Ven­te à emporter (AI)
  • La Court of Appeal a auto­ri­sé un plaignant basé au Royau­me-Uni à inten­ter une action RGPD cont­re le site d’in­for­ma­ti­on amé­ri­cain Foren­sic News.
  • Le tri­bu­nal a esti­mé qu’il était rai­sonnable de pen­ser que le four­nis­seur de site web pour­rait être sou­mis au RGPD (seuil : “arguable”).
  • Un éta­blis­se­ment au sens de l’ar­tic­le 3, para­gra­phe 1, point a), du RGPD pour­rait être fon­dé par des abon­ne­ments Patre­on en GBP et en EUR.
  • L’ob­ser­va­ti­on du com­porte­ment (art. 3, para­gra­phe 2, point b) par la coll­ec­te, l’ana­ly­se et la publi­ca­ti­on de don­nées com­porte­men­ta­les à carac­tère per­son­nel a été jugée possible.

La Court of Appeal a auto­ri­sé un hom­me d’af­fai­res israé­li­en rési­dant au Royau­me-Uni à dépo­ser une plain­te en matiè­re de pro­tec­tion des don­nées cont­re le four­nis­seur amé­ri­cain d’un site d’ac­tua­li­tés, dans le cad­re d’un repor­ta­ge cri­tique du site sur le plaignant (Soria­no vs. Foren­sic News LLC).

Le liti­ge por­tait sur la que­sti­on de savoir si le four­nis­seur ent­rait dans le champ d’ap­pli­ca­ti­on du RGPD. Le tri­bu­nal a répon­du par l’af­fir­ma­ti­ve à cet­te que­sti­on ou, plus pré­cis­é­ment, il a con­sidé­ré que cet­te con­clu­si­on était défen­da­ble (“arguable”), le seuil requis dans le cad­re de la procédure.

D’u­ne part, il se peut qu’u­ne Suc­cur­sa­le Il est sur­prenant de con­stater que le site d’in­for­ma­ti­on est finan­cé par Patre­on et que l’off­re d’abon­ne­ments cor­re­spond­ants pour­rait con­sti­tuer un éta­blis­se­ment (il aurait été plus appro­prié d’ex­ami­ner la que­sti­on sous l’ang­le de l’ar­tic­le 3, para­gra­phe 1, point a), du RGPD, c’est-à-dire l’o­ri­en­ta­ti­on de l’offre) :

96. il est très pro­ba­ble que les auto­ri­tés de la CJUE sur le sens du mot “éta­blis­se­ment” dans l’ar­tic­le 4 de la direc­ti­ve gui­derai­ent une décis­i­on sur le sens du même mot dans l’ar­tic­le 3(1) du GDPR. Je con­sidè­re qu’il argu­men­ta­ble que les défen­deurs avai­ent un “éta­blis­se­ment” dans l’UE dans ce sens à l’é­po­que des faits. Je par­ta­ge les dou­tes expri­més par Arnold LJ lorsqu’il a auto­ri­sé l’ap­pel sur ce point. Tou­te­fois, com­me M. Cal­lus l’a souli­g­né, les auto­ri­tés ont fixé une bar­re bas­se, et tout ce que le deman­deur doit fai­re à ce sta­de est de per­sua­der la cour qu’il n’est pas fana­tique de pen­ser que son cas fran­chit cet­te bar­re basse.

97 Reci­tal (23) sug­gè­re qu’u­ne con­sidé­ra­ti­on cri­tique ici est de savoir si le con­trô­leur ou le pro­ce­s­seur de don­nées “envi­sa­ge d’offrir des ser­vices aux per­son­nes con­cer­nées dans un ou plu­sieurs États mem­bres de l’U­ni­on”. Sur la base des preu­ves, les requé­rants ont fait plus que sim­ple­ment rend­re leur jour­na­lis­me acce­s­si­ble sur le World Wide Web. Ils avai­ent l’in­ten­ti­on de rend­re leur pro­duc­tion dis­po­ni­ble au Royau­me-Uni et dans l’UE, et ont réus­si à atti­rer un lec­to­rat plus que mini­mal. En cours de rou­te they express­ly soli­ci­ted sub­scrip­ti­ons from within the UK and EU, via the Patre­on plat­form. Ils ont réus­si à obte­nir trois sou­scrip­ti­ons en liv­res ster­ling et trois en euros. Il s’a­git peut-être d’u­ne acti­vi­té “mini­ma­le”, mais rien de plus n’est exi­gé, selon les auto­ri­tés. L’off­re et l’ac­cep­t­ati­on d’abon­ne­ments dans ces mon­naies loca­les est, de tou­te évi­dence, une acti­vi­té “réel­le et effec­ti­ve” qui est “ori­en­tée” vers le Royau­me-Uni et l’UE. Jay J a dit que l’ef­fort jour­na­li­stique n’é­tait pas aus­si ori­en­té mais que, com­me il me sem­ble, cela va plus loin que la que­sti­on distinc­te de savoir si le trai­te­ment jour­na­li­stique dont on se plai­gnait avait lieu “dans le con­tex­te des” acti­vi­tés d’un “éta­blis­se­ment”. Ce n’est pas une que­sti­on qui se pose dans le cad­re de cet appel. Le juge ne l’a pas tran­ché et les défen­deurs n’ont pas dépo­sé d’a­vis de répon­se deman­dant le main­ti­en de sa décis­i­on sur la base de motifs alternatifs.

98. la que­sti­on clé sous l’ar­tic­le 3(1), tel­le que je la vois, est de savoir si la créa­ti­on et l’uti­li­sa­ti­on du méca­nis­me de sou­scrip­ti­on Patre­on démont­rent “arran­ge­ments sta­bles”. Jay J a esti­mé qu’on ne pou­vait pas dire cela, car les abon­ne­ments pou­vai­ent être annulés à tout moment. Je ne pen­se pas que la répon­se soit aus­si clai­re. Il sem­ble qu’il y ait un ensem­ble d’ ”arran­ge­ments” ici. Les auto­ri­tés de la CJEU ne four­nis­sent aucun critère per­met­tant de déter­mi­ner si un arran­ge­ment don­né est “sta­ble”. Con­trai­re­ment au Juge, je ne pen­se pas que la répon­se dépen­de néces­saire­ment de ce que les sou­scrip­teurs peu­vent fai­re en prin­ci­pe, par oppo­si­ti­on à ce qui se pas­se dans les faits. Je vois de la force dans la sou­mis­si­on de M. Cal­lus que, dans le con­tex­te de cet­te publi­ca­ti­on média­tique en ligne, sub­scrip­ti­on arran­ge­ments of this kind should be view­ed as sta­ble in natu­re. Les preu­ves four­nies par les défen­deurs con­cer­nant les moda­li­tés de finance­ment de Foren­sic News mont­rent que les abon­ne­ments con­sti­tu­ent un flux de reve­nus important, con­tri­buant à hauteur d’en­vi­ron 85% du reve­nu total. Je soup­çon­ne for­te­ment qu’u­ne fois qu’u­ne sou­scrip­ti­on est éta­b­lie, elle a ten­dance à être main­te­nue. Cer­tes, il n’y a pas de preuve du contraire.

De plus, une Obser­va­ti­on du com­porte­ment au sens de l’ar­tic­le 3, para­gra­phe 2, point b), du RGPD :

? Le simp­le fait que les défen­deurs aient créé une coll­ec­tion de don­nées per­son­nel­les rela­ti­ves au com­porte­ment du requé­rant dans l’UE pour­rait ne pas être suf­fi­sant. Mais ce qu’ils pré­ten­dent avoir fait est de assem­ble, ana­ly­se, trie et recon­fi­gu­re ces don­nées, puis publier le résul­tat dans des artic­les dont (ent­re aut­res) un inti­tulé “The Wal­ter Soria­no files”. Je pen­se qu’il est argu­men­té que ces acti­vi­tés ent­rent dans le champ d’ap­pli­ca­ti­on du “moni­to­ring”, et dans le cad­re des noti­ons d’ ”ana­ly­se com­porte­men­ta­le et de pro­fi­la­ge” du CEPD. Il peut y avoir débat sur la que­sti­on de savoir si les noti­ons de cibla­ge ou d’o­ri­en­ta­ti­on vers l’UE s’ap­pli­quent dans ce con­tex­te. M. Cal­lus affir­me que le CEPD a tort à ce sujet. Mais si c’est le cas, ils sont argua­blem­ent satis­faits par les “arran­ge­ments sta­bles” déjà évo­qués, qui per­met­tent aux citoy­ens de l’UE de sou­scr­i­re dans leur mon­naie loca­le à la pro­duc­tion jour­na­li­stique de Foren­sic News.