Ven­te à emporter (AI)
  • Le Con­seil fédé­ral esti­me que la légis­la­ti­on en vigueur et les obli­ga­ti­ons de décla­ra­ti­on (regist­re des ayants droit éco­no­mi­ques à par­tir de 25% de par­ti­ci­pa­ti­on) sont suffisantes.
  • Il rejet­te les regi­stres publics, met l’ac­cent sur la pro­tec­tion des don­nées et l’ac­cès en pre­mier lieu aux auto­ri­tés et aux inter­mé­di­ai­res finan­ciers con­for­mé­ment à la LBA.

Postu­lat Leu­ten­eg­ger-Ober­hol­zer (16.3315) : Regist­re des ayants droit éco­no­mi­ques des per­son­nes mora­les et des trusts
Postu­lat rejeté.

Tex­te soumis

Le Con­seil fédé­ral est invi­té à expo­ser dans un rap­port com­ment la trans­pa­rence sur les ayants droit éco­no­mi­ques peut être amé­lio­rée pour les per­son­nes mora­les, les cons­truc­tions juri­di­ques tel­les que les trusts et les insti­tu­ti­ons juri­di­ques com­pa­ra­bles ain­si que les cons­truc­tions off­shore. Ce faisant, il con­vi­ent éga­le­ment de s’assurer que ces infor­ma­ti­ons sont acce­s­si­bles au public.

Justi­fi­ca­ti­on

Les direc­ti­ves révi­sées du Gafi exi­gent que les ayants droit éco­no­mi­ques des per­son­nes mora­les soi­ent enre­gi­strés. Avec une révi­si­on com­ple­xe de la loi, entrée en vigueur le 1er jan­vier 2016, le Par­le­ment a com­men­cé à prend­re en comp­te la deman­de du Gafi. Dans le con­tex­te des Pana­ma Papers, il appa­raît à nou­veau que la solu­ti­on choi­sie en Sui­s­se ne per­met pas d’in­stau­rer une véri­ta­ble trans­pa­rence. Il man­que un regist­re acce­s­si­ble au public sur les ayants droit éco­no­mi­ques de tou­tes les per­son­nes morales.

La trans­pa­rence sur les ayants droit éco­no­mi­ques qui se cachent der­riè­re des cons­truc­tions juri­di­ques tel­les que les trusts fait en out­re tota­le­ment défaut. Ceux-ci ne sont pas cou­verts par les dis­po­si­ti­ons sur la trans­pa­rence appli­ca­bles aux per­son­nes mora­les. L’as­su­jet­tis­se­ment à un inter­mé­di­ai­re finan­cier et l’ob­li­ga­ti­on d’en­re­gi­stre­ment par la Fin­ma (cf. répon­se du Con­seil fédé­ral à la Moti­on 13.3356) n’assu­rent pas enco­re la trans­pa­rence publi­que sur les ayants droit éco­no­mi­ques respectifs.

La trans­pa­rence et le con­trô­le public qui en découle sont la meil­leu­re pro­tec­tion cont­re les abus et cont­re les cons­truc­tions juri­di­ques qui ser­vent à dis­si­mu­ler des affai­res illé­ga­les. Cet­te pré­oc­cu­pa­ti­on cor­re­spond éga­le­ment aux exi­gen­ces de nombreux États, tel­les qu’el­les ont été for­mulées après la publi­ca­ti­on des Pana­ma Papers.

Avis du Con­seil fédéral

Le Con­seil fédé­ral sou­ti­ent les efforts inter­na­ti­on­aux visa­nt à amé­lio­rer la trans­pa­rence des per­son­nes mora­les et des cons­truc­tions juri­di­ques tel­les que les trusts, ain­si que des per­son­nes qui les con­trô­lent (ayants droit éco­no­mi­ques). La Sui­s­se a donc pris des mesu­res pour mett­re en œuvre effi­ca­ce­ment les exi­gen­ces du Grou­pe d’ac­tion finan­ciè­re (Gafi). Pour les per­son­nes mora­les, la Sui­s­se a notam­ment Intro­duc­tion de l’ob­li­ga­ti­on de décla­rer à la socié­té les ayants droit éco­no­mi­ques de tou­tes les par­ti­ci­pa­ti­ons de 25% ou plus (art. 697j et 790a CO). La socié­té est tenue de tenir une liste – c’est-à-dire un regist­re – des ayants droit éco­no­mi­ques, qui doit être acce­s­si­ble en tout temps en Sui­s­se, notam­ment aux auto­ri­tés com­pé­ten­tes. Tou­te modi­fi­ca­ti­on doit éga­le­ment être com­mu­ni­quée afin de garan­tir que la liste ou le regist­re soit tou­jours à jour. La loi stipu­le en out­re que les droits patri­mo­ni­aux et les droits de membre sont sus­pen­dus tant qu’u­ne décla­ra­ti­on n’a pas été fai­te. Con­trai­re­ment au pro­jet de loi du Con­seil fédé­ral du 13 décembre 2013 sur la mise en œuvre des recom­man­da­ti­ons révi­sées du Gafi, la loi ne pré­voit tou­te­fois pas de sanc­tions pénales.

Le Con­seil fédé­ral sou­ti­ent les efforts du G‑20 pour une mise en œuvre effi­cace des nor­mes inter­na­tio­na­les du Gafi, ne voit cepen­dant pas la néces­si­té d’al­ler plus loin, en par­ti­cu­lier de cré­er des regi­stres publics des ayants droit éco­no­mi­quesLe G‑5 pro­po­se d’ail­leurs d’en fai­re autant. Les infor­ma­ti­ons sur les ayants droit éco­no­mi­ques sont des infor­ma­ti­ons de droit pri­vé et donc sen­si­bles, notam­ment du point de vue du com­mer­ce et de la pro­tec­tion des don­nées.. Elles ne doi­vent pas néces­saire­ment être acce­s­si­bles au public. L’e­s­sen­tiel est que les auto­ri­tés com­pé­ten­tes en Sui­s­se aient rapi­de­ment accès à ces infor­ma­ti­ons. En out­re, les inter­mé­di­ai­res finan­ciers doi­vent éga­le­ment con­naît­re les ayants droit éco­no­mi­ques des per­son­nes mora­les avec les­quel­les ils ent­re­ti­en­nent des rela­ti­ons d’af­fai­res. Les dis­po­si­ti­ons per­ti­nen­tes en vigueur de la loi sur le blan­chi­ment d’ar­gent (LBA) et ses dis­po­si­ti­ons d’exé­cu­ti­on suffisent.

En ce qui con­cer­ne les cons­truc­tions juri­di­ques tel­les que les trusts, le Con­seil fédé­ral est d’a­vis que les infor­ma­ti­ons sur les ayants droit éco­no­mi­ques dev­rai­ent être coll­ec­tées et mises à dis­po­si­ti­on en pre­mier lieu dans les Etats selon le droit des­quels ces cons­truc­tions juri­di­ques ont été cré­ées. La Sui­s­se s’en­ga­ge acti­ve­ment dans ce sens au niveau inter­na­tio­nal. Pour rap­pel, le droit sui­s­se ne per­met pas la créa­ti­on de trusts. Pour les trusts admi­ni­strés en Sui­s­se, l’i­den­ti­fi­ca­ti­on des ayants droit éco­no­mi­ques est déjà pos­si­ble sur la base des infor­ma­ti­ons que les inter­mé­di­ai­res finan­ciers doi­vent coll­ec­ter con­for­mé­ment à la LBA.. Ces infor­ma­ti­ons sont docu­men­tées par écrit et sont acce­s­si­bles aux auto­ri­tés com­pé­ten­tes. En out­re, le Con­seil fédé­ral souli­gne que les tru­s­tees sont con­sidé­rés com­me des inter­mé­di­ai­res finan­ciers et sont donc sou­mis aux obli­ga­ti­ons pré­vues par la LBA, y com­pris l’ob­li­ga­ti­on d’i­den­ti­fier les ayants droit économiques.

En résu­mé, le Con­seil fédé­ral est d’a­vis que la légis­la­ti­on actu­el­le est suf­fi­san­te pour garan­tir la trans­pa­rence des ayants droit éco­no­mi­ques des per­son­nes mora­les et des cons­truc­tions juri­di­ques.Le Con­seil fédé­ral esti­me que l’ac­cès à ces infor­ma­ti­ons ne doit pas être ent­ra­vé, notam­ment par­ce qu’il est garan­ti que les auto­ri­tés com­pé­ten­tes ont tou­jours accès à ces infor­ma­ti­ons en temps uti­le. Le Con­seil fédé­ral ne voit pas la néces­si­té de per­mett­re à tout un cha­cun d’ac­cé­der publi­quement à ce type d’informations.