Ven­te à emporter (AI)
  • L’Of­fice fédé­ral des enten­tes pou­vait tenir comp­te de l’in­com­pa­ti­bi­li­té avec le RGPD lors de l’ex­amen des abus, mais ne pou­vait pas con­stater ou sanc­tion­ner lui-même les infrac­tions à la pro­tec­tion des données.
  • Les don­nées sen­si­bles au sens de l’ar­tic­le 9 du RGPD ne sont con­sidé­rées com­me tel­les que si les don­nées per­met­tent le pro­fi­la­ge de caté­go­ries sen­si­bles, et non pas déjà par la con­sul­ta­ti­on d’un site web.
  • Le pou­voir de mar­ché influence le carac­tère volon­tai­re des con­sen­te­ments ; il n’est pas néces­saire­ment domi­nant, mais ne reti­re pas la vali­di­té des con­sen­te­ments de maniè­re générale.

Par décis­i­on du 6 février 2019, l’Of­fice fédé­ral alle­mand des car­tels (BKar­tA) avait inter­dit à Meta, alors Face­book, d’as­so­cier des don­nées pro­venant de ser­vices tels que Whats­App et Insta­gram au comp­te d’uti­li­sa­teur de Face­book si les uti­li­sa­teurs n’y avai­ent pas con­sen­ti volon­tai­re­ment. De même, la coll­ec­te et l’as­so­cia­ti­on de don­nées pro­venant de sites web tiers ne serai­ent auto­ri­sées qu’a­vec un con­sen­te­ment volon­tai­re. Dans ce con­tex­te, des que­sti­ons ont été posées à la CJUE, sur les­quel­les la avo­cat géné­ral a ren­du ses con­clu­si­ons le 20 sep­tembre 2022 (affai­re 252/21).

A l’é­po­que, le BKar­tA avait argu­men­té en substance,

  • Meta a pris une place importan­te sur le mar­ché des réseaux soci­aux. domi­nant posi­ti­on, et
  • le recou­pe­ment des don­nées pour­rait Abus d’ex­plo­ita­ti­on sont représentés.
  • Selon l’Of­fice fédé­ral des enten­tes, le critère d’un tel abus était le respect des règles de la con­cur­rence. RGPD.

A cet effet, nous avons rap­por­té.

Meta avait con­te­sté la décis­i­on du BKar­tA devant l’O­ber­lan­des­ge­richt Düs­sel­dorf (OLG Düs­sel­dorf) et l’OLG, en exami­nant la deman­de d’ef­fet sus­pen­sif du recours, avait émis des “dou­tes sérieux quant à la léga­li­té de ces ordon­nan­ces des auto­ri­tés anti­trust” (Décis­i­on du 26.08.2019 – Kart 1/19 (V)). En par­ti­cu­lier, le lien de cau­sa­li­té néces­saire ent­re le trai­te­ment des don­nées en que­sti­on et le pou­voir de mar­ché ne doit pas être mesu­ré à l’au­ne du RGPD, mais des prin­cipes du droit des ententes :

… Face­book est accusé non seu­le­ment d’u­ne vio­la­ti­on de la légis­la­ti­on sur la pro­tec­tion des don­nées, mais aus­si d’u­ne vio­la­ti­on de la légis­la­ti­on anti­trust […]. Il est donc sans importance – con­trai­re­ment à l’a­vis du Bun­des­kar­tell­amt – de savoir si (1) le con­sen­te­ment exi­gé des uti­li­sa­teurs lors de l’in­scrip­ti­on au réseau social de Face­book rem­plit les exi­gen­ces d’un con­sen­te­ment lib­re au trai­te­ment de don­nées à carac­tère per­son­nel au sens des artic­les 4, point 11, et 6, para­gra­phe 1, pre­miè­re phra­se, sous a), du RGPD., […].

Il ne faut pas sui­v­re le Bun­des­kar­tell­amt lorsqu’il con­clut que l’in­frac­tion à la pro­tec­tion des don­nées de Face­book sou­mi­se à l’ap­pré­cia­ti­on ne peut pas être com­mi­se “de cet­te maniè­re” par des con­curr­ents n’oc­cu­pant pas une posi­ti­on domi­nan­te sur le mar­ché […]. Cet­te appro­che est trop cour­te. Seu­le la que­sti­on de la cau­sa­li­té com­porte­men­ta­le peut être déter­mi­nan­te, si l’in­frac­tion sup­po­sée impli­quant l’a­bus – en l’oc­cur­rence, la coll­ec­te, la com­bi­nai­son et l’uti­li­sa­ti­on des don­nées sup­p­lé­men­tai­res pré­vues par les con­di­ti­ons d’uti­li­sa­ti­on sou­mi­ses à auto­ri­sa­ti­on – est cau­sa­le­ment impu­ta­ble à la posi­ti­on domi­nan­te sur le mar­ché est. […]

Dans la suite de la pro­cé­du­re, l’OLG avait posé quel­ques que­sti­ons à la CJCE

  • en ce qui con­cer­ne le pou­voir de cogni­ti­on des auto­ri­tés anti­trust des États mem­bres, mais aussi
  • les noti­ons de caté­go­ries par­ti­cu­liè­res de don­nées à carac­tère per­son­nel au sens de l’ar­tic­le 9, para­gra­phe 1, du RGPD, et
  • du “carac­tère mani­fe­stem­ent public” selon l’ar­tic­le 9, para­gra­phe 2, point e) du RGPD et
  • l’in­té­rêt légiti­me (artic­le 6, para­gra­phe 1, point f) du RGPD)

pré­sen­té.

L’a­vo­cat géné­ral reti­ent notam­ment la posi­ti­on suivante :

  • Le BKar­tA était en droit de prend­re en con­sidé­ra­ti­on l’in­com­pa­ti­bi­li­té du com­porte­ment avec le RGPD lors de l’ex­amen de l’a­bus de posi­ti­on domi­nan­te. Le BKar­tA ne peut pas se sub­sti­tuer à une auto­ri­té de pro­tec­tion des don­nées pour con­stater une vio­la­ti­on du RGPD ou la sanc­tion­ner, mais il peut tenir comp­te de maniè­re inci­den­te de l’e­xi­stence d’u­ne vio­la­ti­on du RGPD. L’au­to­ri­té de la con­cur­rence doit tou­te­fois infor­mer l’au­to­ri­té de pro­tec­tion des don­nées com­pé­ten­te, et si une auto­ri­té de sur­veil­lan­ce de la pro­tec­tion des don­nées a inter­pré­té une dis­po­si­ti­on du RGPD, une auto­ri­té de la con­cur­rence ne peut en prin­ci­pe pas s’é­car­ter de cet­te inter­pré­ta­ti­on. En cas de dou­te, elle dev­rait se con­cer­ter avec l’au­to­ri­té de sur­veil­lan­ce com­pé­ten­te ou nationale.
  • Sur le site Noti­on de caté­go­ries par­ti­cu­liè­res de don­nées per­son­nel­les il n’y a pas lieu de fai­re de distinc­tion ent­re les don­nées à carac­tère per­son­nel qui sont sen­si­bles par­ce qu’el­les “révè­lent” une situa­ti­on par­ti­cu­liè­re et cel­les qui sont sen­si­bles par natu­re (mal­gré le “libel­lé quel­que peu obscur” de l’ar­tic­le 9, para­gra­phe 1, point a), du RGPD – il s’a­git pro­ba­blem­ent de la réac­tion d’un lec­teur en dehors de la bul­le de la pro­tec­tion des don­nées). La CJCE allait déjà dans ce sens dans Rs. C‑184/20.
  • Meta ne trai­te pas néces­saire­ment des don­nées sen­si­bles dès lors que des infor­ma­ti­ons sur la con­sul­ta­ti­on d’un site web sen­si­ble sont coll­ec­tées. Meta avait éga­le­ment sou­te­nu qu’il n’y avait trai­te­ment que lorsque les uti­li­sa­teurs avai­ent été infor­més selon des critères appro­priés. caté­go­ri­sé être :

    Cela ne serait le cas que si les uti­li­sa­teurs étai­ent caté­go­ri­sés sur la base de ces don­nées. Par con­sé­quent, les don­nées faisant l’ob­jet de la pra­tique liti­gieu­se ne relè­ver­ai­ent de la pro­tec­tion pré­vue à l’ar­tic­le 9, para­gra­phe 1, du RGPD que si elles se rap­por­tai­ent à l’u­ne des caté­go­ries cou­ver­tes par cet­te pro­tec­tion et si elles étai­ent trai­tées sub­jec­ti­ve­ment en con­nais­sance de cau­se et avec l’in­ten­ti­on d’en dédui­re ces caté­go­ries d’informations.

    Le BKar­tA avait en revan­che esti­mé que le fait de con­sul­ter un site Inter­net don­né ou d’uti­li­ser une appli­ca­ti­on don­née, dont l’ob­jet prin­ci­pal relè­ve d’un domaine visé par l’ar­tic­le 9, para­gra­phe 1, du RGPD, con­sti­tuait déjà une don­née per­son­nel­le sen­si­ble. L’AG esti­me au con­trai­re que ce qui est déter­mi­nant pour l’ar­tic­le 9 RGPD est

    si les don­nées trai­tées per­met­tent per­met­tent, [indi­vi­du­el­le­ment ou agré­gée] une Pro­fil de l’uti­li­sa­teur en ce qui con­cer­ne les caté­go­ries décou­lant de l’é­nu­mé­ra­ti­on des don­nées à carac­tère per­son­nel sen­si­bles figu­rant dans la pré­sen­te disposition.

    En revan­che, il n’est pas néces­saire que le responsable trai­te ces don­nées dans le but de dédui­re des caté­go­ries par­ti­cu­liè­res d’in­for­ma­ti­ons – il suf­fit qu’il exi­ste objec­ti­ve­ment un ris­que correspondant.

  • Le trai­te­ment de caté­go­ries par­ti­cu­liè­res de don­nées per­son­nel­les est auto­ri­sé, ent­re aut­res, lorsque la per­son­ne con­cer­née le deman­de. mani­fe­stem­ent public (art. 9, al. 2, let. e RGPD ; remar­que : en fait, c’est faux, seu­le l’in­ter­dic­tion de l’al. 1 est levée, la base juri­di­que elle-même se trouve alors à l’art. 6, al. 1, let. f RGPD). C’est en tout cas ce qui se pas­se selon l’AG pas par le simp­le fait qu’un uti­li­sa­teur con­sul­te un site web ou uti­li­se une appli­ca­ti­on. Même si un uti­li­sa­teur par­ta­ge des don­nées per­son­nel­les sen­si­bles avec des tiers via un site web ou une appli­ca­ti­on, il ne les com­mu­ni­que qu’à un cer­cle de per­son­nes défi­ni et non au grand public.
  • Il n’y a pas de con­sen­te­ment au sens de l’ar­tic­le 9, para­gra­phe 2, point a), du RGPD lorsque l’on Con­sen­te­ment aux coo­kies. Dans ce cas, l’uti­li­sa­teur con­sent à un sui­vi, mais pas au trai­te­ment de don­nées sensibles.
  • Une Justi­fi­ca­ti­on par la néces­si­té du cont­rat Le con­sen­te­ment au sens de l’ar­tic­le 6, para­gra­phe 2, point b), du RGPD ne peut donc pas être obte­nu par l’in­ser­ti­on de dis­po­si­ti­ons cor­re­spond­an­tes dans les con­di­ti­ons géné­ra­les. Afin d’é­vi­ter que le con­sen­te­ment ne soit con­tour­né, il con­vi­ent d’êt­re strict à cet égard. Il fau­drait une objec­tif Néces­si­té con­trac­tu­el­le. La per­son­na­li­sa­ti­on des con­te­nus peut éga­le­ment être dans l’in­té­rêt des uti­li­sa­teurs, mais uni­quement si elle est néces­saire et con­for­me aux atten­tes des uti­li­sa­teurs. Cela est dis­cuta­ble si des don­nées pro­venant de sources exter­nes sont éga­le­ment uti­li­sées pour la personnalisation.
  • Un inté­rêt légiti­me de Meta – en dehors des don­nées sen­si­bles – serait à exami­ner au cas par cas. Là enco­re, on peut se deman­der si un tel inté­rêt peut exi­ster lorsque des don­nées pro­venant de sources tier­ces sont uti­li­sées. En tout état de cau­se, le trai­te­ment dev­rait être justi­fié par l’in­té­rêt légitime

    se limi­ter au strict néces­saire. Par con­sé­quent, une lien étroit ent­re le trai­te­ment et l’in­té­rêt per­çu lorsqu’il n’e­xi­ste pas d’aut­res solu­ti­ons moins pré­ju­di­cia­bles à la pro­tec­tion des don­nées à carac­tère per­son­nel, car il ne suf­fit pas que le trai­te­ment soit sim­ple­ment uti­le au responsable du traitement.

    En ce qui con­cer­ne la per­son­na­li­sa­ti­on, la que­sti­on se pose de savoir si l’uti­li­sa­ti­on de sources tier­ces est vrai­ment néces­saire et “quel ‘degré de per­son­na­li­sa­ti­on’ de la publi­ci­té est objec­ti­ve­ment requis à cet égard”. De même, en ce qui con­cer­ne l’in­té­rêt de la Sécu­ri­té du réseau de don­nées de tiers, et dans le cas des Amé­lio­ra­ti­on des pro­duits il est d’autant plus dou­teux qu’el­le con­sti­tue un inté­rêt légitime.

  • Lors de la Carac­tère volon­tai­re du con­sen­te­ment enfin, il fau­drait tenir comp­te du pou­voir de mar­ché de Meta – c’est-à-dire en fait la démar­che inver­se de cel­le du BKartA :

    … je con­sidè­re qu’u­ne éven­tu­el­le posi­ti­on domi­nan­te sur le mar­ché du responsable du trai­te­ment des don­nées à carac­tère per­son­nel qui gère un réseau social, joue un rôle dans l’éva­lua­ti­on de l’e­xi­stence d’un con­sen­te­ment volon­tai­re de l’uti­li­sa­teur de ce réseau. En effet, l’e­xi­stence d’un pou­voir de mar­ché du responsable du trai­te­ment des don­nées à carac­tère per­son­nel peut con­dui­re à un désé­qui­lib­re mani­fe­ste du rap­port de force au sens décrit au point 74 des pré­sen­tes con­clu­si­ons. Il con­vi­ent tou­te­fois de pré­cis­er que, d’u­ne part, un tel pou­voir de mar­ché, pour être per­ti­nen­tes aux fins de l’ap­pli­ca­ti­on du RGPD, ne doi­vent pas néces­saire­ment att­eind­re le seuil d’u­ne posi­ti­on domi­nan­te au sens de l’ar­tic­le 102 TFUE et, d’aut­re part, que cet­te cir­con­stance relè­ve uni­quement d’un con­sen­te­ment ne pas reti­rer par prin­ci­pe tou­te vali­di­té peut.