Ven­te à emporter (AI)
  • La loi amé­ri­cai­ne sur la sur­veil­lan­ce (sec­tion 702) per­met un accès mas­sif aux don­nées du cloud sans man­dat de per­qui­si­ti­on classique.
  • Le CLOUD Act et le SCA obli­gent les four­nis­seurs à four­nir éga­le­ment des don­nées extra­ter­ri­to­ria­les ; la pro­tec­tion juri­di­que des étran­gers reste limitée.
  • RISAA 2024 élar­git con­sidé­ra­blem­ent la défi­ni­ti­on des pre­sta­tai­res de ser­vices obli­ga­toires, couvrant ain­si de nombreux pre­sta­tai­res non traditionnels.
  • Le con­trô­le des don­nées est décisif, pas l’em­pla­ce­ment du ser­veur ; le cloi­son­ne­ment tech­ni­que n’off­re guè­re de pro­tec­tion fia­ble cont­re l’ob­li­ga­ti­on de remi­se des données.

Les auto­ri­tés, les ent­re­pri­ses et les per­son­nes sou­mi­ses au secret pro­fes­si­on­nel peu­vent-elles uti­li­ser des ser­vices de cloud com­pu­ting de four­nis­seurs amé­ri­cains, de four­nis­seurs indi­rec­te­ment con­trôlés par les États-Unis et d’aut­res four­nis­seurs ayant un lien avec l’étran­ger ? Cet­te que­sti­on pré­oc­cupe la Sui­s­se, mais pas seu­le­ment, depuis des années – en fin de comp­te depuis Edward Snow­den. Pour les orga­nes publics, le respect des droits fon­da­men­taux et du secret de fonc­tion est au pre­mier plan, pour les par­ti­cu­liers, le droit pri­vé de la pro­tec­tion des don­nées et la que­sti­on de savoir dans quel­les con­di­ti­ons une exter­na­li­sa­ti­on vers un four­nis­seur de cloud est com­pa­ti­ble avec les secrets pro­fes­si­on­nels. Une chro­no­lo­gie de la dis­cus­sion cor­re­spond­an­te nous avons publié sur droit des don­nées.

Com­me on le sait, la dis­cus­sion por­te avant tout sur la que­sti­on de savoir quels sont les ris­ques d’un accès des auto­ri­tés à l’étran­ger qui peu­vent être accep­tés, si une „accep­t­ati­on“ du ris­que de tels accès est même inter­di­te ou si de tels accès doi­vent au con­trai­re être accep­tés par­ce que l’uti­li­sa­ti­on de solu­ti­ons Cloud cor­re­spond­an­tes per­met de rédui­re d’aut­res ris­ques pour les per­son­nes con­cer­nées. Cet­te dis­cus­sion relè­ve du droit sui­s­se fédé­ral et can­to­nal. Mais le droit des États étran­gers con­cer­nés, et notam­ment des États-Unis, joue un rôle essen­tiel en tant que fac­teur de risque.

Dans ce con­tex­te, un pro­jet de loi, pré­sen­té en décembre 2025 exper­ti­se ren­due publi­que par une deman­de de liber­té d’in­for­ma­ti­on inté­res­sant à lire et occa­si­on d’u­ne pré­sen­ta­ti­on cor­re­spond­an­te. Une per­son­ne de l’uni­ver­si­té de Colo­gne avait rédi­gé en mars 2025, à la deman­de du mini­stère fédé­ral alle­mand de l’In­té­ri­eur (BMI), un avis de droit sur la situa­ti­on juri­di­que amé­ri­cai­ne. Jus­qu’à pré­sent, cet­te exper­ti­se n’est dis­po­ni­ble que dans une ver­si­on expurgée.

Man­dat d’expertise

Le BMI a posé trois questions :

  1. Quel­le est la situa­ti­on juri­di­que actu­el­le aux États-Unis ? Les ser­vices de rens­eig­ne­ment amé­ri­cains ont-ils un droit d’ac­cès direct aux infor­ma­ti­ons du cloud et un droit de remi­se aux four­nis­seurs de cloud ?
  2. Les four­nis­seurs d’ac­cès étran­gers sont-ils éga­le­ment sou­mis à la juri­dic­tion américaine ?
  3. Un tel droit d’ac­cès exi­ste-t-il éga­le­ment lorsqu’u­ne ent­re­pri­se amé­ri­cai­ne crée une filia­le alle­man­de selon le droit alle­mand et exploi­te le cloud sur le ter­ri­toire allemand ?

L’ex­per­ti­se ana­ly­se à cet effet le droit de sur­veil­lan­ce amé­ri­cain per­ti­nent, avec pour l’e­s­sen­tiel les con­clu­si­ons sui­van­tes, que nous avons en par­tie enri­chies par des infor­ma­ti­ons sup­p­lé­men­tai­res ou des indi­ca­ti­ons complémentaires :

FISA

Sec­tion 702

Sec­tion 702 FISA (Tit­re VII) est la dis­po­si­ti­on cen­tra­le pour la sur­veil­lan­ce des „Non-US Per­sons“ en dehors des Etats-Unis. Elle auto­ri­se les ser­vices secrets amé­ri­cains à coll­ec­ter des don­nées de com­mu­ni­ca­ti­on auprès des „Elec­tro­nic Com­mu­ni­ca­ti­on Ser­vice Pro­vi­ders“ (ECSP). Le site Cour de sur­veil­lan­ce du rens­eig­ne­ment exté­ri­eur (FISC) approuve uni­quement les paramè­tres de sur­veil­lan­ce chaque année, et non les cibles individuelles.

L’ar­tic­le 702 s’ap­pli­que aux tous les four­nis­seurs de ser­vices cloud et les cen­tres de don­nées Appli­ca­ti­on. La pro­cé­du­re se déroule en gran­de par­tie sans con­trô­le judi­ciai­re com­pré­hen­si­ble ; un man­dat de per­qui­si­ti­on judi­ciai­re n’est en prin­ci­pe pas néces­saire pour ordon­ner une perquisition.

Sec­tion 501/502

Sec­tion 501/502 FISA (Tit­re V), éga­le­ment appelé sec­tion 215 du USA PATRIOT Act, auto­ri­sait le FBI à deman­der au FISC des ord­res de remi­se de „tan­gi­ble things“ (ent­re aut­res des dos­siers com­mer­ci­aux et des docu­ments). Cet­te dis­po­si­ti­on a ser­vi de base à la Coll­ec­te de mas­se des méta­don­nées télé­pho­ni­ques par la NSA. Le site USA FREEDOM Act 2015 a limi­té cet­te „coll­ec­te en vrac“ tout en pro­lon­geant la durée de la dis­po­si­ti­on jus­qu’en mars 2020.

Or, la sec­tion 501/502 a expi­ré en mars 2020 et a été depuis lors non renou­velé. L’ex­per­ti­se con­clut en con­sé­quence que la sec­tion 502 de la FISA n’est plus applicable.

Tit­re IV FISA

Tit­re IV FISA (Sec­tions 401 – 406) régit l’uti­li­sa­ti­on des Regi­stres des sty­los et Dis­po­si­tifs Trap-and-Trace à des fins de rens­eig­ne­ment. Un Regist­re des sty­los cap­tu­re „dia­l­ing, rou­ting, addres­sing, or signal­ing infor­ma­ti­on“ des com­mu­ni­ca­ti­ons sortan­tes, un Dis­po­si­tif Trap-and-Trace les don­nées cor­re­spond­an­tes des com­mu­ni­ca­ti­ons ent­ran­tes (18 U.S.C. § 3127). Ces deux instru­ments ne sai­sis­sent expli­ci­te­ment aucun con­te­nu de com­mu­ni­ca­ti­on, mais uni­quement des métadonnées.

Le site USA FREEDOM Act 2015 inter­dit ici aus­si la coll­ec­tion en vrac et exi­ge depuis lors un ter­me de sélec­tion spé­ci­fi­que, Il s’a­git donc d’un point de rat­ta­che­ment con­cret, com­me une per­son­ne, un comp­te ou un appa­reil spé­ci­fi­que. L’ob­s­ta­cle à une ordon­nan­ce FISC selon le tit­re IV est moins important que pour une sur­veil­lan­ce selon le tit­re I (sur­veil­lan­ce élec­tro­ni­que avec con­te­nu) : Il suf­fit de cer­ti­fier que l’in­for­ma­ti­on est sus­cep­ti­ble d’êt­re per­ti­nent pour une enquête en cours sur la pro­tec­tion cont­re le ter­ro­ris­me inter­na­tio­nal ou les acti­vi­tés clan­de­sti­nes de renseignement.

Loi sur les com­mu­ni­ca­ti­ons stockées & loi CLOUD

Le site Loi sur les com­mu­ni­ca­ti­ons stockées (SCA) obli­ge les four­nis­seurs de ser­vices de com­mu­ni­ca­ti­ons élec­tro­ni­ques et de ser­vices infor­ma­ti­ques à distance à four­nir le con­te­nu des com­mu­ni­ca­ti­ons, les docu­ments stockés dans le nuage et les méta­don­nées. Le CSA pré­cise, avec la modi­fi­ca­ti­on du Loi sur la CLOUD de 2018, que cet­te obli­ga­ti­on s’ap­pli­que éga­le­ment aux don­nées stockées en dehors des États-Unis (le con­tex­te était l’af­fai­re États-Unis c. Micro­soft Corp., (voir l’af­fai­re “Crime cont­re la vie pri­vée”, dans laquel­le Micro­soft a refusé de resti­tuer des cour­ri­els stockés en Irlande).

Pro­tec­tion juridique

La pro­tec­tion juri­di­que cont­re les injonc­tions SCA est limi­tée par le CLOUD Act. Les four­nis­seurs de ser­vices cou­verts peu­vent con­te­ster une ordon­nan­ce („moti­on to quash or modi­fy“, 18 U.S.C. § 2703(h)), si

  • la per­son­ne con­cer­née n’est pas une per­son­ne amé­ri­cai­ne et ne rési­de pas aux États-Unis,
  • la publi­ca­ti­on est le droit d’un qua­li­fier le gou­ver­ne­ment étran­ger bles­se­r­ait, et
  • le tri­bu­nal con­clut, après une ana­ly­se de comi­tolo­gie (c’est-à-dire une mise en balan­ce des inté­rêts con­tra­dic­toires), que l’or­don­nan­ce doit être levée.

En tant que qua­li­fier le gou­ver­ne­ment étran­ger n’est con­sidé­ré com­me tel que l’É­tat qui a con­clu un accord avec les États-Unis. Accord exé­cu­tif selon 18 U.S.C. § 2523 a con­clu. Ces exe­cu­ti­ve agree­ments per­met­tent tout d’a­bord un accès mutuel sim­pli­fié aux don­nées ent­re les auto­ri­tés de pour­suite péna­le et lèvent les rest­ric­tions qui s’ap­pli­quer­ai­ent sinon. Sta­tuts de blo­ca­ge (c’est-à-dire des inter­dic­tions de divul­ga­ti­on de don­nées). Jus­qu’à pré­sent, de tels accords n’e­xi­stent qu’a­vec le Royau­me-Uni (en vigueur depuis octobre 2022) et avec l’Au­stra­lie (en vigueur depuis jan­vier 2024). Des négo­cia­ti­ons sont en cours avec l’UE et le Cana­da (BSA Tech­Post).

Pour les ent­re­pri­ses sui­s­ses, il exi­ste donc pas de pro­tec­tion juri­di­que par­ti­cu­liè­re à l’en­cont­re d’or­don­nan­ces ren­dues en ver­tu de la SCA. Un pre­sta­tai­re de ser­vices peut cer­tes, même sans exe­cu­ti­ve agree­ment, invo­quer une excep­ti­on de cour­toi­sie à l’en­cont­re d’un cli­ent. com­mon law-(Loi CLOUD § 103(c)), mais l’oc­troi d’u­ne pro­tec­tion juri­di­que est ici lais­sé à la lar­ge appré­cia­ti­on du tri­bu­nal amé­ri­cain com­pé­tent. Mais la Sui­s­se dev­rait aus­si accep­ter que les auto­ri­tés amé­ri­cai­nes pui­s­sent noti­fier des ord­res de remi­se direc­te­ment aux CSP sui­s­ses, en dehors de l’en­trai­de judi­ciai­re. L’As­so­cia­ti­on sui­s­se des ban­quiers, en par­ti­cu­lier, est oppo­sée à un tel accord. scep­tique à l’é­gard de.

EO 12333

Le site Ord­re exé­cu­tif 12333 auto­ri­se ensuite les ser­vices secrets amé­ri­cains à coll­ec­ter des infor­ma­ti­ons per­ti­nen­tes pour les ser­vices secrets à l’étran­ger. La par­ti­ci­pa­ti­on des explo­itants de ser­ve­urs n’est en prin­ci­pe pas néces­saire, des fail­les de sécu­ri­té dans l’in­fras­truc­tu­re infor­ma­tique sont exploi­tées. Les con­di­ti­ons de ces accès ne sont pas con­nues du public.

EO 14086 et cad­re de con­fi­den­tia­li­té des données

L’ex­per­ti­se ne dit rien sur l’E­xe­cu­ti­ve Order 14086 – pro­ba­blem­ent par­ce qu’el­le est for­te­ment expur­gée et/ou par­ce qu’el­le se con­cent­re en pre­mier lieu sur les pou­voirs de sur­veil­lan­ce et non sur les méca­nis­mes de pro­tec­tion. L’or­don­nan­ce 14086 est tou­te­fois per­ti­nen­te pour l’i­mage globale.

En octobre 2022, le pré­si­dent Biden avait Ord­re exé­cu­tif 14086 („Enhan­cing Safe­guards for United Sta­tes Signals Intel­li­gence Acti­vi­ties“ ; voir ici). Elle con­sti­tue, avec une ordon­nan­ce de l’Att­or­ney Gene­ral, le fon­de­ment Décis­i­on d’a­dé­qua­ti­on de la Com­mis­si­on euro­pé­en­ne de juil­let 2023, le cad­re UE-États-Unis sur la pro­tec­tion des don­nées. EO 14086 pré­voit Rest­ric­tions à la sur­veil­lan­ce par les ser­vices de rens­eig­ne­ment de per­son­nes non américaines :

  • Le rens­eig­ne­ment d’o­ri­gi­ne élec­tro­ma­gné­tique ne peut être uti­li­sé que pour pour­suiv­re des objec­tifs légiti­mes défi­nis (tels que la lut­te cont­re le ter­ro­ris­me, le cont­re-espion­na­ge, la pro­tec­tion de la sécu­ri­té nationale).
  • La sur­veil­lan­ce doit être néces­saire et proportionnée.
  • Un nou­veau méca­nis­me de recours a été créé : Les per­son­nes con­cer­nées des „qua­li­fy­ing sta­tes“ peu­vent dépo­ser des plain­tes auprès du Civil Liber­ties Pro­tec­tion Offi­cer (CLPO), dont les décis­i­ons peu­vent être exami­nées par une nou­vel­le Cour d’ex­amen de la pro­tec­tion des données.

En août 2024, le Con­seil fédé­ral a invi­té les États-Unis à Liste des États offrant un niveau adé­quat de pro­tec­tion des don­nées, dans la mesu­re où les desti­na­tai­res sont cer­ti­fi­és con­for­mé­ment au Data Pri­va­cy Frame­work. L’en­re­gi­stre­ment n’est tou­te­fois valable que pour les desti­na­tai­res de don­nées sou­mis au cad­re, c’est-à-dire les ent­re­pri­ses amé­ri­cai­nes qui se sont cer­ti­fi­ées auprès du mini­stère amé­ri­cain du commerce.

La que­sti­on de savoir si EO 14086 off­re une pro­tec­tion effi­cace dans la pra­tique est con­tro­ver­sée. noyb a publié en novembre 2024 une Plain­te cont­re l’au­to­ri­té irlan­dai­se de pro­tec­tion des don­nées par­ce qu’el­le ne prend pas de mesu­res cont­re Meta mal­gré les pra­ti­ques de sur­veil­lan­ce con­nues. L’or­ga­ni­sa­ti­on argu­men­te que le frame­work, com­me ses pré­dé­ce­s­seurs Safe Har­bor et Pri­va­cy Shield, est juri­di­quement indéfendable.

Reforming Intel­li­gence and Secu­ring Ame­ri­ca Act (RISAA) 2024

L’ex­per­ti­se abor­de éga­le­ment le Loi sur la réfor­me du rens­eig­ne­ment et la sécu­ri­sa­ti­on de l’A­mé­ri­que (RISAA) qui est entré en vigueur le 20 avril 2024 et a pro­lon­gé la sec­tion 702 FISA jus­qu’au 20 avril 2026 (voir not­re con­tri­bu­ti­on anté­ri­eu­re). En 2022, un cent­re de don­nées en nuage s’é­tait oppo­sé à une ordon­nan­ce de resti­tu­ti­on devant le FISC au motif qu’il n’é­tait pas un „four­nis­seur de ser­vices de com­mu­ni­ca­ti­on élec­tro­ni­que“. Le FISC a don­né rai­son à l’entre­pri­se et a blo­qué l’in­jonc­tion. Le site Décis­i­on de la FISC de 2022 et la con­fir­ma­ti­on Décis­i­on FISCR de 2023 sont for­te­ment noir­cis. RISAA a été la répon­se législative.

En par­ti­cu­lier, la sec­tion 25 a Défi­ni­ti­on du „four­nis­seur de ser­vices de com­mu­ni­ca­ti­on élec­tro­ni­que“ con­sidé­ra­blem­ent élar­gie. Cet­te défi­ni­ti­on en 50 U.S.C. § 1881(b)(4) déter­mi­ne les ent­re­pri­ses qui peu­vent être tenues de coopé­rer aux con­trô­les de l’ar­tic­le 702.

L’an­ci­en­ne ver­si­on se lisait com­me suit :

(A) un opé­ra­teur de télécommunications […] ;

(B) un four­nis­seur de ser­vice de com­mu­ni­ca­ti­on électronique […] ;

(C) un four­nis­seur de ser­vices infor­ma­ti­ques à distance […] ;

(D) tout aut­re four­nis­seur de ser­vices de com­mu­ni­ca­ti­on ayant accès aux com­mu­ni­ca­ti­ons par fil ou par voie élec­tro­ni­que, que ce soit dans le cad­re de la trans­mis­si­on de ces com­mu­ni­ca­ti­ons ou de leur stocka­ge ; ou

(E) un offi­ci­er, employé ou agent d’u­ne enti­té décri­te au para­gra­phe (A), (B), (C) ou (D).

La sec­tion 25 RISAA a ajou­té une nou­vel­le lett­re (E), l’an­ci­en­ne (E) est deve­nue (F) avec un ajout. Le site nou­vel­le caté­go­rie est le suivant :

(E) tout aut­re four­nis­seur de ser­vices ayant accès à des équi­pe­ments uti­li­sés ou sus­cep­ti­bles d’êt­re uti­li­sés pour trans­mett­re ou stocker des com­mu­ni­ca­ti­ons par fil ou par voie élec­tro­ni­que, mais n’in­clu­ant pas tou­te enti­té ser­vant prin­ci­pa­le­ment de : (i) a public accom­mo­da­ti­on faci­li­ty ; (ii) a dwel­ling ; (iii) a com­mu­ni­ty faci­li­ty ; or (iv) a food ser­vice establishment.

L’an­ci­en­ne caté­go­rie (D) exi­ge­ait com­me un Com­mu­ni­ca­ti­on Four­nis­seurs de ser­vices avec accès. La nou­vel­le caté­go­rie recen­se chaque Four­nis­seur de ser­vices ayant accès à des équi­pe­ments uti­li­sés ou pou­vant être uti­li­sés pour com­mu­ni­quer. L’expertise :

L’ac­cès“ à de tels appareils est aujour­d’hui pro­ba­blem­ent pos­si­ble pour tout pre­sta­tai­re de ser­vices qui uti­li­se par exemp­le des smart­phones, des ordi­na­teurs et des rou­teurs Wi-Fi dans son ent­re­pri­se. Les pre­sta­tai­res de ser­vices ne doi­vent donc plus être des opé­ra­teurs de télé­com­mu­ni­ca­ti­ons. Au con­trai­re, un nombre incal­culable de pre­sta­tai­res de ser­vices est recen­sé, Les ent­re­pri­ses qui ont recours à ce type de ser­vices sont notam­ment les laveries auto­ma­ti­ques, les coif­feurs, les cen­tres de remi­se en for­me, les cabi­nets de den­ti­stes, les magasins de bri­co­la­ge et les ent­re­pri­ses de loca­ti­on de bureaux.

Les orga­ni­sa­ti­ons de défen­se des droits civi­ques com­me le Cent­re Brennan pour la justi­cequi Elec­tro­nic Fron­tier Foun­da­ti­on et le Cent­re pour la démo­cra­tie et la tech­no­lo­gie ont cri­ti­qué la RISAA en la qua­li­fi­ant de „Patri­ot Act 2.0“. Le séna­teur Ron Wyden (D‑OR) l’a qua­li­fié de

l’u­ne des plus dra­ma­ti­ques et ter­ri­fi­an­tes expan­si­ons de l’au­to­ri­té de sur­veil­lan­ce du gou­ver­ne­ment de l’histoire

Le séna­teur Mark War­ner (D‑VA), pré­si­dent du Sena­te Intel­li­gence Com­mit­tee, a recon­nu que la dis­po­si­ti­on était „mal ficelé“, et a pro­mis une cor­rec­tion par le biais de l’In­tel­li­gence Aut­ho­rizati­on Act. Cet­te cor­rec­tion, annon­cée pour juin 2024, a cer­tes été par­ti­el­le­ment mis en œuvre, La défi­ni­ti­on élar­gie reste en prin­ci­pe en vigueur.

Data Bro­ker Loophole“

Un deu­xiè­me aspect n’est men­ti­onné qu’en mar­ge de l’ex­per­ti­se, mais il com­plè­te le tableau : les auto­ri­tés amé­ri­cai­nes peu­vent con­tour­ner les rest­ric­tions con­sti­tu­ti­on­nel­les en ach­e­tant tout sim­ple­ment cer­tai­nes données.

Infor­ma­ti­ons com­mer­cia­le­ment dis­po­ni­bles (CAI) dési­gne, selon une défi­ni­ti­on des ser­vices de rens­eig­ne­ment amé­ri­cains, les infor­ma­ti­ons acce­s­si­bles au grand public à des fins com­mer­cia­les, par achat ou par abon­ne­ment. CAI est con­sidé­ré com­me un sous-ensem­ble de Infor­ma­ti­ons dis­po­ni­bles au public (PAI) et com­prend notam­ment les don­nées géné­rées par les smart­phones, les appareils con­nec­tés et les modè­les com­mer­ci­aux basés sur la publi­ci­té sur Inter­net. Ces don­nées sont agré­gées et ven­dues par des data bro­kers com­me Acxi­om, Lexis­Ne­xis ou Oracle.

Le site déclas­sé en juin 2023 men­ti­onné dans l’ex­per­ti­se Rap­port de l’Of­fice of the Direc­tor of Natio­nal Intel­li­gence (ODNI) de jan­vier 2022 docu­men­te cet­te pra­tique. Com­me l’IAO est trai­tée com­me une IAP, elle est sou­mi­se à moins de rest­ric­tions que d’aut­res métho­des d’en­quête des ser­vices de rens­eig­ne­ment. Mais selon le rap­port, l’IAO est fon­da­men­ta­le­ment dif­fé­ren­te des IAP tra­di­ti­on­nel­les com­me les jour­naux. Les IAO actu­el­les sont beau­coup plus sen­si­bles, con­cer­nent pra­ti­quement tout le mon­de, sont dif­fi­ci­les à évi­ter et faci­les à dés­an­ony­mi­ser. Le simp­le fait de con­stater que les IAO sont dis­po­ni­bles publi­quement ne suf­fit pas :

[Dire que CAI est „publi­quement dis­po­ni­ble“ ou qu’il peut être ache­té par „n’im­por­te qui“ obscur­cit la quan­ti­té et la sen­si­bi­li­té des infor­ma­ti­ons dis­po­ni­bles à l’achat aujour­d’hui. […] Pour dire que de vastes don­nées con­stam­ment mises à jour sur des mil­li­ons d’A­mé­ri­cains obte­nues grâ­ce à une sur­veil­lan­ce sophi­sti­quée et opaque des ent­re­pri­ses équiv­aut à dire dans un jour­nal que le gou­ver­ne­ment pour­rait tou­jours sor­tir et ache­ter, c’est com­me dire qu’un voya­ge à dos de che­val est maté­ri­el­le­ment indis­cernable d’un vol vers la lune.

Le rap­port men­ti­on­ne quel­ques rela­ti­ons con­trac­tu­el­les pour l’ac­qui­si­ti­on de CAI :

  • FBI: Cont­rat avec Zero­Fox pour le „social media alerting“
  • Agence de rens­eig­ne­ment de la défen­se (DIA)Cont­rats pour les rap­ports sur les médi­as soci­aux con­cer­nant les per­son­nes deman­dant une habi­li­ta­ti­on de sécu­ri­té et avec Lexis­Ne­xis pour „com­pre­hen­si­ve on-line search results rela­ted to com­mer­cial due diligence“.“
  • U.S. NavyCont­rat avec Saya­ri Ana­ly­tics pour l’ac­cès à une base de don­nées con­tenant „tens of thou­sands of pre­vious­ly-uniden­ti­fi­ed spe­ci­fic nodes, faci­li­ties and key peo­p­le rela­ted to US sanc­tion­ed actors“.“
  • Dépar­te­ment du Tré­sor: Accès au Banker’s Almanac
  • Dépar­te­ment de la défen­se: Accès à Jane’s online
  • Gar­de-côtes: Cont­rat avec Babel Street pour „Open Source Data Coll­ec­tion, Trans­la­ti­on, Ana­ly­sis Application“.“

De plus, la DIA achè­te des don­nées de loca­li­sa­ti­on de smart­phones sur le mar­ché lib­re. Dans un Lett­re au Con­grès du 15 jan­vier 2021 la DIA l’a révélé :

La DIA four­nit actu­el­le­ment un finance­ment à une aut­re agence qui achè­te des méta­don­nées de géo­lo­ca­li­sa­ti­on com­mer­cia­le­ment dis­po­ni­bles, agré­gées à par­tir de smart­phones. […] L’au­to­ri­sa­ti­on d’in­ter­ro­ger les don­nées de loca­li­sa­ti­on des appareils amé­ri­cains a été accor­dée cinq fois au cours des deux der­niè­res années et demie à des fins autorisées.

Le rap­port aver­tit ensuite que don­nées anony­mi­sées faci­le­ment réi­den­ti­fi­ées peu­vent être utilisés :

Bien que les IAO pui­s­sent être „anony­mi­sées“, il est sou­vent pos­si­ble (en uti­li­sant d’aut­res IAO) de dés­an­ony­mi­ser et d’i­den­ti­fier des indi­vi­dus, y com­pris des per­son­nes américaines.

A tit­re d’exemp­le, le rap­port fait réfé­rence à une Recher­che du New York Times de 2019, L’entre­pri­se a uti­li­sé 50 mil­li­ards de don­nées de loca­li­sa­ti­on de 12 mil­li­ons d’Américains :

Il s’a­gis­sait d’un échan­til­lon alé­a­toire de 2016 et 2017, mais il ne nous a fal­lu que quel­ques minu­tes – avec l’ai­de d’in­for­ma­ti­ons dis­po­ni­bles publi­quement – pour dés­an­ony­mi­ser les don­nées de loca­li­sa­ti­on. […] The Times a pu sui­v­re les dépla­ce­ments du pré­si­dent Trump via un membre de son ser­vice secret.

En 2018, la Cour suprê­me des États-Unis a jugé, dans Car­pen­ter c. États-Unis a tou­te­fois déci­dé que les auto­ri­tés de sécu­ri­té avai­ent en prin­ci­pe beso­in d’u­ne décis­i­on de justi­ce pour obte­nir des don­nées de loca­li­sa­ti­on auprès des four­nis­seurs de télé­com­mu­ni­ca­ti­ons. Selon le rap­port de l’OD­NI, les ser­vices de rens­eig­ne­ment n’ont pas de posi­ti­on com­mu­ne sur l’ap­pli­ca­bi­li­té de la loi sur la pro­tec­tion des don­nées. Car­pen­ter sur des don­nées ache­tées. La DIA con­sidè­re par exemp­le que Car­pen­ter- com­me n’é­tant pas appli­ca­ble aux don­nées ache­tées. L’ex­per­ti­se fait réfé­rence à cet­te pratique :

Alors que la Cour suprê­me des États-Unis a décla­ré dans l’af­fai­re Car­pen­ter que les auto­ri­tés de sécu­ri­té ne peu­vent en prin­ci­pe obli­ger les ent­re­pri­ses à four­nir les don­nées deman­dées que sur la base d’u­ne décis­i­on de justi­ce, cet­te décis­i­on de justi­ce est en par­tie vide de sens dans la pra­tique. Tant que les ent­re­pri­ses four­nis­sent les don­nées „volon­tai­re­ment“, selon l’in­ter­pré­ta­ti­on des auto­ri­tés de sécu­ri­té, il n’est pas néces­saire d’ob­te­nir une décis­i­on de justi­ce.. Cepen­dant, les auto­ri­tés de sécu­ri­té achè­tent le volon­ta­ri­at des ent­re­pri­ses avec de l’ar­gent comp­tant, com­me l’a révé­lé un rap­port du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain en 2022.

Le site Le qua­triè­me amen­de­ment n’est pas à vend­re, La pro­po­si­ti­on de loi visa­nt à interd­ire cet­te pra­tique a été adop­tée par la Chambre des repré­sen­tants en avril 2024 par 219 voix cont­re 199, mais elle a été reje­tée par le Sénat en tant qu’a­men­de­ment à la loi RISAA. L’achat de don­nées reste donc auto­ri­sé au niveau fédé­ral. Seul l’É­tat du Mon­ta­na a inter­dit aux forces de l’ord­re d’a­che­ter des don­nées en mai 2025 (en vigueur depuis le 1er octobre 2025), qui ne pour­rai­ent sinon être obte­nues qu’a­vec un man­dat de perquisition.

En répon­se aux cri­ti­ques, l’OD­NI a publié le 8 mai 2024 une Cad­re de poli­tique IC pour l’in­for­ma­ti­on com­mer­cia­le­ment dis­po­ni­ble qui vise à mett­re en œuvre les recom­man­da­ti­ons du rap­port et à éta­b­lir des nor­mes uni­for­mes pour les agen­ces de rens­eig­ne­ment. Des rap­ports datant de jan­vier 2025 mont­rent cepen­dant que le DHS a de nou­veau acquis l’ac­cès à des systè­mes de sur­veil­lan­ce capa­bles de sur­veil­ler les télé­pho­nes por­ta­bles dans les quar­tiers et de sui­v­re les mou­ve­ments dans le temps. L’ACLU a publié des docu­ments de l’ICE qui mont­rent com­ment l’a­gence ten­te de con­strui­re une justi­fi­ca­ti­on léga­le pour l’achat de don­nées de loca­li­sa­ti­on sans mandat.

Le con­trô­le et non l’em­pla­ce­ment du ser­veur est décisif

L’ex­per­ti­se con­clut en out­re que le Le lieu de stocka­ge des don­nées n’est pas per­ti­nent d’un point de vue juri­di­que n’est pas un pro­blè­me. Ce qui est déter­mi­nant, c’est plutôt le con­trô­le des données :

Il ne fait aucun dou­te que les dis­po­si­ti­ons du SCA s’ap­pli­quent éga­le­ment de maniè­re extra­ter­ri­to­ria­le. Cela cor­re­spond à la volon­té clai­re du légis­la­teur du CLOUD Act. En out­re, il est de juris­pru­dence con­stan­te des tri­bu­naux fédé­raux amé­ri­cains que les docu­ments doi­vent être resti­tués même s’ils se trou­vent en dehors des États-Unis, mais que le débi­teur a le con­trô­le de ces docu­ments. La noti­on de con­trô­le est inter­pré­tée au sens lar­ge, de sor­te que tout cad­re supé­ri­eur qui peut fai­re en sor­te que les infor­ma­ti­ons soi­ent envoy­ées dis­po­se d’un con­trô­le dans ce sens.

Si un grou­pe amé­ri­cain pos­sè­de une filia­le alle­man­de, les tri­bu­naux amé­ri­cains dev­rai­ent pou­voir ordon­ner à la mère de four­nir des don­nées à la filia­le aux auto­ri­tés amé­ri­cai­nes. Les ent­re­pri­ses euro­pé­en­nes peu­vent éga­le­ment sou­mett­re à l Juri­dic­tion amé­ri­cai­ne dans la mesu­re où ils ont des cont­acts com­mer­ci­aux avec les États-Unis. L’ex­per­ti­se ren­voie pour cela à Pli­xer Int’l, Inc. c. Scru­ti­ni­zer GmbH, La Cour euro­pé­en­ne des droits de l’hom­me (CEDH) a ren­du un arrêt dans lequel elle décla­re qu’u­ne ent­re­pri­se alle­man­de de tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­ti­on était sou­mi­se à la juri­dic­tion amé­ri­cai­ne du seul fait que son site web en anglais était acce­s­si­ble aux cli­ents amé­ri­cains et que l’entre­pri­se avait ser­vi pen­dant quel­ques années envi­ron 150 cli­ents amé­ri­cains avec un chif­fre d’af­fai­res d’en­vi­ron 200 000 USD :

L’ex­plo­ita­ti­on d’un site web qui s’adres­se au moins aus­si à des cli­ents amé­ri­cains ou qui ne les exclut pas expli­ci­te­ment de l’ac­cès au site web peut suf­fi­re à l’é­ta­blis­se­ment d’u­ne spe­ci­fic per­so­nal juris­dic­tion. Pour un four­nis­seur de ser­vices infor­ma­ti­ques en nuage, le simp­le fait d’offrir ses ser­vices à des cli­ents amé­ri­cains peut suf­fi­re si la pro­cé­du­re por­te pré­cis­é­ment sur cet­te activité.

Mesu­res tech­ni­ques de protection ?

L’ex­per­ti­se pour­su­it son examen, si les four­nis­seurs de Cloud peu­vent se sous­trai­re à une obli­ga­ti­on de remi­se par des mesu­res tech­ni­ques, La Com­mis­si­on euro­pé­en­ne a esti­mé qu’il n’y avait pas lieu d’in­terd­ire l’ac­cès aux don­nées, par exemp­le en s’ex­clu­ant eux-mêmes de l’ac­cès aux don­nées, mais elle a émis de sérieux dou­tes à ce sujet :

Il sem­ble dou­teux qu’u­ne obli­ga­ti­on de resti­tu­ti­on pui­s­se être évi­tée par le fait que les four­nis­seurs de cloud s’ex­clu­ent tech­ni­quement du cloud. […] Dans le droit pro­cé­du­ral amé­ri­cain, les par­ties sont tou­te­fois tenues de con­ser­ver les infor­ma­ti­ons per­ti­nen­tes pour la pro­cé­du­re avant même le début du liti­ge. […] Si un four­nis­seur de ser­vices en nuage s’ex­clut de son accès au ser­veur en nuage par des mesu­res tech­ni­ques, il ne peut plus satis­fai­re à ces obli­ga­ti­ons et ris­que par­fois des amen­des importan­tes, des con­sé­quen­ces péna­les, ou les deux.