Ven­te à emporter (AI)
  • L’a­jout pro­po­sé à l’ar­tic­le 56 de la LAMal per­met aux assur­eurs d’in­for­mer indi­vi­du­el­le­ment les assu­rés sur les pre­sta­ti­ons reçues, la pré­ven­ti­on et les off­res plus économiques.
  • L’art. 84 LAMal doit être com­plé­té pour per­mett­re aux assur­eurs de trai­ter des don­nées per­son­nel­les et des don­nées rela­ti­ves aux assu­ran­ces com­plé­men­tai­res et de les reli­er à des fins de conseil.
  • Débat : Uti­li­té des don­nées pour l’a­mé­lio­ra­ti­on de la san­té ver­sus ris­que de réduc­tion des coûts com­me fin en soi ; la sur­veil­lan­ce doit garan­tir une uti­li­sa­ti­on appropriée.

Dans l’af­fai­re en cours con­cer­nant la “Modi­fi­ca­ti­on de la LAMal rela­ti­ve aux mesu­res visa­nt à maîtri­ser les coûts – Paquet 2” (n° d’af­fai­re 22.062), le Con­seil natio­nal déb­at­tra lors de la ses­si­on d’au­t­om­ne 2023 (du 11 au 29 sep­tembre) d’u­ne série d’ad­ap­t­ati­ons de la LAMal (cf. Mes­sa­ge du 7 sep­tembre 2022).

Le 31 août 2023, la majo­ri­té de la Com­mis­si­on de la sécu­ri­té socia­le et de la san­té publi­que du Con­seil natio­nal (CSSS‑N), char­gée de l’ex­amen pré­alable, a fait une pro­po­si­ti­on inté­res­s­an­te à l’at­ten­ti­on du CN en lien avec le prin­ci­pe d’é­co­no­mic­i­té (art. 56 LAMal) (voir les Dra­peau 2023 III N1 D).

L’art. 56 doit être rem­pla­cé par un nou­vel al. 1bis être complétée :

1bis Afin de garan­tir les mesu­res pré­vues à l’al. 1 [“Le four­nis­seur de pre­sta­ti­ons doit limi­ter ses pre­sta­ti­ons à ce qui est dans l’in­té­rêt de l’assu­ré et néces­saire au but du trai­te­ment”], les assur­eurs peu­vent infor­mer indi­vi­du­el­le­ment sur les pre­sta­ti­ons qu’ils reçoi­vent, sur les mesu­res de pré­ven­ti­on des mala­dies et sur les off­res visa­nt à amé­lio­rer l’é­co­no­mic­i­té et la coor­di­na­ti­on de la four­ni­tu­re des pre­sta­ti­ons médi­cal­es, ain­si que, avec leur accord, sur l’uti­li­sa­ti­on de ces infor­ma­ti­ons. Four­nis­seurs de soins four­nir des infor­ma­ti­ons sur les pre­sta­ti­ons reçues par les assurés.

En con­sé­quence, il faut aus­si Art. 84 LAMal (trai­te­ment des don­nées per­son­nel­les) doit être com­plé­tée (“Les orga­nes char­gés d’ap­pli­quer, de con­trô­ler ou de sur­veil­ler l’ap­pli­ca­ti­on de la pré­sen­te loi ou de la LAMal sont habi­li­tés à trai­ter ou à fai­re trai­ter les don­nées per­son­nel­les, y com­pris les don­nées sen­si­bles et les pro­fils de la per­son­na­li­té, dont ils ont beso­in pour accom­plir les tâches qui leur sont con­fiées en ver­tu de la pré­sen­te loi ou de la LAMal, notam­ment pour : […]”):

j. Les États mem­bres sont tenus d’assurer la mise en œuvre des mesu­res visées à l’ar­tic­le 56, para­gra­phe 1bis, et de four­nir les infor­ma­ti­ons correspondantes.

La base léga­le serait ain­si cré­ée pour que les assur­eurs-mala­die pui­s­sent trai­ter des don­nées per­son­nel­les et non per­son­nel­les dans le domaine de l’assu­rance obli­ga­toire (AOS) afin de con­seil­ler les assu­rés de base. L’art. 84, let. j, LAMal per­met­trait éga­le­ment d’ob­te­nir des don­nées de l’assu­rance com­plé­men­tai­re, car la coll­ec­te de don­nées per­son­nel­les est éga­le­ment un trai­te­ment ; il serait donc éga­le­ment pos­si­ble de reli­er ces don­nées (mais seu­le­ment dans un sens, donc pas de com­mu­ni­ca­ti­on de don­nées AOS à l’assu­rance com­plé­men­tai­re) – du moins tant qu’il n’y a pas de pro­fi­la­ge (car une base léga­le for­mel­le serait néces­saire pour cela).

C’est une vieil­le reven­dica­ti­on des assur­eurs-mala­die que de pou­voir uti­li­ser des don­nées pour con­seil­ler les assu­rés et influen­cer leur com­porte­ment. Il peut pré­tendre tenir comp­te des con­di­ti­ons réel­les, à savoir du fait que les assur­eurs de base dis­po­sent de don­nées plus nombreu­ses et de meil­leu­re qua­li­té que les four­nis­seurs de pre­sta­ti­ons (Lerbs), d’autant plus que l’assur­eur-mala­die ras­sem­ble les don­nées de plu­sieurs Lerbs. Le fait que les assur­eurs-mala­die aient inté­rêt à rédui­re les pre­sta­ti­ons n’est pas un pro­blè­me, mais plutôt une par­tie de la solu­ti­on, d’autant plus que les véri­ta­bles “gate­kee­pers” – les Lerbs – sont cen­sés être inté­res­sés par une aug­men­ta­ti­on des quan­ti­tés. Etant don­né qu’un excès de trai­te­ments peut être tout aus­si néfa­ste que l’ab­sence de trai­te­ment ou un trai­te­ment inap­pro­prié, un cer­tain équi­lib­re des inté­rêts dans le domaine de la san­té n’est pas une err­eur. Il appar­tien­dra aux auto­ri­tés de sur­veil­lan­ce de veil­ler à ce que les assur­eurs-mala­die uti­li­sent les pos­si­bi­li­tés en faveur de l’a­mé­lio­ra­ti­on de la san­té des assu­rés et non pour rédui­re les coûts com­me une fin en soi.

Voir aus­si le Artic­le dans l’Aar­gau­er Zei­tung du 11 sep­tembre 2023 “Bri­ser un tabou : le chef d’Hels­a­na veut assou­plir la pro­tec­tion des don­nées – et inter­ve­nir dans le trai­te­ment des pati­ents” (Paywall).