Con­fé­dé­ra­ti­on ne pour­rait guè­re se sous­trai­re à une cer­taine cou­ver­tu­re en rai­son de la pres­si­on de l’o­pi­ni­on publi­que. Des que­sti­ons simi­lai­res ont été posées lors de l’é­la­bo­ra­ti­on d’un modè­le d’assu­rance trem­blem­ent de terre couvrant l’en­sem­ble du ter­ri­toire. A l’é­po­que, la Con­fé­dé­ra­ti­on se mont­re prête à prend­re en char­ge un mon­tant de 10 mil­li­ards de francs par évé­ne­ment. La que­sti­on est de savoir si une tel­le solu­ti­on pour­rait éga­le­ment être intro­duite dans le domaine des cyber-risques.

Un rap­port doit mon­trer com­ment une tel­le cou­ver­tu­re pour­rait être intro­duite et quel­les en serai­ent les con­sé­quen­ces. Quels serai­ent les effets d’u­ne tel­le régle­men­ta­ti­on sur l’é­co­no­mie, notam­ment sur le sec­teur des assu­ran­ces – mot-clé “aléa moral” ? Quel­les adap­t­ati­ons léga­les dev­rai­ent être effec­tuées pour intro­dui­re une tel­le cou­ver­tu­re au niveau fédé­ral ? A par­tir de quel­le limi­te d’é­vé­ne­ment la Con­fé­dé­ra­ti­on dev­rait-elle prend­re en char­ge une cer­taine cou­ver­tu­re afin d’é­vi­ter le plus de dom­mages pos­si­ble sans pour autant con­cur­ren­cer le sec­teur des assu­ran­ces ? Quel­le est la posi­ti­on du Con­seil fédé­ral sur une tel­le solu­ti­on de cou­ver­tu­re éta­tique pour les cyber-risques ?

Avis du Con­seil fédé­ral du 29.8.18

Le Con­seil fédé­ral obser­ve l’é­vo­lu­ti­on du mar­ché de l’assu­rance des cyber-ris­ques avec beau­coup d’in­té­rêt et con­sta­te que, ces der­niers temps, de très beau­coup de nou­vel­les off­res sont apparues dans ce domaine. Dans ce con­tex­te, la que­sti­on se pose effec­ti­ve­ment de savoir com­ment gérer les ris­ques d’é­vé­ne­ments majeurs ayant de gra­ves réper­cus­sions sur l’en­sem­ble de la Suisse.

Le comi­té con­sul­ta­tif “Ave­nir de la place finan­ciè­re sui­s­se” s’est notam­ment pen­ché sur cet­te que­sti­on dans son rap­port sur les con­di­ti­ons-cad­res pour l’assu­ra­bi­li­té des cyber­ris­ques. Le rap­port a été sou­mis au Con­seil fédé­ral en juin 2017. Dans ce docu­ment, les experts con­clu­ent que la que­sti­on d’u­ne cou­ver­tu­re publi­que des cyber­dom­mages com­me opti­on à exami­ner ulté­ri­eu­re­mentLa Com­mis­si­on a déci­dé de ne pas impo­ser d’e­xi­gen­ces sup­p­lé­men­tai­res aux ent­re­pri­ses d’assu­rance, si le mar­ché de l’assu­rance “ne dis­po­se pas d’u­ne capa­ci­té de mar­ché suf­fi­san­te ou pré­sen­te des lacu­nes importantes”.

Le Con­seil fédé­ral par­ta­ge l’a­vis du comi­té con­sul­ta­tif selon lequel l’op­ti­on d’u­ne cou­ver­tu­re éta­tique des cyber­ris­ques ne dev­rait être exami­née que lorsqu’il sera pos­si­ble d’éva­luer le poten­tiel des solu­ti­ons basées sur le mar­ché. Par­ce que le mar­ché de la cyber-assu­rance en Sui­s­se est n’e­xi­ste que depuis peu et se déve­lo­p­pe actu­el­le­ment rapi­de­mentIl ne sem­ble pas judi­cieux que l’É­tat déter­mi­ne dès aujour­d’hui si une limi­te d’é­vé­ne­ment doit être intro­duite et, le cas échéant, quel doit être son mon­tant. De même, les effets d’u­ne éven­tu­el­le solu­ti­on de repli éta­tique ne pour­rai­ent être que spé­cu­la­tifs à l’heu­re actu­el­le, car une tel­le esti­ma­ti­on néces­si­terait d’a­bord une con­so­li­da­ti­on du mar­ché en cours de développement.

Enfin, le Con­seil fédé­ral esti­me qu’il est pré­ma­tu­ré de dis­cu­ter d’u­ne cou­ver­tu­re des cyber­ris­ques par l’E­tat, notam­ment par­ce que cela pour­rait con­dui­re à ne plus exami­ner les solu­ti­ons de cou­ver­tu­re des ris­ques pro­po­sées par l’é­co­no­mie de mar­ché, tel­les que les pools d’assu­rance, les réassu­ran­ces et le trans­fert alter­na­tif des ris­ques sur le mar­ché des capi­taux pour les cyber­ris­ques. Une pri­se en char­ge par la Con­fé­dé­ra­ti­on des ris­ques rési­du­els du sec­teur de l’assu­rance serait en out­re con­trai­re, d’un point de vue régle­men­tai­re, aux efforts visa­nt à ren­forcer la responsa­bi­li­té pro­pre des éta­blis­se­ments finan­ciers, com­me par exemp­le avec les dis­po­si­ti­ons “too big to fail”.

En revan­che, la situa­ti­on juri­di­que peut déjà être éva­luée. Aujour­d’hui, il exi­ste pas de base con­sti­tu­ti­on­nel­le pour une cou­ver­tu­re des cyber­dom­mages par la Con­fé­dé­ra­ti­on. Pour une solu­ti­on de repli éta­tique, tel­le qu’el­le est esqui­s­sée dans le postu­lat, il fau­drait donc modi­fier la Con­sti­tu­ti­on avant de pro­cé­der à d’é­ven­tu­el­les adap­t­ati­ons légales.