Ven­te à emporter (AI)
  • Le Con­seil d’E­tat de Zurich auto­ri­se l’uti­li­sa­ti­on de Micro­soft 365 (en par­ti­cu­lier Exch­an­ge Online et Teams) et con­sidè­re que sans le cloud, il y aurait un retard technologique.
  • Le modè­le de ris­que Rosen­thal pour l’éva­lua­ti­on des ris­ques d’ac­cès illé­gaux est adop­té com­me stan­dard au niveau can­to­nal ; le ris­que d’ac­cès pour M365 a été jugé très fai­ble (moins de 1% en cinq ans).

Auto­ri­sa­ti­on de M365

Le 30 mars 2022, le Con­seil d’E­tat zurichois a pris une décis­i­on publiée le 14 avril 2022 et inti­tulée “Uti­li­sa­ti­on de solu­ti­ons cloud dans l’ad­mi­ni­stra­ti­on can­to­na­le, (Micro­soft 365), auto­ri­sa­ti­on” (RRB 542/2022).

Il s’a­git de la Uti­li­sa­ti­on de M365 et en par­ti­cu­lier d’Ex­ch­an­ge Online et Teams, qui n’e­xi­ste pas en tant que solu­ti­on on-pre­mi­se et qui, avec sa dif­fu­si­on crois­s­an­te, obli­ge à pas­ser au cloud. Le can­ton de Zurich ne voit pas d’al­ter­na­ti­ve à ce pas­sa­ge, ce qu’il décrit de maniè­re assez frap­pan­te : Sans le cloud, le can­ton se met­trait “hors-jeu tech­no­lo­gi­que”, car il “se fer­merait au pro­grès tech­no­lo­gi­que”. Cela se trouve à la fin du tex­te, mais logi­quement au début de la décis­i­on (et rap­pel­le la “sueur du pied du pro­grès” selon l’ex­pres­si­on de l’au­teur). Karl Kraus).

Accès légal : modè­le de Rosenthal

En ce qui con­cer­ne les ris­ques, le Con­seil d’É­tat part sans dou­te à juste tit­re du prin­ci­pe que les ris­ques géné­raux en matiè­re de sécu­ri­té ne sont au moins pas plus éle­vés qu’a­vec une solu­ti­on sur site. Ces ris­ques (par exemp­le le ris­que four­nis­seur) ont été exami­nés sépa­ré­ment (des réfé­ren­ces aux bases juri­di­ques figu­rent dans la décis­i­on). S’y ajou­te tou­te­fois le ris­que spé­ci­fi­que d’ac­cès illé­galLe ris­que d’ac­cès à des don­nées par des auto­ri­tés étran­gè­res est donc plus élevé.

Le Con­seil d’É­tat fait réfé­rence à ce ris­que Auto­ri­tés amé­ri­cai­nes. Le cont­rat que le can­ton doit signer en 2021 et sur la base du Cont­rat de la CSI avec Micro­soft (avec un ajout sou­te­nu par la com­mis­saire à la pro­tec­tion des don­nées) est cer­tes con­clu avec la socié­té irlan­dai­se de Micro­soft, mais cela ne signi­fie pas que les auto­ri­tés amé­ri­cai­nes ne peu­vent pas, le cas échéant, accé­der aux don­nées du can­ton par le biais du Stored Com­mu­ni­ca­ti­ons Act – avec les modi­fi­ca­ti­ons appor­tées par le US CLOUD Act. Le ris­que d’un tel accès a donc été exami­né (le ris­que ana­lo­gue pour l’Ir­lan­de n’est pas men­ti­onné dans la décis­i­on ; il n’est donc pas indi­qué dans la décis­i­on s’il a éga­le­ment été examiné).

Le can­ton s’est enga­gé auprès de la éva­lua­ti­on des ris­ques sur le Modè­le d’éva­lua­ti­on des ris­ques de David Rosen­thal soutenu :

La métho­de de cal­cul de David Rosen­thal a été uti­li­sée pour éva­luer le ris­que d’un accès illi­ci­te étran­ger dans le cas de M365 […]. La métho­de de cal­cul per­met­tant de déter­mi­ner de maniè­re struc­tu­rée la pro­ba­bi­li­té d’oc­cur­rence d’un Lawful Access réus­si par une auto­ri­té étran­gè­re dans le cad­re d’un pro­jet de cloud com­pu­ting est publiée depuis 2020 sous une licence lib­re et a été repri­se par l’In­ter­na­tio­nal Asso­cia­ti­on of Pri­va­cy Pro­fes­sio­nals (IAPP). La métho­de de cal­cul s’est éta­b­lie com­me instru­ment dans le sec­teur finan­cier sui­s­se et est notam­ment uti­li­sée par la Ban­que can­to­na­le de Zurich dans le cad­re de l’in­tro­duc­tion de M365.

Pour cet­te éva­lua­ti­on des ris­ques, le can­ton a mis en place un Ate­lier réa­li­sé:

Le cal­cul des ris­ques liés à M365 pour l’ad­mi­ni­stra­ti­on can­to­na­le a été effec­tué dans le cad­re d’un ate­lier réu­nis­sant des experts juri­di­ques et tech­ni­ques de l’Of­fice de l’in­for­ma­tique, du Mini­stère public, de l’Of­fice can­to­nal des impôts, de la Chan­cel­le­rie d’É­tat et de la poli­ce can­to­na­le. Pour les cal­culs sta­ti­sti­ques, l’Of­fice fédé­ral de la justi­ce a en out­re coll­ec­té des chif­fres pro­venant de l’en­trai­de judi­ciai­re amé­ri­cai­ne, com­plé­tés par les valeurs empi­ri­ques des spé­cia­li­stes de ce pays en rela­ti­on avec les deman­des refusées et non pré­sen­tées par les auto­ri­tés américaines.

Le ris­que d’ac­cès par les auto­ri­tés a été jugé très fai­ble (moins de 1% sur une péri­ode d’ob­ser­va­ti­on de cinq ans).

Limi­te de ris­que : 10% dans 5 ans

Sur cet­te base, le Con­seil d’É­tat a déci­dé des points suivants :

  • Le modè­le d’éva­lua­ti­on des ris­ques de David Rosen­thal est uti­li­sé dans l’ad­mi­ni­stra­ti­on can­to­na­le com­me modè­le stan­dard pour l’éva­lua­ti­on du ris­que d’ac­cès illé­gal aux solu­ti­ons de cloud computing.
  • Si la Pro­ba­bi­li­té d’oc­cur­rence d’un Lawful Access réus­si est si fai­ble qu’u­ne pro­ba­bi­li­té de 90% n’est att­eint qu’a­vec une péri­ode d’ob­ser­va­ti­on de plus de 100 ans, l’uti­li­sa­ti­on de la solu­ti­on cloud est auto­ri­sée du point de vue du Con­seil d’É­tat (ce qui ne signi­fie pas que les auto­ri­tés com­pé­ten­tes ne doi­vent pas prend­re leur pro­pre décis­i­on en matiè­re de ris­que). Cet­te for­mu­la­ti­on de la pro­ba­bi­li­té n’est peut-être pas très intui­ti­ve, mais ce seuil de ris­que est plus de dix fois supé­ri­eur au ris­que pour M365. Sur une péri­ode d’ob­ser­va­ti­on de 5 ans, il cor­re­spond à un ris­que d’ac­cès d’en­vi­ron 10%. Le Con­seil d’E­tat fixe ain­si la limi­te de son appro­ba­ti­on géné­ra­le à un ris­que qui, selon la ter­mi­no­lo­gie de Hill­son, repri­se par Rosen­thal, est “très bas” ou “bas”, mais pas enco­re “moy­en”. Il s’a­git d’un ris­que qui se situe très net­te­ment au-des­sus des valeurs géné­ra­le­ment att­ein­tes dans la pratique.
  • Ce n’est que si le ris­que est enco­re plus éle­vé que la solu­ti­on de cloud com­pu­ting cor­re­spond­an­te doit être auto­ri­sée au cas par cas par le Con­seil d’État.

Remar­ques de connexion

Cet­te éva­lua­ti­on et accep­t­ati­on des ris­ques par le Con­seil d’É­tat se fon­de sur le Droit de la pro­tec­tion des don­nées et le Secret de fonc­tion (même si ce mot ne figu­re qu’u­ne seu­le fois dans la décis­i­on). Appa­rem­ment, le Con­seil d’É­tat part du prin­ci­pe qu’il exi­ste un ris­que rési­du­el, qui est ex ante et lege artis à 10% ou moins sur une péri­ode de cinq ans, peut être accep­té. Cela signi­fie ent­re aut­res qu’un Lawful Access effec­ti­ve­ment sur­ve­nu signi­fierait cer­tes éven­tu­el­le­ment une vio­la­ti­on du secret de fonc­tion, mais que cet­te vio­la­ti­on ne serait pas inten­ti­on­nel­le, ni éven­tu­el­le­ment inten­ti­on­nel­le, ni due à une nég­li­gence dans le cad­re d’u­ne tel­le éva­lua­ti­on des ris­ques. Dans ce con­tex­te, il est tout à fait signi­fi­ca­tif que l’éva­lua­ti­on des ris­ques ait eu lieu dans le cad­re d’ate­liers aux­quels ont par­ti­ci­pé ent­re aut­res Repré­sen­tant du mini­stère public ont par­ti­ci­pé. Au tit­re du droit de la pro­tec­tion des don­nées, le même critère s’ap­pli­que en fin de comp­te – ce qui comp­te ici, c’est que l’ex­porta­teur n’ait “aucu­ne rai­son de cro­i­re” que les auto­ri­tés accè­dent aux don­nées per­son­nel­les trans­mi­ses sur la base d’u­ne base juri­di­que insuf­fi­san­te (on pour­rait appro­fon­dir ce point – mais c’est ce que pré­voi­ent les clau­ses con­trac­tu­el­les standard).

En fin de comp­te, le Con­seil d’É­tat a don­né une con­sé­cra­ti­on supé­ri­eu­re au modè­le d’éva­lua­ti­on des ris­ques de David Rosen­thal, qui s’est répan­du et a fait ses preu­ves dans la pra­tique. Il serait dif­fi­ci­le pour un mini­stère public ou un tri­bu­nal de s’op­po­ser à ce modè­le, même si la que­sti­on de la limi­te du ris­que – c’est-à-dire de l’é­lé­ment sub­jec­tif de l’in­frac­tion – est dif­fi­ci­le à objec­ti­ver et dev­rait en fin de comp­te être éva­luée par les tri­bu­naux au cas par cas.

Un aut­re point méri­te d’êt­re souli­g­né : lors de l’éva­lua­ti­on des ris­ques, le Con­seil d’É­tat a expli­ci­te­ment pris en comp­te le Inté­rêt des auto­ri­tés étran­gè­res sur les don­nées en que­sti­on a été pri­se en comp­te. Dans la mesu­re où pri­va­tim, dans la ver­si­on actua­li­sée de la noti­ce “Ris­ques et mesu­res spé­ci­fi­ques au cloud”, aurait dû par­tir d’u­ne appro­che à ris­que zéro pour les orga­nes publics (ce qui n’a pas été pré­cisé, mais on trou­vait des indi­ca­ti­ons en ce sens dans la noti­ce ; voir à ce sujet not­re artic­le), cela ne dev­rait plus être d’actualité.

Le Con­seil d’E­tat est con­sci­ent du fait que l’éva­lua­ti­on des ris­ques n’est pas une affai­re de “feu et d’ou­b­li”. Il exi­ge au con­trai­re une “sur­veil­lan­ce déter­mi­née et con­ti­n­ue ain­si qu’u­ne éva­lua­ti­on con­stan­te des ris­ques”. Pour ce fai­re, le Con­seil d’E­tat crée un poste de responsable de la sécu­ri­té du cloud du can­ton de Zurich.